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Full text of "Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des étatsmajors français et austro-sarde"

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CAMPAGNES 

DANS LES ALPES 

PENDANT LA RÉVOLUTION 






1794, 1795, 1796 



CAMPAGNES 



LES ALPES 

PENDANT LA RÉVOLUTION 

d'après les archives des états-majors 

Français et Austro- Sarde 



PAR MM. 



LEONCE KREBS 

Chef d'escadron d'Artillerie 

Attaché 

à l'État-Major de l'Armée, 

Lauréat de l'Institut. 



HENRI MÛRIS 

Ancien élève pensionnaire de l'École 
des Chartes, 
Archiviste des Alpes -Maritimes 
Lauréat de l'Institut. 



1794, 1795, 1796 



Ouvrage accompagné de deux Cartes des Opérations 
et de sept Croquis 



PARIS 

LIBRAIRIE PLON 
E. PLON, NOURRIT ET C*« 

ÉDITEURS 
Rue Garancière, 8 et 10 



NICE. — TYPOGRAPHIE MALVANO-MIGNON, 1, RUE GARNIER. 



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TROISIEME PARTIE 
CAMPAGNE DE 1704 



CHAPITRE I fir 
CONQUÊTE D'ONEILLE, D'ORMEA, DE SAORGE 

ET DU COL DE TENDE 



Disposition des deux adversaires dans le comté de Nice. — Projet 
d'opérations pour l'armée d'Italie. — Attaques dans les vallées de 
la Vésubie et de la Roya. — Expédition d'Oneille. — Mouvement 
offensif des Français dans la vallée du Tanaro. — Le général Colli 
prend le commandement du corps austro-sarde dans le comté de 
Nice. — Prise de la redoute de Fels ou Nava. — Occupation de 
Saorge. — Enlèvement du col de Tende. — Retraite des Austro- 
Piémontais dans les plaines du Piémont. 

L'heureuse campagne de Kellermann en Savoie, Pinsuc- Décemhre 1793. 
ces de l'attaque de M. de Wins dans les Alpes-Maritimes, Disposition 
assuraient aux Républicains la possession des territoires l ' armée d ' Italie - 
conquis en 1792 et en 1793. La soumission de Lyon et la 
prise de Toulon consacraient le triomphe du parti mon- 
tagnard sur les Girondins. Toutes les forces militaires 
réunies sur la frontière du sud-est étaient disponibles pour 
prendre l'offensive contre les Austro-Sardes. 

Dans le comté de Nice, la tempête de neige des 22 et 
23 décembre 1793 avait arrêté les hostilités et causé 
l'abandon un peu précipité du camp de la baisse d'Argent 
et de la position du Tueis, devant l'Authion 1 . Au com- 

1. Voir 1 er volume, p. 3?>9. — Arch. de la Guerre : Lettre de Dumerbion, le 7 janvier 1794. 
Il a chargé le général Bizanet de faire tout son possible pour retirer les six pièces de 4, 
enterrées à la Fougasse. 



6 CONQUETE D ONEILLE, D ORMEA 

janvier H94. mencement de 1794, l'armée d'Italie présente trois masses 
d'égale force ! : 

Celle de gauche comprend quatre groupes : le premier 
est constitué par la garnison d'Entrevaux renforcée, qui 
occupe Puget-Théniers, Caste] let et Annot, et par les 
troupes cantonnées à Colmars, qui passent de l'armée des 
Alpes à celle d'Italie 2 . Les principaux postes de la rive 
droite du Var : Gilette, Revest, Conségudes, Bezaudun 
forment le second groupe, qui sert d'intermédiaire entre 
le premier et le troisième, composé des détachements 
de Saint-Martin du Var, la Roquette, Levens, Tour- 
rettes, Châteauneuf, protégeant, contre les incursions des 
« Barbets » du mont Férion 3 , la route de Nice à Utelle. 
Cette dernière localité est gardée, ainsi que le Brech, 
Blaquet et Figaret, par le quatrième groupe, d'un effectif 
de 1.500 ou 2.000 hommes, qui défendent le débouché des 
vallées de la Tinée et de la Vésubie. 

Ces dispositions étaient celles qu'indiquait le projet de 
quartiers d'hiver établi dès le mois de septembre 1793 4 . 
Au centre, au lieu de se replier sur les crêtes qui entourent 
le bassin du Paillon, on conserve la majeure partie des 
positions conquises pendant l'été. Le camp de Colla Bassa 
et le cantonnement de Lucéram assurent les communica- 
tions entre Saint-Arnoux, sur la Vésubie, et Moulinet, sur 
la Bevera. Le col de Brouis, le Béolet, Breil, Sospel, Cas- 
tillon et l'Escarène sont toujours fortement occupés par 
huit à neuf mille hommes 5 . 

Quant à la droite, elle se compose des forces qui sur- 

1. Arch, de la Guerre : Situations des 20 janvier, 19 février et 21 mars. Voir cette 
dernière aux pièces just., n° 1. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres des représentants du peuple Ricord, de l'armée d'Italie, 
le 25 février, et Dumaz, de l'armée des Alpes, le 27 février. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna, le 5 novembre 1793 ; instructions de Masséna 
au commandant des deux compagnies détachées à Roquebrune, le 28 janvier 1794 ; rapport 
de Dumerbion, le 22 mars. Tous les massifs montagneux des Alpes servaient de repaires 
aux Barbets. Cette dénomination des paysans des vallées vaudoises avait été appliquée, 
par extension, à tous les miliciens sardes. 

4. Arch. de la sect. tech. du Génie. — Mémoire de l'adjudant général Clausade, le 
16 septemhre 1793. 

5. Les effectifs indiqués pour les camps, cantonnements et postes, sont ceux des 
situations des 20 janvier et 19 février. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 



veillent le littoral de la Méditerranée, de Fréjus à Menton, Janvier 1794. 
particulièrement des renforts expédiés de Toulon à l'issue 
du siège, et des bataillons de la réquisition 1 . Ceux-ci 
étaient peu à peu encadrés dans les demi-brigades dont 
la formation avait été entamée, dès le 15 septembre, et se 
poursuivait sous la direction du général Parra 2 . 

Les bataillons à amalgamer passent successivement L'amalgame. 
à Nice 3 , où ils reçoivent, dans la mesure du possible, 
les armes, l'habillement et l'équipement, qui leur sont 
fournis par les ateliers révolutionnaires organisés dans les 
principales villes 4 . La demi-brigade, constituée et pourvue, 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Dugommier, des 25 et 27 décembre 1793, annonçant 
l'envoi de 12 bat.; de Dumerbion, le 7 janvier 1794, constatant l'arrivée du 2 e Aveyron et du 
bat. des Landes, se plaignant du renvoi d'un troisième bat. qui venait de rejoindre, du 
contre-ordre donné, disait-on, à cinq autres, et demandant où sont les quatre derniers. — 
Rapports journaliers de l'armée d'Italie, en janvier et février, faisant ressortir les mouve- 
ments des bat. entre les armées de Toulon et d'Italie et l'arrivée des troupes de la réquisi- 
tion. Parmi ces dernières, il y a un grand nombre de désertions, causées par le fait de leur 
incorporation dans les anciens cadres, ce qui motive un premier arrêté des représentants du 
peuple, le 25 mars, enjoignant aux municipalités de faire rejoindre les hommes soumis à la 
réquisition. 

2. Arch.de la Guerre : Corresp. de l'armée d'Italie, état du 4 février 1794.— Cet état 
que nous ne pouvons reproduire, ne comprend que les demi-brigades formées avec les troupes 
des armées d'Italie et de Toulon. On amalgamait en outre les troupes destinées à la Corse, 
en sorte que l'opération n'est entièrement terminée que le 9 avril, ainsi que le constate un 
rapport de Dumerbion, à cette date, et une lettre du représentant du peuple Dumaz, du 
26 mars. Enfin, quelques autres demi-brigades furent encore formées ultérieurement. — 
L'amalgame comprenait : l'encadrement, c est-à-dire la répartition des bat. de la réquisition 
dans les bat. existant déjà, de façon à les porter au complet de 1.067 hommes ; puis 
l'embrigadement, c'est-à-dire la réunion d'un bat. de ligne et de deux de volontaires 
en un seul corps. Le décret du 12 août 1793 avait réglé cette dernière opération, tandis 
que la première fit l'objet du décret du 8 janvier 1794. L'amalgame ayant commencé à 
l'armée d'Italie, le 1 er vendémiaire an II (15 septembre 1793), ce fut l'embrigadement qui 
précéda l'encadrement, contrairement aux prescriptions ultérieures. De plus, le citoyen 
Guillot, annoncé par le ministre, puis le représentant Dumaz, désigné pour les armées des 
Alpes et d'Italie, ne s'étant pas présentés à Nice, c'est le général Parra qui, avec l'autori- 
sation des représentants Robespierre et Ricord, a procédé à l'amalgame pour l'armée 
d'Italie (Arch. de la Guerre : Lettre de Dumerbion, le 7 janvier). Voir, pour d'autres 
détails, les chapitres 2 et 3. 

3. Arch. de la Guerre : Situations. — Il fallait, en effet, réunir dans une seule localité 
ou dans des localités peu éloignées, les bat. à amalgamer, attendu que chaque compagnie 
du nouveau corps devait comprendre des gradés et hommes des trois bat. fondus ensemble. 
Il y avait aussi des procès-verbaux à établir, des états à dresser, pour constituer officielle- 
ment la demi-brigade et son conseil d'administration. 

4. Les besoins étaient immenses et à peine satisfaits, si l'on s'en rapporte à l'état du 
3 mars des Arch. de la Guerre. Cependant, tous les témoignages s'accordent à reconnaître 
que les troupes qui ont pris part à l'expédition d'Oneille, tout au moins, étaient suffisamment 
habillées, parfaitement équipées et armées. Il en est de même, d'ailleurs, de l'armée des 
Alpes à la même époque. (Voir correspondance des Arch. de la Guerre, les Mémoires de 
Roguet et les Commentaires de Napoléon.) Ce résultat était dû aux efforts extraordinaires 
exigés des ateliers nationaux par les représentants du peuple. Si critiquable que soit ce 

? recédé, il faut bien reconnaître qu'il n'y en avait pas d'autres à employer, du moment où 
on supprimait l'appât du gain par la loi du maximum, et que d'ailleurs le manque de bras 
et la disparition des capitaux causaient un renchérissement excessif des denrées. C'est ce 
qui est bien nettement indiqué dans la lettre de Robespierre et de Ricord, du 25 septembre 
1793 (Arch. de la Guerre) : Barras et Fréron avaient réquisitionné des draps à Marseille ; 
Robespierre et Ricord commandent des chemises et des souliers à Gênes ; 30.000 redingotes 
sont expédiées de Paris ; on crée des ateliers pour la réparation des armes,' à Nice et à 
Toulon ; les soldats exerçant la profession de tanneur reçoivent des permissions pour aller 
travailler à la préparation des cuirs, sous la surveillance des autorités révolutionnaires. 
(Arch. de la Guerre : 23 septembre et 8 novembre 1793 ; 6 janvier, 20 février, 10 mars 1794). 



Février 1794. 



Disposition 
de l'année 



8 CONQUÊTE D'ONEILLE, D ORMEA 

relève ensuite, en première ligne, les autres troupes des- 
tinées à être fondues ensemble. 
L'armée d'Italie atteint ainsi un effectif supérieur à 
piémontaise. 30,000 hommes, en face desquels il n'y a que cinq à six 
mille Piémontais et 1.600 miliciens environ, disposés de 
manière à garder les hautes vallées de la Vésubie et de la 
Roya, ainsi que le massif de l'Authion, qui les commande 1 . 
Le général Déliera, après le départ du comte de Saint- 
André, avait pris la direction de ce petit corps, et n'était 
pas sans quelque appréhension au milieu de février, 
lorsqu'arriva à Saorge le général Colli 2 . Ce dernier, con- 
formément à la mission que lui avait confiée le baron de 
Wins, replacé à la tête de l'armée austro-sarde, donne au 
général piémontais des instructions en vue des diverses 
éventualités 3 : on doit entamer immédiatement les travaux 
de défense et occuper les positions choisies aussitôt que le 
permettront la température et l'arrivée des troupes dési- 
gnées pour relever celles qu'on avait laissées en décembre 4 . 
Ces opérations donnent lieu à de fréquents engagements 
d'avant-postes. 



1. Voir 1" voi. p. 340. 

2. Thaon de Revel, p. 182. 

3. Areh. de Breil, pièces n 09 65 et 69. La première pièce, qui paraît visée dans la 
seconde, peut avoir été rédigée par M. de Malausséna. — Elle a été publiée par le 
ministère de la Guerre dans le volume intitulé : « Topographie militaire des Alpes ; 
partie méridionale du versant italien » édité par le service géographique, en 1891. 
Ou croit devoir faire remarquer ici le peu d'impartialité de l'auteur des Mémoires de Thaon 
de Revel à l'égard de Colli. Il est dit, en effet, p. 183, que « Colli quitta l'armée sans rien 
indiquer ni promettre .. » A la page 182, la mission du général Colli est considérée comme 
marquant « une défiance de Déliera, que ce général ne méritait sous aucun rapport ». Cette 
appréciation paraîtra sans doute excessive, si l'on observe que Déliera avait été sous les 
ordres immédiats de Colli à l'Authion, pendant toute la campagne de 1793, et surtout si 
l'on parcourt la correspondance du général Déliera, dans les Arch. de Breil, pièce n° 70. 
Elle dénote un caractère ordinaire, discipliné, dépourvu de toute initiative et tel qu'en 
devait avoir un officier vieilli dans l'observance minutieuse des petits détails du métier 
militaire de cette époque, pendant de longues années de paix. 

4. De la comparaison des documents ci-après : état des troupes dans le comté de Nice, 
le 13 décembre 1793 (1 er vol., pièce just. n°87) ; répartition des forces, donnée dans l'ouvrage 
de Thaon de Revel, p. 181 ; situation de l'armée piémontaise, le 8 avril (voir pièce just. n° 2; 
correspondance de Déliera avec les généraux Colli et de Wins (Arch. de Breil, pièce n" 70 a), 
il résulte que les régiments de Casai, Suse, Acqui, les 1 er , 8 e et 9 e grenadiers ont été relevés 
par les régiments de Montferrat, Turin, Peyer-irn-Hoff, Asti, grenadiers royaux, un bat. de 
pionniers, le 1 er chasseurs et le 5 e grenadiers, entre la fin de février et le commencement 
d'avril. Les régiments d'Oneille et de Nice, ainsi que le 2 e bat. de Mondovi, n'ont pas été 
relevés ; aussi étaient-ils si réduits par la désertion que les trois bat. des deux derniers 
corps ne présentaient pas l'effectif d'un seul. Quant à celui de Mondovi, comptant à peine 
100 hommes sous les armes, il reçoit quelques hommes de l'autre bat., reste en Piémont. 
(Lettre de Déliera, le 6 mars.) 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 9 

Dans la vallée de la Vésubie, le marquis Colli, avec Mars 1794. 
quelques centaines de volontaires et un millier de milices, 
parvient à imposer aux 4,000 hommes d'Utelle et de 
Saint- Arnoux. Une grand'gardc piémontaise, un instant 
refoulée du Pical, le 25 février, y est ramenée 1 . Pour sou- 
tenir les détachements de Belvédère et de Lantosque et 
faciliter la construction des ouvrages prescrits par le gé- 
néral Colli, la compagnie de milice Cauvin se joint aux 
volontaires gardant les baracons de l'Authion, où les nei- 
ges commencent à fondre 2 ; elle engage bientôt la fusillade 
avec des reconnaissances poussées de Colla Bassa, de Mou- 
linet et du Mangiabo jusqu'à la Calmette, le Mantégas et 
le Maurigon 3 . Le reste des bataillons cantonnés dans le 
vallon de Cairos monte alors aux Mille-Fourches et, sous 
la direction du colonel de Revel, répare les huttes et les 
retranchements, élève de nouvelles fortifications et des 
baraques en planches 4 . Le 13 mars, le mauvais temps 
oblige à interrompre ces travaux en partie terminés 5 . 

Du côté de la Roya, les escarmouches sont incessantes, 
à partir du 5 mars, entre les grand'gardes françaises de 
l'Agnon, du col de Brouis, de ]a tour de Breil et les postes 
piémontais de la Maglia, du colombier de la Croix de 

1. Arch. de la Guerre : Situation du 19 février. — Arch. de Breil, pièce n° 70 a : Lettre 
du général Déliera à M. de AVins, le 27 février. Il cite, comme s'étant distingués à cette 
affaire, M. de Saint-Bias et le lieutenant de milices Otto. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 70 a (Corresp. de Déliera). Le major de Malausséna et le 
capitaine de Maulandi vont lever le plan du Tueis (lettre du 24 février). 

3. On rappelle que, sous le nom de Colla Bassa, on désigne le col situé entre les cimes 
d'Aurieras et de Savel, au sud-ouest du col de Saint-Roch (carte de l'état-major français). 
Quant au Maurigon, c'est le nom ancien du Ventabren. — Les affaires d'avant-postes 
dont il est question ici, sont indiquées dans les documents ci-après : Arch. de Breil, pièce 
n° 70 a ; lettres de Déliera des 27 février, 3 et 6 mars. (Au lieu de la Calmette, Déliera 
dit « la Fraccia »). Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, des 14, 16 et 17 mars, et 
relation du général Macquard. — Comme l'avait pensé Déliera, les Français s'installent, 
le 6 mars, au Ventabren ou Maurigon. La neige les contraint de se replier sur « la Roche 
percée ». Le 15, à 6 heures du matin, les Piémontais occupent le Ventabren, puis refou- 
lent ce poste. Le général Lebrun envoie des renforts du camp de Béolet. Les Français 
repoussent l'ennemi, qui laisse un mort et un prisonnier, emmenant sept à huit blessés. 
Ils ont un grenadier tué, un prisonnier et deux blessés. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 70 a. D'après la lettre du 24 février, il semblerait que la 
grande redoute de Mille-Fourches a été faite seulement à cette époque, à la place d'un 
baracon occupé par Déliera en 1793. — Les lettres des 26 février et 3 mars confirment 
l'indication donnée dans les Mémoires de Timon de Revel, p. 180, sur la présence du che- 
valier de Revel à l'Authion. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 70 a : Lettres des 13, 25 et 31 mars à M. de Wins. 



10 CONQUÊTE D'ONEILLE, D'ORMEA 

Mars 1794. Gan, d'Orneglia ou Ayne 1 . Malgré leur supériorité numé- 
rique, les soldats de la division Macquard sont fatigués par 
l'obligation de se garder de tous côtés avec la plus scru- 
puleuse attention 2 . Il en est de même sur toute notre ligne, 
qu'inquiètent chaque jour les milices, devenues plus nom- 
breuses et plus entreprenantes, malgré la rigueur de la 
saison 3 . Attaquées le 25 mars et soutenues par quatre com- 
pagnies de grenadiers, les troupes du Blaquet parviennent 
à refouler les Piémontais jusqu'au couvent des capucins 
de Lantosque, mais sont obligées de céder devant l'arrivée 
des réserves et de se replier sur un bataillon de chasseurs, 
porté jusqu'au plateau de la Condamine|. Par contre, le 20, 
une patrouille de 13 hommes est surprise et dispersée 
auprès de Peiracave 5 , tandis que le poste du Noyer, dépen- 
dant du camp de Saint- Arnoux, est assailli 6 . Le lendemain, 
c'est une garde avancée du côté de Lantosque qui est re- 
jetée par une centaine de miliciens sur celle du Signal 7 . 

1. Arch. de Breil, pièce n° 70 a. — Arch. de la Guerre : Relations du général Macquard 
et rapports de Dumerbion les 8, 9, 14 et 18 mars. — Ces engagements sont les suivants : 
5 mars, fusillade à la Giandola, à propos de l'enlèvemenf d'un âne et de deux vaches ; 
7 mars, à la pointe du jour, la tour de Breil est vigoureusement attaquée ; nous ne parve- 
nons à repousser l'ennemi qu'à 9 heures du matin, après une perte assez sensible ; Dél- 
iera indique, pour les Français, 20 morts et six chariots de blessés ; 9 mars, attaque du 
colombier de Malacria par 25 Piémontais, qu'un coup de canon met en fuite ; nuit du 
12 au 13 et matinée du 21 mars, fusillade aux environs du camp du col de Brouis ; 
28 mars, autre engagement près de la tour de Breil. — Les cartes française, sarde et ita- 
lienne portent Zuaine au lieu de Ayne, nom employé dans les documents piémontais de 
1793. — Quant à Orneglia, porté sur la carte sarde, ce sont les granges situées au sud de 
celles de Carchères de la carte française. Le colombier de la Croix de Gan était situé à 
peu près à l'emplacement marqué C. délia Monta sur la carte sarde, au-dessous de la 
Croix de Gan . Il ne faut pas le confondre avec le colombier de Malacria, dont il a été 
question dans le précédent volume et qui était en face sur la rive droite de la Maglia. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 70 a. : Lettre de Déliera, le 6 mars. La veille, sept miliciens 
ont été surpris aux environs de Sospel, où ils voulaient enlever des mulets ; deux se sont 
sauvés, un a été tué, les autres, faits prisonniers, ont été fusillés. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 70 a. — Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion. Ces 
affaires sont les suivantes : 16 mars, enlèvement par les Barbets, aux environs deCoaraze, 
d'un capitaine , un lieutenant, un chirurgien et un secrétaire de la 165 e demi-brigade ; 
17 mars, rencontre de deux patrouilles aux environs de Lucéram ; 24 mars, le poste de 
Saint-Colomba n est attaqué a 8 heures du soir, celui du côté de Lantosque à 11 heures. 
L'ennemi repoussé, on fait des patrouilles avec des torches, dans le vallon de Saint-Colomban. 

4. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 25 mars. — L'ennemi aurait eu 20 
tués ou blessés. La pluie a empêché de pénétrer dans Lantosque. — Arch. de Breil, pièce 
n° 70 a: Lettre de Déliera, du 26 mars, transmettant un rapport du marquis Colli sur 
« l'essai mal dirigé que les Français ont fait du côté de Lantosque ». 

5. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, les 21 et 30 mars. — La patrouille, sur- 
prise par 15 Barbets, à 2 heures du matin, s'est sauvée, en laissant ses armes. Le ser- 
gent a été conduit en prison à Entrevaux. Le commandant de Saint-Arnoux a envoyé un 
poste plus fort. 

6. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 20 mars : le poste, attaqué à 6 heures 
du matin, a été soutenu par une compagnie de grenadiers. 

7. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 22 mars : l'attaque est faite à 1 heure 
du matin. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 11 

Ces petits succès n'empêchaient pas le général Déliera Marsj794. 
de se rendre compte du danger de sa situation. Il trans- Pr y u ets 
mettait au baron de Wins les informations très exactes qui g p?émontoS? t 
lui parvenaient sur les renforts reçus par les Français, 
leurs mouvements et même leurs intentions 1 ; il sollicitait 
de nouveaux ordres 2 et envoyait reconnaître, sur sa gauche, 
les positions que l'on pouvait être amené à prendre dans 
les vallées de Dolceacqua et de Triora 3 . La cour de Turin 
était également tenue au courant des projets de l'ennemi 
par des correspondances de Gênes 4 , mais attendait, pour 
prendre un parti définitif, l'issue de négociations entamées 
avec l'Empereur sur des questions fort complexes. L'ambi- 
tion de la maison d'Autriche était trop grande, les affaires 
du Piémont n'étaient pas assez compromises pour qu'une 
entente pût s'établir à ce moment 5 . 

Tout ce qu'on parvient à obtenir, c'est qu'un corps Avril 1794. 
auxiliaire s'avancera vers Alexandrie et Dego , afin 
d'imposer à la République de Gênes 6 . 4,000 Piémontais 
doivent occuper la vallée du Tanaro, pour soutenir les 
chasseurs et milices gardant la principauté d'Oneille 7 et 
couvrir le flanc des troupes engagées dans le comté de 
Nice 8 , qui doivent être renforcées de 10 à 12 batail- 

1. Arch. de Breil, pièce n° 70 a (Lettres de Déliera, du 24 février au 31 mars) et pièce 
n° 71 (Précis des rapports du marquis Colli). 

2. Arch. de Breil, pièce n° 70 a : Lettres des 13 et 26 mars, beaucoup moins nettes 
cependant que celle du chevalier de Revel dans les Mémoires de Thaon de 'Revêt, p. 184 . 
et suiv. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 66. Ces « observations sur la principauté d'Oneille et pays con- 
finants pour servir à déterminer le plan d'opérations défensives le plus convenable contre 
les Français » sont peut-être le rapport remis par le colonel de Revel, au retour du voyage 
dont il est question dans les Mémoires, p. 184. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 60. 

5. Thaon de Revel, p. 183 et 184. La cour de Turin hésitait à entrer dans les Etats de 
Gênes, pour ne pas y attirer les Impériaux qui, possédant déjà en fiefs Dego et Millesimo, 
n'avaient que trop de tendance à mettre la main sur Savone, comme on le verra dans la 
suite de cette guerre. 

6. Ces troupes sont sous les ordres directs du général Wallis, subordonné à l'archiduc 
Ferdinand, gouverneur de la Lombardie autrichienne. — Mémoires de Thaon de Revel, 
p. 203. 

7. Archives de Breil, pièces n" 67, 75, 82 et 87. — Au commencement d'avril, il n'y avait 
que deux bataillons du régiment de Lombardie à Ormea et un bataillon de la légion légère 
dans la principauté d'Oneille. Vers le milieu du mois, le général d'Argenteau dispose en 
outre du second bataillon de la légion légère, d'un bataillon de Mondovi, d'un de Caprara, 
des grenadiers autrichiens et du corps franc de Giulay. 

8. Thaon de Revel, p. 181. — Arch. de Breil, pièces n os 77 et 91 k. (Voir pièce just. n° 2). 



12 CONQUÊTE D'ONEILLE, D'ORMEA 

Avril 1794. ions 1 . Le général Colli est appelé, le 6 avril, au comman- 
dement de ces dernières, en remplacement du comte de 
Saint- André, dispensé du service actif 2 . Le baron de Wins 
ne supposait pas que l'armée d'Italie prendrait l'offensive 
aussi rapidement et aussi vigoureusement, 
pian Mais, à la fin de 1793, le gouvernement révolutionnaire 

1 Voomifé s'était constitué en France par la concentration de tous les 

de Salut public. 

pouvoirs au sein du comité de Salut public. Rééligibles 
chaque mois et toujours maintenus dans leurs fonctions, 
les douze membres qui le composent acquièrent, par leur 
stabilité, l'autorité indispensable pour prendre rapidement 
les décisions extraordinaires commandées par les circons- 
tances et en poursuivre impitoyablement l'exécution 3 , 
janvier n94. Rien n'était plus urgent que de pourvoir à la défense du 
pays, dont toutes les frontières étaient menacées en même 
tamps. Pour la première fois depuis le commencement de 
la guerre, un plan général des opérations est élaboré, assi- 
gnant un rôle nettement défini à chaque armée 4 . 

Celle d'Italie a pour objectif la prise d'Oneille, afin 
d'empêcher toute communication immédiate entre les 
troupes austro-piémontaises et les vaisseaux anglo-espa- 
gnols, d'amener l'abandon des lignes de Saorge, en les 
prenant à revers 5 , et de faciliter l'arrivage des subsistances 

1. Arch. de Breil, pièce n° 75. — Lettres de de Wins à Colli, les 7 et 9 avril, annonçant 
l'envoi des régiments des Gardes, de Piémont, Saluées, Lombardie, du 2 e bataillon de 
chasseurs, des 8 e et 9 e grenadiers, des chasseurs de Pian et prescrivant, en retour, l'envoi 
du régiment de Nice sur Ormea, du premier bataillon d'Oneille à Démonte, du premier ba- 
taillon de Mondovi à Ceva. 

2. Thaon de Revel, p. 195. — Arch. de Breil, pièce n° 67. 

3. Mignet, Histoire de la Révolution française, tome II, p. 27 et suiv. 

4. Arch. de la Guerre : « Système général des opérations militaires de la campagne pro- 
chaine, par Carnot » (30 janvier 1794). Voir pièce just., n° 3. 

5. Cette idée n'était pas nouvelle. Aussitôt après l'insuccès de la première expédition 
maritime sur Oneille, le général d'Anselme propose, le 9 novembre 1792, une seconde opé- 
ration contre cette ville. — Le 13 juillet 1793, l'adjudant général Giacomoni, élargissant ce 
plan, propose, avec l'approbation du général Biron, de marcher sur Gênes. Le chargé d'af- 
faires dans cette ville, Naillac, repousse ce projet, dans ses lettres du 4 mars; mais l'am- 
bassadeur de France à Rome, Cacault, l'approuve, le 28 juin. — Déjà, dans une note jointe 
à sa lettre du 18 février 1793, Kellermann avait indiqué qu'on ne pouvait rien entreprendre 
sur la Bochetta et le haut Tanaro, sans être maître de Saorge. Dans ce but, il expose, le 
14 juillet, au comité de Salut public que, la campagne étant trop avancée pour marcher 
sur Gênes, il conviendrait de se porter sur la Nervia par Vintimille, de façon à forcer les 
Piémontais à évacuer le bassin supérieur de la Roya. Quant à la conduite ultérieure des 
opérations, il en détermine nettement les conditions, en les subordonnant toutefois à la 
possession de la mer. — Enfin, on croit devoir mentionner aussi certains projets fantaisistes, 
tels que : l'expédition sur Rome et la Lombardie, proposée par d'Anselme et signalée dans 
la lettre d'Aréna à Brissot, le 24 octobre 1792 ; l'attaque de l'île de Malte, présentée à 
Carnot, le 3 mai 1794, par le représentant du peuple Lebon, alors à Calais, etc. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 



13 



nécessaires non-seulement aux troupes, niais aussi à la Janvier im - 
majeure partie de la population des départements du 

midi 1 . 

A ce dernier point de vue, il était môme désirable que des ^£ nces 
l'expédition eût lieu le plus tôt possible. La disette avait de ai fa îwè. 
été tellement grande en Provence , pendant le siège de 
Toulon, que des représentants du peuple en étaient venus 
à proposer d'abandonner le pays à l'ennemi 2 . Les transports 
par terre étaient si difficiles , les besoins des armées du 
Nord et des Pyrénées si considérables, qu'on ne pouvait 
compter sur les approvisionnements tirés de l'intérieur de 
la France 3 . 

Le système du roulement des grains étant impuissant, Février im 
il ne restait d'autres ressources que celles des pays étran- 
gers, amenées par mer. Pour les utiliser, on avait dû 
autoriser le régisseur des vivres à dépasser les prix fixés 
par la loi du maximum*. 11 fallait aussi disposer de 
sommes considérables en numéraire et surtout ne pas 
refuser le paiement des traites négociées à Gênes et à 
Marseille 5 . 

Malgré tout, l'armée d'Italie vivait au jour le jour, 
attendu que, depuis l'incendie de l'arsenal de Toulon, il 

1. Arch. de la Guerre : Lettres du régisseur des vivres Haller, les 14 et 16 février 1794 
(voir pièce just. n° 4) ; lettre de Ricord, le 21 avril : il dit qu'il faut nourrir la population 
des départements suivants, réduite à des châtaignes et à la demi-ration : Alpes- Maritimes, 
Var, Bouches-du-Rhône, Hautes et Basses-Alpes, Drome, Rhône-et-Loh'e, Cote-d'Or, Ardè- 
che, Gard, Hérault, Aude, Lot, Lozère, Corrèze, Vaucluse, Corse. 

2. Arch. de la Guerre ; lettre de Barras et Fréron au comité de Salut public, le 1 er dé- 
cembre 1793. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres diverses. — Etat du 8 mars 1794. 

4. C'était un nommé Haller, ancien directeur des charrois. Il avait été nommé en rem- 
placement d'Hébert, qui s'était sauvé à Gènes, avec son gendre, Léchangeur, directeur des 
fourrages, après la venue d'un parlementaire anglais à Villefranche, le 19 septembre 1793. 
Ils laissaient toutefois des fonds considérables. Ils avaient peut-être craint d'être compro- 
mis dans l'affaire de leur correspondant à Gènes, Giustiniani, qui avait été accusé d'expé- 
dier des grains aux révoltés de Toulon. Le représentant de France à Gènes, Tilly, avait 
mis l'embargo sur les bâtiments. (Arch. de la Guerre : Lettres de Robespierre le jeune, le 
7 octobre, et du garde-magasin Catanet a Villefranche, le 19 septembre 1793.) — On rappelle 
que sous le nom "de « roulement », on désignait le procédé imaginé par Robert Lindet pour 
diriger les grains du centre de la France vers les armées. (Voir d'ailleurs I er vol., p. 59 et 
318, note 1.) 

5. Arch. de la Guerre: Lettre de l'adjoint du ministre de la Guerre au comité de Salut 
public, le 21 septembre 1793, transmettant une demande de 1.200.000 francs en numéraire, 
formulée par les administrateurs des subsistances pour achat de grains destinées à l'armée 
d'Italie. — Lettres de Robespierre le jeune et de Ricord, les 3 et 24 septembre 1793, de Hal- 
ler, les 14 et 16 février 1794, de Ricord, le 21 avril. Voir pièce just. n° 4. 



Mars 1794. 



14 CONQUÊTE D ONEILLE, D ORMEA 

Février H94. n 'y avait plus de navires de guerre en état d'escorter et 
de protéger les convois 1 . Le cabotage ne se faisait qu'au 
prix des plus grands risques. Chassés du large par les 
croiseurs anglais, les bâtiments, en approchant de la côte, 
tombaient entre les mains des corsaires sardes 2 . 
don£és d en S vue A la fin de février, la situation est devenue si précaire 
U sur oneiUe! on que le 'comité de Salut public se décide à abandonner le 
projet élaboré en janvier, qui subordonnait l'expédition 
d'Oneille à la prise des cols du Petit Saint-Bernard et du 
mont Oenis, de façon à tirer de l'armée des Alpes les 
renforts nécessaires 3 . 

D'ailleurs l'impossibilité, bien reconnue à cette date, 
d'envoyer des secours en Corse rendait disponibles 6.000 
hommes, conservés dans ce but à Toulon. On pouvait en 
tirer autant de Lyon sans inconvénient, puisque la campa- 
gne ne commencerait certainement pas avant le mois de 
mai, dans les hautes vallées de la Savoie et du Dauphiné 4 . 
Avec ce que fournirait l'armée d'Italie, on réunirait un 
corps de 18 à 20.000 hommes, qui paraissait suffisant. 

Les circonstances imposaient si bien cette solution que 
les ordres dans ce sens sont donnés, le même jour, à Paris 
par le comité de Salut public, à Nice par les représentants 

1. Arch. de la Guerre : Lettres des représentants du peuple, le 24 septembre. Bases du 
rapport sur les subsistances aux administrateurs des sociétés populaires du Midi, remis au 
ministre, le 5 octobre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre des contributions publiques, le 9 décembre 1793, 
signalant que, Gênes étant bloquée par la flotte anglaise, on n'en peut plus tirer des sub- 
sistances. Lettre de Haller, le 16 février 1794. — Les corsaires d'Oneille viennent d'enlever 
cinq cargaisons de blé. Une pinque génoise bien armée s'est battue longtemps, mais a dû 
céder à l'arrivée d'un brick anglais. — Extrait d'une lettre de Pertuis , vice-consul de 
France à Port-Maurice, ville génoise : deux felouques corsaires, commandées par Demay et 
Fougassières, sont en mer; on travaille à en armer une troisième. 

3. Système général des opérations, voir pièce just. n° 3. 

4. Les bat. venus de Toulon immédiatement après le siège pour renforcer l'armée 
d'Italie, sont les suivants : 2 e des 23 e , 28 e et 35 e régiments, 2 e de l'Ariège, 1 er de l'Ardèche, 
1 er des Landes, 4° de l'Isère, 5 e des Hautes-Alpes, 6 e de l'Isère, 2 e de 1 Aveyron, chasseurs 
ou 7° de l'Isère. — Ceux, destinés à la Corse et ayant rejoint l'armée d'Italie à la fin de 
mars, sont les suivants : 1 er et 2 e du 59 e régiment, 1 er du 10° régiment, 2 e du Mont-Blanc, 
3 e et 13 e de la Drôme, 3 e de l'Isère, 1 er de la Haute-Loire, 3 e des Basses-Alpes, chasseurs des 
Alpes, chasseurs révolutionnaires, 2 e Côte-d'Or. — Enfin, ceux envoyés de Lyon, sont les 
suivants : 5 e du Puy-de-Dôme, arrivant à Nice le 3 avril; 1 er de la Loire et 2 e de la campa- 
gne du Rhône, le 5 ; 1 er de Vienne et bat. de Forcalquier, le 10 ; 1 er de la campagne du 
Rhône, le 17. Ces bat. de réquisition étaient fort incomplètement armés et habillés 
(Arch. de la Guerre : situations et correspondance). 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 15 

du peuple l , avec une différence toutefois dans les moyens 
à employer pour diriger les troupes sur Oneille. 

La principauté dont cette ville était le chef-lieu, formait 
une enclave dans le territoire de la République de Gênes, 
en sorte que, pour y accéder par terre, il fallait violer la 
neutralité de cet Etat 2 . Le gouvernement français était 
assurément en droit d'user de représailles à l'égard d'une 
puissance qui n'avait pu empêcher un vaisseau anglais 
d'enlever dans un port neutre, en plein jour, par surprise 
et de vive force, la frégate la Modeste 3 . Le pouvoir, aux 
mains de l'aristocratie, était paralysé par l'existence de 
deux factions : l'une ouvertement hostile à la France, l'au- 
tre décidée à réprimer toute tentative de violence d'où 
qu'elle vînt; mais la majorité du peuple semblait bien 
disposée à notre égard. En agissant avec audace et énergie, 
on forcerait peut-être à se déclarer en notre faveur une 
autorité qui, devenue débile et caduque, pouvait être 
asservie par nos ennemis 4 . 

Telle était l'opinion du chargé des affaires de France à 
Gênes et probablement celle des généraux et des repré- 
sentants du peuple de l'armée d'Italie, qui envisageaient 
aussi cette opération comme un moyen de déboucher rapi- 
dement en Piémont. Le comité de Salut public, ne se 



Mars 1794. 



Attitude 

du 

gouvernement 

génois. 



1. Arrêtés du comité de Salut public et des représentants du peuple à l'armée d'Italie. 
Voir pièce just. n° 5. Voir, en outre, dans le présent volume, le chap. 2 de la III 4 partie 
et le chap. 2 de la V e partie. — L'arrêté du comité de Salut public est motivé par une 
lettre que le ministre de la Guerre lui adresse, le 3 mars, annonçant qu'il est urgent d'agir 
pour assurer les vivres. Quant à celui des représentants du peuple à Nice, il est déterminé 
par une situation de l'approvisionnement fournie par Haller, le 6 mars. 

2. Les territoires piémontais d'Oneille, de Loano, de Balestrino, de Concento et de 
Carosio formaient autant d'enclaves dans les Etats de la République de Gênes. Bien que 
des conventions réglassent les relations entre ces différents pays, les limites étaient si bizar- 
rement tracées qu il y avait continuellement des rixes entre les paysans des villages limi- 
trophes et d'incessantes contestations entre les deux gouvernements (Voir Arch. des Affaires 
étrang., fonds de Gênes et de Turin, de 1792 à 1794, et Arch. de Breil, pièce n a 9 g). 

3. Arch. de la Guerre : Lettre, du citoyen Chaillan, commissaire de la marine, Te 12 octo- 
bre ; de Robespierre le jeune et de Tilly, chargé d'affaires à Gênes, le 15 octobre ; du minis- 
tre de la guerre et de Chaillan, le 26 octobre 1793. — Voir, pour les détails, le chapitre 2 
de la V e partie. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Tilly, chargé d'affaires de France à Gênes, les 15 
octobre 1793 et 4 janvier 1794 ; extrait d'un journal anglais du 27 novembre 1793 ; lettres 
de Desforgues, ministre des affaires étrangères, au ministre de la guerre, le 13 décembre 
1793 ; de Haller, le 16 février 1794 ; note italienne envoyée de Nice par le citoyen Eymar à 
Saliceti, classée au 15 février. — Mémoires du général Roguet. Tome I, p. 128. 



16 CONQUÊTE DONEILLE, d'gRMEA 

Mars 1794. souciant sans doute pas d'augmenter le nombre de ses 
adversaires et n'ayant en vue, pour le moment, que la prise 
d'Oneille, préfère agir par mer et prescrit de diriger le 
plus grand nombre possible de bateaux sur Nice, point de 
concentration assigné aux troupes \ Le 10 mars, le général 
Hoche, de l'armée du Rhin, est désigné pour commander 
l'expédition, et les instructions à lui destinées sont adres- 
sées au représentant Saliceti, alors à Toulon 2 . Quelques 
jours après, ordre est donné de mettre Hoche en état 
d'arrestation et de l'expédier sur Paris 3 . Le général Petit- 
Guillaume, de l'armée des Alpes, doit le remplacer ; mais, 
bien que prévenu directement 4 , il n'arrive pas à temps 
pour accomplir sa mission 5 . 

Avril 1794. Avisés , à la fin de mars , des mauvaises dispositions 
manifestées à notre égard par les membres les plus in- 
fluents du gouvernement génois, informés d'un projet de 
concentration en Lombardie de troupes autrichiennes et 

1. Voir pièce just. n c 5. Il convient de remarquer qu'il y avait une certaine inconsé- 
quence à prescrire un transport de troupes nombreuses par mer de Nice à Oneille, alors 
qu'on reconnaissait l'impossibilité d'envoyer des secours en Corse, à cause de la supériorité 
des forces navales alliées. On n'employait, il est vrai, que de petits bâtiments pouvant 
raser la côte et s'échouer au besoin. Il n'en fallait pas moins beaucoup de temps pour les 
réunir et l'on était pressé. Ne devait-on pas aussi compter sur l'inconstance des vents et 
admettre que les vaisseaux ennemis pourraient bloquer la flottille dans quelque crique, sinon 
la détruire? Dans ces conditions,l'expédition était bien hasardée. On conviendra aussi qu'il 
était étrange d'appeler à la diriger un officier général étranger à la région, en lui donnant 
des instructions aussi vagues que celles rédigées par le ministre de la guerre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre de la guerre, le 6 mars, et de Saliceti, les 
24 et 25 mars. — A ce propos on observe que Koch commet une inexactitude dans ses 
Mémoires de Masséna, tome I, p. 29. Il dit, en effet, que Hoche a été nommé comman- 
dant de l'armée d'Italie, en remplacement de Carteaux, tandis qu'il est très nettement 
indiqué dans les instructions du ministre de la guerre qu'il dirigera seulement les troupes 
de l'expédition d'Oneille. 

3. Mémoires du général Roguet, tome I, page 499 : pièce just. n° 32. C'est l'arrêté du 
comité de Salut public, signé Collot-d'Herbois et Carnot, le 20 mars, prescrivant l'arres- 
tation de Hoche et son remplacement par le général Petit-Guillaume. Ce document n'existe 

fas aux Arch. de la Guerre, mais on y trouve l'ordre des représentants du peuple près 
armée d'Italie, Ricord, Robespierre jeune, Saliceti, en date du 30 mars, et Ile compte 
rendu fait, le lendemain, par le général Dumerbion, de l'arrestation et du départ de 
Hoche pour Paris, sous l'escorte d'un officier de gendarmerie et de deux gendarmes. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas au ministre, le 30 mars. Il se plaint 
du départ du général Petit-Guillaume, sans qu'il ait été prévenu. — Ordre du général 
Dumas, le 31 mars, prescrivant au général Pellapra d'aller à Embrun prendre le comman- 
dement de la première division de l'armée des Alpes, en remplacement du général Petit- 
Guillaume. 

5. En admettant que le général Petit-Guillaume soit parti de Gap le 29 mars et qu'il 
ait fait ses étapes sans séjour, il ne pouvait arriver a Nice que le 8 ou le 9 avril. A ce 
moment, l'expédition était commencée et il a dû comprendre qu'il était inutile. C'était, 
d'ailleurs, un caractère fort accommodant, si on en juge par la lettre d'Albitte et de 
Laporte à Robespierre jeune, du 18 juillet 1794. (Voir pièce just. n°41.) Il prend le comman- 
dement provisoire de l'armée des Alpes en remplacement du général Dumas. Voir chapitre 
suivant. 



DE SAORGE ET DU GOL DE TENDE 17 

napolitaines, qui pouvaient nous devancer dans la Rivière 
du Levant, et craignant de voir la République ligurienne 
adhérer, de gré ou de force, à la coalition, les représentants 
du peuple se décident, le 2 avril, à prendre immédiatement 
l'offensive par terre 1 . A ce moment, les troupes venant de 
Lyon sont annoncées ; celles qu'on destinait primitivement 
à la Corse ont rejoint et leur embrigadement est à peu près 
terminé 2 . Avec les corps prélevés sur l'armée d'Italie, ces 
forces constituent une division de 31 bataillons, plus ou 
moins complets, réunis à Monaco, Menton, Castillon, 
Sospel, et présentant un effectif de 20.000 hommes environ; 
le commandement en est confié au général divisionnaire 
Masséna 3 . Pour tromper l'ennemi, on procède à un échange 
de prisonniers à partir du 23 mars 4 . En outre, la gauche 
et le centre de l'armée d'Italie reçoivent l'ordre d'attaquer, 
le 6 avril, jour fixé pour le commencement de l'opération 5 . 
Dans la vallée de la Vésubie, deux à trois mille hommes 6 
se portent d'Utelle et de Saint- Arnoux, en trois colonnes, 



Avril 1794. 



Attaques 
dans la vallée 
de la Vésubie. 



1. Arch. de la Guerre : Lettre du chargé d'affaires à Rome, de Florence, le 11 février ; 
note italienne euvoyée de Nice à Saliceti par le citoyen Eymar, classée au 15 février ; 
correspondances de Lucques, du 22 février ; rapports de Dumerbion, les 15, 16, 17 et 18 
mars ; lettre de Saliceti, de Toulon, le 24 mars. Voir pièce just. n° 10. Koch : t. I er , pièce 
just. n» 1. Arrêté des représentants du peuple, en date du 2 avril. — Cette pièce est men- 
tionnée à cette date aux Arch. de la Guerre, à l'armée d'Italie ; l'original n'existe plus, mais 
il y en a une copie dans un registre classé au 22 août 1794. 

2. Au 1 er janvier 1794, il y avait, à l'armée d'Italie, neuf demi-brigades formées, savoir : 
22, 83, 84,99, 100, 101, 102, 129 et 165 ; une, la 21% était en formation. L'état du 4 février, 
déjà cité, indique que, dans le mois de janvier, on a formé en outre les 29 e , 46 e , 56 e , 
70 e et 166 e demi-brigades. D'après le rapport de Dumerbion, du 20 mars, ce premier em- 
brigadement était terminé et avait donné naissance à 15 demi-brigades. Les 21 e , 22", 56 e et 
83 avaient été complétées avec des bat. de la réquisition; on travaille à en faire autant 
pour la 36 e . Enfin, les trois bat. de ligne venus de Toulon dans le courant de mars, ont 
donné naissance aux 19 e , 117 e et 118 e demi-brigades. 

3. Voir pièce just. n° 6. 

4. Arch. de la Guerre : Arrêté des représentants du peuple, le 8 mars; rapport de 
Dumerbion, le 25 mars ; lettre du chef d'état-major au commissaire Sucy, à Valence, le 
29 mars, et à la municipalité de Fréjus, le 8 avril, pour suspendre l'envoi des prisonniers. 
L'échange se poursuit cependant à la Giandola, du 13 au 22 avril. On n'échangeait pas les 
prisonniers anglais, espagnols et napolitains. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport attribué à Dumerbion et classé au 14 avril. 

6. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, du 9 avril C'est le seul document fran- 
çais où il soit fait mention de cette attaque ; encore n'y est-il question que de la colonne de 
droite, dirigée sur Gaudissart. Les grenadiers, secourus tard, sont refoulés, ayant cinq 
tués, dont un capitaine, et 23 blessés, dont un capitaine. Arch. de Breil, pièce n° 71. Voir 
pièce just. n° 7. — En l'absence de données françaises, on a adopté les chiffres du marquis 
Colli. Il convient cependant d'observer que, d'après la situation du 21 mars (pièce just. n° 1), 
l'effectif total des postes de Levens, de Saint-Amoux, d'Utelle et environs atteint seulement 
5,000 hommes, et qu'il faut en déduire un millier environ pour les corps entrant dans la 
composition de la division Masséna, 2 e infanterie légère, compagnie franche corse, grenadiers 
des Alpes, 5 e grenadiers (Voir pièce just. n° 6.) Le chiffre de 2.000 hommes est donc plus 
probable que celui de 3.000. 



18 CONQUÊTE d'.ONEILLE, d'ORMEA 

Avril H94. sur i a redoute de la Cerisière, le Pical 1 et Gaudissart 2 . La 
colonne du centre parvient jusqu'à Lantosque, où elle se 
disperse pour piller. Prévenu, quelques heures avant l'atta- 
que, par un émissaire et par le lieutenant-colonel Testons, 
commandant les milices de la Tinée 3 , le major Colli agit 
avec beaucoup de décision et manœuvre avec habileté. Il 
conduit sa réserve,quelques centaines d'hommes seulement, 
au secours du poste capital, la Cerisière, défendu par le 
comte de la Roque, force les assaillants à la retraite et se 
retourne vers le Pical pour dégager Lantosque ; puis, 
réunissant ses forces, il enlève le mamelon du Ciastelard 4 
et fait poursuivre l'ennemi par ses milices jusqu'aux 
retranchements de Figaret et de Saint- Arnoux 5 . 

Attaques A l'Authion, les Austro-Sardes ont plus de troupes que 

du côté 

de l'Authion. (i ans ] a vallée de la Vésubie. Quatre bataillons 6 y occupent 
au Château, à la Força, dans la baisse de Provérière et aux 
Mille-Fourches, des ouvrages armés de 11 bouches à feu 7 . 
Deux compagnies de grenadiers sont retranchées auTueis, 
sur leur front; des gardes sont détachées, à droite, aux cols 
de Saint- Véran et de Raous, d'ailleurs couverts par le 
corps du marquis Colli. Le premier bataillon de Peyer- 

1. On rappelle que ce nom, porté sur la carte sarde, désigne les granges indiquées, par la 
carte française, sur l'éperon au sud de Saint-Georges, point côté 608. Le chemin d'Utelle à 
Lantosque passait par Figaret, le Pical et le couvent de Saint-Pancrace (Mémoire du 
général Garnier, p. 90.) 

2. Gaudissart, porté sur la carte sarde, est le petit sommet qui se trouve sur la carte 
française au«-dessus de l'n de Pancrace, à l'ouest du point côté 1023. — Dans sa relation 
(Arch. de Breil, n° 67), M. de Malausséna dit « le Duc » qui, d'après la carte sarde, est le 
sommet côté 1155 sur la carte française. C'était en somme le poste piémontais couvrant les 
avenues de Lantosque à travers le contrefort qui se détache de la cime de la Claudine. 

3. Ces milices étaient au nombre de 165 hommes, répartis dans les villages de Clans, 
et Marie. 

4. Le Ciastelard est le contrefort entre le mamelon des Anges et l'éperon du Pical. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 71. Voir pièce just. n° 7. — La manœuvre du major Colli 
peut être considérée comme un modèle d'opérations en montagne ; aussi a-t-elle parfaite- 
ment réussi. Il ne devait pas d'ailleurs y avoir de liaison entre les colonnes françaises, la 
gauche de l'armée d'Italie n'ayant pas encore de chef. Le général Garnier n'en prend le 
commandement que le 22 avril 1794. — Thaon de Revel, p. 186. 

6. Arch. de Breil, pièce n°67. — Relation de M. de Malausséna, intitulée Journal his- 
torique. — Pour éviter des répétitions, on se borne à dire ici que cette relation a été uti- 
lisée pour la rédaction du présent chapitre. — Thaon de Revel, p. 181. — Ces bataillons 
sont : le 5" grenadiers, les 2 e de Montferrat et de Peyer-im-Hoff et un bataillon de pion- 
niers. — D'après la situation du 8 avril (pièce just. n° 2), l'effectif de ces six bataillons est 
de 1,885 hommes. — Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion les 18 mars, 7 et 8 avril. 
D'après les déserteurs, il devait y avoir à l'Authion 1,500 à 2,000 hommes, avec dix ou onze 
pièces de 8 et de 4. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 78. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 19 



Avril 1794. 



im-Hoff à Fromagine dans le vallon de Cairos, le premier 
de Montferrat à la redoute de la Béola, forment réserve, 
tandis que les milices de Moulinet,soutenues par des volon- 
taires, couvrent la gauche du côté du Ventabren et repous- 
sent facilement les démonstrations françaises tentées dans 
cette direction. 

Partant de Lucéram et du col de Saint-Roch, le général 
Bizanet arrive, vers 10 heures du matin, au plan de la 
Calmette ; il pousse 600 hommes jusqu'au Mantégas et à 
la tête de la Fougasse. La majeure partie de cette troupe 
descend même dans la baisse du Camp d'Argent, faisant 
mine d'attaquer le Tueis, que menace en même temps une 
petite colonne venue de Moulinet par le contrefort des 
granges de Saint-Martin. Celle-ci est arrêtée par des 
volontaires de Peyer-im-Hoff et une centaine de grenadiers 
détachés du poste du Tueis, que renforce un des bataillons 
de l'Authion. La fusillade dure jusqu'à midi ; les deux 
partis travaillent ensuite à se retrancher 1 . 

Sur la rive droite de la Roya, la grand'garde du col da 4 t1 ia q vané< 
d'Agnon repousse d'abord la moitié du corps franc piémon- de la Roya * 
tais et les chasseurs Canale des granges de la Maglia, 
auxquelles elle met le feu. Elle est bientôt obligée de se 
replier à son tour devant les renforts envoyés par les trois 
bataillons chargés de la défense du massif de Colla Bassa 
et reste sous les armes toute la nuit 2 . En même temps, un 
détachement plus important débouchait de la Giandola, 
prenait pied sur la rive gauche du vallon de la Maglia et 

1. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, les 7 et 8 avril. Il ne parle que de 600 
hommes, qui ont chassé l'ennemi de la Fougasse. 11 est probable cependant que le général 
Bizanet ne se serait pas avancé aussi loin et surtout ne serait pas resté aussi près de 
l'ennemi s'il n'avait pas été plus fort. De plus, le rapport ne mentionne pas les pertes 
françaises et accuse, du côté de l'ennemi, 4 tués, 15 blessés, 7 prisonniers et 34 déser- 
teurs, tandis que M. de Malausséna ne parle que de soldats légèrement blessés et en 
donne une raison assez curieuse pour être rapportée ici : « Pour empêcher les soldats de 
réfléchir au danger et pour donner à connaître à l'ennemi qu'on était en force, on fit faire 
plusieurs décharges du sommet du Tueis, quoique hors de la portée exacte. » 

2. Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard. Il avoue deux blessés et compte 
pour l'ennemi quatre tués et six blessés. M. de Malausséna, ordinairement très précis, ne 
dit rien à cet égard. Rapport de Dumerbion, le 8 avril. 



•20 CONQUÊTE D ONEILLE, D ORMEA 

Avril H94. y mettait en batterie deux pièces et deux obusiers, dont 
le feu obligeait la garde avancée du Colombier à se replier 
sur le poste de la Croix de Gan l . Mais c'était surtout entre 
la vallée de la Roya et le littoral de la Méditerranée que 
se portait l'effort des Français. 
Aperçu Cette région montagneuse 2 est dominée par l'arête qui 

de la topographie " ° 

df Kne relie le mont Bertrand à la cime de ïoraggio, à travers 
des opérations. j a q ue ]_]_ e s011 t ouverts les passages du Tanarello, de Colla 
Ardente et de la Tanarda 3 , conduisant de Tende et de la 
Briga, en arrière de Saorge, dans les vallées du Tanaro, 
du Giribonte et de la Nervia. Les débouchés en étaient 
acquis aux Piémontais 4 par le tracé de la frontière génoise 
qui, à partir du mont Bertrand, suivait le cours du Negrone 
et du Tanaro, tandis qu'au sud elle se rapprochait du 
littoral 5 ; le marquisat de Dolceacqua, constitué par la plus 

1. Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard. Il dit que l'ennemi se défend 
toute la journée, mais évacue le soir. Rapport de Dumerbion, le 8 avril. On a jeté 
obus et boulets dans le camp de Marta. On devait l'attaquer, si l'ennemi s'ébranlait. Les 
grenadiers ont pris le poste de l'ambulance, malgré un chemin très étroit. 

2. La description qui suit est le résumé des pièces n os 65 et 66 des Arch. de Breil, dont 
il a été question antérieurement. On s'est aussi servi de la carte de Bâcler d'Albe et d'un 
plan manuscrit sur huilé qui se trouve aux Archives des cartes, 9" division, subdivision b, 
n» 53. Ce plan doit avoir servi à l'état-major de l'armée d'Italie en 1795. Les positions 
occupées après la retraite de Savone, entre Loano, Zuccarello, Ormea et le col de Termini, 
y sont nettement indiquées, ainsi qu'une formation des colonnes d'attaque paraissant corres- 
pondre au premier projet de Kellermann, à l'envoi duquel ce plan était peut-être joint. 
Enfin on a également consulté le Mémoire du général Garnier sur le département des 
Alpes-Maritimes, déjà cité. 

3. Par suite d'une étude ou d'une connaissance insuffisantes du terrain, les auteurs qui 
ont traité cette première partie de la campagne de 1794 n'ont donné que des récits extrê- 
mement confus et parfois bizarres. Pinelli lui-même a commis de graves erreurs, tout en 
signalant celles de Jomini et de Koch dans la note de la page 415 du 1 er vol. de son His- 
toire militaire du Piémont. Il importe donc de préciser l'emplacement de ces points. — Le 
col de Tanarello est immédiatement au point de la cima di Tanarello de la carte sarde, qui 
se trouve elle-même entre le mont Saccarello et la pointe de Farenga. — Le pas 
de Colla Ardente est ouvert entre le mont Saccarello et le piton à l'est du mont qui, 
dans les documents de l'époque, porte le nom de cime du Bois ou cima del Bosco. C'est 
le point appelé par le général Garnier « redoute Bruslé », en souvenir de la mort du général 
de ce nom. — Le col de la Tanarda est plus difficile à définir. C'est le col dénomme sur la 
carte sarde « campo d'Anan », ouvert entre la cima délia Valletta, où, d'après le capitaine 
Maulandi et la carte du général Garnier, il y avait un baracon, et le monte dei Grai. 
Malaussêna indique que ce col est en face de Marta et à trois quarts d'heure.Pour y arriver, 
on passait à Porta Bertrand ou Bertrana, où se trouvaient les sentinelles du poste de la 
Tanarda. Il ne faut donc pas confondre le col de la Tanarda avec le monte Tanarda, qui 
est au sud-est et sur les pentes orientales duquel se trouvent, d'après la carte sarde, Bosco 
Tanardo et les granges Tanarda. Du col de la Tanarda on peut, ou descendre directement 
sur Buggio, ou gagner Pigna par le mont dei Carmi Binelli, ou aller a Triora par le 
mont Gerbentina. 

4. Etaient aux Piémontais le Ciaggie, au débouché du Tanarello, Rocca di Realdo et 
Verdeggia, au débouché de Colla Ardente, Buggio au débouché de la Tanarda. 

5. Du mont Tanarda, la frontière suivait le versant occidental des monts Ceppo et 
Bignone jusqu'au mont Nero, au-dessus de Bordighera, laissant Bajardo aux Génois, 
Seborga aux Piémontais ; elle remontait ensuite vers le nord, passait entre Soldano et 
Dolceacqua et suivait le contrefort d'Abellio, jusqu'au pied de la Roche Fourcoin. Ce tracé 
est, du moins, celui qu'indique le plan manuscrit dont il a été question ci-dessus. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 21 

grande partie du bassin de la Nervia, appartenait au roi 
de Sardaigne. 

Le contrefort qui sépare cette dernière vallée de celle 
de la Roya, est d'abord âpre et escarpé ; il ne peut être 
franchi aisément qu'à la baisse ou Scaffa de Gio l , gardée 
par les postes d'Orneglia et de Zuaine, sur le versant 
de Saorge; par le 2° bataillon de Nice, cantonné à la 
Rochetta, dans le haut vallon de Dolceacqua et par 400 
milices, postées à la Roche Fourcoin 2 . A partir de ce point, 
la montagne s'affaisse brusquement et se transforme en 
une chaîne de collines, position militaire utilisée avec 
succès, en 1747, par le baron de Leutron, pour interdire 
l'entrée de la Rivière de Gênes à l'armée franco-espagnole. 

L'intervalle compris entre la Nervia et le Giribonte est 
couvert par les massifs boisés des monts Ceppo et Bignone, 
difficilement franchissables en dehors du chemin de la 
Corniche et des sentiers qui, par la large dépression du 
Langon ou de San Gioanni dei Prati 3 , relient Pigna et 
Triora. De cette dernière localité, on communiquait direc- 
tement avec la vallée du Tanaro, sur le territoire génois, 
par le pas de Garlenda 4 , à l'est duquel les montagnes 
moins élevées et à pentes plus douces permettent l'accès 
des vallons de l'Aroscia et de l'Impero 5 . Celui-ci consti- 
tuait la principauté piémontaise d'Oneille, dont le territoire 

1. Dans les documents du temps, on désigne sous le nom de mont Jove la région com- 
prise entre Ponta-Comune et le mont Arpetta de la carte sarde ; on écrivait aussi Giau. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 67. — Thaon de Revel, p. 182 et 187. Les troupes de Zuaine, 
appelé aussi Ayne, avaient leurs avant-postes jusqu'au mont Aine, et celles de Fourcoin 
occupaient la grotte et la croix de Mauriagna, serrant ainsi Breil de très près. 

3. La carte sarde porte Fontaine Langon au sud-est du mont dei Carmi Binelli ; on y 
monte de Buggio ou de Pigna et on descend à Triora, en passant par ce que les anciennes 
cartes désignent sous le nom de col de Langon. — On va à San Gioanni dei Prati, de 
Pigna par Castel Vittorio ; on passe ensuite à l'ouest du mont Vedunno et l'on gagne 
Triora par Costa Stornina. Toute la crête entre Langon et San Gioanni dei Prati est d'ail- 
leurs gazonnée ainsi que les deux versants et, par conséquent, propre à l'établissement 
d'un camp important. 

4. Appelé dans les documents du temps col de Barbon. On lit, du reste, sur la carte 
sarde, passo di Garlenda Barboun. 

5. Les passages les plus importants sont : les cols de Mezzaluna et dePizzo, par lesquels 
on passe de Triora à Rozzo, les sentiers de Montalto à Carpasio et Conio ou à Villatalla. 
Au sud, les collines sont partout praticables, aussi bien que la crête du contrefort, jusqu'au 
mont Saccarello. L'Aroscia est formé par les ruisseaux qui descendent des monts Monega, 
Fronte et Densa et se réunissent entie Mendatica et Montegrosso. 

3. 



Avril 1794. 



■22 CONQUÊTE DONEILLE, D ORME A 

Avril 1794. s'étendait, en outre, à l'ouest, dans la vallée de Taggia, 
près de Montalto, au nord, et à l'est, dans celle de Pieve 
di Teco et de Villanova, jusqu'à Rezzo et Garlenda 1 . 

La garde en était confiée aux miliciens du pays et au 

2 e bataillon de la légion légère 2 , dont l'autre bataillon était 

en quartier d'hiver à Ceva. Il n'y avait à proximité que le 

régiment de Lombardie, cantonné à Mondovi et Ormea 3 . 

Projets On avait tenu compte de ces conditions topographiques 

d'opérations. L x <j i. a 

dans l'établissement du projet d'opérations, dont le double 
but, conquête d'Oneille et prise à revers des lignes de Saor- 
ge, était nettement indiqué par l'arrêté des représentants 
du peuple, du 2 avril. A cet effet, les forces destinées à l'ex- 
pédition étaient réparties en quatre divisions, de même effec- 
tif à peu près, dénommées d'après les points à' atteindre 4 . 

1. Pieve di Teco ou la Pieva, d'après les anciennes cartes, est le centre des communica- 
tions du haut bassin de l'Aroscia ; Villanova ou Borgo di Villanova joue le même rôle dans 
la partie inférieure. — Le territoire piémontais du côté de Rezzo comprenait aussi le village 
et la montagne de Montegrosso ; cette dernière est désignée, sur les cartes modernes, par 
le nom de mont Monega. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 91 g : « Rapports des événements qui ont précédé et succédé 
à la prise de la ville et province d'Oneille ». Cette pièce n'est pas signée, mais elle est ac- 
compagnée de la lettre suivante : « Vous me feriez tort, Monsieur, si vous m'accusiez ou 
de négligence ou de manque d'empressement à seconder vos désirs. M. le comte Alciati, en 
me remettant la lettre dont vous m'avez honoré, me promit de me fournir un moyen pour 
y répondre. Il ne remplit sa promesse que dans le moment. J'en profite pour avoir l'hon- 
neur de vous envoyer le brouillard du rapport sur la prise d'Oneille. Heureux si vous savez 
le déchiffrer, plus heureux encore s'il peut vous être de quelque utilité pour l'objet que vous 
vous proposez. Mais il ne peut pas vous donner des lumières sur un pays que vous avez 
parcouru, ne parlant que des faits probablement bien étrangers à ce que vous voulez traiter. 
Quoi qu'il en soit, vous le trouverez ci-inclus, vous demandant la faveur de ne le communi- 
quer à personne, de me le renvoyer et de me croire, avec les sentiments les plus respec- 
tueux, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Le chevalier de la Place. 
Mondovi, le 2 novembre 1794. » 

3. Voir l or vol., pièce just. n" 87. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre de bataille pour l'expédition projetée, classé au 5 avril. 
Voir pièce just. n° 6. — Il faut remarquer l'organisation du pare d'artillerie de ce corps. 
C'était la première fois qu'on avait, en France, un équipage de montagne bien organisé. 
Napoléon, dans ses Commentaires, en attribue tout le mérite au lieutenant-colonel de 
Faultrier, directeur à Nice. — Koch, 1 er vol., pièce just. n° 2, p. 258 : Expédition d'Oneille. 
Ce projet d'opérations n'existe ni aux Arch. de la Guerre, ni à celles de la Sect. tech. du 
Génie. Il convient d'attirer l'attention sur des erreurs assez graves commises par le général 
Koch : Il est dit, p. 37 et suivantes du 1 er vol. des Mémoires de Masséna, qu'à la suite 
d'un conseil de guerre, on demanda la permission de passer sur le territoire génois au 
comité de Salut public, qui l'accorda le 8 février. Déplus, à ce conseil de guerre, Bonaparte 
aurait insisté pour que l'on agît en vue de tourner les lignes de Saorge par la Briga, 
attendu qu'il «avait eu occasion de reconnaître tout récemment » cette région. — Or, si 1 on 
se reporte à la correspondance éditée et inédite de Napoléon, on constate que Bonaparte, 
étant, le 8 février, à Marseille, ne pouvait être à Nice, où il n'a dû venir que dans les 
premiers jours de mars et seulement au titre d'inspecteur de la cote. Ce n'est que le 
20 mars qu'il existe une pièce officielle de la correspondance inédite, où il s'intitule général 
d'artillerie de l'armée d'Italie, qualité qui a dû lui être conférée sur la demande de Saliceti. 
(Correspondance). Il est d'ailleurs fort probable qu'il n'a pas quitté Nice pendant le 
mois de mars. — A ce propos, il y a un certain intérêt à faire observer que la lettre 
n° 23, p. 27, t. I, de la Correspondance de Napoléon (Imp. Nationale, édition in-folio), est 
de 1794 et non de 1793 et devrait, par suite, être classée entre les numéros 38 et 39. Voir, 
d'ailleurs, à ce sujet, le chap. 2 de la V» Partie du présent volume, 



UE SAORGE ET DU COL DE TENDE 23 

A droite, celle d'Oneille doit se porter en deux colonnes A ™ 1 im 
sur cette ville et le haut bassin de l'Impero. Elle sera 
couverte, sur la gauche, par celle de Saorge, qui occupera 
les hauteurs de Fourcoin et l'Arpetta. Au centre, la division 
du Tanaro, suivie de la réserve, remontera la vallée de 
Nervia, de façon à gagner les sources du Giribonte et du 
Tanaro, en passant au nord du mont Ceppo. Elle sera 
alors en mesure soit de s'unir aux colonnes de gauche 
pour repousser les Piémontais au-delà du col de Tende, 
soit de manœuvrer de concert avec celles de droite pour 
déboucher sur Ponte di Nava. 

Les marches étaient réglées de telle sorte que l'opération 
fut terminée en quatre à cinq jours. A cet égard, on allait 
bientôt s'apercevoir qu'on avait compté sans les obstacles 
opposés par la nature aux mouvements de nombreuses 
troupes à cette époque de l'année. 

Les divisions sont passées en revue dans la journée du 4 
avril 1 et s'ébranlent dans la nuit du 5 au 6. 

Celle de gauche se forme à Sospel en deux colonnes, Mouvements 

D x 7 de la division 

pour attaquer les postes ennemis de la rive gauche de la de & auche - 
Roya, que menacent directement deux détachements sortis 
de Breil, l'un par la Penna et le pont de Libri, l'autre par 
la tour de Crivella 2 . La première colonne, conduite par le 
général Hammel, passe par Olivette, Airole, Abellio 3 et 
tiraille avec les milices du pas de Fourcoin, qui sont obli- 

1. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, le 3 avril. — Les troupes doivent avoir trois 
jours de vivres, 40 cartouches, deux à trois pierres à fusil. Ces revues préparatoires 
sont passées : à Menton, pour la division de droite, par le général Bruslé; pour la division 
du centre, par le général Cervoni et l'adjudant général Vabre ; pour la dhision de réserve. 
par le général François et l'adjudant général Langlois ; enfin, à Sospel, pour la division de 
gauche, par le général Lebrun et le chef de brigade Pijon. — Correspondance inédite de 
Napoléon : Ordre du 5 avril au capitaine Andreossy, directeur du parc d'avant-garde. — 
Les divisions se réunissent à 11 heures du soir: celle du centre, sur le chemin de Menton à 
Vintimille ; celle de réserve, dans Menton ; celle de droite, sur le chemin de Menton à Nice. 
Le départ a lieu, le 6, à 2 heures du matin (Rapport de Dumerbion, le 6). 

2. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 8 avril. — Lettre de Masséna, le 
20 avril. — Les détachements de Breil étaient sous les ordres du chef de brigade Pijon. 
Cet officier étant tombé malade, les postes piémontais de Zuaine et d'Orneglia furent 
laiblement attaqués. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du commandant de Vintimille. — Mémoire historique 
non signé. 



24 CONQUETE DONEILLE, DORME A 

Avril 1794. g.^g p eu .\ p eu j e se replier sur le mont Arpetta, par suite 
de la retraite des troupes de la Rochetta devant la deuxième 
colonne. 

Celle-ci, aux ordres du général Lebrun, franchit le pas 
de la Corne, gagne Sant' Antonio, le pas de Straforce 1 et 
prend position sur les pentes de Montai to, au nord de 
Dolceacqua 2 . Trop faible pour lutter contre ces 4.000 hom- 
mes, le commandant du 2 e bataillon de Nice bat en retraite, 
ainsi qu'il en a reçu l'ordre, et détache à Pigna un corps 
de 300 hommes pour surveiller la marche de l'ennemi du 
côté de Toraggio. Il rallie le reste de ses forces à l' Arpetta 
et descend à Saorge, où il arrive à 10 heures du soir. Le 
poste d'Orneglia averti se retire également dans la nuit 3 . 

Le *7 avril, le général Hammel s'établit sans opposition 
à la Scaffa de Gio et au pas de Muratone, mais ne peut dé- 
boucher au delà 4 , les chemins ayant été rompus par les 
Piémontais 5 . Le profond ravin où coule la Bendola est du 
reste défendu par les forces qui ont abandonné le marqui- 
sat de Dolceacqua, augmentées de trois bataillons de la 
réserve G . Les troupes régulières sardes sont établies par le 
capitaine d'état-major de Maulandi, la droite à des maisons 
crénelées, aux environs de Saorge, le centre couvert par les 
batteries de Bergeiron et du Cugnet, préparées à l'avance, 
la gauche à la butte de Casto, gardée par la compagnie de 
chasseurs des grenadiers royaux 7 . Au delà, les milices oc- 

1. Cet itinéraire n'est indiqué nulle part avec précision. Il paraît résulter des indications 
topographiques données par Montanel, Topographie militaire des Alpes, p. 23. 

2. Peut-être aussi à Roechetta. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 74. Voir aussi Thaon de Revel, pag. 187. Il n'est pas hors 
de propos de faire remarquer qu'en agissant ainsi, Déliera se conformait aux instruc- 
tions du général Colli, prescrivant en cas d'attaque de replier les troupes derrière la ligne de 
la Bendola et de prolonger cette ligne vers Colla Ardente en restant sur le territoire pié- 
montais. En se retirant, le commandant d'Orneglia emporte ses trois canons de montagne, 
après avoir fait détruire en partie les munitions, qu'il ne pouvait enlever faute de mulets. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna, le 9 avril. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 65. 

6. Les deuxièmes bat. des grenadiers royaux, de Turin et de Nice. 

7. Bergeiron n'est indiqué que sur la carte de l'état-major sarde; Casto est porté sur les 
cartes française et sarde. Quant au lieu dit Cugnet, il n'est marqué sur aucune carte ; il se 
trouve entre les deux points précédents. 



I 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 25 

cupent les retranchements pratiqués dans les rochers de Avi<il 1794 - 
Pallandrin, au château et aux terres de la Baragna l . 

Ayant informé Masséna des difficultés insurmontables 
que présentait l'attaque de Saorge dans cette direction, 
Hammel reçoit l'ordre, les 7 et 8 avril, de venir le rejoin- 
dre à.Montalto, en passant par Pigna et Molini 2 . 

Pendant ce temps, le reste du corps expéditionnaire avait Mouvements 

x L de la division 

gagné du terrain. Rassemblé le 5, à 11 heures du soir, aux du centre - 
environs de Menton 3 , sa tête avait atteint Vintimille, le 
lendemain à la pointe du jour; là il se sépare en deux 
colonnes. A droite, la division d'Oneille, sous le général 
Mouret,suivie des représentants du peuple, prend le chemin 
du littoral et va coucher à San Eemo et à Bordighera 4 . La 
colonne de gauche, conduite par Masséna, se porte à Dol- 
ceacqua et Isola Bona, où reste le générai François, puis 
vers Pigna, qu'atteint avec peine, après 16 heures de mar- 
che, la tête de la division du Tanaro, commandée par le 
général Laharpe 5 . 

Avisé de cette marche par Maccarini, qui s'était porté 
à Pigna, Déliera se conforme aux instructions du général 
Colli. Il dirige de Saorge, dans la nuit du 6 au 7 avril, le 
major d'Auvare, avec 100 hommes de son bataillon de 
chasseurs, sur la Tanarda 6 , et le 2 e bataillon d'Asti vers 
la Briga, d'où, renforcé par les milices de cette localité et 
la moitié du corps franc venue de Tende, le comte de 
Saint-Michel doit se porter àFraisso et à Colla Ardente. Le 
chevalier de Revel , envoyé à la Briga , est chargé d'as- 

1. Voir, en outre, Thaon de Revel, p. 18S, et le mémoire déjà cité, joint aux instructions 
de Colli (Arch. de Breil, pièce n° 65), pour le détail des défenses le long de la Bendola et à 
Saorge. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna aux représentants du peuple et à Hammel. 

3. Arch. de la Guerre : Corresp. inédite de Napoléon : Ordre du 5 avril. — Rapport de 
Dumerbion classé au 14 avril. 

4. Arch. clé la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 7 avril. — Lettre du commandant de 
Vintimille, le 8 avril. — Arch. de Breil, pièce n* 91 h. — Koch, Mémoires de Masséna, 
tom. 1 er , p. 45 et suiv. La proclamation aux Génois donnée par Koch diffère un peu de la 
pièce semblable existant dans les Arch. de Breil, n° 70 b. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 8 avril, et pièces déjà citées. 
(S. Arch. de Breil, pièce n" 73. 



28 CONQUÊTE d'ûNEILLE , d'ORMEA 

Avril 1794. surer l'action commune de ces deux corps ; mais, par suite 

du mauvais temps, ils ne peuvent remplir leur mission 1 . 
occupation Le 7, de errand matin, Masséna avec la division du Ta- 

de la Tanarda. a 

naro, s'était porté par Buggio au mont Tanarda, qu'avait 
quitté Maccarini, abandonné par une partie de ses milices, 
et réduit à 50 volontaires, pour se replier du col sur les 
huttes de Cima et Barcone di Marta 2 . Il laisse toute la 
118 e demi-brigade dans ce poste important et se rend lui- 
même, le soir, avec le reste des troupes, à Molini, s'étant 
fait précéder, à Triora, par un bataillon de la 46% qui a 
ordre de pousser vers Colla Ardente l Fort heureusement 
pour les Piémontais, une tempête de neige empêche ce 
mouvement. 

Le même jour, à 3 heures du soir, le chevalier Rey- 
baudy de la Gainée, précédant les colonnes, avait trouvé à 
la Cima di Marta les débris du détachement de Pigna, qui, 
manquant de vivres et transi de froid, se replie sur Saorge, 
à l'arrivée du major d'Auvare. Chassé par le mauvais 
temps de Barcone di Marta, qu'il ne peut dépasser, ce 
dernier est lui-même obligé de se réfugier dans les granges 
d'Anan 4 . C'est en vain que, dans la nuit, le régiment de 
Pignerol, arrivé la veille du Piémont, et le reste du bataillon 

1. Arch. de Breil, pièce n° 68 : Relation du capitaine de Ma ulandi. Cette relation complète 
et précise les renseignements donnés par Thaon de Revel, p. 188 et 189. On y trouve notam- 
ment la copie des deux lettres écrites à Déliera, les 6 et 8 avril, par le capitaine Mauro, 
commandant le 1 er bat. de Belgiojoso, qui avait été invité à s'avancer de ses canton- 
nements de Limone jusqu'à la Briga et reçut l'ordre du général de W'ins de ne faire aucun 
mouvement avant l'arrivée du 2 e bat., partant de Savigliano, le 8. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna, le 7 avril. — Rapports de Dumerbion, les 8 
et 9 avril. — Arch. de Breil, pièces n os 68 et 76. 

3. On remarquera, de nouveau, combien la relation des Mémoires de Masséna par 
Koch est erronée. Le passage si important de Masséna à la Tanarda n'y est pas même indi- 
qué. 11 y a aussi une étrange confusion, p. 47, sur la marche de Lebrun qui, s'il avait été à 
Triora, le 8, se serait déjà trouvé « au-delà du mont Tanardo » ; sur l'isolement de Ham- 
mel ; sur les opérations de Macquard, qui n'avait pas de « cols encore obstrués par les nei- 
ges » à traverser, etc., etc. Ces erreurs sembleraient indiquer que Koch n'a pas eu à sa 
disposition toute la correspondance de Masséna, qui est fort importante cependant. — Arch. 
de la Guerre : Lettres de Masséna aux représentants du peuple, les 5 et 8 avril. Ordres du 
même général, le 7 avril, à la 118 e brigade de rester à la Tanarda (Rusca fixera l'empla- 
cement du camp) ; au commissaire Aubernou pour l'établissement d'un magasin à Pigna, 
l'approvisionnement des diverses colonnes, l'envoi de tentes à la Tanarda; a l'adjoint aux 
adjudants généraux Sornet, pour diriger toutes les troupes sur Molini par Langon ; — ordres 
du 8 à Fiorella lui prescrivant d'aller à Colla Ardente et, en cas de neige, de se replier à 
Molini; au commandant de l'artillerie d'envoyer à Tanarda deux pièces de 3, etc. 

4. Arch. de Breil, pièces n os 68 et 76. — Thaon de Revel, p. 189. 






DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 27 

de chasseurs, maintenu jusqu'alors à Saorge, sont expédiés Avril im 
comme renforts \ Tout d'abord, sur l'ordre de Revel, le 
comte de Saint-Michel occupe Colla Ardente et envoie les 
milices de la Briga pour concourir à l'attaque de la Ta- 
narda, que ce millier d'hommes fatigués effectue molle- 
ment. Après quelques coups de fusil échangés avec les 
avant-postes français, ils reviennent à la Briga, sans même 
avoir bien reconnu l'ennemi, le brouillard épais qui régnait 
laissant à peine apercevoir les objets à quelques pas de 
distance. Ils y sont bientôt rejoints par le lieutenant-colonel 
de Saint-Michel, qui, prévenu par Reybaudy de cet insuc- 
cès, avait cru devoir quitter Colla Ardente, ainsi que le 
prescrivaient les premiers ordres 2 . 

Dans l'après-midi du 8, la situation du corps d'armée 
austro-sarde , exposé à être coupé de ses communications 
avec Coni, était donc des plus critiques. Il ne restait d'autre 
réserve que le 1 er bataillon de Nice, gardant les magasins 
de Tende, dont le général Déliera prescrit de préparer 
la destructions. Le lieutenant-colonel de Revel rédige 
même un projet de retraite par les cols de Raus et de 
la Madone de Fenestre 4 . On envoie cependant à la Briga, 
avec mission d'employer tous les moyens possibles pour 

1. Arch. de Breil, pièce n° 68. — Thaon de Revel, p. 188. 

2. Arch. de Breil, pièce n 0s 76 et 91 b : Lettre de Saint-Michel à Revel, le 8 avril.— Thaon 
de Revel, p. 189 et 190. — Dans sa relation, M. de Malausséna donne des détails très précis 
sur cette petite affaire, qui n'est même pas mentionnée dans les pièces françaises. Il dit 
notamment que M. de Saint-Michel ne put faire concourir à l'attaque un détachement de 
150 hommes, faute de guides pour le conduire, et qu'en apprenant l'insuccès de l'attaque, 
« il assembla ses officiers en conseil de guerre, qui résolurent unanimement de se retirer, 
sans qu'aucun observât qu'ayant reçu des ordres postérieurs, on ne devait plus se rapporter 
à la première lettre du chevalier de Revel. » 

3. M. de Malausséna fait très justement observer que « les hauteurs méridionales de la 
Briga perdues, celles qu'il fallait occuper pour couvrir la grande route exigeaient un nombre 
de troupes approchant de celles qui étaient dans le comté ; les retirer précipitamment des 
positions pour courir à celles du devant de Tende était un parti extrême, sujet au plus grand 
inconvénient, l'ennemi étant à portée de les devancer, s'il prenait la ligne à mesure qu'on 
l'abandonnait, il pouvait arriver qu'il leur coupât toute retraite. » De là cette émotion 
quand le messager, apportant le résultat du conseil de guerre du comte Saint-Michel, eut 
répandu «inconsidérément» l'alarme. « Bien des personnes accoururent au quartier géné- 
ral, entre autres les officiers de la solde, pour demander s'ils devaient faire brûler les grands 
magasins de Tende ; il leur fut dit de donner les dispositions pour les détruire, si Pon ne 
pouvait empêcher l'ennemi de gagner Tende et de faire tenir les mulets de l'armée prêts à 
marcher. » 

4. Thaon de Revel, p. 191. 



28 CONQUETE DONEILLE, D ORMEA 

Avhi 1794. engager les troupes harassées et démoralisées à remonter 
aux cols 1 , d'abord le capitaine de Maulandi, puis, le soir, 
le major de Malausséna. Peu après, ce dernier reçoit l'or- 
dre d'aller à la rencontre du général Colli, dont l'arrivée 
à Tende venait d'être annoncée 2 . 

A ce moment, d'ailleurs, le danger n'était plus aussi im- 
minent. Arrêté par la neige, souffrant également du froid 
et de la faim, le gros des forces françaises renonce à l'exé- 
cution de la première partie du projet d'opérations et se 
rejette vers la principauté d'Oneille. Toutefois, le mauvais 
temps ayant retardé la marche de la réserve et des colon- 
nes de vivres, Masséna quitte Molini, le 8 assez tard, et 
n'arrive à Montalto que le lendemain matin 3 . Informé par 
les Génois de la présence à Rezzo de quatre compagnies de 
la légion légère sarde et de milices chargées de garder 
Mezzaluna et Pizzo 4 , il les en chasse, le 9 au soir 5 , et con- 
fie la garde de ces passages au l or bataillon de la 46 e demi- 
brigade, commandée par Fiorella. Cette troupe est relevée 
à Triora par la 99% aux ordres du général François, en at- 
tendant qu'un bataillon de la 118 e y descende de Tanarda 6 . 
Obligé en outre de laisser des postes pour assurer l'arrivée 
des subsistances et des munitions du dépôt de Pigna, 
n'ayant pas encore été rejoint par les troupes de la division 

1. Arch. de Breil, pièce n° 68. Maulandi emportait 2.000 livres, «tant, dit M. de Malaus- 
séna, pour engager par l'appât du gain des volontaires à y monter d'abord, que pour faire 
et procurer, par ce moyen, tout ce qui serait nécessaire pour les soutenir. » Il trouve à la 



Briga deux bat. de Pignerol, le 2 e d'Asti, le corps franc, quatre compagnies de chasseurs, qui 
n'ont laissé aucune grand'garde ou poste d'avertisseinert sur les avenues des cols. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 75 c : Lettre du général Déliera au baron Colli, le 9 avril à 
minuit, de Saorge. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna aux représentants du peuple, les 7, 8 et 
9 avril. — Plaintes au commissaire Aubernon, les 8 et 9 avril. — Les approvisionnements 
n'arrivent que le 8, dans la journée, et en petite quantité. — Lettre de Masséna au com- 
mandant de la 118 e brigade, qui se plaignait du manque de vivres et de tentes et des souf- 
frances causées par le froid. 

4. Arch. de Breil, pièces n 06 91 g et h. Ces deux cols permettent de passer de la haute 
vallée de la Taggia, qui était aux Génois, à Rezzo, dépendant de la principauté d'Oneille, 
aux Piémontais. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna du 10 avril. Il dit que ces points « ont été en- 
levés au pas de charge, malgré qu'ils fussent près de 5 à 600 hommes; une pièce de 3 et 
plusieurs bovMes (sic). Tout cela ne nous a coûté que deux officiers blessés et trois grena- 
diers. Plusieurs Barbets ont mordu la poussière ; ils auraient eu tous le même sort, s'ils 
n'avaient fait escarpe (sic) à leur ordinaire. » 

6. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, le 10 avril. 



Mouvements 

de la division 

de droite. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 29 

de gauche, Masséna ne dispose plus que de 2.000 hommes 1 . Avril 1794. 
Il porte son avant-garde à Carpasio, comptant se rendre, 
le 10, à Conio. Mais, contrairement à ce qu'il pensait, il ne 
rencontre pas la division d'Oneille, dont il n'a aucune nou- 
velle depuis trois jours 2 . Celle-ci avait atteint son but, 
sans avoir à faire ni l'investissement ni le siège en vue 
duquel on avait embarqué à Nice un équipage d'artillerie 3 . 

En apprenant, le 6 avril au soir, l'entrée des Français 
sur le territoire génois, le chevalier de la Place, gouver- 
neur d'Oneille, avait convoqué un conseil de guerre. On y 
reconnaissait l'impossibilité de défendre la ville avec les 
faibles ressources dont on disposait. On se décidait néan- 
moins à essayer de retarder l'invasion de la principauté, 
pour permettre l'envoi de renforts du Piémont. Le lieute- 
nant-colonel Léotardi, avec une centurie de son bataillon, 
une compagnie de canonniers de Villefranche-sur-Mer et 
deux pièces de montagne, se rend à Rezzo, où les compa- 
gnies de grenadiers et chasseurs de la légion légère ont 
été déjà envoyées la veille. Il doit appeler aux armes les 
habitants. Deux autres compagnies vont en faire autant à 
Carpasio et Villatalla. Les deux dernières restent à Oneille 
avec 110 miliciens 4 . 

L'arrivée des émigrés français, abandonnant la Rivière 

1. Ce chiffre est donné par Masséna dans la lettre aux représentants du peuple, le 
10 avril. Si extraordinaire que cela paraisse, c'était tout ce qui restait d'une colonne de 
plus de 5.000 h. (centre) En effet, la 118 e demi-brigade, 1.755 h , était à Tanarda, un bat. 
de la 46 e , 8 ou 900 h., à Triora, et il avait fallu laisser en outre des détachements aux cols 
de Mezzaluna et Pizzo. Quant à la réserve, de plus de 4.000 h., obligée de suivre le même 
chemin muletier, encombré déjà par les convois, elle était à plus d'une marche en arrière. 
Le 3 e bat. de la 100 e était resté à Pigna pour la garde des magasins, détachant 100 hommes 
à Buggio ; la 99 e demi-brigade allait arriver à Triora pour relever le bat. de la 46 e . Quant au 
2 e bat. de cette demi-brigade et à la 21 e , il semble qu'ils étaient encore, le 9 avril, à Bug- 
gio ou Pigna. — Et cependant, dès le 7, l'adjoint aux adjudants généraux Sornet avait été 
envoyé à Buggio, Pigna et Dolceacqua pour diriger toutes les troupes sur Molini par Cas- 
telfranco eb Langon. Le 9, l'adjudant général Langlois était expédié à Pigna pour le même 
objet et pour accélérer l'arrivée des vivres à Montaïto. Ces faits prouvent la difficulté qu'il 
y a à faire marcher avec ensemble et à ravitailler une colonne de 8 à 10.000 h. sur un seul 
sentier de montagne. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna aux représentants du peuple, le 9 avril, et à 
Dumerbion, le 20. 

3. Arch. de la Guerre : Correspondance inédite de Napoléon. 

4. Arch. de Breil, pièces n os 91 g et h. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, 
le 23 mars. — Trois déserteurs d'Oneille avaient indiqué 400 h. dans la place. 



:;0 CONQUÊTE D ONE1LLE , D ORMEA 

Avril 1794. c je Gènes devant les soldats républicains, jette bientôt 
l'alarme dans cette ville 1 . Redoutant le même sort qu'en 
1792, les citadins et les paysans des environs chargent 
leurs effets sur les mulets et s'enfuient ; en sorte que, le 8 
à midi, on ne parvient à réunir à Santa Agata, sur la rive 
droite de l'Impero, que 90 milices sur 400 qui avaient été 
appelées 2 . 
Prise d'Oneiiie. Ce môme jour, les deux colonnes du général Mouret 
quittent Montalto et Castellaro, où elles ont passé la 
nuit. La première se porte sur Carpasio et est repoussée. 
La seconde débouche entre 2 et 3 heures de l'après- 
midi au pied des contreforts du mont Rosa. Un bataillon 
engage la fusillade avec les milices et les refoule sur 
Borgo. Le reste des forces manœuvre de manière à attaquer 
de front, le long de la côte, tout en gagnant la vallée vers 
Ponte dei Capuccini. Voyant sa ligne de retraite ainsi me- 
nacée, le chevalier de la Place se replie par Saint-Bernard 
et Costa Rossa, d'où il monte sur la crête de la montagne 
qu'il suit jusqu'à Torria 3 . 

Le lendemain, le générai Mouret poursuit les Piémon- 
tais en s'étendant sur sa droite, tandis que la colonne de 
Montalto, qu'après son échec il a rappelée à lui, enlève le 
col d'Acquarone, sur la rive droite de l'Impero, forçant 
ainsi les compagnies de Carpasio et de Villatalla à gagner 
Rezzo par Conio et le pas d'Aurigo. Exposé à être dé- 

1. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 25 mars. Il donne 4.000 émigrés, ce 
qui parait exagéré. — Arch. de Breil, pièce n° 91 g. 

2. Arch. de Breil. pièce n° 91 g : rapport du chevalier de la Place, gouverneur d'Oneille. 
Les renseignements qui suivent, en ce qui concerne les Piémontais, sont tirés de ce rapport 
très long et très précis. 

3. Arch. de la Guerre : Rapport du général Mouret, le 8 avril. Rapport de Dumerbion, 
classé au 14 avril. D'après l'état joint a ce rapport et un autre état semblable existant 
dans la correspondance inédite de Napoléon, on a trouvé à Ormea quatre pièces de 36, six 
de 17, deux de 14, une de 3 avec 100 boulets par pièce tout au plus ; 510 fusils, 65 barils 
de cartouches d'infanterie, 2.800 m de poudre ; 300 pièces d'huile, 200 pièces de vin, 100 sacs 
de farine, 250 de blé, 300 qx. de salaison ; quelques tentes et quelques couvertures. — Arch. 
de Breil pièce n° 91 g. On voit ce qui reste de la légende créée par Jomini et les auteurs de 
Victoires et conquêtes sur « la formidable position de Santa Agata ». Il est à observer aussi 
que, dans son rapport, le général Mouret se garde bien de parler de l'échec de la colonne 
dirigée sur Carpasio, colonne qu'aurait dû rencontrer Masséna, le 9, si elle n'avait pas été 
ramenée vers Oneille. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 31 

bordé sur ses deux flancs, le chevalier de la Place bat en AvriI 1794 - 
retraite pendant la nuit de Torria sur San Bartolomeo. 

Dans la matinée du 10 avril, il espère pouvoir s'y main- 
tenir, grâce à une prise d'armes de la population de Borgo- 
maro, qui réoccupe un instant le col d'Acquarone 1 . Mais, 
dans l'après-midi, voyant les flanqueurs de la division 
française d'Oneille avancer peu à peu sur sa gauche vers 
Cesio et le mont Verdina, apprenant le départ du lieute- 
nant-colonel Leotardi de Rezzo, à la suite du mouvement 
de la division du Tanaro sur Mezzaluna, il prend, à 6 heu- 
res du soir, le chemin de Ponte di Nava. Il est si vivement 
pressé qu'il est obligé de sacrifier quelques sentinelles ; par 
son énergie, il triomphe de la mauvaise volonté des auto- 
rités génoises à Mulzo et Pieve di Teco et atteint enfin 
Ormea, le lendemain à 11 heures du matin 2 , tandis que les 
troupes de Mouret entrent en contact, à Conio, avec celles 
de Masséna. 

Cependant ce général arrivait de sa personne à Oneille 
et y apprenait l'entier abandon de la principauté par l'en- 
nemi et la plus grande partie de la population 3 . L'un des 
objets de l'expédition étant ainsi atteint, et, les neiges 
empêchant pour le moment de pousser à fond l'attaque du 
haut bassin de la Roya et du col de Tende, il n'y avait qu'à 
poursuivre l'offensive dans la direction du Tanaro, comme 

1. Cette prise d'armes s'était faite à l'instigation de M. Amei, capitaine dans le régiment 
d'Acqui, en congé à Borgomaro (rapport du chevalier de la Place). 

2. Voici, d'après M. de la Place, l'épisode de Pieve. «A quelque distance de Pieve, j'expé- 
diai un officier à M. le commandant, pour le prévenir que j'allais passer avec trois ou 400 
hommes ; que je n'avais pu, selon l'usage, faire charger les armes sur des mulets, n'en ayant 
pas trouvé et que je serais passé hors de la ville; que je me flattais que la République, 
ayant laissé passer nos ennemis armés, à notre préjudice, sur ces terres, elle ne pouvait pas 
désapprouver que le Roi, mon maître, eût les mêmes prérogatives. M. le commandant avait 
déjà expédié uu officier avec un piquet de 12 hommes, pour arrêter notre marche et nous 
intimer le devoir de lever les platines et de ne passer qu'à petits pelotons de 20 ou 30. Pour 
lors, j'allai moi-même parler à M. le commandant, qui ne voulait absolument entrer dans 
aucune de mes raisons. Comme je vis qu'il y avait du mouvement dans la ville et qu'il était 
fort aisé qu'elle s'armât, je crus couper court à toutes les difficultés et dis à M. le commandant 
que je lui avais annoncé frois à 400 hommes, mais que nous étions 4.000, que j'avais donné 
1 ordre de lever les pierres et que je passerais. Ce nombre-là le mit à la raison et il me 
répliqua « Felice notte, signor cavalière », et nous passâmes hors de la ville. » Le chevalier 
do la Place cite avec éloges, le chevalier d'Arcogliere, le chevalier Matton, le lieutenant 
Dimonlide Cotter ('?), le chevalier Luzerne et M Depretis. 

3. Koch, Mémoires de Masséna, t. I, p. 52. — Arch. de la Guerre : lettre de Masséna 
aux représentants du peuple, au commissaire ordonnateur et à Fiorella, le 10 avril. 



32 CONQUÊTE D'ONEILLE , d'ûRMEA 

Avril n94. il avait été prévu au projet d'opérations \ Toutefois les 
troupes étaient si dispersées et si fatiguées qu'il fallait 
quelques jours pour les réunir et les ravitailler. D'accord 
avec les représentants du peuple, Masséna donne des ordres 
en conséquence et détermine la composition des postes 
chargés de couvrir la ligne de communication. 

offensive Le général Lebrun est renvoyé de la Tanarda à la baisse 

des français © «/ 

! du S Tanaro? e de Gio, où il prend le commandement de la 56 e demi-bri- 
gade et de la compagnie franche corse, défendant les 
débouchés de Saorge, sur la rive gauche de la Roya 2 . Le 
général François a sous sa direction la 118 e demi-brigade 
et le 3 e bataillon des Hautes-Alpes, établis à Tanarda, 
Triora et Molini, pour surveiller les avenues de la Briga 
par le mont Marta et Colla Ardente, ainsi que 13 compa- 
gnies de la 46 e , réparties entre les postes qui conduisent 
de la vallée du Giribonte dans celle de l'Aroscia, et se 
reliant au mont Fronte avec les troupes précédentes 3 . Le 
dépôt de Pigna, gardé par le 3 e bataillon de la 100 e demi- 
brigade, qui a un détachement à Buggio, approvisionne 
ces 6.000 hommes 4 . 

1. Koch, dans ses Mémoires de Masséna, p. 50 et 51, donne, entre guillemets, une 
lettre qu'auraient adressée les représentants du peuple à Masséna, le 9 avril probablement. 
Cette pièce n'existe pas aux Arch. de la Guerre et aucune des nombreuses dépèches de ce 
général, dont on a les copies, ne permet d'en contrôler l'authenticité. Cela est d'autant 
plus fâcheux que le ton de cette lettre est tout à fait étrange et contraste singulièrement 
avec ce qui subsiste de la correspondance des représentants du peuple aux armées des Alpes 
et d'Italie. Ils décidaient l'objet et l'époque d'une opération, indiquaient, le plus souvent, 
les troupes à y employer, prenaient même une part active à la rédaction du projet, mais 
n'intervenaient jamais au moment de l'exécution. En donnant des ordres, en effet, ils au- 
raient perdu le droit de juger. Dans ce cas particulier et en tenant cette lettre pour authen- 
tique, si on la compare avec le projet d'opérations donné par Koch, aux pièces just.,p. 258, 
on accordera qu'il a dû. être très facile à Masséna de se justifier, ainsi qu'il est dit p. 52, 
puisqu'il s'était conformé strictement aux indications de ce projet. Il est étonnant que le 
général Koch n'ait pas fait cette remarque et plus extraordinaire encore qu'il paraisse» 
ignorer que, depuis le 5 avril, Masséna commandait toutes les troupes de l'expédition. 
Comparer, à ce sujet, les pages 42, où Masséna est désigné comme commandant la division 
du ïanaro seulement, et 52, où les représentants lui donnent la conduite de l'expédition. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna. à Hammel et Lebrun, le 14 avril. Masséna 
se plaint que Lebrun soit venu à Tanarda ; c'était cependant en exécution d'ordres très 
positifs, donnés par lui le 9 avril, à Hammel, au commissaire Aubernon, et portés à la con- 
naissance des représentants du peuple. C'était donc Hammel qui avait eu tort de venir à 
Molini, en ne laissant que deux bat. de la 56 e à Gio. Une fois Lebrun revenu dans ce poste, 
avec le 3 e bat. de cette demi-brigade, il y a devant Saorge 2.500 h. environ. 

3. Le 3 e bat. des Hautes-Alpes est laissé à Molini, en exécution d'un ordre de Masséna 
à Hammel, le 14 avril. La 118 e a deux bat. à Tanarda, un à Triora. En y comprenant la 
fraction de la 46 e , le corps du général François compte à peu près 3. 000 h. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna au commissaire Aubernon, le 9 avril, et à 
l'adjoint aux adjudants généraux Bailet, le 24. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 



33 



Le général Hammel doit rallier le reste de la division de 
Saorge à Taggia 1 , non loin d'Oneille, où cantonnent un 
bataillon de la 117 e et deux de la 99 e demi-brigade, sons les 
ordres du général Cervoni 2 . San Lazzaro, dans la haute 
vallée de l'Impero, est assigné comme point de rassemble- 
ment aux autres corps de la droite, du centre et de la 
réserve, qui présentent ensemble un effectif de huit à 
10,000 hommes, le 14 avril 3 , et se portent, le lendemain, 
aux environs de Pieve cli Teco, en une seule colonne 4 . 

Ces délais avaient permis aux Austro-Sardes de prendre 
quelques dispositions défensives dans la vallée du Tanaro. 
Arrivé, le 11 avril, à Ormea 5 , le général d'Argenteau se 
proposait de répartir le long de la frontière génoise les 10 



Avril 1794. 



Dispositions 
défensives 
du général 

d'Argenteau. 



1. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna, le 14 avril. — On peut encore noter, à propos 
de cette lettre, une erreur de Masséna semblable à celle qui est signalée ci-dessus, note 2.— 
Dans cette lettre du 14 avril, Masséna donne à Hammel l'ordre de réunir ses troupes à 
Taggia et de venir, de sa personne, à Oneille, pour y recevoir des ordres. Cependant, le 18, 
il lui écrit qu'il n'a pas voulu lui dire de venir seul a Oneille. Le reste de la division com- 
prend simplement le 1 er grenadiers et le 2 e d'infanterie légère, soit 1.200 h. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna à Cervoni, le 18 avril. 

3. Le chiffre exact est assez difficile à établir. Masséna indique successivement, 6 à 7.000 
h., le 13 avril, à Haller, 8.500 h., le 14 avril, h Dumerbion. D'autre part, si l'on veut cal- 
culer cet effectif, en prenant pour base l'état du 5 avril (pièce just. n° 6), on est quelque peu 
embarrassé, pour déterminer, d'une façon certaine, les corps ayant pris part à l'expédition 
du Tanaro. C'est, en comparant soigneusement toute la correspondance de Masséna du 6 au 
21 avril, que l'on est parvenu à fixer l'emplacement des troupes donné dans les deux para- 
graphes précédents et à en déduire, pour la colonne marchant à Ormea, la composition sui- 
vante : division de droite, généraux Mouret et Bruslé : 3 e infanterie légère, 19 e demi-bri- 
gade , deux bat. des 101° et 117 e , soit 5.123 h.; division du centre, général Laharpe : 
1 er infanterie légère, 5 e grenadiers, 5° des Alpes, 11 compagnies delà 46 e , soit 2.966 h.; 
réserve : 21 e demi-brigade, un bat. de la 99 e , soit 2.310 h.; total : 10.399 h., d'après l'état 
du 5 avril; mais il ne serait pas étonnant qu'il y eût eu une diminution de 15 à 1.800 h. 

4. Il ne peut y avoir aucune incertitude à ce sujet, vu la précision des ordres donnés et 
l'habitude des rassemblements préalables, dont on a vu un exemple, le 5 avril au soir. On 
voit bien, par la lettre de Masséna à Cervoni, le 18 avril, qu'ii y a un bat. àMendatica; 
mais ce bat,, qui appartient à la 99" demi-brigade, n'a dû être dirigé sur ce point que 
le 16 ou le 17, en partant de Pieve di Teco, sans quoi on ne s'expliquerait pas l'ordre donné 
le 15, àFiorella,de surveiller la droite de Mezzaluna. D'ailleurs les Républicains connaissaient 
fort mal le pays, ainsi que le prouvent leurs rapports si peu précis et la curieuse aventure 
racontée par Roguet (tome 1, p. 132), de la 21 e demi-brigade se rendant de Garessio au colle 
San Bernarda par lntrapa, le col de San Bartolomeo, Nasino, Zuccarello, Cerizola et em- 
ployant ainsi plus d'une journée pour gagner une position distante d'une demi-heure du 
point de départ. Il s'en faut donc de beaucoup que les généraux Masséna et Mouret soient 
partis de Molini et Triora pour franchir le contrefort entre Giribonte et Taggia, ainsi que 
le raconte Koch, t. l,p. 53. C'est une erreur aussi que d'indiquer, p. 52, le général Lebrun 
comme faisant partie du corps expéditionnaire du Tanaro. 

5. D'après la pièce n° 87 des Arch. de Breil, d'Argenteau ne serait arrivé à Ormea que 
le mardi de la semaine sainte, c'est-à-dire le 15 avril. Cette indication est inexacte, attendu 
que, d'après sa relation (Arch. de Breil, pièce n° 68), le capitaine de Maulandi, parti à pied, 
le 11 avril, à 10 heures du matin, du col de Tanarello pour Ormea, et revenu à la Briga le 13 
au soir, en courant la poste « à bidet » par Ceva et Mondovi, n'a pu voir le général autri- 
chien que dans la nuit du 11 au 12. D'autre part, il résulte d'une lettre de d'Argenteau, le 
14 avril [Arch. de Breil, pièce n" 84), que le 13 au soir, il a reçu à Ormea le capitaine de 
Malaussena, envoyé par Colli pour lui proposer d'attaquer Rezzo de concert. D'ailleurs, 
dans cette même pièce n n 84 des Arch. de Breil, il y a une lettre écrite d'Ormea, le 12 avril, 
par le capitaine Gadolini des Grenadiers autrichiens, au nom du comte d'Argenteau, pour le 
baron de Wins. 



34 CONQUETE D'ONEILLE, d'oRMEA 

Avril 1794. bataillons dont il devait disposer peu à peu 1 , de manière à 
relier le corps piémontais de Colli dans la Roya avec les 
Autrichiens de Wallis, en marche d'Alexandrie sur Cairo. 
Ce dernier point serait gardé par un bataillon de Mondovi 
et 200 milices, l'autre bataillon du même régiment s'instal- 
lant avec le corps franc de Giulay à Murialdo, pour garder, 
de concert avec lui, la partie supérieure des deux Bormida. 
Le 1 er bataillon de la légion légère est envoyé au col de 
San Bernard o et détache 60 hommes à Bardinetto, où se 
réfugient les milices de Loano. Un bataillon et quatre 
compagnies du régiment de Caprara resteront en réserve 
à Garessio, tandis que le reste des forces occupera la haute 
vallée du Tanaro jusqu'à Upega 2 . 

D'Argenteau ne tarde pas à comprendre que ces forces 
sont insuffisantes pour défendre contre une vigoureuse 
agression un pays aussi étendu et aussi facilement accessi- 
ble 3 . Il demande des renforts à de Wins, pour couvrir sa 
gauche,engage Colli à le soutenir, sur sa droite, en prenant 
l'offensive et, dans les journées des 14 et 15 avril, se pré- 
pare à résister à Ormea et Ponte di Nava. Le régiment de 
Lombardie est placé derrière une batterie construite sur la 
rive gauche du Tanaro et armée de deux canons, battant 
le grand chemin du col de Nava dans le défilé formé par les 
rochers de Lanzata et du Pizzo, où 150 hommes se retran- 
chent 4 . Le 2 e bataillon de la légion légère, réduit par les 

1. Le général d'Argenteau avait précédé ses troupes et ne trouvait à Ormea, le 11, 
que les deux bat. de Lombardie et le bat. de la légion légère venu d'Oneille avec les 
milices de ce pays. Le 15, arrivaient deux compagnies des grenadiers Strassoldo, suivies 
des deux autres, le lendemain, de grand matin (Arch. de Breil, pièce n° 87). Quant au 1 er bat. 
du régiment de Mondovi, il était encore dans la vallée de la Vésubie et ne devait la quitter 
pour se rendre à Cairo, qu'après l'arrivée du 2 e bat. de chasseurs destiné à le relever. (Lettre 
du général de Wins, le 7 avril, Arch. de Breil. pièce n° 70 g). 

2. Arch. de Breil, pièces n os 68, 82, 84, 87, 88. Le projet de disposition est donné par 
le capitaine de Maulandi et résumé dans la pièce n» 82. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84. Ces forces présentaient un effectif de 3.765 fusils, non 
compris 12 à 1.500 miliciens. 

4. Arch. de Breil, pièce n os 87 et 88. L'auteur inconnu de la première relation indique 
les postes de « Rocca Lanza et Rocca Ferrara, à gauche et à droite du défilé ». Or d'après 
la carte sarde, ces deux points Roccia Lanzata et Roccia Ferraira, sont à gauche du défilé 
pour un observateur piémontais. L'auteur inconnu également de la seconde relation dit 
que : « sur la droite du Tanaro, on avait pratiqué un chemin pour monter sur le rocher 
à droite du défilé Nava, qui arrivait sur une roche inaccessible ». 






DE SAORGE ET DU GOL DE TENDE 35 



combats livrés dans la principauté d'Oneille et affaibli par Avril n94 . 
les détachements envoyés à Viozene et Carnino, est disper- 
sé sur la crête entre le mont Ariolo et Balzi délia Crocetta 1 . 
600 miliciens, au premier de ces points, 100 ou 200, au se- 
cond, gardent les sentiers qui, venant de Pieve di Teco et 
de Caprauna, se réunissent au pont de Cantarana, occupé 
par quatre compagnies des grenadiers Strassoldo, qui tien- 
nent les hauteurs de la rive gauche du Tanaro 2 . Enfin deux 
compagnies des Croates de Giulay, rappelées de Murialdo, 
vont soutenir le bataillon de la légion étrangère à Colla di 
San Bernardo, qui paraissait menacé 3 . En effet, pour 
donner le change à l'ennemi, le chef de brigade Laffon et 
deux bataillons de la 99 e demi-brigade, s'étaient dirigés, 
le 11, d'Oneille sur Loano, qu'ils occupaient le lendemain 4 . 
Le 16, de grand matin, Masséna se porte de Pieve di Teco 
sur Ormea. 
Un bataillon de la 99° demi-brigade, faisant partie de la combat 

de 

réserve, va à Mendatica, pour surveiller le débouché du col Ponte di N 
de Tanarello et entrer en relation avec les troupes d'Anda- 
gna et de Triora 5 . La brigade Laharpe se porte, par le 
chemin du col de Nava, à l'attaque du mont Ariolo, que 
les défenseurs abandonnent sans combat, vers 10 heures du 

1. Ce point est désigné de la façon suivante dans la pièce n° 87 des Arch. de Breil : 
« poste de Fontagnon, sur le contrefort entre le col du Frasso et Colla Bassa di Castello ». 
Dans la pièce n" 8S des mêmes Arch., il est dit : « l'ingénieur Martonitz avait choisi un 
autre point de défense sur la hauteur de Fontanion, en tête du vallon de Caprauna et de 
Cantarana ». Ce nom de Fontanion vient sans doute du ruisseau de Fontana Fredda qui, 
d'après la carte sarde, descend du Passo Prealo. Enfin les ordres de Masséna du 16 avril 
(Arch. de la Guerre), désignent ce même point sous le nom du rocher de Capraunetta. 

2. Arch. de Breil, pièce n 03 87 et 88. D'après la première, le commandant Léotardi serait 
également resté au pont de Cantarana avec 30 h. de son bat. de la légion légère. 

3. Arch. de Breil, pièce n» 87. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 86. Le « signor auditore Verani » donne 600 h.; les deux 
bat. de la 99 e présentaient, le 5 avril, 620 h. C'est évidemment ce mouvement que 
redoutait beaucoup d'Argenteau. (Lettres des 14 et 15 avril, Arch. de Breil. pièce n° 84), qui 
a fait croire à plusieurs auteurs, Jomini, Pinelli, Thaon de Revel, etc., qu'une attaque a 
été dirigée du littoral sur le col de San Bernardo. La vérité est qu'il n'est même pas bien 
certain, que le 20 et le 21, le général Hammel soit venu par cette route. Si le mouvement 
de la 99' demi-brigade effraya d'Argenteau, le chef de brigade Latfon ne fut pas moins 
ému, à Loano, en apprenant l'arrivée des renforts au col de San Bernardo et la marche 
des Autrichiens dans la vallée de la Bormida. Voir aux Arch. de la Guerre, la lettre de 
Masséna à cet officier, lui recommandant de désarmer les hauts personnages et l'assurant 
que «ça ira». Enfin on remarquera que ce n'est pas le 9 avril, ainsi que le dit Koch, 
p. 50, que Loano fut occupé, mais seulement le 12. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport attribué à Dumerbion et classé au 14 avril. C'est la 
seule pièce où il soit fait mention de ce mouvement. 



a va. 



Avril 1794. 



36 CONQUÊTE DONEILLE, D ORMEA 

matin 1 , au 3 e bataillon d'infanterie légère, dirigé de Be- 
landi sur la chapelle San Bernardo par le générai Mouret 2 . 
Celui-ci suit, avec sa division, le sentier d'Arno à Passo 
Prealo, qui passe sous Balzi di Crocetta. Avisé de l'occu- 
pation de ce point, Masséna lui prescrit de rétrograder, 
pour gagner les crêtes par Moano et Capella Domenica, où 
la 21 e demi-brigade de la réserve est envoyée 3 . Le faible 
poste piémontais, ainsi menacé sur les deux flancs, se retire 
après une fusillade de trois quarts d'heure 4 . Les Républi- 
cains s'établissent alors sur les hauteurs, que tentent en 
vain de reprendre les grenadiers de Strassoldo et, s'éten- 
dant sur leur droite, poussent des tirailleurs vers le fond de 
la vallée du Tanaro h . 

Dans cette situation, cl'Argenteau ne pouvait songer qu'à 
assurer sa retraite. Ralliant les postes de Lanzata et du 
Pizzo, le régiment de Lombardie ne se replie qu'à la nuit 
par le col de Termini. Le bataillon de Caprara avait été 
appelé, le matin, de Garessio, où venait d'arriver une partie 
du régiment de Schmitfeld. Une division était restée à 
Ormea, la seconde s'était postée à San Giuseppe, sur la 
rive droite du Tanaro; la troisième, qui s'était avancée 
jusqu'à Cantarana , couvre le ralliement des grenadiers 
Strassoldo, du bataillon de la légion légère et des milices. 
Le soir, cette masse de deux à 3.000 hommes se met en 
marche pour Garessio en une seule colonne. En arrivant 
à Barchi 6 , elle est saluée par les coups de fusil de l'avant- 

1. Arch. de Breil, pièce n° S7. Il est dit que l'attaque commença entre 20 et 21 heures. 

2. Koch, Mémoires de Masséna, p. 54. — Arch. de Breil, pièces n 0s 87 et 88 

3. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, le 16 avril. Capella Dominica est appelée 
Colla Dominica. Le mouvement prescrit par Masséna est sans doute celui exécuté par 
l'adjudant général Arnoux avec deux bat., pendant que le reste de la division poursuivait 
son chemin. (Koch, p. 54). 

4. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion précité. Arch. de Breil, pièces n 09 87 et 88. 

5. Arch. de Breil, pièces n° s 87 et 88 Dans cette dernière, il est dit que les grenadiers 
de Strassoldo, envoyés au secours du Fontanion, furent maltraités. La première indique 
seulement l'envoi de deux compagnies au secours du mont Ariol (sic) ; c'est aussi l'ortho- 
graphe de Koch ; Pinelli écrit Airolo. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 88 : Il y est dit que cet incident s'est produit à une heure 
d'Orméa. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 37 

garde d'une colonne française, que le général Mouret a Avril 1794 
dirigée par Caprauna sur le coi de San Bartolomeo. Aban- 
donnant la route pour se jeter dans les sentiers de monta- 
gne, les troupes se débandent. Le bataillon d'infanterie 
légère se rend à la Chartreuse de Casotto. 

D'Argenteau arrive à Ce va, le lendemain, avec 800 hom- 
mes seulement 1 , n'ayant perdu cependant que quatre ou 
cinq officiers et 200 soldats, prisonniers, tués ou blessés 2 . 

Le 17 avril, la division Mouret cantonne sur le versant 
droit de la vallée du Tanaro 3 , poussant ses avant-postes 
vers le col de San Bernardo, d'où les Austro-Piémontais se 
replient sur Bagnasco, puis sur Ceva 4 . A la tête de la 
brigade Laharpe, Masséna prend possession de Ponte di 
Nava. Il marche ensuite sur Ormea, qui fait sa soumis- 
sion 5 . Le soir même, la garnison du fort se rend à discré- 
tion et est remplacée par deux compagnies de grenadiers 6 . 
Dans la nuit, un trompette va porter une sommation à la 
ville de Garessio, qui est occupée, le lendemain matin, à 
8 heures, par 500 hommes, les notables s'étant constitués 
comme otages 7 . 

1. Arch. de Breil, pièces n os 87 et 88. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 17 avril. — Arch. de 
la Guerre : Lettre de Masséna à Dumerbion. Il accuse 80 prisonniers, autant de 
déserteurs, presque tous grenadiers autrichiens, pour le 16; 28 autres prisonniers 
faits à Ormea et à Ponte di Nava, pour le 17, indépendamment de la garnison du 
fort d'Ormea, soit à peu près le chitfre'donné par d'Argenteau. Il n'est pas hors de propos 
de faire remarquer ici combien sont peu justifiées les attaques de Pinelli contre d'Argen- 
teau, p. 387 : 1° il n'était pas possible, le 14 avril, d'aller au col de Tanarello. Quant à 
l'attaque au sud du mont Fronte, c'est-à-dire vers Rezzo, ainsi que l'avait proposé Colli,le 
13, elle ne pouvait être effectuée avant l'arrivée de toutes les troupes et des renforts 
annoncés par de Wins, dans sa lettre du 15 ; 2° il était inutile d'occuper plus fortement 
Ponte di Nava, puisque ce point n'a même pas été attaqué ; 3° c'est une grave erreur de 
dire que Mouret avait peu de monde : sa colonne était, à elle seule, plus forte que toutes 
les troupes de d'Argenteau ; 4° pour donner une idée de la manière de travailler de cet 
écrivain militaire, on se bornera à remarquer que, pour mettre d'accord les incohérences 
de Koch, il indique, p. 389, que le général Lebrun, avec sa brigade, gardait le mont Giove 
(près de Saorge) et Ponte di Nava (près d'Ormea). 

3. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna à Mouret, le 17 avril. Le pain est envoyé 
d'Ormea au village de Cantarana. Il autorise les troupes à cantonner, s'il est nécessaire, 
dans les villages génois et leur recommande de se bien conduire. 

4. Il n'est pas bien sûr que la division Mouret se soit avancée jusqu'à San Bernardo ; 
mais il est certain que le 1 er bat. de la légion légère et les deux compagnies de Croates 
se sont retirées sur Ceva. Arch. de Breil, pièce n° 87). 

5. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna aux représentants du peuple, le 17 avril, à 
Dumerbion, le 18, à Laharpe, le 17. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna précitées. Ordre du même, le 17 avril, au 
général Bonaparte d'envoyer au fort des canonniers pour y servir 10 pièces. 

7. Arch. de la Guerre : Rapport de Masséna, le 18 avril, et sommation de Garessio. 
— Lettre de Masséna à Dumerbion, le 18 avril. Arch. de Breil, pièce n° 86. 



38 CONQUETE D ONEILLE, D ORMEA 

Avril 1794. Les interrogatoires des déserteurs, les avis des espions, 
Nouvelle l es renseignements donnés par les habitants s'accordent à 

ction donn 

m troupes 
françaises. 



auxteoupês signaler le désarroi de l'ennemi ; les représentants du peu 



pie et le général Masséna décident donc de tenter sur la 
forteresse de Ceva un coup de main, dont la réussite ouvri- 
rait immédiatement à l'armée d'Italie un débouché vers les 
plaines du Piémont 1 . Dans la journée du 18 avril, les ordres 
sont donnés en conséquence : au général Hammel, de faire 
marcher ses hommes de Taggia à Laigueglia le premier 
jour, à Loano le deuxième, et le plus près qu'il pourra de 
Garessio, le troisième 2 ; — au général Cervoni, comman- 
dant à Oneille, d'envoyer à Nice, par terre ou par mer, les 
prisonniers et déserteurs réunis à Pieve di Teco et d'expé- 
dier de l'eau-de-vie 3 ; — au général Laharpe, chargé de la 
police à Ormea, de faire cuire le plus de pain possible dans 
les fours de cette localité et de le faire apporter aussitôt 
à Garessio, ainsi que des munitions, des souliers et du 
vin 4 ; — au général Bruslé de diriger en ordre sur Garessio 
la majeure partie des troupes de la division du centre, 
ainsi que le 3 e d'infanterie légère et le 1 er bataillon de la 



1. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna à Dumerbion, le 20 avril. — Cette intention 
résulte d'ailleurs très nettement des ordres indiqués ci-après. C'est ce que n'a pas cru le 
général Koch qui, p. 59, applique à l'occupation de Garessio, tout à fait insignifiante, les 
dispositions prises en vue de l'opération projetée sur Ceva. Rien n'est d'ailleurs plus 
contraire au caractère entier de Masséna que le rôle qu'il lui fait jouer à l'égard des 
représentants du peuple et du général Bonaparte. Enfin, Masséna n'est pas revenu à 
Ormea et est resté à Garessio jusqu'au 21, dans la maison du signor Speziale Giaconne, 
au bourg de Ponte. (Arch. de Breil, pièce n°"86). 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna à Hammel, le 18 avril. Ces troupes sont : 
le 1 er bat. de grenadiers et le 2 e bat. d'infanterie légère, soit 1.250 h., auxquels se joignent 
un des deux bat. de la 99 e demi-brigade, en garnison à Loano, 310 h. Hammel reste à 
Oneille ; il semble que Cervoni est venu avec ces troupes, à Garessio ; mais on ne peut 
affirmer qu'elles ont suivi l'itinéraire indiqué. Masséna renouvelle cet ordre le 19, et 
l'adresse au chef d'état-major Mounier, à Oneille. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna à Cervoni, le 18 avril. Il lui recommande de 
ne pas faire coucher les déserteurs à Oneille, sans doute à cause de la faiblesse de la 
garnison. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna, les 18, 19 et 20 avril. — Au départ de 
San Lazaro, le 15 avril, chaque homme devait avoir sur lui deux jours de vivres au moins, 
40 cartouches et trois pierres à fusil (Instruction pour les généraux, le 14 avril). En outre, 
un convoi de mulets aurait dû suivre, avec huit jours de vivres (Lettre à Haller, le 13 
avril). Il est probable que ces ordres n'avaient pas été complètement exécutés puisque, dès 
le 19, Masséna réclame du pain avec instance. Dans sa lettre du 20, il dit à Laharpe : 
« Tâche de nous faire manger et nous trimerons de tout notre cœur». On devait cuire à 
Ormea 4.700 à 4.800 rations par jour. On ne commence à en recevoir que dans la nuit du 
18 au 19. Les adjudants généraux Barbet et Vabre étaient chargés de ce service essentiel, 
en attendant l'arrivée d'un commissaire que Masséna demande, le 18, à Aubernon. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 39 

117 e demi-brigade 1 ; — enfin au général Mouret de venir Avril 1794. 
à Ormea et de disposer le reste de sa division de façon à 
garder les hauteurs environnantes et Ponte di Nava 2 . Le 19 
au matin, les 3.500 hommes réunis à Garessio sont avisés 
de se tenir prêts à marcher, à 1 heure de l'après-midi 3 . 
Faute de pain, leur départ, aussi bien que celui d'un millier 
d'hommes de renfort demandés à Laharpe, est contre- 
mandé 4 . 

Le lendemain, au lieu d'être dirigé sur Ceva, ce corps 
expéditionnaire, augmenté du 2 e bataillon de la 117 e demi- 
brigade, est acheminé, sous les ordres du général Bruslé, 
par Pieve di Teco etMolini, sur laTanarda, où il doit être 
réuni le 25 avril 5 . L'attitude menaçante prise par l'armée 
austro-sarde dans le comté de Nice, grâce à l'arrivée suc- 
cessive des troupes sortant des quartiers d'hiver 6 , obligeait 
à renoncer à ce projet audacieux 7 , pour agir de nouveau 
du côté du haut bassin de la Koya 8 . 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna à Bruslé. le 18 avril, lui envoyant l'état 
des troupes qui doivent rester à Ponte di Nava et Ormea, et lui prescrivant de prendre le 
commandement des autres. — Lettre à Laharpe sur le même sujet. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna, le 18 avril. 

3. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna. — Ces troupes sont les suivantes : 1 er et 
3 e bat. d'infanterie légère, 5 e grenadiers, 1 er bat. de la 117 e demi-brigade, 11 comp. de la 46 e . 

4. Arch. de la Guerre : Correspondance de Masséna. 

5. Arch. de la Guerre ; Ordres de Masséna, des 20, 21 et 25 avril. — Le général Bruslé 
part de Garessio, le 22, pour Pieve di Teco et Molini. Les trois comp. de sapeurs partent, 
le 21, avec leurs outils. Les autres troupes, avec des vivres pour deux jours, suivent de la 
manière suivante : 11 comp. de la 46 e , 21 à Pieve, 22 à Molini ; 1 er infanterie légère, 1 er et 
2 e bat. de la 117 e , 22 à Pieve, 23 à Molini, 24 à Tanarda ; 5 e grenadiers et 3 e infanterie 
légère, 23 à Pieve, 24 à Molini, le 3 e infanterie légère restant à Mezzaluna, le 5 e grenadiers 
à Tanarda, le 25. — Les troupes, passant à Molini, y prennent trois jours de vivres. 

6. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. Ces troupes arrivent à Tende ainsi 
qu'il suit : régiment de Pignerol, le 7 ; 2 e bat. de Belgiojoso, le 8 ; 1 er bat. de Belgiojoso 
et bat. de Garnison autrichien, le 10 ; 2 e bat. deTortone, le 14 ; régiment des Gardes, le 14 ; 
régiment de Piémont, le 15 ; 1 er bat. de Tortone, le 17 ; 8 e et 9 e bat. de Grenadiers, le 23 ; 
ces deux derniers reviennent presque aussitôt en Piémont. En outre, sont arrivés : la 
moitié des chasseurs-carabiniers Canale, vers le 12; les volontaires de Pian, vers le 15 ; le 
2 e chasseurs, vers le 20, à Limone et, le lendemain ou le surlendemain, à Tende. — Ces 14 à 
15 bat. étaient très faibles et ne devaient pas présenter ensemble 4.000 h. 

7. Quelle que fût la démoralisation de l'ennemi, on se croit en droit de donner cette 
appréciation pour les raisons suivantes : le général d'Argenteau avait à ce moment dû 
rallier au moins autant de troupes qu'en amenait l'assaillant ; il était appuyé à quelques 
retranchements ; il pouvait être rapidement soutenu par la cavalerie. Cette opinion est 
d'ailleurs exprimée par le baron de Wins dans sa lettre à Colli, le 19 avril. (Arch. de Breil, 
pièce n° 70 g.) 

8. On ne peut exactement déterminer les motifs qui ont fait renoncer à l'expédition sur 
Ceva. Ce ne peut être le défaut de subsistances, puisque, dans la nuit du 19 au 20,4.118 ra- 
tions de pain ont été apportées à Garessio. De plus, le commissaire Viriville est arrivé à 
Ormea avec 150 mulets. Enfin, dans une lettre du 20 au commissaire ordonnateur Eyssau- 
tier, Masséna dit qu'il espère mettre la main sur des convois piémontais. — Le projet 
tenait encore au moins dans la matinée du 20, ainsi que l'indiquent les ordres donnés au 
chef de la 118 e demi-brigade à Tanarda, aux généraux François et Lebrun et la lettre à 
Dumerbion en réponse à sa dépêche du 26 germinal (15 avril). Mais il est fort probable 
que, dans la journée ou la soirée du 20, il est arrivé une lettre postérieure de Dumerbion, 
relatant les attaques des Piémontais dans la journée du 17 avril, dont il sera question ci- 
après et que c'est là ce qui a motivé le départ pour la Tanarda. 



40 CONQUÊTE d'ûNEILLE, D ORMEA 

Avril n94. A son arrivée à Tende, dans la nuit du 8 au 9 avril, le 
DisooTitions général Colli, bien qu'épuisé de fatigue, avait pris connais- 
du générïcom. sance des différents rapports qui lui étaient adressés ; puis 
il avait maintenu et renouvelé les ordres donnés par Dél- 
iera 1 . 

En conséquence, le capitaine Maulandi, à 7 heures 
du matin, quitte la Briga, à la tête de 250 volontaires, et 
se porte vers la Tanarda. La tourmente et le brouillard 
aidant, il y surprend le détachement de la 118 e demi-bri- 
gade, dont la majeure partie se fait tuer après une résis- 
tance opiniâtre 2 . Mais, n'ayant pas la constance de résister 
au mauvais temps, les Piémontais abandonnent peu après 
le baracon de la pointe de la Valetta , que réoccupent aus- 
sitôt les Français 3 . 

Pendant ce temps, Colli avait conduit six à 700 hommes 
à Colla Ardente, sans rencontrer aucun Républicain 4 . Ju- 
geant alors que l'abondance des neiges le préservait de 
toute attaque imminente, il établit, le 10 avril, le peu de 
forces dont il dispose à ce moment, de manière à couvrir 
la Briga et à entrer en relations avec le général d ? Argen- 
teau, ainsi que le demandait avec instance le baron de 
Wins 5 . 

Pour maîtriser l'avenue de la Tanarda, le régiment de 
Pignerol s'installe sur les hauteurs de Prea et la cime del 
Pine ; la compagnie de chasseurs de ce régiment se porte 
sur une butte, au sud du col de Linaire, et le corps franc 

1. Arch. de Breil, pièce n° 75: Rapport de Déliera, et pièce n° 68. Relation du capi- 
taine de Maulandi. 

2. Arch. de Breil, pièce n" 68 : Rapport du capitaine de Maulandi (Voir pièce just. 
n° 8). — Le poste de la Tanarda a été pris à 2 heures de l'après-midi ; il était d'environ 
60 h., dont un officier et 14 soldats ont été faits prisonniers. — Arch. de la Guerre : 
Lettres de Masséna à Dumerbion et au chef de la 118 e demi-brigade, le 20 avril. Les Fran- 
çais ont perdu un officier et 5') h. 

3. Cependant le comte d'Ison, commandant le corps franc, avait l'ordre de défendre ce 
poste « jusqu'à l'extrémité ». (Arch. de Breil, pièce n° 85). Ordre de Colli, le 9 avril. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 85. Ordres de Colli : Le 9 au soir, le bat. d'Asti et les milices 
cantonnent dans les granges, en avant de Colla Ardente, vers Verdeggia ; le 1 er bat. de 
chasseurs dans celles de Fraisso, en arrière du col, et le 2 e Belgiojoso à la Briga. 

5. Arch. de Breil, pièce n 03 70 et 75 ; Lettre de M. de Wins, du 11 avril, reçue, le 12, par 
estafette ; autre lettre du 17 avril, rappelant que le général Colli doit occuper Upega, 
d'Argenteau ne pouvant s'étendre au-delà de Ponte di Nava. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 41 

plus en avant encore, au plan du même nom \ Le 2 e batail- Avril 1794. 
Ion de Belgiojoso campe au milieu de Colla Ardente, ayant, 
à sa droite, pour surveiller de près le chemin de Eealdo, le 
1 er bataillon de chasseurs, avec poste de 50 hommes à la 
Cima del Bosco 2 . A gauche, une centurie du bataillon 
d'Asti s'appuie aux escarpements du mont Saccarello ; un 
détachement de ce bataillon est placé aux chalets de Visi- 
naglia 3 , sur le sentier de Triora par le mont Pellegrino, 
reliant le gros des forces à la dernière centurie, poussée 
jusqu'à Rocca Barbona 4 . Enfin, le 14, le 1 er bataillon de 
Nice, d'un très faible effectif 5 , va cantonner, avec des mili- 
ces, au hameau de Ciagge, en avant du col de Tanarello. 

L'arrivée successive des bataillons venant du Piémont 
permet de renforcer rapidement tous ces postes 6 , et, devant 
l'inaction de l'ennemi, le général Colli espère pouvoir 
prendre bientôt l'offensive, soit du côté de Rezzo, de con- 
cert avec d'Argenteau 7 , soit sur les deux versants de la 

1 Voir la carte de l'état-major sarde : le plan de Linaire porte le nom de Tête de Li- 
naire. Voici d'ailleurs la description de M. de Malausséna : « Ce contrefort (de la cime de 
Felz) commence par une petite baisse, à laquelle succède un plateau appelé le plan de Lai- 
nière ; ensuite, vient une grande baisse, qui tient à la cime de Praya, qui couronne les 
hauteurs dominant la Briga. » 

2. C'est le sommet marqué sur la carte sarde à l'est du mont Colla Ardente, et coté 
1782 sur la carte italienne. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 68 : Le capitaine de Maulandi, ainsi que M. de Malausséna, 
appelle ce poste, poste de la Croix. Voici les expressions de ce dernier : « Une centurie 
campa au-delà du col, sur le chemin de Triola, à la droite de la première ravine que l'on 
rencontre en descendant, pour soutenir le poste de la Croix, situé sur une arête qui forme 
la gauche de la ravine ». Voir la carte sarde. 

4. Ce point, marqué sur la carte italienne et non sur la carte sarde, domine le mont 
Pellegrino, commande le sentier Colla Ardente à Triora et celui qui s'élève vers le passo 
di Garlenda. 

5. Le 27 avril, il ne présente que 80 h. (Arch. de Breil, pièce n° 85 c). La comp. du 
chevalier de May était restée à la Briga pour garder le quartier général (Arch. de Breil, 
pièce n 91 p. Relation du capitaine du génie Deandreis). Il devait y en avoir aussi au 
moins une a Tende, où étaient les magasins. 

6. Ces renforts sont les suivants : Le bat. de Garnison autrichien, arrivé le 10 à Tende, 
occupe la ligne de la Bendola et le poste d'Anan, avec le 2 e bat. de Nice et les volontaires 
de Pandini ; il relève ainsi le 2 e bat. des Grenadiers royaux et le 2 e de Turin, qui remplace 
à Marte le 1 er des Grenadiers royaux. Tout ce régiment est réuni à Colla Ardente, le 13. — 
Le 1 er bat.de Belgiojoso y arrive le 12. Viennent en outre au même point le régiment des 
Gardes, le 19, et celui de Piémont, le 17. A Prea sont envoyés, le 12, le 2° bat. de Tortone 
et la seconde moitié du corps franc resté à la Maglia, après l'arrivée du reste des chasseurs- 
carabiniers. Enfin les volontaires de Pian occupent Anan, le 16. 

7. Arch. de Breil, pièces n 0B 68, 75, 84 et 123 b. Le capitaine Maulandi est d'abord 
envoyé à d'Argenteau, le 10 avril ; puis le major Malausséna se rend, le 13, à Ormea, pour 
soumettre à ce général le premier projet d'attaque. Quant au second projet, la pièce 123 b 
des Arch. de Breil ea est la minute, écrite de la main de M. de Malausséna. Il est probable 
que cette sorte d'instruction en cas d'attaque a été donnée aux chefs des principaux postes, 
car les affaires du Maurigon, le 18 avril, et du Pellegrino, le 25, ont été conduites d'après 
les indications qu'elle renferme. 



42 CONQUÊTE D ONEILLE , D ORMEA 

Avril 1794. chaîne de montagnes qui sépare les vallées de Taggia et 
de Dolceacqua, en vue de s'emparer de l'importante posi- 
tion de San Giovanni dei Prati l . En attendant, il visite avec 
soin toute sa ligne de défense, du mont Bertrand à Belvé- 
dère, prescrit divers mouvements de troupes 2 , ordonne 
d'améliorer les communications 3 et les retranchements 4 
et fait faire plusieurs reconnaissances en avant du front. 
Reconnaissances Dans la vallée de la Vésubie, le marquis Colli, tout en 

piémontaises. 

surveillant et en activant le déblaiement de la neige au col 
de Fenestre 5 , poussait, les 14 et 15 avril, des patrouilles 
sur Utelle et Figaret et, le 17, attaquait même cette loca- 
lité. Il était obligé de se replier, les forces françaises, de 
ce côté, n'ayant pas diminué et paraissant même s'être 
accrues dans les vallées du Var et de la basse Tinée 6 . Sur 
les sommets de l'Authion, une tempête si violente éclata, 
les 9, 10 et 11 avril, que les tentes piémontaises furent 
toutes déchirées ; les gardes de la tête de Rugger et des 
Villettes avaient été obligées de se retirer et les Républi- 
cains eux-mêmes s'étaient aussi repliés de la Calmette à 
Lucéram, du Ventabren au Béolet 7 . Dès le 13, ils repren- 
nent leurs postes. Celui du Ventabren, menacé, le 15, par 
les chasseurs-carabiniers cantonnés dans les granges de la 
Maglia 8 , est attaqué vivement, le 11, par le colonel de 

1. Arch. de Breil, pièces n°" 75 et 85 : Correspondance de Colli et de deWins. Ce dernier 

Eréconisait une attaque sur Dolceacqua, qui ne pouvait être faite que par Tanarda et 
.angan ; car, ainsi que le remarque M. de Malausséna, il était aussi difficile au défen- 
seur de déboucher au-delà du fossé de la Bendola qu'à l'ennemi de le traverser. 

2. Il en résulte que la ligne de la Bendola et Marte est très affaiblie au profit de 
l'Authion et des nouveaux postes de la gauche. 

3. Notamment le chemin de San Dalmazzo au col de Raus par « le col de la Mouga». 
v 4. Une compagnie de pionniers, commandée par le comte Mollières, est envoyée, le 
11, de l'Authion a Colla Ardente. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Colli avait, à ce sujet, confirmé les ordres de Déliera, 
afin d'être prêt à se replier par là, au cas d'un échec sérieux du côté de la Briga. — 
D'après les rapports du marquis Colli, de Casanova, commandant les troupes de l'Authion, 
et de Cagnolo (?), il restait encore à ouvrir, le 20 avril, la partie du chemin située sur le 
versant cTEntraque. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 75. — Analyses des rapports du général Déliera et du mar- 
quis Colli. — Le 19 avril, le bat. de Mondovi et la centurie d'Oneille sont à Belvédère, 
sans outils et sans tente. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Rapports de Casanova et Cauvin, le 12 avril : du comte 
Flumet, le 13. 

8. Arch. de Breil, pièce n 6 75 : Rapport du comte Vital, commandant à Marte. L'enga- 
gement a duré de 4 à 8 heures du matin. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 43 

Casanova, commandant à l'Authion. Une centurie du 2° ba- Avril 1794. 
taillon de Montferrat s'avance jusqu'au pied des retranche- 
ments et tiraille pendant une heure, en attendant les milices 
de Sospel et de Cauvin, qui devaient, par le vallon de 
l'Arp, venir prendre l'ennemi à dos ; mais elles sont arrêtées 
par les défenseurs de Moulinet, et le général Daliemagne, 
commandant le camp de Béolet, a ainsi le temps d'envoyer 
des renforts, qui refoulent les Piémontais 1 . 

Dans la vallée de la Roya, dès le 10 avril, les grand'gar- 
des piémontaises de Colla Bassa descendent au Colombier 
de Gan et à la Giandola, où elles ne peuvent tenir sous le 
feu plongeant et concentrique des Français échelonnés sur 
la rive gauche du torrent, jusque vis-à-vis des granges de 
Comagna 2 . Elles y reviennent, sans plus de succès, les 
13, 14 et 15 3 . D'autres tentatives sur le col d'Àgnon 4 , la 
baisse de Muratone 5 et le pas de la Tanarda 6 échouent 
également, tandis que, le 14, le général François, après 

1. Arch. de Breil, pièce n° 70 : Rapport de Casanova. Il accuse une perte de sept tués, 
16 blessés, six prisonniers, pour son bat. seulement, qui « manque, dit-il, d'officiers presque 
entièrement : point de lieutenant-colonel, ni de major ; un capitaine blessé, un lieutenant 
malade à Coni, l'autre absent, l'aide-major malade à Limon, d'autres officiers blessés ou 
absents. A cette affaire, le chevalier Massel a reçu une contusion, le chevalier Bianco, 
lieutenant, un coup qui a traversé le corps ; le chevalier Ballegno, blessé, est resté prison- 
nier ». Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard et rapport de Dumerbion, le 
20 avril. Les assaillants, au nombre de 400 h., sont attaqués au point du jour. Ils ont eu 
20 ou 30 tués, 50 blessés, 13 prisonniers, dont un officier de Montferrat. Les Français n'ont 
eu que deux blessés ; ils ont pris 15 sabres, 40 fusils, un tambour. 

2. Arch de Breil, pièce n° 75 : Rapport de Déliera, le 11 avril. 

3. Arch. de Breil, pièces n°» 75 et 83. — Arch. de la Guerre : Renseignements donnés 

Êar le général Macquard. — Rapports de Dumerbion, les 14 et 16 avril : Le 13, le chevalier 
iuschetti, lieutenant au régiment de Turin, avec 30 volontaires, a trouvé, à 4 heures 
du matin, le poste du Colombier inoccupé. Un quart d'heure après, il a dû battre en retraite 
vers Lantorasca, où il n'y avait que 20 ou 30 milices. Le feu de peloton des Français en 
face de Comagna l'a obligé à battre en retraite sur deux postes disposés par M. Busca 
Ardisso. Il a eu un mort, quatre blessés, dont deux prisonniers, et a ramené cinq ou six 
Français. — Le 14, même opération contre deux gardes françaises, dans les oliviers au- 
dessous du Colombier. Les Piémontais sont soutenus par les milices et une centurie, 
portée à Lantarosca. L'affaire commence à 3 ou 4 h. du matin et dure trois h. Les Piémontais 
ne subissent aucune perte ; les Français ont un officier et deux grenadiers blessés. — Le 
15, attaque de la Giandola par deux ou 300 h., milices et une centurie d'Oneille. Le canon 
placé à la Croix de Gan force les Français à se replier du Colombier, mais les Piémontais 
sont arrêtés à leur tour, à la Giandola, par le tir à mitraille d'une pièce de 4, placée pendant 
la nuit ; ils ont 10 tués et beaucoup de blessés. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 75. — Arch. de la Guerre : Renseignements donnés par le 
général Macquard. — Cette petite affaire a eu lieu le 14 avril. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 75. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 18 avril. 
— L'affaire a donc du avoir lieu le 17. Les Piémontais auraient deux tués, un blessé ; les 
Français deux blessés. On a reconnu 600 Piémontais, presque tous Barbets, deux batteries 
de six canons et deux obusiers, sur la rive droite de la Bendola. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Dans sa relation, M. de Malausséna dit que, le 11 au 
matin, une patrouille, suivie d'un détachement, s'est avancée pour déloger la garde de la 
Tanarda, mais que ces troupes n'opérèrent pas, attendu que l'ennemi s'est montré en force 
et que les milices ont refusé d'attaquer. 



44 CONQUETE D ONEILLE, D ORMEA 

Avril 1794. avoir refoulé un instant la centurie de la Rocca Barbona, 
établissait une centaine d'hommes sur le mont Pellegrmo, 
en face de ce poste 1 . Enfin, le 16, le 2 e bataillon de Nice, 
abandonnait Ciagge, devant les éclaireurs poussés jus- 
qu'au col de San Bernardo 2 par le bataillon de la 99 e demi- 
brigade, envoyé de Pieve di Teco à Mendatica 3 . 
du M g 7n7Si en coiii Ces escarmouches prouvant que l'ennemi était partout 
^gau™ en force, le général Colli hésitait à prendre l'offensive, sans 
avoir rassemblé tout ce dont il pouvait disposer, lorsque, 
le 18 au matin, il apprend la retraite du général d'Argen- 
teau 4 . Ce mouvement imprévu découvrant complètement 
sa gauche, ordre est aussitôt donné au 1 er bataillon de Tor- 
tone, qui arrivait du Piémont, de cantonner à la Ca et de 
détacher une compagnie au baracon de Eiofreddo, pour 
surveiller les communications entre les hautes vallées du 
Tanaro et de la Roya. Le 2 e bataillon de chasseurs, qui sui- 
vait, reste à Limone, dirigeant deux compagnies sur les 
passages conduisant de la Vermenagna à Upega et Carnino, 
où sont envoyées les milices de Limone et de Vernante 5 . 
Il fallait encore protéger la ligne de communication et 
les grands magasins de Borgo San Dalmazzo, dont les 
Français pouvaient s'emparer rapidement, en débouchant 
d'Ormea sur Mondovi 6 . A cet effet, le général Colli prescrit 

1. Arch, de Breil, pièce n° 75. — Arch. de la Guerre : Ordre du général Masséna au 
général François, les 14 et 15 avril. — Le colonel de Bellegarde, croyant, d'après ses es- 
pions, qu'il n'y avait que 60 Français à Triora, y envoie le capitaine de milices Ciaulandi 
avec 25 hommes. Cette patrouille est poursuivie par le détachement que le général François 
envoyait au mont Pellegrino par ordre de Masséna. Cette troupe engage Ta fusillade avec 
la centurie de la Rocca Barbona, qui se replie, partie en montant, partie de l'autre côté 
d'un ravin. Les Français enlèvent les effets de campement de ce poste et se retirent à 
l'arrivée d'un renfort conduit par le comte d'Aglian. 

2. Ne pas confondre le col de San Bernardo, où passe la route d'Albenga à Garessio 
par Zuccarello, avec le col que franchit le sentier de Mendatica au col de Tanarello. 

3. Arch. de Breil, pièce n" 85 : Le bataillon de Nice bivouaque trois jours devant le col 
de Tanarello, au pied des neiges. Le 19 avril, il campe sur le versant de la Roya, à Ci- 
baira, à trois quarts d'heure au-dessous de la crête, avec une garde de 80 h. au col. Les 
milices restent à Ciagge. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 84. 

5. Arch. de Breil, pièces n° 85 : Ordres de Colli aux bat. de Tortone et de chasseurs, 
le 18 avril. — Lettres du 19 au commandant de Limone et à M. Luguia, gouverneur de 
Coni, au sujet des milices. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 85 a : Lettre du général Colli au baron de Wins, le 18 avril 
à 8 h. du matin. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 45 

aux autres bataillons en marche pour rejoindre de s'arrêter Avril 1794. 
aux endroits où ils se trouvent 1 et propose de les joindre au 
corps du Tanaro, qui serait ainsi en état de reprendre l'of- 
fensive 2 . Ce plan n'est agréé ni par d'Argenteau 3 ni par 
de Wins 4 , qui se borne à engager le commandant des 
forces dans le comté de Nice à s'y maintenir jusqu'à la 
fonte des neiges et à se replier ensuite sur le col de Tende 5 . 
Ainsi abandonné à ses seules ressources, Colli ne disposait 
que de 10.000 hommes environ de troupes régulières 6 , avec 
lesquels il allait avoir à supporter tous les efforts de l'armée 
d'Italie. Aussi avait-il cherché à fortifier la gauche de sa 
ligne de défense aussi puissamment que l'étaient le centre 
et la droite 7 . 

Il s'agissait, en somme, de maîtriser les trois avenues 
qui, des hautes vallées delà Nervia, du Giribonte et du 
Tanaro, conduisent dans le bassin de la Briga et débou- 
chent sur la Roy a, à San Dalmazzo, en aval de Tende. Le 
camp central de Colla Ardente, porté à neuf bataillons 8 , 
s'appuie, à gauche, aubaracon établi, malgré la neige, sur la 
cime du mont Saccarello 9 et occupé par trois compagnies 

1. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Ordre du 18 avril. 

2. M. de Malausséna dit que Colli fit partir en poste, à 3 h. après-midi, le comte de 
Ponsiglion, porteur d'une lettre pour d'Argenteau. 

3 Voici ce que dit à ce sujet M. de Malausséna : « Le comte Ponsiglion, revenu de sa 
mission, rapporta que le général d'Argenteau, persuadé que le baron Colli aurait pu détour- 
ner l'attaque qui l'avait obligé de se retirer, n'avait pu s'empêcher de le lui témoigner et 
l'avait renvoyé, en le chargeant de lui dire qu'il ne voulait pas disposer des troupes qui 
n'avaient point été destinées à être sous ses ordres ». 

4. Arch. de Breil, pièces n 03 70 et 75. — Voici d'ailleurs la lettre du général de Wins, 
dont la quiétude contraste avec la situation critique de Colli : « Comme les postes de Ceva 
et de Mondovi sont occupés et qu'il y a de la cavalerie dans les plaines de Coni, je pense 
avoir fait par là tout ce qui est possible dans la circonstance actuelle- pour empêcher que 
l'ennemi puisse venir sur Teade et Borgo San Dalmazzo. En attendant, envoyez-moi de 
fréquentes estafettes, pour que je sois toujours informé de votre position et des mesures 
que vous croirez propres à l'assurer, Turin, le 19 avril 1794. » Signé : baron de Wins. » 

5. Arch. de Breil, pièces n 03 70 et 75 : Lettres de de Wins, les 20 et 21 avril, portées 
au général Colli par M. de Clermont et le major Marquetti, qui arrivent à la Briga, le 
23 au matin. 

6. Arch. de Breil, pièces n 03 70 et 75 : Lettre de M. de Wins, les 19, 20 et 21 avril, sur 
la faiblesse des bataillons piémontais. Voir d'ailleurs pièce justificative n 8 2. Les huit bat. 
de renfort ne devaient certainement pas présenter ensemble plus de 4.000 h. Il y avait en 
outre 1.500 à 2.000 milices. 

7. Arch. de Breil, pièce n" 85 a : Lettre de Colli au major de Malausséna, le 15 avril, 
et ordres divers de Colli. 

8. Savoir, de la droite à la gauche piémontaise : le 1 er bat. de chasseurs, le régiment des 
Gardes, le régiment de Belgiojoso,le régiment de Piémont, le régiment des Grenadiers royaux. 

9. Arch. de Breil, pièce n° 75 : M. de Malausséna couche, le 15, à Colla Ardente et 
monte, le 16, à Saccarello, pour diriger les travaux du baracon et du chemin y conduisant. 



46 CONQUETE D ONEILLE, D ORMEA 

Arrii 1794. de Grenadiers royaux ; une quatrième compagnie est déta- 
chée en avant 1 , pour couvrir les derrières de la grand'garde 
de Rocca Barbona. A la droite, la redoute construite sur la 
cime del Bosco 2 par la compagnie de pionniers du capitaine 
Mollières, venue le 12 avril de l'Authion, est défendue par 
une compagnie de chacun des régiments des Gardes, de 
Piémont et de Belgiojoso. Le marquis de Bellegarde, colo- 
nel des Grenadiers royaux, commande cette masse de 3.000 
hommes, y compris les milices, avec laquelle il doit soute- 
nir, en cas de besoin, les postes latéraux. 

Celui du Tanarello, aux ordres du major baron Grimaldi, 
commandant le 2° bataillon de Nice, a été renforcé de deux 
compagnies de Piémont, dont une devait se rendre à Colla 
Rossa, lorsque la fonte des neiges le lui permettrait 3 . 
Les troupes campent au-dessus des granges Cibaira, à 
trois quarts d'heure du col, sur le versant de la Briga, 
avec une garde de 80 hommes du côté du Tanaro, dans un 
retranchement élevé vers le milieu de l'arête 4 qui s'étend 
du col au hameau de Ciagge, occupé par des milices. Sur 
le chemin de la Tanarda à la Briga, quelques tranchées 
avaient été faites au plan de Linaire ; mais au fur et à 
mesure que les neiges disparaîtraient, les troupes du comte 
de Radicati, colonel de Pignerol, devaient s'avancer de 
manière à relier le camp de Colla Ardente au poste des hau- 
teurs d'Anan et de Lugo 5 . Le 16 avril, des détachements 
du corps franc et des patrouilles de milices sont postés 



1. Point 2.095 de la carte italienne : sommet situé au-dessous du mot Alpe de Alpe di 
Garlenda de la carte sarde. Ce point est dénommé Tanarello, sur la carte manuscrite du 
général Garnier, et rocher de Tanarello, dans quelques documents du temps. 

2. Point 1782 de la carte italienne. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 85. 

4. Point 1.766 de la carte italienne. 

5. Ce poste couvrait la communication de Saorge à la Briga par les granges de Lugo, 
de Groa et la baisse de Geraone, en surveillant la baisse de Giasque et les sentiers venant 
de Barcone et de Croce di Marta. Après plusieurs remaniements, il est composé de 100 
chasseurs du 1 er bat. et d'une centurie du régiment de Nice envoyés, le 6 avril, enfin de 
la compagnie des volontaires de Pian, qui relevé, le 16, un détachement du bat. autrichien 
de Garnison (Arch. de Breil, pièces n os 79 et 85). 






DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 47 

sur la hauteur de Testa délia Nava; une redoute avec che- Avril 1794 - 
min d'accès y est terminée le 22 l . 
Ce même jour, Masséna atteignait Molini avec le gêné- du°mTn P t a M°a n rta 

. par les Français. 

rai Bruslé, les trois compagnies de sapeurs et leur com- 
mandant Rusca qui, originaire de la Briga, connaissait 
parfaitement le pays. Le lendemain, il se rend à la Tanarda 
et pousse en reconnaissance sur le mont Marta 200 hom- 
mes qui, après avoir refoulé d'abord les patrouilles pié- 
montaises, sont obligés de se replier à leur tour sur Porta 
Bertrana, à l'arrivée de renforts tirés de la garde de la 
redoute. Un poste piémontais, de 100 hommes, reste au 
mont Marta ; le 2 e bataillon de Tortone et le corps franc 
bivouaquent dans la redoute de Nava ; le régiment de 
Pignerol s'avance jusqu'à la tête de Linaire 2 . 

Bien que peu importante en elle-même, cette tentative 
faisait ressortir l'intérêt qu'il y avait à devancer l'ennemi 
dans l'occupation d'une position d'où il pouvait tourner à 
la fois Saorge et la Briga par les sentiers qui , de la Croix 
de Marta, conduisent dans les vallons de Riosecco et de 
Groa, ainsi que sur le contrefort intermédiaire de Geraone 3 . 
En conséquence, le colonel Radicati doit recevoir des ren- 
forts et établir sur ce point des retranchements en neige 4 . 
La difficulté des communications et la fatigue des troupes 
empêchent de mettre cet ordre à exécution avant le 25, à 

1. Arch. de Breil, pièces n os 68, 75 et 85. — Ces travaux ont été exécutés par le capitaine 
de Maulandi, dont la relation est très précise : 90 h. de Tortone et de Pignerol ouvrent un 
chemin praticable aux piétons, dans la journée du 16 ; le 17, ce chemin est rendu à peu 
près praticable aux mulets, malgré une assez grande quantité de neige dans le bois d'Aïfel. 
— Le 18, on commence la redoute. Il fallut d'abord déblayer la neige, dont on forma un 
amas sur le côté ouest du plateau, qui avait 30 pas de front sur 100 de profondeur. C'est 
cet amas de neige, ainsi qu'une petite tenaille, faite un peu plus bas, pour flanquer ce côté 
de la redoute, très exposé, qui a fait naître la légende de la redoute au triple retranche- 
ment. En^ fait, le retranchement ne se composait que de deux rangées de corps d'arbres 
superposés, maintenus par quelques traverses, entre lesquelles on jetait les pierrailles 
ramassées tout autour. On n'avait pu revêtir le côté extérieur d'un rang de gazon que sur 
le front. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 68 : Relation du capitaine de Maulandi. Il n'est pas question 
de cette affaire dans les documents français. — Voir aussi pièce just. n° 9 ; les lettres de 
Maulandi les 23 et 24. 

3. Arch. de Breil, pièce n* 68 : Lettres de Colli, le 23, et de Maulandi, le 24 avril. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 68 : Ordre de Colli, daté de la Briga, le 24, à 11 h. du soir, 
et arrivé à la redoute, le 25, à 3 h. du matin. — Voir, pièce just. n» 9, la lettre de Mau- 
landi, du 25, à 3 h. 1/2 du matin. 



48 CONQUETE D ONEILLE, D ORMEA 

Avril 1794. l'aube du jour \ Le 1 er bataillon de chasseurs vient, par les 
crêtes de Colla Ardente, se poster sur la gauche de la redou- 
te. Le régiment de Pignerol , le 2 e bataillon de Tortone et le 
corps franc se rangent en bataille le long du chemin de la 
Tanarda, entre le mont Ceriana et la cime de Marta 2 ; des 
gardes sont répandues sur le versant méridional de la 
montagne, pour protéger 200 travailleurs armés, répartis 
sur le sommet. 

La défense de ce vaste plateau, surbaissé en son milieu, 
exigeait au moins six bataillons 3 . Aussi, le général Colli, 
en apprenant que M. de Wins avait changé la destination 
des quatre derniers bataillons sur lesquels il comptait 4 , 
prescrit-il de s'en tenir aux postes déjà retranchés, où il 
envoie une centurie du 1 er bataillon de Tortone 5 . En même 
temps, s'attendant à une attaque prochaine sur toute la 
ligne et ne disposant d'aucune réserve, il ordonne de faire 
reposer les troupes et expédie des instructions relativement 
à la retraite 6 . Le colonel de Radicati se replie donc, à 3 

1. L'effectif dont disposait le colonel de Radicati était au plus de 1.300 h., savoir : les 
deux bat. de Pignerol, 600; le 2 e bat. de Tortone, 30 V le corps franc, 295; milices, 150. 
Indépendamment du service de garde, fort pénible, puisqu'il se faisait dans la neige, cette 
troupe avait construit la redoute et le chemin d'accès, du 16 au 22, et amélioré le sentier 
de la redoute à Colla Ardente, le 24, après s'être battue le 23. Colli s'était rendu compte de 
l'épuisement des soldats, le 24, en allant à la Prea et à Linaire ; aussi, revenant sur 
son ordre du 23, qui prescrivait à Maulandi de faire avancer les troupes, il ordonne de vive 
voix, le 24, au colonel de Radicati de faire reposer tout son monde. S'appuyant sur cet 
ordre, le colonel signifie, le 24 au soir, à Maulandi qu'il ne lui donnera, le lendemain, pour le 
travail, qu'un officier, un sergent, deux caporaux et 30 h. (Billet de Saint-Vital, aide-major 
du régiment de Pignerol). L'ordre pressant de Colli, motivé par l'avis qu'on serait attaqué 
le 25, arrivé dans la nuit du 24 au 25, oblige à mettre de nouveau la troupe sous les 
armes (Arch. de Breil, pièce n e 68). 

2. M. de Maulandi dit « derrière Ceriana ». Comme dans sa relation il indique que 
près de la redoute, on recevait des balles venant de cet endroit, il est probable qu'il 
désigne sous ce nom le point 1.984 de la carte italienne plutôt que le mont Ceriana actuel, 
point 2.031- C'est aussi ce qui résulte de l'examen attentif de son croquis. 

3. Arch. de Breil, pièce n 68 : vi. de Maulandi comptait surtout sur l'arrivée des deux 
bat. de grenadiers pour l'occupation de cette position ; il les demande par deux fois au 
général Colli. 

4. Arch. de Breil, pièces n os 68, 70, 75 et 91. Ces quatre bat. sont : les 8 e et 9 e grena- 
diers, ainsi que le régiment de Saluées. Les deux premiers devaient se rendre à l'Authion, 
les deux autres au camp de la Prea. — D'après deux lettres de M. de Wins, du 24 avril, 
il semblerait que, le 21, Colli avait encore insisté pour l'exécution de son plan et qu'après 
avoir tout d'abord récriminé sur ce qu'on ne s'était pas porté sur Dolceacqua, le major 
général avait résolu de faire prendre l'offensive à d'Argenteau, en le renforçant de ces 
quatre bat. Mais, à ce moment, il était trop tard et le seul résultat de cette décision tar- 
dive était de rendre inutile quatre bat. excellents et reposés. 

5. Venant de la Ca. C'était la seule réserve dont il disposât. 

6. Arch. de Breil, pièces n os 6S et 85. M. de Maulandi fait très bien ressortir ce chan- 
gement dans les dispositions de Colli, qui, le 25, à 10 h. du matin, comptait encore sur 
Parrivée des bat., ayant dans la journée précédente échangea ce sujet une correspondance 
avec le marquis de la Chiusa, colonel commandant les 8 e et 9 e bat. de Grenadiers. (Arch. 
de Breil, pièce n° 75). Les lettres du baron de Wins (Arch. de Breil. pièce n° 70), 
n'étant datées que du 24 avril à Turin, n'ont en effet pu parvenir à la Briga que dans la 
matinée du 25. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 49 

heures de l'après-midi, sur la redoute de Nava, les camps Avril 1794. 
de Liuaire et de Prea, laissant, à la cime de Marta, 50 hom- 
mes du corps franc avec les travailleurs, et, à la Croix, la 
compagnie de chasseurs de Pignerol l . 

Profitant de ce mouvement de retraite exécuté sous ses 
yeux, le poste de la Tanarda, à ce moment renforcé par les 
colonnes venues du Tanaro, s'élance sur la position aux 
ordres du général Bruslé 2 . Les chasseurs de Pignerol 
s'échappent vers la Briga, par les pentes couvertes de neige 
du ravin de Riosecco. Le reste des Piémontais se replie 
sur la hauteur de Mappa 3 , à mi-chemin entre Marta et la 
redoute. Aidés d'abord par le corps franc, puis par les 
autres bataillons revenus en toute hâte, enfin par le tir de 
deux canons de 4 qu'on venait d'amener à la redoute, ils 
soutiennent un combat meurtrier et opiniâtre jusqu'au 
soir ; pendant la nuit, les deux adversaires restent en 
présence 4 . 

Il était évidemment indispensable de chercher à refouler 
l'ennemi de Marta, avant qu'il eût eu le temps de s'y 
installer en force. A cet effet, conformément à ses instruc- 
tions, le marquis de Bellegarde envoie de Colla Ardente 

1. Arch. de Breil, pièce n° 68. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion. 

3. Ce nom n'est marqué sur aucune carte et ne porte pas de cote sur la carte italienne. 
Mappa se trouve vraisemblablement au point de jonction des sentiers de Linaire et de 
Colla Ardente. Le chevalier Bonnaud désigne ce point sous le nom de « l'avancée » et indi- 
que qu'il y avait quelques tentes et de la neige. (Arch. de Breil, pièce n° 91 n.) — Masséna, 
dans son rapport, dit que les hommes avaient dé la neige jusqu'au ventre (Arch. de la 
Guerre, au 12 mai). M. de Maulandi, dans sa lettre à Colli, le 24 avril, signale comme 
débarrassés de neige, la Croix et le sommet de Barcone (Arch. de Breil, pièce n° 68). Le 
6 avril, il y avait environ 2 mètres de neige, puisque le chevalier d'Auvare avait trouvé 
les baraques complètement enfouies (Arch. de Breil. pièce n° 67). 

4. Arch. de Breil, pièces n 03 31, 68, 91 n. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion. 
D'après la relation du chevalier Bonnaud, le corps franc eut trois officiers blessés, parmi 
lesquels, MM. de Coulongues et de Forbin, sous-lieutenants, et 45 soldats tués ou blessés ; 
les chasseurs des Gardes eurent aussi quelques hommes de tués ; les Français laissèrent sur 
le champ de bataille 22 morts, dont 12 furent assommés à coups de crosse et de sabre par 
le peloton de 30 h. qu'il commandait. M. de Maulandi raconte que des officiers français 
blessés dans cette affaire et qu'il a rencontrés à l'hôpital de Nice, lui ont avoué avoir eu 
plus de 300 entre morts et blessés. Le corps franc, d'après lui, en aurait eu 45 à 50. — M. de 
Malausséna indique, pour le corps franc, une perte de 40 soldats ; au bat. des Gardes, un 
homme tué à celui de Tortone, un officier blessé. Le feu des deux canons de 4 qui venaient 
d'arriver à la redoute avec six spingardes, contribua beaucoup au succès des Piémontais. 
Enfin, Dumerbion, dans un rapport daté de Breil du 28, rend compte, d'après une lettre dî 
Masséna de la montagne de la Tanarda, que l'ennemi a laissé plus de 20 morts sur la place 
et a eu un grand nombre de blessés. 



50 CONQUÊTE D'ONEILLE, D ORMEA 

Avril 1794. au comte de Radicati le 2 e bataillon des Gardes et deux 
divisions de Belgiojoso, dont une est dirigée sur la 
baisse de Geraone, pour couvrir les avenues de la Briga 
par la rive gauche du Riosccco et appuyer le poste 
d'Anan. Puis, à titre de diversion, il fait surprendre, le 26, 
de grand matin, le détachement français du mont Pelle- 
grino, qui bat en retraite sur Triora. Mais, le colonel de 
Radicati n'ayant pas jugé à propos d'attaquer Marta, 
malgré les ordres donnés et les renforts reçus, le général 
François refoule, dès 7 heures du matin, le faible corps 
du comte de Saint-Michel sur Rocca Barbona et réoccupe 
son poste 1 . Le reste de la journée est employé par les 
Républicains à prendre leurs dispositions en vue de l'atta- 
que générale prescrite pour le lendemain. Elle doit s'opérer 
en cinq colonnes, qui convergeront sur les hauteurs de 
Linaire et du Pine 2 . 

Attaques a l'extrême droite, le 3 e bataillon de la 99 e demi-brigade 

du ' ° 

001 de et T du arell ° quitte Mendatica, à 1 heure du matin, et gagne, par le 
accare o. ^ ^ e g an Bernardo, Ponte di Tanarello, où il se frac- 
tionne en deux détachements. L'un occupe Ciagge, et, à 
9 heures, attaque de front le retranchement du baron Gri- 
maldi, pendant que l'autre cherche à le tourner au nord, 
par les pentes couvertes de neige de la Punta Ventosa. 
Après cinq heures de combat, ils sont rejetés et poursuivis 
jusqu'au ravin de Vaurascana, sur la rive gauche duquel 

1. Arch. de Breil, pièces n os 68, 91 b et n, et 85 b. Voir cette dernière aux pièces 
just., n° 11. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, et rapport du 28 avril, 
accusant, pour les Français, deux tués, cinq blessés, cinq prisonniers ; pour les Pié- 
montais, 15 tués, cinq blessés, 25 prisonniers. Il est probable que la troupe signalée par le 
colonel de Bellegarde comme descendue du mont Tanardo à Triora, n'était autre que le 
bataillon de la 100 e demi-brigade, venant de Pigna pour faire partie de la colonne du géné- 
ral François. 

2. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, les 25 et 26 avril ; pièces just. n° 10. — 
Ordres du 24 avril à l'adjoint aux adjudants généraux Bailet d'envoyer à Triora, le 25, 
toutes les troupes de Pigna, Buggio, Dolceacqua, qui ne laisseront que 100 hommes dans 
la première de ces localités et 25 dans les deux autres. Le même officier doit faire 
arriver, le 26 au plus tard, des cartouches à Mezzaluna, Triora et la Tanarda, ce dernier 
poste en recevant 40,000 au moins. — Ordre, du 21 avril, à Haller, régisseur des vivres, 
pour envoyer 18.t.'00 rations de pain, lard, riz, sel et eau-de-vie, en vue d'une expédition qui 
aura lieu le 27 avril. — Lettre de Masséna à Dumerbion, le 21 avril, de Garessio, lui indi- 
quant le point d'attaque et le priant de donner des instructions à Lebrun, avec lequel il 
correspondra par Pigna. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 51 

ils se rallient 1 . Cette colonne n'avait donc pu entrer en Avril 1794. 
relations avec celle de la brigade Fiorella, qui opère sur le 
versant droit du Tanarello. 

Les 15 à 1.800 hommes qui la composent 2 , partant de 
Mezzaluna, marchent pendant la nuit, à travers la neige, 
le long de la crête du mont Monega au mont Fronte, où 
ils arrivent vers 5 heures du matin 3 . Ils y laissent une 
arrière-garde, puis occupent le poste avancé 4 , abandonné 
la veille, à cause du mauvais temps, par la compagnie des 
Gardes chargée de le défendre. Prévenu par les signaux, 
le marquis de Bellegarde envoie au mont Saccarello le 
lieutenant-colonel de Sainte-Rose 5 avec quatre compagnies 
des Grenadiers royaux, pour soutenir les forces qui s'y trou- 
vent. La majeure partie de ces 600 hommes 6 est rangée 
en bataille devant le baracon, à droite et à gauche d'une 
pièce de 3, hissée la veille et appuyée à deux bouts de 
retranchements qui tenaient à la crête 7 . Un peloton est 
>osté sur un petit rocher, en avant de la droite 8 , pour flan- 

1. Arch. de Breil, pièce n° 85 b et c. Voir pièce just. n° 10. — Koch, Mémoires de 
M asséna, t. 1, p. 64. Dans son instruction à Fiorella, Masséna indique que l'effectif du 
bat. français est d'environ 500 h. Il faut alors admettre qu'il a été renforcé, puisque, 
d'après l'état du 5 avril (pièce just. n° 6) et la situation du 20 avril, la demi-brigade ne 
comptant que 936 à 948 h., le bat. n'aurait eu que 312 à 314 h. Le major Grimaldi dis- 
posait peut-être d'un peu plus d'hommes, savoir : 2 e bat. de Nice, 80 ; 2 compagnies de 
Piémont, 150 ; milices, 100 au plus ; renforts reçus : 25 grenadiers, 25 h. de Belgiojoso, 
compagnie de chasseurs des Grenadiers royaux, 75 h. ; soit au maximum 455 h. — D'après 
M. de Malansséna, l'officier piémontais, commandant les troupes portées vers la gauche 
du retranchement était le « baron d'Athénas ». 

2. Ce chiffre est donné par le marquis de Bellegarde et concorde parfaitement avec les 
indications des situations, savoir : 13 compagnies de la 46 e demi-brigade, 1.378 h. ; 3 e infan- 
terie légère, 494 à 500 h., soit 1.872 à 1.878 h. au total. 

3. L'heure du départ de cette colonne n'est donnée par aucun document ; mais on peut 
la déduire d'une reconnaissance du major des milices Sibonio (Arch. de Breil, pièce n 8 66). 
Du col de Mezzaluna au mont Monega, 1 h. 1/2, et autant du mont Monega au mont 
Fronte ; enfin 1 h. 1/4 du mont Fronte au mont Saccarello. Fiorella serait donc parti à 

h. du matin. 

4. Point 2.095 de la carte italienne. 

5. Koch dit « Sainte-Chose », sans doute par suite d'une erreur de lecture des documents. 

6. Cet effectif, qui est un maximum se décompose ainsi qu'il suit : quatre compagnies 
des Grenadiers royaux, 300 h. ; une compagnie de Piémont. 75 h. ; une compagnie des 
Gardes, 75 h. ; Belgiojoso, 270 h.; Asti, 30 h., total : 750 h , dont il faut déduire 125 h., 
envoyés au Tanarello, une compagnie de chasseurs, 75 h., 25 grenadiers et 25 h. de Bel- 
giojoso ; reste : 625 h. Il est donc bien certain que, contrairement à l'assertion de Masséna 
dans son rapport du 12 mai (Arch. de la Guerre), et conformément à l'indication de 
M. de Malausséna (Arch. de Breil), les Piémontais étaient fort inférieurs en nombre aux 
Français. Cependant, pour arriver à l'exacte vérité, il convient d'ajouter à ces 625 h., 150, 
jour les deux compagnies des Gardes envoyées ultérieurement, et 300, pour le bat. d'Asti 
lu comte de Saint-Michel ; en sorte que les 15 à 1,800 Français ont eu à lutter contre 
I.Q00 Piémontais environ. 

7. Les points d'attache de ces retranchements sont nettement marqués sur la carte 
italienne par les cotes 2.185, à l'est, et 2.130 au nord du mont Saccarello. 

8. Indiqué sur la carte italienne. 



52 CONQUÊTE D ONEILLE, D'ORMEA 

Avril H94. quer la ligne. Enfin, à la tête d'un faible corps de volon- 
taires 1 , M. de Sainte-Rose s'avance, tambour battant, à la 
rencontre des Républicains, qui le refoulent rapidement, 
grâce à leur énorme supériorité numérique. 

S'étendant alors sur le Pian di Fontana, couvert de neige, 
ceux-ci marchent droit au Saccarello, en deux colonnes. 
Arrêtés par le feu de mousqueterie et d'artillerie bien 
ajusté des Piémontais, ils sont obligés de reculer devant 
une contre-attaque de la petite réserve des volontaires. 
Fiorella rallie ses troupes et, entretenant le feu sur le front, 
dirige deux détachements sur les flancs, l'un par la crête 
du mont Fronte au Saccarello, l'autre du côté de la cime 
du Tanarello. Ce dernier est repoussé par une centurie des 
Grenadiers royaux 2 , envoyée fort à propos de Colla Ar- 
dente ; mais le petit rocher reste aux mains des Français, 
qui se préparent à tenter un dernier effort. 

Le colonel de Bellegarde ne s'était pas contenté de 
secourir directement les défenseurs du mont Saccarello, il 
avait prescrit au comte de Saint-Michel de gagner avec 
son bataillon le pas de Garlenda, pour prendre en flanc 
et de revers les assaillants. Ayant, malgré les ordres don- 
nés par Masséna, immobilisé les forces dont il dispose sur 
le mont Pellegrino 3 , le général François ne peut s'opposer 
à temps à cette manœuvre hardie qui s'exécute sous ses 
yeux 4 ; en sorte que, au moment où Fiorella renouvelle son 

1. Le major marquis Costa est chef de ce petit corps. C'est dans ce mouvement en 
avant que son fils est blessé mortellement, (Voir Un homme d'autrefois, par le marquis 
Costa, son arrière-petit-fils, Paris, 5 e édition, p. 220). 

2. Cette centurie était commandée par le baron de Morand, d'après M. de Malausséna. 

3. Il a au moins 1.427 h , savoir : 3 e Hautes-Alpes, 680 h. ; un bat. de la 118% 
585 h.; un bat de la 100 e , 312 h. ; total: 1.577 h., moins 150 laissés à Dolceaeqya, 
Pigna et Buggio. Il n'a devant lui, à Rocca P.arbona, que 300 h., soit une centurie des 
Gardes et une de Piem int. A l heure de l'après-midi, il "e reste en outre au camp 
de Colla Ardente que 495 b., savoir : deux compa-nies des grenadiers royaux, 150 h , une 
compagnie de Piémont, 75 h , e 1 une division de Belgiojos >, 270 h. — lies*, impossible de 
connaître la raison d'uiv^ semblable inacti an alors qu'il avait reçu l'ordre formel de forcer 
Roc'-a Barbona. Aussi y a-t-il aux Arch. de la Guerre, une lettre de Masséna du 30 avril, 
écrit" à ce gênerai sur un ton sévère, peu habituel à cette époque. 

4. il est. à remarquer en erfet que, partant, de Rocca Barbona, M. de Saint-Michel est 
plus rapproche du pas d Garlanda, horizc ntalement et verticalement, que le poste du 
mont Pellegrino. En supposant que ce dernier se soit ébranle en même temps que les 
Piémontais, il aurait été en retard d'au moins une demi-heure ; mais il a dû s'écouler 
quelque temps avant que les Français se fussent mis en marche. 






Avril 1794. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 53 

attaque, la plupart de ses soldats, recevant des balles par 
derrière, épuisés par la marche de nuit et ce combat pro- 
longé, se débandent et s'enfuient en désordre vers le col de 
San Bernardo. En môme temps, arrêté par le détachement 
qu'occupait le petit rocher, menacé par l'arrière-garde du 
mont Fronte qui marchait au-dessus d'Alpe di Garlenda, et 
par le corps envoyé à sa poursuite par le général François, 
M. de Saint-Michel fait descendre sa troupe par les rochers 
et arrive à Colla Ardente, où la grand'garde de Eocca 
Barbona avait été rappelée l . 

Si l'échec des deux colonnes de droite et l'inaction de de * ™ d e oute 
celle du centre sauvait le corps d'armée austro-sarde d'un de Nava ' 
désastre complet, la lutte prolongée autour du mont Sac- 
carello avait du moins facilité la tâche des deux colonnes 
de gauche, en empêchant l'envoi de nouveaux renforts à 
la redoute de Nava ou de Fels 2 . Dans la nuit du 26 au 27, 
le colonel de Radicati avait assigné leurs postes aux 17 à 
1,800 hommes sous ses ordres. Le bataillon des Gardes 
occupe les retranchements armés de deux pièces et de six 
spingardes. Les pentes gazonnées s'étendant devant le 
front et vers la gauche, entre les lisières des bois de Mappa 
et de Sanson, sont battues en outre par le bataillon de 
Tortone, placé sur la crête qui unit Testa délia Nava à Colla 
Ardente. Dans les bois fort épais de la droite sont répandus 
le corps franc et les chasseurs, soutenus par le 1 er bataillon 
de Pignerol. Une division de Belgiojoso flanque l'ouvrage 3 , 



1. Tous les renseignements qui précodent sont tirés des pièces suivantes : Arch de la 
Guerre : Ordre de Masséna le 25 avril et rapport de Dum^rbion. Rapport de Masséna, 
le 12 mai; Archives de Breil, pièces n° 70 b et 85 b, aux pièces just. n 03 12 et 11. Le 
récit de Koch, Mémoires de Masséna, t. 1. p. 63 et 64, est à peu près exact, pourvu que 
Ton remplace le mot Tanarello par celui de Saccarello et que l'on atténue tout ce qu'il y 
a de déclamatoire et de dithyrambique dans le style. Il donne pour les Français un chef 
de bat. tué, 15 officiers, dont le général Fiorella, blessés, 346 h. tués, blessés ou 
prisonniers. 

2. Dans son rapport du 12 mai, Masséna se borne à la première observation. Il est 
donc à croire que, s'il n'a pas augmenté la force de ses deux colonnes de droite, c'est 
qu'il ne s'attendait pas à rencontrer une aussi grande résistance dans cette partie. Tout 
Thonneur en revient d'ailleurs aux dispositions générales prises par le baron Colli, au 
coup d'œil et à la vigueur du marquis de Bellegarde. 

%, Elle devait être placée derrière la tenaille construite sur la pente occidentale de la 
montagne. 

5, 






54 

Avril 1794. derrière lequel 200 hommes sont placés en réserve. Enfin 
le 2 n bataillon de Pignerol, au Florial dell'Afel 1 , relie la 
position avec les retranchements des Linaires et ceux que 
construisent à la cime del Pine la compagnie des pion- 
niers, venue de Colla Ardente la veille 2 . 

A 5 heures du matin, les deux colonnes Bruslé et Ham- 
mel, présentant environ 4,000 hommes 3 , débouchent de 
Marta. La première se déploie à Mappa, y établit une pièce 
de 4 et pousse vers le bois de Sanson des tirailleurs, qui 
refoulent peu à peu les Piémontais. La seconde s'étend 
dans le bois de Mappa qu'abandonnent rapidement les 
chasseurs, le corps franc et le 1 er bataillon de Pignerol. 
Harassées de fatigue, ces troupes gagnent laBriga, partie 
par le vallon dell'Afel, partie par Prea, au lieu de se rallier 
derrière la redoute, ainsi qu'elles en avaient reçu l'ordre. 
La division de Belgiojoso, déjà exposée aux feux de 
Mappa, est alors prise en flanc par les tirailleurs français. 
Une portion rentre dans la redoute ; le reste rejoint la 
réserve qui, craignant d'être enveloppée, se replie sur le 
2 e bataillon de Pignerol et l'entraîne jusqu'au plan 
des Linaires. Le général Hammel se jette aussitôt sur la 
redoute et en reste maître après un court mais vif combat 
à l'arme blanche 4 . Il pousse ensuite quelques détache- 

1. M. de Maulandi dit au point d'intersection des deux chemins venant des Linaires. 
Voir d'ailleurs son croquis. 

2. Tous ces détails sont tirés de la relation du capitaine de Maulandi (Arch. de Breil, 
pièce n°68). Cet officier indique avec raison qu'il aurait mieux valu mettre dans la re- 
doute un des bat. de Pignerol, qui étaient les plus fatigués, et employer à la défense du 
bois de Mappa le bat. des Gardes. Mais l'occupation d'un ouvrage était, à cette époque, 
regardée comme un poste d'honneur et fut réclamée comme tel par le chevalier de Saint- 
Sulpice, lieutenant-colonel des Gardes, puis par le capitaine Ravinelli, de Belgiojoso 

3. L'effectif maximum est le suivant : colonne Bruslé : 5 e grenadiers, 750 h. ; 2 bat. de 
la 117 e , 1.554 ; ensemble, 2.304 h. ; colonne Hammel : 1 er infanterie légère, 500 h. ; 2 bat. de 
la 118 e , 1.170 h. ; ensemble, 1.670 h. ; total des deux colonnes : 3.974 h. Le chiffre de 
4.000 h. est d'ailleurs indiqué par Maulandi et Malausséna. 

4 Arch. de Breil, pièces n 0s 68, 89, 91, n, et p. (Voir les deux premières pièces just. 
n° 9 8 et 9. D'après la relation du capitaine du génie Deandreis, aide de camp du général 
Colli, la redoute de Nava a été prise vers 8 heures du matin. Le général Koch dans les 
Mémoires de Masséna, t. I, p. 61 et 62, commet, au sujet de cette affaire, d'assez graves 
erreurs en parlant de l'attaque du camp de Marta, protégé par trois redoutes. Il indique 
200 h. comme prisonniers, bien qu'une partie de la garnison ait pu s'échapper. M. de Ma- 
lausséna ne donne aucun chiffre, tout en pensant que le nombre n'a pas dû être considé- 
rable, à cause des bois qui ont facilité la fuite. Mais il signale les pertes en officiers, sa- 
voir : le comte de Radicati tué ; au bat. des Gardes, le chevalier de Germagnan tué, le 
lieutenant-colonel baron de Saint-Sulpice, le major marquis de Moncrevel, le comte Gasso, 
le chevalier de Cuzan, blessés ; trois autres faits prisonniers ; à la division de Belgiojoso, 
le capitaine Ravinelli, blessé et mort prisonnier, l'enseigne Rodrigues tué, le lieutenant 
Svoboda prisonnier ; enfin le capitaine Maulandi de l'état-maior blessé et fait prisonnier. 
— Arch. de la Guerre : Ordres du 26 avril. — Rapport de Dumerbion. 



cime del Bosco. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 55 

ments vers la Tête des Linaires, de façon à couvrir la mar- Avril 1794. 
che du général Bruslé qui, conformément aux ordres de 
Masséna, se dirige sur le mont Colla Ardente, à 500 mètres 
environ de la cime del Bosco. 

Cette cime est formée par une masse de rochers inacces- M ^ e 
sibles ou d'un difficile accès. On n'y pouvait monter qu'un 
à un, du côté où se trouvaient les Républicains. Le 
sommet avait été fortifié par un parapet de gazon, qui 
en rasait les bords, de manière à ne laisser aucune prise à 
l'ennemi. Une pièce de canon de montagne était placée 
dans cet ouvrage, dont le pied n'était ni vu, ni battu; 
quelques bouts de retranchements, sur les côtés, donnaient 
seulement des feux à quelque distance en avant l . Un petit 
poste, détaché par la garnison sur le mont Colla Ardente, 
s'étant replié à l'approche de la colonne française, M. de 
Bellegarde envoie le major Balegno prendre le comman- 
dement de la redoute, dont les défenseurs sont portés 
à 296 hommes par l'arrivée d'une compagnie de Pié- 
mont 2 . 

Pendant ce temps, Bruslé avait rassemblé ses troupes 
derrière ce même mont Colla Ardente, sur lequel il met son 
canon en batterie. Vers 2 heures de l'après-midi, il débou- 
che à la tête d'un millier d'hommes, pour attaquer la 
redoute del Bosco sur son front et sur ses deux flancs. 
Malgré le feu des Piémontais, les trois corps atteignent 
l'angle mort, au pied des rochers ; les grenadiers du centre 
parviennent seuls à se hisser jusqu'au parapet. Ils sont 
culbutés par une grêle de pierres et obligés, ainsi que le 
reste des assaillants, de regagner l'abri d'où ils étaient 
partis, laissant sur le terrain le général et bon nombre de 

1. Cette description est tirée du récit de M. de Malausséna. Elle concorde d'ailleurs 
parfaitement avec celles du général Dumerbion, dsns son rapport, et de Koch, p. 65. 

2. La garnison de la redoute de la cime del Bosco est composée, au moment de 
l'attaque, d'une compagnie des Gardes, de deux compagnies de Piémont et de 75 h. de 
Belgiojoso. 



56 CONQUETE D'ONEILLE, d'ORMEA 

Avril n94. morts ou de blessés 1 . Jugeant inutile de renouveler, à la 
fin du jour, l'assaut d'une position aussi forte, comptant 
d'ailleurs sur les mouvements exécutés par sa droite pour 
déterminer la retraite de l'ennemi, Masséna se contente de 
relier les deux colonnes de la gauche par des tirailleurs 
poussés sous bois, dans le ravin de Sanson, de façon à 
gêner, sinon à intercepter la communication de Colla 
Ardente avec la Briga par la Madone de Fontan 2 . 

occupation D'ailleurs , le 2 e bataillon d'Asti et le reste du 

du bassin # t , f . ^ 

de la Briga. régiment de JBelgiojoso étaient déjà passes, se rendant a 
la baisse de la Crosetta par MorignoP. Quant aux autres 
troupes de Colla Ardente, abandonnées par les milices, dans 
la soirée, mais protégées par les glorieux défenseurs de la 
cime del Bosco qui'emportent leur canon, elles se replient le 
lendemain, au point du jour, sur le mont Saccarello, sans 
être inquiétées, et occupent les crêtes jusqu'à Colla Eossa 4 . 
En avant de la Briga, les six à 700 hommes ralliés au camp 
dePreapar le comte d'Aglianet réconfortés par la présence 

1. Arch. de Breil, pièces n os 85 b et d ; voir pièces just. n 09 11 et 13. — Arch. de la 
Guerre : Relation de Masséna, le 12 mai ; rapport de Dumerbion, le 29 avril, indiquant 
35 tués et 130 blessés, et ordres du 26 avril ; ces derniers aux pièces just. n° 10. La rela- 
tion du général Koch contient une contradiction manifeste. A la page 62, il dit que 
l'attaque n'a pas eu lieu, et p. 65, il en donne la relation exacte, si l'on admet que la 
première attaque se rapporte à l'occupation du mont Colla Ardente, point 1778 de la carte 
italienne, d'où l'on est parti pour monter à l'assaut delà cime del Bosco, point 1782. 

2. On renonce à relever les erreurs de la Storia Militare de Pinelli, tellement elles 
sont nombreuses. A celles de la relation de Koch, qu'il traduit tout simplement, l'auteur 
piémontais ajoute celles d'un vieux manuscrit qu'il a dû se borner à copier (Voir 
note de la p. 416). Mais, à coup sûr, il n'a jamais consulté aucun document officiel, 
ni même jeté les yeux sur une carte, sans quoi il n'aurait pas fait un récit aussi incohé- 
rent et aussi extravagant, qui dénote plus d'imagination que de raison. Pour justifier 
cette appréciation on se bornera à citer les exemples suivants : p. 381, il n'est pas 
question à ce moment de M. de Montafia dans les Arch. de Breil ; mais il n'a pu en tout 
cas se retirer à la fois sur Ponte di Nava, Colla Ardente et le col Tanarello, p. 382, il n'y 
a jamais eu d'Autrichiens à Ormea; p. 383, 384 et 385, comment les Piémontais auraient-ils 
pu faire les neuf ou 10 redoutes dont parle Pinelli et eu des points si extraordinairement 
choisis notamment à la Tanarda que nous n'avons cessé d'occuper ? Le bois de Sanson 
n'a jamais été sur les flancs du Saccarello ; p. 383, Colli n'a jamais eu 5.000 h. à Colla 
Ardente et surtout le 10 avril, p. 3S6, Mouret n'a pu s'emparer d'Albenga qui était 
génois, mais surtout il n'est pas revenu dans la vallée de la Taggia pour passer aux 
monts Fronte et Monega, puis « remonter» la vallée de l'Aroscia . Le régiment de Lom- 
bardie n'a pas été attaqué à Ponte di Nava, p. 388 ; enfin Pinelli confond l'affaire du 26 
à Pellegrino et celle du 27 à Saccarello, qui prend les proportions d'une bataille, s'eten- 
dant de Butta Rossa à la cime de Bosco sur le chemin de Mendatico; p. 397, 398 et 399. 
c'est une erreur très grave de dire que la retraite de Colli a été déterminée par les 
attaques de Macquard ; p 384, qu'est-ce que l'attaque du camp retranché de Praya par 
Lebrun avec la division Hammel ? etc. 

3. Ces deux bat, sont conduits par M. de Malausséna, envoyé par Colli de Prea, 
à 11 heures du matin. 

4. Arch, de Breil, pièce n° 85 b : Relation du marquis de Bellegarde. Le capitaine 
Raybaudi seul était resté . 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 57 

du générai Colli, pendant toute la matinée du 27, se main- avi-h 1794. 
tiennent jusqu'à l'a nuit, puis se débandent 1 . Il n'était donc 
plus possible de défendre le village. La démoralisation et 
le désordre étaient au comble dans tous les corps 2 . Cepen- 
dant pour donner au centre et à la droite le temps d'effec- 
tuer la retraite ordonnée 3 , Colli cherche à couvrir encore 
San Dalmazzo pendant la journée du 28, en occupant le 
contrefort situé entre le Riosecco et la Roya, dont le 
versant occidental est très difficilement accessible. 

Le 1 er bataillon de chasseurs est porté à la cime 
d'Arpeze, soutenu par la division de Belgiojoso qui, de la 
baisse de Geraone, s'était replié sur la cime de Riore. Entre 
ce point et la chapelle San Salvatore, près de la Briga, 
sont placés, sur un rang, les débris des défenseurs de la 
redoute de Nava 4 . La compagnie de pionniers garde la 
route et le pont de la Livenza. Sur la rive droite du torrent 
sont postés d'abord le premier bataillon de Pignerol, puis 
une compagnie de Tortone, barrant le chemin du col de 
Bosiglia, enfin le corps franc, sur les pentes de la cime 
délie Larder, se reliant par une vingtaine d'hommes de Bel- 
giojoso aux troupes qui occupent Moriguol. Une division 
du régiment autrichien de garnison, appelée de Sa orge, 
s'établit à la Coletta di Briga 5 . 

Si mince que fût ce cordon, il suffit pour en imposer 

1. Voici ce que dit à ce sujet M. de Malausséna : « Dans le soir du 27, des soldats 
annonçant au quartier général que les troupes de la Praya abandonnaient le poste, on ne 
put d'abord y ajouter une pleine foi ; le général crut suffisant de réitérer ses ordres pour 
tenir; mais, vers les 2 heures après minuit, le capitaine Boanaud vint assurer qu'elles 
étaient toutes descendues. » 

2. Arch. de Breil, pièce n° 91 p : Relation du capitaine du génie Deandreis : « Comme 
on ne pouvait pas contenir les soldats qui cherchaient de s'évader et de passer à Tende, 
on a mis une garde de 15 h. au pont de la Levenza ; cette garde a été forcée par une 
orde (sic) de troupe, qui s'est présentée tout à coup pour passer le pont, de façon que la 
plus grande partie du monde qui avait descendu de la montagne, passa à Tende », d'où il 
fallut les faire revenir de force dans la soirée du 27 et dans la nuit suivante. 

3. Arch. de Breil, pièce n n 85 a. Ordres de Colli au général Déliera, le 25 avril et le 27 
à 2 heures de l'après-midi, de la Briga en descendant de la Prea, d'où l'ordre de retraite 
est envoyé au marquis de Bellegarde. — Arch. de Breil, pièce n° 75. Lettres de Déliera, 
les 25, 26 et 27 avril, celle-ci, datée de Fontan, où le général, descendant de l'Authion, 
était arrivé si fatigué, qu'il ne put se rendre immédiatement auprès de Colli. 

4. Dans l'ordre suivant, à partir du sommet : 1 er bat. des Gardes, 2 e de Tortone, 
moins une compagnie, 2 e de Pignerol. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 85 a. 



58 CONQUÊTE D'ONEILLE, d'ORMEA 

Avril 1794. aux Républicains , qui avaient d'ailleurs besoin de se 
rallier. Le général Hammel vient à Prea et pousse, dans 
les rochers de la cime de Trono, une avant-garde, qui 
tiraille, dès 7 heures du matin, à travers le Riosecco 1 . 
Le général François reçoit l'ordre d'occuper Colla Ar- 
dente, tandis qu'avec l'autre colonne, Masséna gagne le 
contrefort de la rive gauche du Riosecco, par le sentier de 
la Croix de Marta 2 . Un détachement occupe, dans l'après- 
midi du 28 avril, la cime de Durasca, s'y repose et, vers 
5 heures du soir, attaque brusqnement. Un quart d'heure 
après, toutes les troupes piémontaises s'enfuient vers 
Tende, en déroute, bien qu'elles soient poursuivies seule- 
ment jusqu'à la Livenza et la Roya 3 . N'ayant aucune 
nouvelle du général Dumerbion, auquel il avait adressé 
plusieurs rapports 4 , Masséna ne jugeait pas à propos de 
s'engager plus à fond, sans savoir ce qui se passait sur 
sa gauche. Le 29, de grand matin, il marche avec la 
117 e demi-brigade, par Selle di Lugo, sur la cime de 
Rocherosse, d'où il descend à Saorge 5 . Il y trouve le 
général en chef et les représentants du peuple, qui s'étaient 
rendus dans la vallée de la Roya, afin de prendre les 

1. Arch. de Breil, pièces n os 85 b et 91 p. Le marquis de Bellegarde rapporte que le 
major Grimaldi a vu tirer dès 6 heures du matin. Les Arch. de la Guerre ne fournissent 
aucun renseignement à cet égard et la relation de Koch est des plus confuses, pour ces 
deux journées des 28 et 29 avril. 

2. Masséna devait être accompagné des deux bat. de la 117 e demi-brigade, avec 
lesquels il arriva à Saorge le lendemain, et peut-être d'un bat. de la 118 e . (Arch.de la 
Guerre : Ordre donné par Masséna, le 29 avril, sur les hauteurs de Saorge.) Il est proba- 
ble que, dans la matinée du 28, il a laissé reposer ses troupes, en attendant des nouvelles 
de Dumerbion et en cherchant à entrer en communication avec François, qui lui a peut-être 
envoyé le 3* des Hautes-Alpes par Colla Ardente (Koch, Mémoires de Masséna, t. I, p. 67). 

3. Arch. de Breil, pièce n° 91 p. Le capitaine Deandreis dit que cette attaque eut lieu 
à 5 heures du soir et que, jusqu'à ce moment, les Français n'ont pas pénétré dans la 
Briga. M. de Malausséna indique que le combat s'est terminé vers 6 heures et que les 
Républicains « essayèrent, d'abord, par des propos et des promesses séduisantes, à révolter 
le soldat à tuer leurs officiers ; voyant que leur tentative était inutile, et ayant reçu des 
renforts, ils se levèrent et attaquèrent brusquement ». La compagnie de pionniers se 
retire seule en ordre et est postée par Colli derrière le mur d'une vigne sur la rive droite 
de la Roya, vis-à-vis le confluent de la Bendola, tandis que la compagnie Pandini, arrivée 
à 4 heures du soir de Saorge, a essayé sans succès une contre-attaque. M. de Malausséna 
est envoyé à la collette de la Briga pour arrêter les fuyards ; le capitaine Deandreis en 
fait autant sur la route de Tende et ramasse 800 h., qu'il fait Divouaquer dans les 
châtaigniers, sur le bord du chemin. 

4. Arch. delà Guerre : Rapport du général Dumerbion, le 28 avril ; 11 reçoit en même 
temps une lettre du 26 et une autre du 27. — Koch dit que Masséna a adressé cinq rapports 
dans la journée du 27 (ou du 28?), p. 68. 

5. Arch. de la Guerre : Ordre du 29 précité. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 59 

dispositions nécessaires pour seconder l'attaque de la Avril 1794. 
droite française, fixée au 27 avril 1 . 

En conséquence, ce jour-là, de grand matin, le général Attaque 
Bizanet pousse des tirailleurs jusqu'à la baisse de Camp centr d'iteiuf mee 

1g 27 avril 

d'Argent et fait établir une pièce sur le sommet de Man- 
tégas pour canonner le Tueis, qu'occupent quatre com- 
pagnies 2 soutenues par les 12 ou 1,500 hommes postés 
dans les retranchements de l'Authion 3 . Une colonne, 
sortie de Moulinet, s'élève peu à peu sur le versant droit 
du vallon de l'Arp, tandis qu'un détachement du Venta- 
bren se porte vers la cime de Parpelle, défendue par les 
chasseurs-carabiniers Canale et un bataillon de Montferrat. 
Ces troupes engagent une fusillade assez vive, principa- 
lement avec les milices du capitaine Cauvin, dispersées 
dans les bois en - aval de la Margheria et soutenues par 
des volontaires du 5 e bataillon de grenadiers et des Au- 
trichiens. Mais, tenus en respect par le tir des deux 
obusiers de la redoute des Mille-Fourches, peu soucieux 
sans doute de renouveler la tentative infructueuse et 

1. Le général Dumerbion a dû partir de Nice, le 25 avril, avec une escorte de 50 
éclaireurs de la 70 e demi-brigade. (Arch. de la Guerre : Rapport du 24). Il était, le 26, au 
camp de Brouis et y donnait des ordres au général Macquard et s'installait le lendemain 
âBreil. (Arch. de la Guerre : Rapport du 27). Il avait dû recevoir la lettre par laquelle 
Masséna lui envoya de Garessio, le 21 avril, son projet d'attaque, en le priant de donner 
des ordres à Lebrun, outre les instructions qu'il lui enverra (Arch. de la Guerre : 21 
avril). Les représentants du peuple ont sans doute quitté Garessio, le 21, avec le général 
Bonaparte. Celui-ci est certainement passé à Nice, puisque, le 25 avril, il envoie de cette 
ville à Manceaux, directeur d'artillerie à Nice, l'ordre de faire diriger, partie sur Antibes, 
partie sur Toulon, le matériel du siège de Toulon, encore en dépôt au Beausset (Corresp. 
inédite). S'il a suivi la route de terre, il a dû, en effet, coucher à Pieve di Teco le 21, 
à Oneille le 22, à San Remo le 23, à Vintimille le 24, à Nice le 25. Il a pu aussi aller par 
mer d'Oneille à Nice. On ne peut dire si les représentants du peuple ont accompagné le 
général Bonaparte jusqu'à Nice ou s'ils se sont rendus dans la vallée de la Roya, de 
Vintimille par Menton et Castillon La première hypothèse semble cependant plus probable, 
puisqu'ils arrivent ensemble à Breil le 26, visitent les avant-postes de la Roya le 27 au 
matin, et le même jour montent à la Scaffa de Gio (Arch. de la Guerre : Rapport du 27). 

2. Une centurie de Montferrat, une compagnie du 5 e bat. de grenadiers, 40 h. du 
régiment autrichien de garnison 

3. Arch. de Breil, pièce n° 85 a. Dispositions du général Colli pour la défense de 
l'Authion. Le 5 e bat. de grenadiers, du Baracon de la tête de l'Authion à la Batterie 
royale ; une division et demie du régiment autrichien de' garnison, en bataille devant cette 
batterie et s'appuyant à la redoute de la Força ; un piquet des volontaires Pandini dans 
la baisse de Provérière ; le 2° bat.de Peyer-im-Hoffautour de la redoute des Mille-Fourches ; 
les milices de Cauvin dans le vallon de l'Arp ; les chasseurs-carabiniers Canale, moins 
40 h. détachés aux granges de la Maglia, dans les retranchements de la Croix de Parpelle, 
soutenus par une centurie de Montferrat à Vote ; la dernière centurie de ce régiment au 
camp de Plan Caval en réserve. A Saint- Véran, il y avait un détachement de Peyer-im- 
Hoff avec poste à la tête de Rugger. Enfin, le 26, le général Déliera a probablement amené 
le 2« bat. de Turin, en remplacement du 2 4 bat. de chasseurs maintenu à la tête du 
Rioffredo. 



60 CONQUETE DONEILLE, D ORMEA 

Avril H94. meurtrière de l'année précédente, les Républicains se 
replient vers 2 heures de l'après-midi 1 . 

Sur la rive gauche de la Roya, le général Lebrun, 
quoique renforcé par cinq compagnies de grenadiers et 
100 hommes, ne juge pas à propos de s'engager à fond 
contre les fortes lignes de la Bendola, encore armées 
d'artillerie et défendues par un millier d'hommes 2 . 11 fait 
seulement reconnaître les points de passage du torrent 3 . 
Au centre, le général Macquard réunit entre Breil et la 
Giandola 1,100 hommes, qui se tiennent prêts à attaquer 
Colla Bassa au premier signal. A la gauche de cet im- 
portant rassemblement, le général Dallemagne dirige 
deux colonnes du col d'Agnon et de la baisse de la Dea 
sur les granges de la Maglia, qui sont enlevées rapide- 
ment. Le faible détachement qui y était posté 4 se replie sur 
la grange Rostagno, grand'garde du camp du Ciot 5 , d'où 
elle est bientôt obligée de se réfugier sous la protection 
du canon de la redoute du fort de Mart 6 . Le général 
Dallemagne se retire également, rappelé par Dumerbion, 
qui ne voulait pas compromettre ses troupes contre une 

1. Arch de Breil, pièces n° s 75, 85 a et 90. — Aucun document des Arch. de la Guerre 
ne parle de cette affaire, que M. de Malausséna ne considère d'ailleurs que comme une 
démonstration. Quant à Pinelli, il devient absolument impossible de suivre son récit 
fantaisiste, puisqu'il raconte (p. 404 et 405) l'enlèvement de la redoute de la Beola défendue 
par 300 milices, ce vingt-sept avril, tandis que Macquard force le passage de la Roya à 
Breil. 

2. Savoir : 1 er bat. de Peyer-im-Hoff, 221 h.; 2 e de Nice, moins une centurie à Anan, 
163 h.; bat. autrichien de garnison, moins une division et demie à l'Authion, 400 h. ; 
volontaires Pandini, 150 h.; milices, 100 h. au moins. Total : 1,034 h. 

3. On n'a aucune indication sur les opérations de Lebrun, le 27 ; mais, dans une lettre 
du 26 avril, le général Déliera dit que les Français se sont montrés au pas de Muraton. 
(Arch. de Breil, pièce n° 75.) 

4. Savoir : une compagnie de chasseurs Canale de 40 h., et 70 milices. 

5. Ce nom n'est marqué sur aucune carte. Mais il est facile d'indiquer la place de ce 
camp d'après Pétymologie du mot Ciot ou Chiot, qui veut dire plan. Ce camp devait donc 
être situé à la racine du contrefort, coté 1,032 sur la carte d'état-major français, qui se 
dirige au sud-ouest du sommet 1151, fort de Marb. La carte de l'état-major sarde est 
encore plus nette sur ce point que celle au 80,000 e . Cette déduction est d'ailleurs confirmée 
par l'aquarelle faite en octobre 1793 par un nommé Mertz, sans doute officier au régiment 
suisse de Schmid, aquarelle trouvée à Nice et dont une reproduction est donnée dans le 
présent volume. 

6. Cette redoute est appelée généralement Cimon de Mart ou Simon, dans les documents 
du temps, pour ne pas la confondre avec celle de Colla Bassa ou de Raouré, appelée aussi 
du grand Marte. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 61 

position aussi forte 1 , avant d'avoir l'assurance de l'entrée Avril 1:94. 
en ligne de Masséna. Le contre-coup du succès de ce 
général du côté de la Briga devait d'ailleurs se produire 
avant l'arrivée de ses rapports au quartier général de 
l'armée d'Italie. 

Aussitôt après la prise de la redoute de Nava, le com- Prise de saorge 
mandant du corps austro-sarde avait prescrit de désarmer ^c^Ka. 
les ouvrages dans là nuit du 27 au 28 avril, et de trans- 
porter à Tende les canons, sauf ceux de montagne, que les 
troupes emporteraient avec elles, en se repliant, la nuit 
suivante, sous la protection du fort de Saorge 2 . Le 28 au 
matin, les éclaireurs de la 56 e demi-brigade, ayant vu 
retirer une pièce de la batterie de Cugnet 3 , engagent une 
vive fusillade avec les volontaires Pandini, au confluent 
de la Bendola. Le général Lebrun, prévenu, fait descendre 
du pas de Muraton une colonne qui franchit la Bendola 
en amont de Casto, sans difficulté. Les défenseurs de cette 
partie de la ligne, très affaiblis par l'envoi des Autrichiens 
à la Coletta di Briga et d'hommes de corvée pour le 
transport de l'artillerie 4 , se replient sur Saorge, puis sur 
Tende 5 . Alors pris en flanc, les volontaires Pandini sont 
également contraints de se retirer et, par la route, arrivent 
à San Dalmazzo à 4 heures du soir 6 . Les détachements 

1. Cette position était essentiellement formée par le contrefort de Colla Bassa â la 
Giandola compris entre les ravins de Tende, à l'ouest, et de Loano, à l'est, tous deux diffi- 
cilement franchissables. On y trouvait les postes suivants : le grande redoute sur le 
sommet de Colla Bassa, le Grand-Camp avec les retranchements dits de Nice, le camp du 
Ciot de Marte, pourvu aussi de retranchements, la redoute du fort de Mart ou de Cimon, 
le poste de la Croix de Gan, l'avant-poste du Colombier ou du Pigeonnier à l'emplacement 
marqué C. délia Monta sur la carte sarde. — Voir d'ailleurs Je croquis des retranche- 
ments (F et G), joint au 1 er vol. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 85 a : Ordre de retraite donné à Déliera par le général 
Colli, à la Briga le 27 avril, à 2 h. de l'après-midi. 

3. C'est la version de M. de Malausséna, qui paraît fort plausible. 

4. Dans son ordre précité, Colli prescrit de lui envoyer immédiatement tout ce qu'il y 
a d'Autrichiens à Saorge. Il ne reste donc plus que les volontaires Pandini, 50 h., une 
centurie de Nice, 150 h. au plus et le 1 er bat. de Peyer-im-Hoff, 220 h., soit : 420 h., plus 
les milices ; mais il faudrait encore défalquer les hommes employés au transport de l'artil- 
lerie, une centaine au moins. 11 convient aussi d'observer que le bat. de Peyer-im-Hoff 
devait être encore plus faible, puisque l'effectif indiqué est celui du 8 avril et qu'à la date 
du 21 avril, le général Déliera se plaint de la désertion de cette troupe (Arch. de Breil, 
pièce n" 75). Cette indication est d'ailleurs corroborée par plusieurs rapports de Dumerbion 
(Arch. de la Guerre). 

5. M. de Malausséna dit que ces troupes arrivent à Tende le soir. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 30. Note en italien de Pandini, non signée. 



62 CONQUÊTE DONEILLE, D ORMEA 

Avril 1794. et les milices gardant les rochers de la Baragne sont 
pris. Ne pouvant se replier sur la baisse de Geraone occu- 
pée par Masséna, le poste d'Anan n'échappe au même 
sort qu'en gagnant Fontan, pendant la nuit, par le vallon 
de Pêne 1 . Enfin, le gouverneur de Saorge, baron de Saint- 
Amour, ne se croyant pas en état de résister avec sa faible 
garnison dans un mauvais château dominé de tous côtés, 
prend le parti de se retirer à son tour, contre l'avis de ses 
subordonnés et malgré l'ordre formel donné par le baron 
Colli 2 . Dans la soirée 3 , le général Lebrun occupe la 
forteresse abandonnée et fait sa jonction avec les troupes 
de la division Macquard. 

Celles-ci ne s'étaient mises en mouvement sur plusieurs 
colonnes qu'à 3 heures de l'après-midi, après la réception 
des rapports de Masséna 4 . Le chef de brigade Barthélémy 
et l'adjudant général Clément, remontant les deux rives 
de la Roya avec 500 hommes chacun, trouvent Comagna 
abandonné par le 2 e bataillon de Turin qui, voyant partir 
les volontaires Pandini, avait quitté ce poste ainsi que les 
granges Corvese 5 pour descendre dans le vallon de Cairos 

1. Arch. de Breil, pièce n° 79. Ce poste était sous les ordres du major d'Auvare, com- 
mandant du 1 er bat. de chasseurs. D'après l'ordre de retraite de Colli, il devait se joindre 
à la division de Belgiojoso, envoyée le 26 à la baisse de Geraone. 

2. Voici la rédaction de l'ordre de Colli : « Le fort de Savourge doit être gardé avec la 
plus faible garnison possible et avec des gens les plus faibles pour marcher ; quand on aura 
ordonné la retraite, cette troupe se repliera aussi sur les hauteurs vers le col de Géron, 
exclusivement à la garnison. Le commandant du château tiendra tant qu'il pourra.» 

3. Le général Koch semble vouloir indiquer (p. 71) que les troupes de Lebrun ne sont 
entrées à Saorge que le 29 au matin. M. de Malausséna dit au contraire que l'occupation 
de Saorge a eu lieu le 28, « qu'il était encore grand jour. » Des pièces des Arch. de Breil, 
il semble résulter qu'à 2 h. de l'après-midi au plus tard, il ne devait plus y avoir personne, 
ni à Saorge, ni aux environs. Pour que le bruit de cet abandon ait pu se répandre entre 
3 et 4 h. de l'après-midi à Colla Bassa (Arch. de Breil, pièces n os 91 et 92, il est absolument 
nécessaire qu'il en soit ainsi. D'autre part, Pandini marque nettement dans sa note que 
Saorge était évacué quand il est parti: «... riflettendo che non vi era più alcuna truppa a 
Saorgio...» Or, pour arriver à San Dalmazzo à 4 h. du soir, comme il l'indique, il a dû 
partir à 2 h., puisqu'il avait à franchir 10 kilomètres. — Est-il probable que Lebrun soit 
resté sans bouger devant cette bicoque d'où on ne tirait plus ? Et ne semble-t-il pas plutôt 
que, si le 2 e bat. de Turin a fait sa retraite de Comagna, non par la route, mais par la 
hauteur et le vallon de Cairos, c'est qu'il ne pouvait plus passer sous Saorge, à ce moment, 
c'est-à-dire vers 4 h. du soir, parce que les Français y étaient ? 

4. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 28 avril. 

5. Ce nom qui n'existe sur aucune carte est indiqué dans l'ordre de Colli du 25 avril 
(Arch. de Breil, pièce n° 85 a), dont voici le libellé, qui peut aider à retrouver l'emplace- 
ment sur le terrain : « Il faut affaiblir les postes le long du chemin (la route de Breil à 
Saorge) pour en établir un plus fort à la grange Corvesi. Ce poste peut couvrir aussi la 
retraite qui se fait sur les hauteurs derrière Marte jusqu'au château de Malamort. « 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 63 

par le versant septentrional de Colla Bassa 1 . La gauche Avril 1794. 
de cette position était ainsi absolument découverte, sans 
que le colonel Vital, qui y commandait, en fût prévenu. 
Ayant à peine 500 hommes 2 à opposer à 2.000 Français au 
moins 3 , cet officier fait évacuer l'ouvrage du fort de 
Mart et ne conserve, en avant de la grande redoute, que les 
gardes du Ciot, de la grange Rostagno et de la Croix de 
Gan. Prise de flanc par le détachement de l'adjudant 
général Jardin, qui gagne Lantorasca, cette dernière est 
bientôt obligée de se retirer. Mais les trois postes pié- 
montais, utilisant habilement le terrain, se replient en 
échelons. Par une contre-attaque vigoureuse, exécutée à 
propos, le comte Vital rejette même sur la pente de Raouré 
les Républicains, au moment où ils arrivent au sommet de 
Colla Bassa, en désordre et fatigués par cette longue 
montée 4 . 

Ce succès ne pouvait être qu'éphémère. L'adjudant géné- 
ral Jardin, continuant à s'élever dans le bassin du torrent 
de Toano, atteint les cabanes Antonna, puis la Laguna. 
Il tombe ainsi sur les flancs et les derrières des défenseurs 
de la grande redoute, réduits encore par l'envoi d'un déta- 
chement au-devant des têtes de colonne du général Dalle- 
magne. Enveloppé par des forces très supérieures, le colonel 
Vital est fait prisonnier avec une centaine d'hommes, vers 

1. M. de Malausséna dit que : « ce bataillon, ne pouvant se retirer par la grande 
route, remonta le vallon de Cairos, où il rencontra à Maurion l'artillerie de Marte ; ayant 
appris à ceux qui la conduisaient que les Français étaient à Savourge, ils la renversèrent 
dans le vallon et se retirèrent à Tende avec ce bat. par le même chemin que firent les 
troupes de l'Authion. » 

2. Le 1 er bat. de Turin a dû être envoyé en presque totalité, le matin ou la veille au 
soir, à l'Authion, en remplacement du 2° bat. de chasseurs, maintenu au baracon de 
Rioffredo. Voici ce qui restait : A la croix de Gan, une compagnie d'Asti et 50 h. de 
Turin ; au maximum 120 h.; — à la grange Rostagno, une compagnie et 40 chasseurs-cara- 
biniers, 110 h. environ ;— au Ciot, une compagnie d'Asti et une d'Oneille, à peu près 120 h.; 
— à Colla Bassa, le reste d'Asti et d'Oneille, 224 h. au plus. Total : 570 h., moins 100 
employés au transport de l'artillerie ; mais il devait y avoir aussi une centaine de milices. 
A la redoute de la Beola, il y avait 50 h. d'Oneille et des milices. 

3. On n'a aucune indication précise à ce sujet. D'après la situation du 21 mars, en 
défalquant les troupes employées à l'expédition d'Oneille, il restait 3.900 h. au moins à 
Castillon, Brouis et Béolet. D'après les Arch. de la Guerre, du 15 au 25 avril, Macquard 
reçoit lesbat.de Forcalquier et de Vienne, le 1 er de la Haute-Loire et les grenadiers 
du Puy-de-Dôme, soit 3.500 h. au moins. L'effectif de 2.000 h. sur un total de 7.400 h. ne 
paraît donc pas exagéré pour les colonnes d'attaque de Colla Bassa. 

4. Pour aller de la Giandola à Colla Bassa, il faut s'élever de 1.100 mètres, soit 
environ quatre heures de marche. La redoute n'a donc pu être prise avant 7 heures du 
soir, c'est-à-dire à la nuit. 



64 CONQUÊTE D'ONEILLE, d'ORMEA 

Avril 1794 7 heures du soir. A la faveur de l'obscurité, un assez grand 
nombre de Piémontais s'échappent par les bois et se réunis- 
sent à la garde de la Beola, qui se rend à l'Authion 1 . 

De ce côté, la journée s'était passée sans incident et 
l'ordre pour la retraite s'exécute ponctuellement, sous les 
ordres du lieutenant-colonel chevalier Pisity. Les troupes 
commencent à défiler à 8 heures du soir, la division du 
bataillon autrichien de garnison en tête. Le 5° bataillon de 
grenadiers, formant l'arrière-garde, ne se met en mouve- 
ment qu'à minuit et rallie, en passant à Saint- Véran et à 
Raous, les détachements venus de la Vésubie ou du vallon 
de Cairos. La colonne marche toute la nuit sur le chemin 
amélioré du col de la Mouga et arrive, à 8 heures du 
matin, en vue de San Dalmazzo, au moment où sautait le 
magasin à poudre du parc d'artillerie. L'approche de 
quelques éclaireurs français faisant croire à une attaque 
imminente par la vallée de la Roya, avait causé cette 
explosion prématurée 2 . Mais, après ces jours de mar- 

1. Arch. de Breil, pièces n os 91 et 92. Voir pièce just. n° 14. — Arch. de la Guerre ; 
Rapport du général Dumerbiou. — Renseignements donnés au gouvernement par le 
général Macquard : 11 signale Gazan, capitaine des grenadiers de la 166 e demi-brigade et 
son aide de camp Vignier. Il dit avoir fait en tout 200 prisonniers, dont 30 officiers. Sur 
ce nombre, un colonel-brigadier (Vital), trois majors, 17 officiers subalternes, 125 h. sont pris 
dans la redoute de Colla Bassa. Il accuse pour ses troupes, 15 blessés et cinq tués, dont un 
capitaine des éclaireurs de la 70 e . 

2. Arch. de Breil, pièce n° 90. Il devait y avoir à l'Authion environ 2.50") h., savoir, 
d'après la situation du 8 avril : 5 e grenadiers, 334; division de garnison, 200 ; régiment de 
Monlferrat, 784 ; volontaires Pandini, 50 ; 2° bat. de Peyer-im-Holï, 252 ; chasseurs-carabi- 
niers, 150 ; milices Cauvin, 500 ; régiment de Turin, 700. Ces troupes, ayant mis quatre 
heures pour défiler, le chemin devait être assez mauvais, bien que le bat. des pionniers y 
eût travaillé depuis le 7, puisqu'il ne rigure plus sur les situations ou dans les relations, 
comme combattant. Il est assez difficile d'ailleurs de fixer avec précision remplacement de 
ce chemin. Dans la pièce n° 90, il n'y a aucun renseignement à ce sujet. Dans le mémoire 
du général Garnier, on lit, p. 85 : « On descend du col de Raux à la chapelle Saint-Dalmas 
en trois heures. Ce sentier tourne à droite du mont Raux, passe à, mi-côte, va descendre dans 
le vallon et rivière la Biogne, passe un mauvais pont de madriers, et, en continuant de 
descendre la rive gauche, arrive à Saint-Dalmas. » D'autre part, M. de Malausséna, dans 
sa relation, s'exprime ainsi qu'il suit : « ...la colonne, qui marcha toute la nuit par le che- 
min qui, paitant du col de Raux et passant par celui de Mouga, vient par les hauteurs 
descendre sur Saint-Dalmas-de-Tende. » Si l'on se reporte aune excellente petite carte, 
dressée par M. le lieutenant de Grandmaison, du 24 e bat. de chasseurs, on voit le nom de 
Mouga donné aux cabanes situées dans le bassin supérieur de Berghe, au pied du col de 
la Scaffa ou collet du Loup. Le chemin de retraite serait donc très probablement celui qui, 
de Raus, passe à Causséga, puis, par le flanc gauche du vallon de Oeva, à mi-côte, con- 
duit à ce col de Scaffa ou de Mouga, d'où l'on descend par les granges de Gaurone (carte 
sarde) ou Cabanas (carte du lieutenant de Grandmaison, pour traverser la Biogne à Mi- 
niera (carte sarde). On comprend alors que, suivant le récit de M. de Malausséna, « quel- 
ques tirailleurs (français) étant venus sur l'éminence qui est au confluent de la Biogna 
dans la Roya... il se produisit un peu de trouble dans la colonne, qui fit perdre bien d'effets 
de campement, que les soldats jetèrent pour se débarrasser de ce qui pouvait les empê- 
cher de combattre. » Le capitaine Deandreis, dans sa relation (Arch. de Breil, pièce n° 91,) 
dit que les Français étaient au nombre de 40 éclaireurs, auxquels il a opposé le 1 er bat. 
de Peyer-irn-Hoff et les milices de Saorge, placés dans « une position nommée le Torro, 
qui a, à sa droite, le vallon qui communique à la minière de Tende » ; enfin que la colonne 
de l'Authion est arrivée à Tende à 3 heures de l'après-midi et a défilé devant le général 
Colli, après ces 19 heures de marche. 






DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 65 

che, de bivouacs, et de combats clans un pays très Avril 1794 
difficile et en partie couvert de neige, les Républicains 
avaient encore plus besoin de repos que les Austro-Sardes. 
Il importait aussi d'attendre les résultats de l'offensive 
prescrite dans la vallée de la Vésubie. 

Le marquis Colli, qui y commandait, avait reçu l'ordre des p^ontais 
de se replier le 28 avril, partie sur le col de Raous, partie d d *u v/subft. 
sur la Madone de Fenestre, de façon à couvrir la droite 
du corps d'armée austro-sarde 1 . En conséquence, il avait 
réduit ses postes avancés, en leur prescrivant de se replier 
sur les redoutes de Sommelongue et de Flaut, en cas 
d'attaque de l'ennemi. Le 27 au point du jour, toute la 
gauche de l'armée d'Italie, dont le général Garnier vient 
de prendre le commandement, se met en mouvement. Un 
détachement descend de la Calmette au Suc del Duc 2 , 
chassant sur la Bollène la grand'garde des granges de 
Pons 3 . Lantosque est alors abandonné à deux colonnes 
venant du camp de Loda par les deux rives de la Vésubie 4 . 
De Figaret 2.000 hommes environ 5 se portent au collet 
des Anges, puis occupent la redoute de la Cerisière 6 , y 
laissant un bataillon 7 ; le général Garnier marche, vers 
1 heure de l'après-midi, en trois colonnes, à l'attaque 
du contrefort de la Tête d'Albéras 8 . A droite, le général de 
brigade Monleau, avec le 4 e bataillon de grenadiers et un 

1. On ne trouve pas cet ordre dans les Arch. de Breil ; mais, d'après l'ordre de Colli 
à. Déliera, le 25 avril (pièce n° 85 a), le marquis Colli était déjà prévenu, ainsi que le rap- 
porte M. de Malausséna, de se tenir prêt à partir au premier avis. Il a reçu l'ordre de 
retraite définitif le 27. 

2. Carte sarde, point 1555 de la carte française. 

3. Carte sarde. Sur la carte française elles se trouveraient à la racine de ce contrefort» 
au pied des rochers de la Cime de la Claudine. 

4. L'une franchit la Vésubie au pont de Loda, appelé pont de Caulone par M. de Ma- 
lausséna, et passe par Pical. 

5. Savoir : bat. de chasseurs, 543 ; 4 e grenadiers, 695 ; 1 er de la 84 e , 337 ; l 6 » de la 
70 e demi-brigade formée à Utelle, 469 ; total : 2,044. 

6. On y marche en trois colonnes et on y arrive après six heures de marche ; les troupes 
sont fatiguées par la chaleur. 

7. Le 1 er bat. de la 70 e , 200 h. dans la redoute, le reste à 200 toises en avant. 

8. Le général Garnier dit que cette marche est faite à la vue de l'ennemi ; les pentes 
étaient donc découvertes à cette époque, ainsi que l'indique la carte sarde. Les colonnes 
mettent une heure pour descendre au fond du ravin de Lantosque ; elles en emploient 
deux à remonter sur le versant gauche ; elles règlent leur marche sur celle de droite. 



66 CONQUÊTE D'ONEILLE, d'ORMEA 

Avril 1794. bataillon de chasseurs, s'élève le long de la crête de Som- 
inelongue, refoule 150 miliciens répandus dans les retran- 
chements autour de la redoute de la Tête-des-Pins, dont il 
s'empare à l'arme blanche 1 . Au centre, le premier bataillon 
de la 84 e demi-brigade se dirige sur le col entre cette redoute 
et celle de Villars, qu'une centaine de milices abandonne 
à six compagnies de grenadiers conduites par l'adjudant 
général chef de brigade Gardane. La nuit étant venue, les 
Républicains bivouaquent sur la montagne 2 . 

Les Piémontais se rallient au Caire de Saint-Sauveur, 
à Saint-Jean et à Saint-Julien, auprès de Belvédère, où 
se tenait en réserve le bataillon de Mondovi. A minuit, 
ils se replient, les premiers 3 sur la baisse de Saint-Véran 
avec un détachement de Belgiojoso, posté à la pointe de 
Rugger, les seconds à Terrarossa et de là à Raous 4 . Ces 
deux corps suivent les troupes de l'Authion dans leur 
retraite sur Saint-Daim as. Avec le reste 5 , le marquis Colli 
se rend à la Madone de Fenestre par le cirque et le col 
de Férisson. Il y est joint, le 28, par le lieutenant-colonel 
Testons, qui a gagné Saint-Dalmas-du-Plan, par le mont 
Cairegros, après avoir tenu tête, la veille, avec les milices 
de la Tinée, à Clans, à la 83 e demi-brigade, sous les ordres 
du général Serrurier 6 . Le lendemain, ils se rendent à 

1. Le général Monleau a un engagement d'une demi-heure au hameau de Clapieras 
Après s'être emparé des retranchements avoisinant la redoute, il s'en couvre pour pré 
parer son attaque par un feu nourri. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport du général Garnier, le 12 pluviôse au IV (1 er février 
1796) au général de division Clarke, chef du cabinet historique et topographique. — Il indi- 
que, pour les Piémontais, 18 tués, beaucoup de blessés, 80 prisonniers, dont 10 officiers ; 
pour les Français, deux chasseurs et deux grenadiers tués, 11 blessés dont un de ses aides 
de camp. Il fait l'éloge du capitaine Hontarède, des grenadiers de la 70 e , et de Chaumette, 
grenadier à la l rc compagnie de la 99 e , qui sont entrés les premiers dans la redoute. Dans 
son récit, M. de Malausséna dit qu'à la prise de la redoute : « 80 volontaires furent tués ou 
faits prisonniers ; au nombre de ces derniers furent le comte de la Roque, le comte Dani, 
officier de Nice ; Rous, du même régiment, y fut tué ; six officiers de milices et un de 
l'armée furent faits prisonniers, et, à proportion, l'on perdit des milices. » Le marquis 
Colli, dans son rapport du 1 er mai, d'Entraque, indique comme pris, outre MM. de la Ro- 
que et Dani, un nommé Ferré, de l'armée, et les officiers de milices suivants : major Otto, 
Sappia, Brocard, Ruffin et Durandi. 

3. Une compagnie d'Oneille, des milices et deux pièces. 

4. Une compagnie d'Oneille, les volontaires d'Asti et de Nice, quatre compagnies de 
milices, sous les ordres du capitaine Cavagnoli d'Asti. 

5. Le bat. de Mondovi, 400 h., et le surplus des milices. 

6. Depuis le 10 février, il y avait 10 h. à Marie, 30 à Uonse et 125 à Clans. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 67 

Entraque, laissant un détachement à la Madone et 100 AvriI 1794 - 
hommes dans le baracon du col de Fenestre, encore 
encombré de neiges 1 . 

De son côté, Garnier fait avancer ses forces dans le haut 
bassin de la Vésubie, tandis que le général Bizanet occupe 
l'Authion et le général Serrurier Isola. Des avant-gardes 
sont poussées à Saint-Etienne et au pied du col de Cerise 2 . 
Dans la nuit du 30 avril au 1 er mai, un détachement 
surprend même le poste de la Madone, et, grâce au 
brouillard, repousse la garde du col 3 . A cette nouvelle, 
le général Colli, craignant de voir les Français déboucher 
dans la plaine avant lui, prescrit aux deux bataillons 
de grenadiers stationnés à Roccavione de se porter à 
Entraque avec quatre pièces de canon, pour défendre le 
pas de la Piastra. Mais, dès le 2, le marquis Colli s'était 
avancé au Prajet, avec le faible bataillon de Mondovi 4 , 
et, dans la nuit suivante, avait replacé une garde de 
50 hommes au col de Fenestre, abandonné par les 
Français, à cause du mauvais temps 5 . 

Ainsi tranquillisé sur sa droite, avec laquelle il se relie M *i ™« 
par un détachement placé à la baisse de Peirafica ou de Disposition 
Sabbione 6 , le général Colli cherche à remettre de l'ordre e LstTo P - es 

piémontaises 

clans ses troupes profondément démoralisées 7 . Pour couvrir autour de Tende, 
l'évacuation des magasins de Tende, il dispose, autour 
de cette localité, une chaîne de postes en demi-cercle, 

1. Arch. de Breil, pièce n° 71. Rapports de Colli. — 11 manque quelques-uns de ces 
rapports, ainsi que ceux du capitaine Cavagnoli et du lieut.-colonel Testons, qui sont cités 
par M. de Malausséna et dont il a heureusement extrait son récit. 

2. Cette avant-garde occupe le plateau, au-dessus du confluent des vallons du Boreon 
de Salèses et de Cavale. Voir la description de ce point dans le Mémoire du général 
Garnier sur les Alpes-Maritimes, p. 39. 

3. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, le 2 mai, et du général Garnier précité. 
Le 28 avril, il y a un léger engagement d'arrière-garde à Terrarossa. 

4. 200 h. seulement. Les milices refusent de suivre le marquis Colli. 

5. Arch. de Breil, pièces n os 71 et 75. Rapports et lettres du marquis Colli, les 1 er et 
2 mai. Un des deux baracons du col ayant été brûlé par les Français, il n'a pu laisser 
que 50 h. 

6. Le premier de ces noms est donné par la carte sarde, le second par la carte italienne, 
sans doute parce que, pour aller au col de Sabbione, situé au N.-O., il faut passer par la 
baisse de Peirafica, soit qu'on vienne du vallon de Casterino, soit qu'on remonte celui de 
Carmagna. 

7. Arch. de Breil, pièces n 09 33 b, 85 e, 90, 91 n, 98 et 99. Voir pièce just. n° 15. 



68 CONQUETE D ONEILLE, D ORMEA 

Mai 1194. i e i 011 g des vallons de Casterino et de Morignol, tribu- 
taires des torrents de Biogna et de Livenza, qui se jettent 
dans la Roya à San Dalmazzo 1 . La gauche s'appuie à la 
région, encore couverte de neige, qui s'étend entre les 
monts Bertrand et délie Carsene. Les forces réunies au 
baracon de Riofreddo servent de réserve aux milices, 
poussées jusqu'à Upega, ainsi qu'aux postes de la Chiu- 
setta et de Pignoli, au-dessus de Carnino 2 . Ce dernier, 
fourni par la garnison de Coni 3 , pouvait être aussi soutenu 
par le régiment d'Aoste, établi à la Chiusa avec les dragons 
de Piémont, et détachant deux compagnies à la Chartreuse 
de Pesio 4 . 

Il est attaqué vainement, le 4 mai, par un bataillon 
français venant de Viozene 5 , avant-poste de gauche de la 
division Mouret, qui était restée dans la vallée du Tanaro, 
après le départ de Masséna, et avait abandonné Garessio 
pour se concentrer à Ponte di Nava, l'avant-garde occu- 
pant Monte San Bernardo, Ormea et le col de Termini G . 
C'est le seul acte d'hostilité des Républicains, occupés à 
réparer les ponts sur la Roya, dans le défilé de Sa orge, 
pour assurer leur ravitaillement 7 . Cette période de repos 
devait être de courte durée. Le l or mai, le quartier général 
de l'armée d'Italie s'était établi à Nice, où il était plus 
à portée de donner les ordres en vue de poursuivre les 

1. Voir pièce just. n° 16. 

2. Le poste de Signoli est désigné, dans les documents du temps, sous le nom de poste 
de Salines, parce qu'il commandait le chemin conduisant de Carnino au col des Salines. 
La Chiusetta est située à l'ouest du poste de Signoli, au débouché du col dei Signori. 

3. Régiment de Sardaigne. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 84. Lettre du capitaine Marquetti, le 25 avril. — C'était le 
régiment de Saluées, qui devait aller à la Chartreuse ; mais il avait reçu ensuite l'ordre de 
se rendre à Ceva. Le régiment de dragons était d'abord à la Tour de Pesio, d'où ses 
escadrons sont répartis: deux à la la Chiusa, un à Beinette, un à Peveragno. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 91 i. 

6. D'après les situations des 4 et 20 mai, ces forces s'élèvent à 10,495 h., savoir : 6,706 à 
Ponte di Nava, 1" grenadiers, 569 ; 19 e demi-brigade, 1,857 ; 1 er bat. de la 99% 838 ; 1" et 3« 
de la 101% 1,759; 1" et 2 e de la 21% 1,198 ; 5 e Hautes-Alpes, 485 ; à Mendatica, 2 e bat. de 
la 99% 827 ; à Ormea, 3 e bat. de la 21% 674 ; à Loano, 3 e bat. de la 99% 887 ; enfin à Oneille, 
2 e bat. de la 46% 727. 11 est probable que c'est un bat. de la 99 e qui est venu attaquer le 
poste de Signoli, attendu que le 3 e bat. de cette demi-brigade est, un peu plus tard, indiqué 
à Viozene à l'effectif de 681 h. 

7. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 5 mai. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 69 

succès obtenus ou de chercher à comprimer l'insurrection Mai 1794 - 
de la Corse, fomentée par les Anglais 1 . L'arrivée de 
700 Croates à Cairo 2 , divers mouvements exécutés par 
d'Argenteau entre Ceva et Mondovi 3 , la marche de trois 
bataillons de Tende sur Borgo San Dalmazzo 4 , faisant 
craindre une prochaine attaque des Piémontais sur les deux 
flancs, on se décide à repousser définitivement l'ennemi 
du haut-bassin de la Roya. Une reconnaissance est exécu- 
tée, le 6 mai, aux environs de San Dalmazzo 5 , et l'attaque 
préparée pour le lendemain en trois colonnes d'environ 
3,000 hommes chacune 6 . A gauche, le général Dallema- 
gne doit cheminer sur le chaînon qui sépare le vallon 
de Casterino de la Roya; à droite, le général François 
occupera le contrefort du mont Bertrand, compris entre 
les torrents de Livenza et de Riofreddo ; au centre, Lebrun 
s'engagera dans le profond défilé de Tende 7 . 

Ce même jour, 7 mai, avait été fixé par le baron Colli prise de Tende - 
pour l'exécution de la retraite, soigneusement préparée 

1. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, à partir du 1 er mai. — Ordres de 
Masséna, le 30 avril, pour faire diriger sur Nice la 117 e demi-brigade entière. Voir d'ailleur3 
V me Partie, chap. II. 

2. Arch. de Breil, pièce n°84. Lettre du comte dArgenteau,deCeva, le 30 avril, à2 heures 
de l'après-midi. Voici le postscriptum de cette lettre, adressée à Colli : « Je vous préviens 
que les Autrichiens, qui sont auCairo, ne m'aideront pas dans aucune occasion, car ils ont 
l'ordre de défendre leur poste et de ne pas détacher un seul homme pour m'assister. » 
L'état-major de l'armée d'Italie ignorait le peu d'entente qui existait entre les deux 
gouvernements piémontais et impérial. 11 croyait aussi le corps d'armée de Lombardie 
beaucoup plus menaçant. Voir Arch. de la Guerre, correspondances de Vienne, les 2 et 19 
avril, et de Livourne, les 5 et 8 avril. Dans cette dernière, on énumère les troupes destinées 
à ce corps d'armée et on indique les localités où. elles se trouvaient à cette date, savoir : 
Pavie, Lodi, Codogno, Crémone, Bonzoles, Casalmaggiore, Mantoue, Milan et Côme. 

3. Arch. de Breil, pièces n os 75, 84 et 94, correspondances du comte d'Argenteau, du 
baron de "Wins et du Roi. Ces mouvements étaient la conséquence de l'abandon du projet 
d'offensive par Ceva, à la suite de l'échec de Colli, le 28 avril. Les 8 e et 9 e grenadiers 
revenaient, le 30 avril, de Mondovi à Roccavione, après une marche de 16 milles. 

4. Arch. de Breil, pièces n° 3 75, 85 et 91 d ; Le 1 er bat. de Montferrat se rend à Démonte, 
à la place d'un bat. de Courten, qui rejoint son régiment dans la haute vallée de la Stura. 
Le régiment de Turin doit aller à Sampeyre di Vraita, sous les ordres du général Pro- 
vera. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, 8 mai. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 7 mai. Relation du général Macquard. 

6. D'après les situations des 20 mai et 3 juin, les colonnes auraient été composées, ainsi 
qu'il suit : Dallemagne : 6 e grenadiers, 567 ; 102 e demi-brigade. 2,435 ; total : 3,002 h. 
Lebrun : 165 e demi-brigade, 1,537; 118% 2,670 ; 3 comp. de sapeurs, 340; total: 3,947 h. 
Pijou : 1 bat. de la 3 e demi-brigade légère, 596 ; 56 e demi-brigade, 1,914; total : 2,510. 
En tout, 9,459 h. M. de Malausséna indique 10,000 h., le général Macquard ne donne que 
les avant-gardes des deux dernières colonnes, savoir : Pijon, 800 h.: Lebrun, 400 h., 
2 pièces ; mais il indique, pour Dallemagne, 14 comp. de grenadiers. 

7. Voici ce que dit à ce sujet M. de Malausséna ; « Ce défilé, qui commence au pied de 
la montagne de Tende et finit près de ce village, est de la longueur d'environ deux heures 
de marche. Vers son milieu il y a un assez grand pré, appelé les prés de la Madone de 
Vieule. Mais dans tout le reste de sa longueur, il est si resserré, que l'origine de la Roya 
y coule profondément encaissée dans le roc, et que le chemin, qu'on y a pratiqué au fond, 
forme presque partout comme une corniche sur le bord de la rivière. » 

6. 



70 CONQUÊTE DONEILLE, D ORMEA 

Mai 1794. depuis plusieurs jours 1 . Mais, dans le corps d'armée austro- 
sarde, les officiers ne se conforment pas aux ordres donnés 
et les soldats se débandent au premier coup de fusil. Le 
régiment de Peyer-im-Hoff se dirige trop rapidement des 
hauteurs de Spegio et de Vergo sur la baisse de Peirafica, 
en voyant les troupes du général Dallemagne déboucher 
de grand matin vers San Dalmazzo et s'engager dans la 
vallée de Biogna, dont elles gravissent le versant gauche. 
Le bataillon de pionniers ne peut plus alors gagner les 
crêtes, ainsi qu'il lui était prescrit; toujours débordé sur 
son flanc droit, il se replie à mi-côte. Les compagnies 
qui défendaient la route s'enfuient devant l'avant-garde 
du général Lebrun. Elles jettent le désordre dans le 
régiment d'Oneille, destiné à occuper la Testa di Prio et 
à couvrir le pont miné en aval de Tende. Après quelques 
hésitations et malgré des ordres réitérés, ce corps se jette 
dans le village. Les Républicains s'avancent sans difficulté 
sur la rive droite de la Roya et fusillent les colonnes 
défilant sur l'autre rive. C'étaient les troupes descendant 
de la baisse de Bosiglia 2 , à la suite de celles parties de la 
Coletta di Briga 3 , au signal de la retraite. Poursuivies 
vivement par les éclaireurs du chef de brigade Pijon, 
elles cherchent à atteindre le plus vite possible le pont de 
Tende. Le 2 e bataillon de Nice ayant quitté le rocher 
qui commande ce pont, la retraite pouvait être coupée 
d'un moment à l'autre. Un petit détachement du corps 
franc parvient heureusement à s'y maintenir avec quel- 
ques Autrichiens, jusqu'au passage du dernier bataillon 
et forme ensuite l'arrière-garde 4 . 

1. Arch. de Breil, pièce n os 75 et 85. 

2. 5 e bat. de grenadiers, 2 e bat. de Pignerol, moins une centurie rappelée à Tende le 6, 
(Arch. de Breil, pièce n° 85), et le corps franc qui devait faire l'arrière-garde, et se serait 
replié trop précipitamment, d'après un rapport non signé (Arch. de Breil, pièce n° 90). 

3. Bat. autrichien de garnison, 2 e de Montferrat, l or de Pignerol, moins une centurie 
rappelée à Tende le 6 — Le 2 e bat. de Tortone a été envoyé le 2 mai au baracon de 
Rioifredo, où il rejoint le 1 er ; le 2 e bat. de Montferrat est parti le 3 pour Démonte (Arch. 
de Breil, pièces n os 75 et 85. 

4. Arch. de Breil, pièces n oa 91, n., et 98. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 71 

Il fallait couvrir en outre la marche de cette masse en Mai im 
désordre au-delà de Tende. A cet effet, le général Colli 
porte le 2 e bataillon de Montf errât sur le mont Cagnolina, 
où se déploient aussi deux centuries de Pignerol, ra- 
menées à Tende depuis la veille. Sur le versant droit, 
le 1 er bataillon de Nice, puis le 5 e grenadiers vont ren- 
forcer les débris des pionniers d'Oneille et du 2 e de Nice, 
que le comte d'Aglian s'efforce de rallier au château de 
Tende, et qu'il dirige avec peine vers Castello di Mina 1 . 
Mais, avant d'arriver sur la crête, ces troupes sont 
saluées par les balles cle quelques tirailleurs du général 
Dallemagne, qui se sont portés au-delà du mont Ripa di 
Berno. Les Piémontais affolés s'échappent en partie 
à travers les escarpements et rejoignent la route; le 
reste est fait prisonnier 2 . A la Madone de Vievola seule- 
ment, où le général Déliera s'est porté dès le matin, on 
parvient à reformer les corps peu à peu et à les disposer 
sur les pentes de la cime de Devaglia. Sur la rive droite, 
les Républicains ne dépassent pas le ravin de Conscente, 
tandis que, sur la rive gauche, ils occupent les bois de 
Curto. Loin de résister, les troupes chargées de la garde 
de ce poste important se retirent jusqu'au col de Tende 
par une traverse 3 ; quelques hommes s'enfuient même 
jusqu'à Limone. Pressant le pas, le régiment des gre- 
nadiers royaux, venant de la baisse de la Crosetta, par- 
vient cependant à la cime de Tavan avant les assaillants 4 , 

1. Le château n'est marqué sur aucune carte. 11 est à croire qu'il se trouvait sur l'arête 
cotée 1124 et portant la chapelle San Salvatore, d'après la carte italienne. Les troupes ont 
dû suivre ensuite le sentier compris entre le ravin, a gauche, et, à droite, les escarpements 
qui ont été franchis par les fuyards. Ce sentier débouche sur la crête au point 1571, où 
étaient sans doute les Républicains. C'est ce point qui est dénommé Castello di Mina sur 
la carte sarde. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 33, b. Voir pièce just. n° 15. 

3. 2* bat. de Montf errât et deux centuries de Pignerol, envoyées de Tende par Colli, le 
matin. Le chemin de traverse dont il est question ici, est marqué sur la carte sarde, de 
la cima délia Ciagia au col supérieur de Tende par la tête des ravins. Sur la carte italienne, 
il est remplacé en partie par la route du fort de Tavaurda. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 86, e. Relation du major de Sainte-Rose qui remplaçait le 
colonel de Bellegarde, malade. Il dit : « J'ai fait faire à ma troupe des efforts surnaturels 
et je suis heureusement venu à bout, par des promesses et même de l'argent répandu, d'at- 
teindre le but indiqué, avant que l'ennemi ait pu y arriver. » Le général Colli avait envoyé 
l'ordre de retraite a cette troupe par le chevalier de Menthon (Arch. de Breil, pièce n° 85). 
La cime de Tavan est nommée sur la carte sarde cima délia Ciaggia del Tavan. 



72 CONQUETE DONEILLE, D ORMEA 

Mai 1794. q U 'il refoule sur le mont Curto, avec l'aide des gardes 

arrivant de leur camp à l'est de la Ca 1 . 
Dispositions Laissant en grand' garde, derrière les torrents de l'Or- 

du gênerai Colh ° ° 7 

d P ucoi la de d Tende. tiga et délie Morte, le corps franc, soutenu par deux cen- 
turies de Pignerol, le général Colli emploie la soirée du 
7 mai et la matinée du lendemain à disposer ses forces en 
vue de conserver la crête des Alpes. A la baisse de Peira- 
fica restent le 1 er bataillon de chasseurs, les volon- 
taires de Pian et de Pandini, les milices de Sospel et de 
Moulinet. Les régiments de Peyer-im-Hoff, de Belgiojoso, 
et deux centuries de Pignerol campent entre le bois de 
Morgon et la pointe de Margheria 2 . Le 5 e grenadiers 
s'établit entre les deux ravins qui forment le vallon à 
l'ouest de la Ca 3 , point gardé par des milices. Au-dessus 
de cette maison, sur les lacets du chemin, s'échelonnent 
le régiment de Nice et le 2 e de Montferrat ; le bataillon 
autrichien de garnison et celui de Pignerol au col même ; 
quatre pièces en batterie aux derniers tournants. Le régi- 
ment d'Oneille est éparpillé entre ces différents postes. 

A l'extrême gauche, le régiment de Tortone, le 2 e batail- 
lon de chasseurs et les chasseurs-carabiniers Canale s'élè- 
vent sur l'arête du Baracone de Riofreddo à la cime del 
Cuni 4 , défendant ainsi les cols de Boaira et de Perla. Le 
régiment de Piémont, au pied de la cime delBecco 5 , un 
bataillon d'Asti à celle de Pépin 6 , relient ce groupe avec 
le centre, qui occupe le chaînon compris entre le bassin de 
la haute Roya et le ravin de Framosa 7 ; une compagnie de 

1. Le régiment des gardes était venu le 5 mai, de la Crosetta, près du mont Bertrand 
à La la (Arch. de Breil, pièce n° 85). 

2. M. de Malausséna dit à la tête du bois de Morgon que l'on voit très bien sur la carte 
italienne. Sur la carte sarde, les cabanes Morgon sont appelées Dourengua. La position 
occupée est en somme à très peu près celle du fort de Margheria. 

3. Le vallon porte le nom de Morgon sur la carte sarde. 

4. M. de Malausséna dit sur l'arête de Valmorin. 

5. Mont Auruso d'après les Arch. de Breil. 

6. Mont Framosa d'après les Arch. de Breil et le général Garnier. 

7. Ce nom n'est pas porté sur la carte italienne. C'est la partie supérieure du ravin de 
Lamentarghe, 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 73 

Belgiojoso et celle des chasseurs des grenadiers royaux à Mai 1794. 
la cime de Tavan ; une autre compagnie de ce dernier 
régiment et trois des gardes, échelonnées en soutien sur la 
crête ; le bataillon d'Asti à l'extrémité méridionale du 
contrefort oriental de la cime- de Framosora 1 , face au 
vallon de Lamentarghe, avec une compagnie de grena- 
diers royaux à sa droite; enfin, le reste des troupes 2 au 
pied des pentes de la cime de Beccorosso, encore couvertes 
de neige. C'est sur cette zone plus facilement accessible 
que les Républicains concentrent leurs efforts, le 8 mai. 

Le chef de brigade Pijon, qui a passé la nuit à la Pia, ^îXiende 
dans le vallon de Riofreddo, remonte le val Freggia et les Français, 
chasse le bataillon d'Asti, qui se retire à Limone par le 
haut ravin de Framosa et celui de Cabanaira 3 . Deux com- 
pagnies du régiment de Piémont, posté de l'autre côté du 
val Freggia, arrivent trop tard sur la cime de Pépin ; 
après une courte fusillade, elles sont obligées de l'aban- 
donner et se replient sur leur corps, qui se rend également 
à Limone par le sentier du col de Perla. En même temps, 
le général Lebrun débouche du mont Curto avec 2,000 
hommes environ, formés en une colonne de six hommes 
de front. Arrivée à la baisse de la Lagema, vers 10 heures 
du matin, cette colonne se divise en trois parties : celle 
de droite se dirige sur le bataillon d'Asti ; celle du centre 
détache une forte chaîne de tirailleurs, qui couvre la précé- 
dente, en attaquant le poste de Tavan de front et sur son 
flanc gauche, tandis que le dernier détachement gagne 
Rocca Cairon pour le déborder sur sa droite. Menacée 

1. Au point où se trouve actuellement le fort de Tavaurda. 

2. Cinq compagnies des gardes, cinq des grenadiers royaux et une de Belgiojoso. Ces 
troupes devaient représenter en tout un millier d'hommes au plus ; d'après la pièce n° 95 
des Archives de Breil, le régiment des gardes n'avait que 423 h. capables de marcher et 
287 égarés. L'effectif était de 992 h. 

3. Ce bat. d'Asti s'est donc retiré, alors que les troupes du centre tenaient encore 
au sud du Beccorosso. On ne peut affirmer que Pijon a suivi la marche indiquée, les rap- 
ports français n'ayant aucune précision ; mais l'aspect du terrain très difficile du côté du 
vallon de Lamentarghe et le mouvement du régiment de Piémont la rendent fort probable. 



74 CONQUÊTE D ONEILLE, D ORMEA 

Mai 1794. d'être enveloppée, la grand' garde piémontaise est recueillie 
par les soutiens, puis par la réserve. Mais, après trois 
quarts d'heure d'une lutte assez vive, toutes les forces du 
centre, si inférieures à celles de l'assaillant, sont acculées 
à l'arête et s'échappent en glissant sur les pentes neigeu- 
ses du vallon de Cabanaira. Elles gagnent ensuite Limone, 
sauf quelques fractions qui reviennent par un détour au 
col supérieur de Tende 1 , où le général Colli était accouru. 
Disposés sur quatre lignes, perpendiculairement à la crête, 
sur les rochers à l'est de ce col, ces débris, le 2 e bataillon 
de Montferrat, le corps franc, deux centuries de Pignerol 
et quelques fractions d'Oneille en imposent aux Républi- 
cains, qui bivouaquent auprès du Beccorosso, à un kilo- 
mètre à peine. Ce corps couvre la gauche des autres trou- 
pes, rangées en bataille sur le faîte des Alpes, la droite 
appuyée à la Cima di Solauta, occupée par le 5 e grena- 
diers 2 . Un peu plus loin, au-dessous de l'Abisso, s'établit 
le détachement de la baisse de Peirafica, que le général 
Dallemagne a attaqué de front et pris de revers par la 
Punta délia Para 3 . Au centre, les Français se sont 
bornés à se déployer devant la Ca, au pied des longues 
pentes sur lesquelles serpentent les nombreux lacets de la 
route 4 . 

Retraite Quelle que fût la force de cette position, elle n'était plus 

^u e r m Bor a o S tenable, puisque les Français pouvaient sans difficulté 

San Daimazzo. descendre à Limone et couper la retraite aux Austro-Pié- 

montais. Calme, quoique profondément affecté d'un désastre 

1. Ce col supérieur se trouve au point 1909 de la carte italienne. C'est là que le che- 
min stratégique se bifurque. 

2. Voici le détail de la position occupée d'après M. de Malausséna : Sur la hauteur 
entre les deux cols, (actuellement fort central), régiment de Nice et une division du bat. 
autrichien de garnison ; au col de Tende, l'autre division de ce dernier bat. et 
le bat. de pionniers ; entre le col et la pointe de Margheria, régiment de Peyer-im- 
Hoff et deux centuries de Pignerol ; à la pointe de Margheria (actuellement fort du même 
nom), régiment de Belgiojoso. 

3. C'est probablement à la cima délia Giaura de la carte sarde, sur le plateau où se 
trouvent le fort et la batterie de ce nom, que les troupes de la baisse de Peirafica se sont 
retirées. 

4. A cette époque, les lacets de la route étaient beaucoup plus courts qu'aujourd'hui. 
La carte sarde donne l'état ancien de la route. 






DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 75 

aussi rapide qu'inattendu 1 , le général Colli prescrit au Mai im 
marquis de la Chiusa de venir de Roccavione à Limone 
avec ses deux bataillons de grenadiers et donne les ins- 
tructions pour la retraite, qui doit commencer à 1 heure 
du matin. Un brouillard survenu le soir permet de la com- 
mencer plus tôt. Les troupes de la droite suivent le sentier 
du vallon de l'Abisso et l'ancien chemin de Tende ; celles 
du centre descendent par la route; celles de l'extrême gau- 
che, sous les ordres du comte Millesimo, se rassemblent 
aux granges de Valmorina, à 10 heures du soir, passant 
par le col de Perla, et arrivent auprès de Limone, le 9 mai, 
une heure avant le jour 2 . Le corps d'armée prend position, 
en deux masses à peu près égales, au col de l'Àrpiola et 
sur les hauteurs de la rive droite de l'Armelina 3 . Le batail- 
lon autrichien de garnison Teste au débouché méridional 
de Limone, en soutien du corps franc, des chasseurs-cara- 
biniers Canale, des volontaires Pian et Pandini, ainsi 
que des milices peu nombreuses, répandues dans les bois 
et sur les pentes ravinées au sud de Limone. Ces postes 
échangent quelques coups de fusil, avec les tirailleurs de 
l'avant-garde de Macquard,qui s'établit sur labutte Morel 4 . 

Le lendemain, l'ennemi ne bougeant pas, le baron Colli d f s C coi p s a de°?a 
fait défiler ses forces sur Borgo San Dalmazzo, où elles e t a dV\a Tmée. 

1. Voici ce que dit M. de Malausséna : « Le général, qui, dans toutes les autres cir- 
constances critiques où il s'était trouvé, avait conservé le plus grand calme, parut alors 
profondément affecté de voir perdre contre toute attente des hauteurs qui le réduisaient à 
quitter le col de Tende. » Le général Colli avait même demandé à être relevé de son com- 
mandement ; le roi n'accepte pas cette demande, (Lettre du 9 mai, Arch. de Breil, pièce 
n° 94). L'archiduc Ferdinand lui envoie un témoignage de sa sympathie le 14 mai (Arch. 
de Breil, pièce n° 70, n.) 

2. Arch. de Breil, pièce n° 96 : Relation de la retraite du corps sous les ordres de M. le 
comte de Millesimo. 

3. Au col de l'Arpiola il y avait : les 8 e et 9 e grenadiers venus de Roccavione et arrivés 
à Limon à 1 heure du matin, les régiments de Belgiojoso, de Piémont, des grenadiers 
royaux, le 5° bat. de grenadiers et le 1 er bat. de chasseurs. Au petit jour, ces troupes 
sont rangées en bataille, la droite aux rochers aigus qui se trouvent au milieu du col et 
sont occupés par des Grenadiers royaux, la gauche sur un plateau à mi-côte gardé par le 
5* bat. de grenadiers. Sur les hauteurs de l'Armelina sont placés les régiments d'Asti, des 
gardes, de Pignerol, de Tortone, d'Oneille, le bat. de pionniers, le 2 e bat. de Montferrat 
el le 2 e bat. de chasseurs. Pour les détails de cette position, voir le mémoire du marquis 
Costa de Beauregard déjà cité. 

4. Ce nom n'est porté que sur la carte sarde. C'est en somme le contrefort entre les 
vallons de l'Abisso et de Panice. 



76 CONQUÊTE D ONEILLE, D ORMEA 

Mai 1794. son t réunies à 4 heures du soir 1 . Les troupes légères restent 
à Vernante et Robilante 2 ; les 8 e et 9 e grenadiers repren- 
nent leur cantonnement à Roccavione, au confluent des 
vallées de Vermegnana et du Gesso 3 . Dans cette dernière 
se maintenait le marquis Colli, qui avait cependant dû 
abandonner les hauts passages au général Garnier 4 . Celui- 
ci, sur l'ordre de Dumerbion, s'était rendu à Saint- 
Martin-Lantosque, le 8 mai, et y avait réuni 1.500 hommes, 
avec lesquels il se met en marche, le lendemain; à 3 heures 
du matin 5 . Il arrive à la Madone de Fenestre à 8 heures, 
s'y repose une heure et demie, pour former deux colonnes : 
à gauche, le capitaine Gras avec sa compagnie franche et 
200 éclaireurs ; à droite, le général de brigade Monleau. 
Pendant plus d'une heure on s'avance dans la neige 
jusqu'à la ceinture, en refoulant les grand'gardes pié- 
montaises sur le retranchement du col où, la veille au 
soir, 200 hommes de ligne étaient arrivés 6 . L'ennemi 
tenant bon, le général Garnier fait mettre en batterie une 
pièce de 3 sur un petit plateau à portée et à l'est du col. 
Mettant leurs fusils en bandoulière, les soldats de la 

1. Voici, d'après M. de Malausséna, comment se fit cette retraite : « Le général fit 
d'abord partir les régiments des Gardes, de Pignerol, d'Oneille, le bat. de pionniers et le 
bat. de Garnison, laissant une compagnie de garde au pont de Limone. Il monta ensuite 
sur les hauteurs de l'Arpiola ; reconnu qu'il eut la position et observé l'ennemi, jugeant 
qu'il n'était point disposé pour attaquer, il fit mettre le régiment de Belgiojoso en marche 
suivant les crêtes pour gagner le chemin qui, par la crête de l'Arpiola et ensuite par le 
vallon de Tempe, conduit au Vernant et de là à Bourg Saint-Dalmas. Il indiqua la même 
route aux autres corps, auxquels il ordonna de commencer à défiler à 11 heures, s'il n'y 
avait rien de nouveau. Revenu à Limone, il expédia l'ordre aux troupes qui étaient restées 
sur la pointe de l'Armeline de se retirer immédiatement par la grande route. Il en partit 
à 1 heure après-midi, suivi de la compagnie autrichienne, qui était restée de garde au 
pont. L'empressement des troupes pour gagner la plaine était tel, que l'armée fut rendue 
au Bourg Saint-Dalmas, vers 4 h. du soir. » M. de Millesimo dit cependant qu'il n'y arriva 
qu'à 10 h. (Arch. de Breil, pièce n° 96). 

2. Arch. de Breil, pièce n° 79. La compagnie Pian est, le 9, à Robilante ; le 10, à 
Vernante, le 11 à Roaschia, le 13 à la ferme Massa, le 17 à Robilante, le 1 er juin à 
Vernante. 

3. Le 9 mai, ils y avaient été remplacés par les régiments de Nice et de Peyer-in-Hoff, 
qui ont dû par conséquent marcher toute la nuit et toute la journée avec les quatre 
pièces de 4. 

4. Voir la lettre du général Colli au marquis Colli. Arch. de Breil, pièce n° 99. 

5. Arch. de la Guerre : Relation du général Garnier. Ces troupes sont les suivantes : 
Compagnie franche de Gras, 123; 1 er bat. de chasseurs, capitaine Sicard, 551 ; une comp. 
de chasseurs des Bouches-du-Rhône, capitaine Carrière, 26 ; 400 h. de la 83° avec le chef 
de brigade Loissac ; 4° bat. de grenadiers, capitaine Bazancourt, 437, dont une partie était 
de garde à la Madone. 

6. C'est l'indication donnée par le général Garnier. M. de- Malausséna ne donne que 
100 h. et quelques milices. 



DE SAORGE ET DU COL DE TENDE 77 

colonne de gauche escaladent un escarpement, d'où ils Mai 1794. 
commandent un poste de un officier et 30 hommes qui 
flanquaient les abords du col 1 . La colonne de droite 
s'élance alors au pas de charge et s'en empare. Le combat 
avait duré deux heures et coûtait aux Français cinq tués 
dont un officier et six blessés ; les Piémontais laissaient 
sept morts, un officier et 11 soldats prisonniers 2 . Le 
surlendemain, les éclaireurs de Serrurier s'établissent au 
col et à la chapelle de Sainte- Anne. Quelques jours après, 
on occupait le col de Fremamorte 3 . En même temps le 
général Masséna reportait la division de droite à Garessio 4 . 
A la suite de ces nombreux succès, l'armée d'Italie était 
maîtresse de plusieurs débouchés sur les plaines du Pô 5 . 
Pour y descendre en forces et terminer la campagne victo- 
rieusement, il importait de combiner ses mouvements avec 
ceux de l'armée des Alpes, qui, elle aussi, s'était emparée 
de tous les passages conduisant en Piémont, à travers la 
chaîne capitale des Alpes occidentales. 

1. Voir pour la description du terrain le Mémoire local et militaire sur le département 
des Alpes-Maritimes par le général Garnier, p. 39 et 120. 

2. Arch. de Breîl, pièce n° 100. 

3. Arch. de la Guerre : Relation du général Garnier. — Rapports de Dumerbion, les 11 
et 12 mai. 

4. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, les 11, 13 et 15 mai. Rapport de Dumer- 
bion, le 16 mai. 

5. Les résultats de cette « première opération préparatoire à l'ouverture de la campagne 
de Piémont » étaient en somme considérables. Les troupes républicaines avaient pris une 
assez grande quantité de matériel d'artillerie et des magasins de vivres. Pour ce qui concerne 
les pertes en tués, blessés et prisonniers il est difficile de s'en faire une idée exacte. M. de 
Malausséna dit simplement à ce sujet : « qu'il est certain qu'elles n'ont pas été si consi- 
dérables qu'on les a répandues après les affaires. Par la vérification qu'on a faite sur les 
rôles de l'office de celles de quelques corps, il résulte qu'ils (les Piémontais) n'ont pas 
perdu le tiers de ce qu'on crut d'abord, attendu le grand nombre d'égarés qui ont rejoint. 
Les tués surtout sont en petit nombre ; l'on est encore sûr que les pertes de l'ennemi en 
morts et blessés sont incomparablement plus grandes que les nôtres et qu'il n'y a d'avan- 
tage que du côté des prisonniers ». Le relevé des rapports des Arch. de la Guerre et de 
celles de Breil, particulièrement de la pièce n° 101, semble corroborer cette assertion. Les 
Austro-Piémontais auraient eu 47 tués, 91 blessés, 754 à 826 prisonniers ; et les Français 
65 à 84 tués, 311 à 386 blessés et 75 prisonniers. Mais ces chiffres ne sont qu'approximatifs. 



78 OCCUPATION DES COLS 

CHAPITRE II 
OCCUPATION DES COLS 

DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 



Désorganisation et réorganisation de l'armée des Alpes. — Tentative 
infructueuse sur le mont Cenis. — Conquête du col du petit Saint- 
Bernard. — Occupation du fort de Mirabouc, de Césana et d'Oulx. 
— Enlèvement des retranchements du mont Cenis. — Nouvelle 
répartition de l'armée austro-sarde. — Disposition des armées des 
Alpes et d'Italie, en vue de prendre l'offensive. — Envoi de 10 
bataillons à l'armée du Rhin. — Prise des Barricades, dans la vallée 
de la Stura. — Diversions tentées par l'armée austro-sarde. 

Novembre 1793. A la suite des succès obtenus en Savoie au mois d'octobre 
Désorganisation 1793 1 , l'armée des Alpes, n'ayant plus à tenir tête aux 
l'armée des Alpes attaques de l'ennemi comme l'armée d'Italie, avait subi le 
contre-coup de la lutte acharnée des partis politiques et 
s'était rapidement désorganisée. Dans l'espace de trois 
mois, le commandement passe successivement aux mains 
des généraux Dornac , Dours , Carteaux , Pellapra et 
Dumas 2 . Dénoncés par des agents de toute espèce, un 
grand nombre d'officiers sont suspendus ou destitués 3 . 
Voyant les plus brillants services, les plus absolus dévoue- 

1. Voir 1" vol., p. 288 et suiv. 

2. Arch. de la Guerre : Le général Dornac reçoit le commandement de Kellermann, le 
17 octobre, et cesse de l'exercer, le 31, sur l'ordre de Doppet. En partant pour Toulon, ce 
dernier le remet au général Dours, qui en est investi du 7 au 16 novembre, date de l'arri- 
vée de Carteaux, nommé à la place de Doppet, le 7. Le 22 décembre, Carteaux est arrêté 
dans les conditions suivantes : le chef du génie de Barraux, O'Kennedy, mis en accusation 
sur l'ordre du commissaire du ministre, Chevrillon, avait été acquitté" par la commission 
militaire. Carteaux ne se contente pas de faire mettre cet officier en liberté ; il fait arrêter 
le président du tribunal qui, effrayé, se brûle la cervelle. Le général Pellapra exerce pro- 
visoirement le commandement à partir du 22 décembre, mais refuse de le prendre définiti- 
vement, sous prétexte qu'il a 40 ans de service, 12 campagnes et des blessures. Enfin, le 21 
janvier 1794, arrive le général Dumas, que les représentants du peuple avaient empêché de 
prendre le commandement de l'armée des Pyrénées-Occidentales, qui lui avait été dévolu 
en octobre 1793. (Voir à ce sujet les Représentants du peuple en mission, par Henry 
Wallon, t. II, p. 357 et 369). 

3. Entre autres, les généraux : Saint-Remy, chef de l'état-major (remplacé par Rivas, 
Handos, puis Pouget et enfin Piston) ; Ledoyen ; Coustard Saint-Lô ; le commandant 
Prysie, etc. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 79 

ments ainsi méconnus , leurs camarades refusent les Novembre 1793. 
positions qui leur sont offertes; des postes importants 
restent sans chef, des corps sans direction 1 . Tous les 
représentants du peuple sont uniquement absorbés par 
l'exécution des mesures de vengeance prescrites à l'égard 
de Lyon 2 , ou par le souci de vaincre la résistance obstinée 
de Toulon. Contre cette ville rebelle sont dirigés succes- 
sivement les meilleurs bataillons de l'armée, la grosse 
artillerie et les munitions des places fortes 3 . 

Heureusement, à cette époque de l'année, la neige 
commençant à obstruer les passages des Alpes, une attaque 
sérieuse de l'ennemi n'était plus à craindre. Dans les 
vallées d'Aoste, de Suse et de Pragelas, les Austro-Sardes 
s'établissent en cantonnements, couverts par de forts déta- 
chements qui gardent les retranchements élevés aux cols 
du Petit Saint-Bernard 4 et du mont Cenis,et par les garni- 
sons des places d'Exilles, de la Brunette et de Fénestrelles 5 . 
La défense du pays vaudois avait été jusqu'alors confiée 
à ses belliqueux habitants. Dans les vallées de la Vraita, 

1. Arch. de la Guerre : Lettres des 25, 30, 31 octobre, 1, 3, 5 et 12 novembre. Le chef 
de bat. Bernard et le capitaine Herbin refusent de passer au grade supérieur. 

2. Arch. de la Guerre : A Lyon, il y a Collot-d'Herbois, Fouché, Albitte, Laporte. Le 
7 décembre, le général Declaye, commandant la place, envoie l'état des personnes fusillées, 
savoir : le 14 frimaire, 60 h.; le 15, 211 h.; le 17, néant, 50 condamnés ont été absous ; le 18, 
il en sera fusillé 100. Le 26 novembre, le général Petit-Guillaume rend compte au comité 
de Salut public que les 10.000 h. chargés des démolitions de la ville sont insuffisants et 
qu'on est obligé d'employer la mine. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres diverses. Voir en outre 1" vol., p. 379. 

4. Arch. de Breil, pièces n os 40 b et 105. « Les troupes partent pour les quartiers, 
le 5 ou 6 novembre. Le camp chargé de la garde du Saint-Bernard se trouvait à la Thuile, 
où était le quartier général ; il se composait de 3 à 4.000 h. et fournissait un bat. de garde 
aux postes de Saint-Bernard ou l'hospice, un autre bat. au baracon des Eaux-Rouges, à 
une heure du Saint-Bernard ou de l'hospice ; il y avait une compagnie de chasseurs 
de chamois habituellement au Saint-Bernard». 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dours, le 27 décembre 1793. Envoi au minis- 
tre des renseignements recueillis par Ratel, capitaine des guides du Mont-Blanc, le 29 
frimaire. Les Piémontais sont disposés ainsi qu'il suit : quartier général à Suse : 1.000 h. 
de troupes de ligne, dont 100 canonniers dans les retranchements du mont Cenis, armés 
de six pièces et un obusier, savoir : deux sur Lanslevillard, deux et l'obusier à Mollard 
Crochet sur Lanslebourg, deux au milieu du chemin à la Ramasse, où se trouve un poste 
de 50 h. ; 100 h. à la Poste ; 60 h. à l'hospice ; 140 h. à la Grand'Croix ; 100 h. aux gran- 
ges Savalin. A Ferrera, 100 h.; à Novaleza, 200 ; à Suse, 800. La cavalerie est répartie : 
40 à Sant'Ambrosio, 100 à Avigliana, 60 à Sant'Antonio, 80 à Rivoli et 130 à Turin, où ii 
y a 1.500 h. de garnison permanente. A Exilles, il y a 1.100 h. et 140 canonniers ; à 
Oulx, 800 h. et 40 canonniers; à Césanne, 200 h. ; à Bardonèche, 100 h.; à la Roue, 80 h.; 
au Mélézet, 60 h,; dans la Vallée-Etroite, 100 h.; à l'Assiette. 50 h. Il n'y a personne à 
Champlas du Col, aux Millaures, aux cols de la Roue et de Fréjus, à Rochemolle. Le 29 
frimaire, 400 grenadiers sont allés au mont Cenis, où on trouve cinq pieds de neige. — 
Pinelli, p. 351, indique 3.000 h., répartis dans les vallées de Suse et de Fénestrelles. 



80 OCCUPATION DES COLS 

Novembre 1793. de la Maira et de la Stura, les paysans devaient également 
suffire à la surveillance des têtes des vallées pendant 
la froide saison, tandis que les troupes régulières s'établi- 
raient en quartiers d'hiver à leurs débouchés dans la plaine 1 . 
Retraite des Le général Provera se retire sans être inquiété. Il n'en 

Austro-Sardes ° * 

de ia d Madeieine. es t pas de même de l'arrière-garde du général Strassoldo, 
composée d'une partie du corps franc de Giulay et d'un 
détachement de Belgiojoso. Dans les premiers jours de 
novembre, le mauvais temps avait contraint les Austro- 
Sardes à commencer l'évacuation de l'artillerie, des muni- 
tions et des vivres du camp de la Madeleine. Le 5 e bataillon 
de grenadiers était allé occuper les quatre baracons 
construits sur le plateau des Granges, entre la Punta del 
Poni et Roccie Mortier 2 . Le 13, le camp est abandonné. 
Informé de cette retraite, le général Sarret, que Kellermann 
avait chargé de conduire à Tournoux deux bataillons de 
renfort 3 , gagne le plateau de Malamorte, avec un certain 
nombre de piquets, et refoule les postes de miliciens 
laissés à Larche, Malboisset et Maison-Méane; il cantonne 
dans ces villages pendant la nuit. Rejoint, le lendemain, 
par une partie de ses bataillons, il attaque sur deux 
colonnes. Celle de gauche, conduite par le chef de batail- 
lon Larivoire, commandant le 4 e de l'Isère, gravit les 
pentes de la montagne de Tête-Dure ou Lévrier, et, de là, 
gagne le mont d'Qranaye ou Bec de Lièvre ; la colonne 
de droite, dirigée par le général Gouvion et le commandant 
Fiorella, du l or de l'Isère, marche sur le replat, au-dessus 
du fond de la vallée. Une réserve d'infanterie, accompagnée 
de deux pièces de canon suit, sous les ordres de l'adju- 
dant général Gamin. Ail heures du matin, ces 2 à 3.000 

1. Pinelli, p. 350. 

2. Voir 1 er vol. : la carte du camp de la Madeleine. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann au comité de Salut public, le 17. octobre, 
et de Dornac, le 25 du même mois. Voir, pour la situation des troupes françaises et austro- 
sardes à ce moment, le 1 er vol. p. 260. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 81 

nommes 1 pénètrent dans le camp de la Madeleine, que les Décembre 1793. 
derniers convois viennent à peine d'évacuer. L'arrière- 
garde austro-sarde se replie en tiraillant jusqu'aux ba- 
racons, où elle est soutenue par l'artillerie. Le général 
Sarret essaie en vain de la tourner, en dirigeant une 
colonne sur chacun des flancs de la vallée ; dans la neige 
jusqu'à la ceinture, les Républicains n'arrivent en vue des 
Granges qu'à la nuit tombante. Il fait trop froid pour 
bivouaquer ; on se replie sur le camp, qui est pillé et dont 
les ouvrages sont rasés ; puis on cantonne dans les 
villages 2 . Quelques jours après, la majeure partie des 
bataillons est dirigée sur Toulon. 

Après ce dernier succès, les trois divisions de l'armée généra ^ e Dumas 
des Alpes entrent en quartiers d'hiver 3 . Trois corps de commandement 
5,000 hommes chacun occupent: l'un la haute vallée de l'arméedesAipes 
la Durance, l'autre la Maurienne et la Tarentaise, le 
troisième le Chablais et le Faucigny. 12,000 hommes 
sont répartis dans le Dauphiné et sur la rive gauche du 
Rhône; 10,000 s'établissent sur la rive droite; 5,000 for- 
ment la garnison de Lyon ; 4,000 cantonnent dans le dépar- 
tement de l'Ain et aux environs de Genève. Malgré l'envoi 
de nombreux corps dans le midi, et grâce à l'affluence des 

1. Ce chiffre est donné par le lieutenant Zannier. D'après la situation du 15 octobre, les 
troupes du camp de Tournoux présentaient 4,409 combattants sur un effectif de 6,500 h. 
Ces forces étaient réparties de la manière suivante : au camp de Tournoux, à la gauche, 
le 4 e de l'Isère ; au centre, le 1 er ou les chasseurs de l'Isère ; à la droite, le 2 8 du 35 e ; 
probablement aussi 248 h. du 2 e de la Lozère qui a 238 h. dans le bois de la Sylve, 101 h. 
a Entrevaux, ses grenadiers en Maurienne et 41 h. au dépôt à Embrun ; à la gauche, dans 
la haute vallée de l'Ubaye, le 3 e du Mont-Blanc à Saint-Paul, ayant 156 h. à Lyon et 213 
détachés à Fouillouse ; le 2 e de l'Aveyron à Maurin, moins les grenadiers, en Maurienne et 
les chasseurs dans le bois de la Sylve ; à la droite, dans la vallée de l'Ubayette, le 1 er du 
35 e à Saint-Ours et le 1 er de la Lozère à Meyronne, moins les grenadiers en Maurienne et 
les canonniers à Valence. Si, à ces deux derniers bat., présentant ensemble 1,173 h., 
on joint le détachement dn bois de la Sylve, environ 373 h., ainsi que les 1" et 4 e de l'Isère, 
mentionnés dans le rapport du général Sarret et comptant 1,272 fusils, on obtient un 
effectif de 2,818 combattants pour cette affaire du col de la Madeleine. 

2. Arch. de la Guerre : Légende du plan manuscrit du lieutenant Zannier, de l'artillerie 
autrichienne, qui se trouve reproduite dans la pièce n° 240 des Arch. de Breil. Lettre du 
général Sarret au comité de Salut public, le 15 novembre 1793. Il dit que le camp de la 
Madeleine était une « espèce de ville », ce qui donnerait à penser qu'il y avait des bara- 
ques. Le représentant du peuple d'Herbes la Tour, envoyé dans le département des Basses- 
Alpes, accompagnait le général Sarret. Les Républicains ont un tué et peu de blessés. Le 
lieutenant Zannier indique que le major Strassoldo commandait le détachement du corps 
franc Giulay et le capitaine Berck celui de Belgiojoso. 

3. Arch. de la Guerre : Situation du 1 er nivôse, an II. Voir 1 er vol., pièce just. n° 114. 



82 OCCUPATION DES COLS 

janvier n94. jeunes gens de la première réquisition, l'armée des Alpes 
conservait, à la fin de décembre 1793, un effectif de 
47,000 hommes, dont le plus grand nombre, à peine armé, 
n'était ni instruit, ni habillé, ni équipé. De cette masse de 
citoyens plus ou moins enthousiastes, conduits par des 
officiers absolument ignorants du métier militaire, il fallait 
faire des soldats. Telle était la tâche ardue qui s'imposait 
au général Dumas, au moment où il arrivait à Grenoble, 
le 21 janvier 1794 1 . Quelques jours après, il est rejoint par 
le représentant du peuple Gaston, envoyé de l'armée des 
Pyrénées-Orientales à celle des Alpes, à la place de son 
collègue Fabre, décédé 2 . Peu à peu ces deux hommes 
actifs et énergiques remettent de l'ordre dans les corps 
de troupes et les différents services 3 . 

Réorganisation Dès le mois de décembre 1793, le représentant du peuple 
rarmée des Aipes Petitjean et le délégué du ministre Liautey avaient com- 
mencé à procéder aux opérations de « l'encadrement » des 
troupes de la réquisition 4 . Pour l'infanterie, la question 
était assez complexe. Après le départ successif de 42 ba- 
taillons pour les départements du Midi 5 , il restait à com- 

1. L'effectif le plus élevé de l'armée des Alpes est de 53,418 h., le 19 février 1794. Par 
suite de l'envoi de six bat. à l'armée d'Italie, au mois de mars, il tombe à 43,721 h., le 
5 avril. L'arrivée des retardaires ou des réfractaires le porte à 51,556 h. le 4 mai. Il se 
maintient à 50,519 le 3 juin et, après le départ des 10 bat. pour le Rhin, de la cavalerie 
pour la Vendée et l'armée d'Italie, tombe à 37,075 h., le 20 juin. — Dans ces chiffres 
n'est pas comprise l'armée dite révolutionnaire, venue de Paris à Lyon, les 2, 4 et 5 fri- 
maire (22, 24 et 25 novembre 1793), à l'effectif présent de 1,950 h., et licenciée au mois d'avril 
1794, suivant arrêté du comité du Salut public du 27 mars (voir Arch. de la Guerre, aux 
dates indiquées). 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du représentant du peuple Gaston, en arrivant à Greno- 
ble, le 29 janvier 1794. 

3. Arch. de la Guerre : passim. — Insurbodination des troupes de la garnison de Va- 
lenciennes, puis des bat. : 1 er du Gard, l or de l'Ardèche, 3 e de l'Isère, de Montluel, du dis- 
trict de Châlon et l" r de Villefranche-sur-Saône (Lettres du ministre, les 29 et 30 octobre, 
puis du 5 novembre ; du général Dours les 30 et 31 octobre, 1, 12 et 18 novembre ; du 
général Pouget, chef d'état-major, les 8 et 13 novembre ; des représentants du peuple, le 
3 novembre 1793). Pour remédier à cet affaiblissement de la discipline, le général Dours 
réclame l'encadrement des bat. nouveaux : « Les état-majors de nouvelle création sont, 
dit-il, d'autant moins utiles à la République qu'ils sont encrassés de leur ignorance baptis- 
male (sic) ». Désertion d'un bat. de Saone-et-Loire et mauvaise conduite du bat. de Gex à 
Thonon (Lettre du général Dours, le 12 novembre). Pénurie des subsistances (Lettres du 
ministre, le 11 novembre, et du syndic du département du Mont-Blanc, le 16 novembre, etc.) 

4. Arch. de la Guerre : Lettres du représentant du peuple Petitjean, les 16 décembre et 
l« r janvier. 

5. 11 est assez difficile, dans cette période, de se rendre compte de la situation des 
diverses armées, tant les mouvements sont nombreux. Pour avoir une idée aussi exacte 
que possible de la vérité, il suffit de se reporter à la pièce just. n° 104 du 1" vol. On y 
trouve 38 bat. provenant de l'armée des Alpes. Il faut en défalquer un bat. de grenadiers, 
le 5% et le 1" de la Lozère, qui est revenu à l'armée d'Italie, reste 28 ; et ajouter les bat. 
suivants, envoyés ultérieurement : 1 er et 2 e de PAriège, 3 e de la Drôme, 7 e Côtes-Maritimes, 
1 chasseurs de l'Ariège, 4 e Ardèche, 2, 4, 5 du Mont-Blanc, soit 9 ; et enfin cinq bat. de la 
nouvelle levée, (5 e des Hautes et Basses- Alpes, 10, 11, 12, de la Drôme) ; en tout 42. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 83 

pléter 35 bataillons formés avant le 1 er mars 1793 \ et ^gy^ 
quatre autres constituées après cette date 2 , ce qui exigeait 
17 à 18,000 hommes. Or les bataillons de la réquisition 
dont on disposait immédiatement 3 , présentaient an effectif 
de 25,000 hommes, et ce chiffre n'était que la sixième 
partie du contingent total des hommes de 18 à 25 ans 
dans les dix départements affectés à l'armée des Alpes 4 . 
Il n'était donc pas nécessaire, pour le moment, d'appeler 
ces derniers, plus utiles dans les campagnes 5 . 

Le rattachement à l'armée d'Italie des territoires d'En- 
trevaux et de Colmars, ainsi que des troupes qui s'y 
trouvaient 6 , l'affectation à l'armée des Pyrénées-Orientales 
des forces qui avaient été dirigées successivement sur les 
départements de la rive droite du Rhône pour y com- 
primer les tentatives d'insurrection 7 , le départ pour Nice 
de cinq bataillons à l'occasion de l'expédition d'Oneille 8 , 
l'envoi à d'autres armées des réquisitionnaires du Mont- 

1. L'armée des Alpes, d'après la situation du 15 août, (voir 1 er vol., p. cxxxi), com- 
prenait 58 bat. Il est venu en outre, pour le siège de Lyon, huit bat. de la garnison de 
Valenciennes, un de la garnison de Mayence, neuf de récente formation, total : 76. En 
déduisant les 37 bat. envoyés dans le Midi, en dehors des cinq de la nouvelle levée, il 
reste 39, soit 35 + 4. 

2. Ces quatre bat. sont sans doute les 1 er et 2 e du Rhône, organisés par Dubois- 
Crancé pendant le siège de Lyon, et les 6° et 7 e des Côtes-Maritimes. Les 3 e , 4 e et 5' du 
Mont-Blanc avaient fait l'objet d'une disposition législative spéciale. 

3. Le chiffre en varie de 20 à 40 dans les situations d'octobre 1793 à février 1794. 

4. Ain, Haute-Loire, Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Mont-Blanc, Puy-de- 
Dôme, Rhône. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du représentant du peuple Petitjean au comité de Salut 
public, le 1 er janvier 1794. 

6. Voir chapitre précédent. — Ces troupes sont le 2 me bat. du 10 e rég., ceux de la 
Drôme, de la Lozère, le 2 e chasseurs de l'Isère et les grenadiers des Hautes-Alpes. 

7. Arch. de la Guerre : Le 12 août, il y avait, dans le département de la Lozère, 1,155 h.i 
commandés par le général de brigade Laferrière, assisté de l'adjudant général Pinon. 
Cette force était essentiellement composée du 3 e bat. de l'Ardèche, en grande partie armé 
de piques, qui s'était bien conduit à l'affaire de Rive-de-Gier (voir 1 er vol. p. 358). Comme 
elle paraissait insuffisante, le ministre invite, le 20 septembre, Kellermann à envoyer dans 
la Lozère un ou deux bat. organisées. — Le 6 e bat. des Côtes-Maritimes part le 26 
de ce mois, mais est dirigé ensuite sur l'armée des Pyrénées-Orientales. A l'issue du siège 
de Lyon, on songe également à diriger des renforts dans les montagnes de la rive droite 
du Rhône (Lettres du général Dours, le 29 octobre, du ministre les 29 et 30, de Doppet 
et Dours le 31.) — Le 13 novembre, les bat. de Loir-et-Cher et de la Nièvre, de la garnison 
de Valenciennes, partent et sont suivis, le 15, par le 3 e de la Drôme, le 17, par le bat. de 
la Charente et un détachement du 18 e rég. d'infanterie, enfin par deux bat. de 
réquisition, les 1 er " de Châlon et de Villefranche-sur-Saône. — Le général de brigade 
Villemalet. avec les adjudants généraux Voiret et Bajet, prend le commandement de ces 
troupes ; il est accompagné par le bat. franc de la République, qui escorte deux pièces de 4 
et revient ensuite à l'armée des Alpes. Le 28 novembre, on envoie encore les 2 e et 5" bat. de 
Villefranche. Le 19 décembre, c'est l'adjudant général Larrey qui commande la force armée 
dans le département de la Lozère. 

8. Voir chapitre précédent. 



84 OCCUPATION DES COLS 

, ffT'SZu Blanc, qui désertaient en masse 1 , le licenciement de 

à Mai 1794. ' * } 

l'armée révolutionnaire de Lyon, entraînèrent l'adoption de 
nouvelles mesures. L'armée des Alpes se trouvant réduite 
à 28 bataillons, on conserva, malgré les dispositions 
contraires de la loi, 12 bataillons de la nouvelle levée, 
qui manœuvraient convenablement et avaient fait preuve 
de qualités d'ordre et de discipline 2 . Ces 40 batail- 
lons furent portés à l'effectif de 1,067 hommes, puis passés 
en revue par le représentant du peuple Dumaz, délégué 
du comité de Salut public 3 ; mais il ne fut pas procédé 
à leur embrigadement, attendu qu'il n'y avait plus, à cette 
armée, que deux bataillons d'infanterie de ligne et deux 
d'infanterie légère 4 . 

Ces opérations terminées à la fin d'avril, il restait 
encore un certain nombre de jeunes soldats ; ils sont 
réunis à Lyon en un dépôt général, sous la direction 
de cadres chargés de leur instruction 5 . Alimenté par 

1. Arch. de la Guerre : Lettre du représentant du peuple Petitjean, le l or janvier, et 
du comité de Salut public, le 17. Lettre du représentant du peuple Dumaz, le 26 mars. — 
Envoi de 660 h. à Perpignan, le 5 avril. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du représentant Gaston, le 2 mars. Il indique 27 bat. au 
lieu de 28. A ce moment, sont déjà maintenus en sus les nouveaux bat. suivants : 
Montferme, Montagne, Bourg, Villefranche, par arrêté des représentants du peuple ; l or et 
2° tirailleurs de la frontière, formés dans le disrtict de Briançon par le représentant du 
peuple Gaston. — Les six autres bat., conservés par arrêté des représentants du 
peuple, à Lyon, en date du 25 ventôse, sont ceux de Nantua ou 8 e de l'Ain, de Châtillon, 
de Vienne ou 8 e de l'Isère, de Louhans, enfin les 9 e et 10 e de l'Isère, dont les officiers sont 
nommés par le général en chef et pris parmi ceux de l'armée ou des volontaires et non 
plus nommés à l'élection. Voir en outre : Félicitations de Dumaz, le 6 mars, à la suite 
d'une manœuvre exécutée à Lyon ; lettre du général Dumas les 8 et 10 mars et le 17 avril. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres du représentant du peuple Dumaz, le 27 février. Peu après 
son arrivée à Grenoble, il s'est adjoint le général de brigade Rivas et le commissaire des 
guerres Jalabert, le 22 avril, à la suite de la revue des troupes de la vallée de l'Ubaye. 
Cette lettre est fort intéressante en ce qu'elle contient une appréciation sur la valeur militaire 
de quelques bat. : Le 1 er de l'Isère est cité pour son bon esprit et son excellente 
instruction militaire ; le 1 er de la Lozère est dans de moins bonnes conditions, parce qu'il 
est dispersé dans la montagne ; le bat. de Montferme, de la dernière levée, est peu 
manœuvrier, faute d'instructeurs ; ordre est donné d'en envoyer et dans six décades, il sera 
à hauteur ; le 4 e des Basses-Alpes a un bon esprit, mais il est peu discipliné et peu exercé. 
— Lettre du représentant du peuple Gaston, du 2 mars, annonçant la fin de l'encadrement. 
Cependant le général Dumas écrit, le 26, que l'encadrement ne sera pas terminé avant un 
mois et, en efi'et, le représentant du peuple Dumaz ne quitte l'armée des Alpes que le 
1 er mai (Lettre de Laporte à cette date). 

4. 1" du 23° rég.; 2 e du 79° rég.; 2 e et 4 e bat. d'infant, légère. — C'est par erreur sans 
doute que Dumaz ne signale que trois bat. de l'ancienne armée, dans sa lettre du 
27 février. 

5. Arrêté du représentant du peuple Gaston, le 2 avril: Il y aura par 100 h. un 
instructeur en chef et deux instructeurs particuliers, lieutenants ou sous-lieutenants ; par 
1,000 h., un instructeur général et un officier comptable, choisis par le général en 
chef. Il y aura instruction deux fois par jour; le général de brigade Cézar est chargé de 
la surveillance du dépôt. Ordre du 4 avril aux généraux de division d'inviter chaque chef 
de bat. à envoyer au dépôt de réserve de Lyon, un sergent et un caporal instructeurs. 
Nomination, le 24 avril, de Fleury Ralhaud, lieut. au 1 er bat. du Rhône-et-Loire, comme 
instructeur, etc. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 85 

l'arrivée des retardataires et des réfractaires 1 , ce dépôt fc Jj^JJg*. 
sert à réparer les pertes des corps d'infanterie 2 , à compléter 
le bataillon de pionniers créé en 1793 et devenu le 3 e ba- 
taillon de sapeurs, enfin à former un bataillon de sapeurs 
auxiliaires 3 . Ces dernières troupes allaient être d'un puis- 
sant secours pour l'amélioration et la réparation des voies 
de communication 4 , la construction de retranchements et 
de baraques sur les positions conquises 5 . 

L'encadrement de la cavalerie avait été plus rapidement 
terminé que celui de l'infanterie, par suite du petit nom- 
bre des troupes à cheval de l'armée des Alpes 6 . Le général 
de brigade Walther avait été chargé de surveiller leur 
organisation et leur instruction, ainsi que la formation à 
Vienne, d'un dépôt de chevaux et mulets de selle ou de 
trait 7 . Mais le général Dumas se voit bientôt privé des 

1. Arrêté du représentant du peuple Gaston, appelant les volontaires de Vienne, 
La Tour-du-Pin, Saint-Marcelin, Grenoble, laissés provisoirement dans leurs foyers. — 
L'effectif de ce dépôt est de 1,684 h. le 4 mai, 1523 le 20 mai, 879 le 15 juillet, 1,285 le 
18 août, 629 le 22 septembre, 704 le 5 novembre, 699 le 21 novembre, etc. 

2. Arch. de la Guerre : Ordre du 12 juin : 825 volontaires du dépôt de réserve vont à 
Briançon pour être incorporés dans divers bat. ; 73 vont à Moutiers. Ordre du 27 juin : 
216 jeunes soldats sont envoyés de Briançon à Abriès et 132 de Briançon à Barcelon- 
nette, etc. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du représentant du peuple Petitjean, le 1 er janvier. Le 
bat. de chasseurs-pionniers avait 3 compagnies à Toulon et 5 à Montmélian. Elles sont 
toutes portées à 120 h., puis à 200, à la suite du décret du 1 er nivôse, concernant la créa- 
tion des bat. de sapeurs. — Lettre de Dumas, le 10 février, portant envoi au chef d'état- 
major d'une instruction sur la formation des bat. de sapeurs. — Arrêté du représentant 
du peuple Gaston, le 2 avril, créant quatre compagnies de sapeurs auxiliaires de 200 h., offi- 
ciers compris. — Procès-verbal de formation de ces bat. , le 6 avril. — Ordre du 7 avril, prescri- 
vant l'envoi des quatre compagnies de sapeurs auxiliaires à Montdauphin, au fur et à 
mesure de leur organisation. — Ordre du 1 er mai, prescrivant de réunir tous les sapeurs à 
Montmélian, etc. 

4. Arch. de la Guerre: Ordre d'établir un bac à Pontcharra, le 3 février ; — Ordres des 
7 février, 17 et 20 mars, touchant la réparation des ponts de Collonges et de la Gâche ; 
envoi, les 3 et 4 avril, des capitaines du génie Capitaine et Maximilien Beaulieu pour 
rétablir les ponts de la Maurienne, etc. 

5. Notamment au mont Cenis et au petit Saint-Bernard. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du représentant du peuple Petitjean, le 1 er janvier, 
annonçant la fin prochaine de l'encadrement de la cavalerie. — Lettre du chef d'état-major, 
le 6 février, indiquant qu'il active l'encadrement de la cavalerie. — Envoi, le 24 janvier, de 
100 h. de Chambéry à Montpellier pour le régiment des chasseurs de la montagne. — 
Envoi, le 28 février, de Gap à Vienne, de 454 chevaux destinés à ce même régiment, etc. 
Cette opération de l'encadrement de la cavalerie paraît, à l'armée des Alpes, indépendante 
de celle de la levée de 30,000 cavaliers, puisque, le 25 janvier, le citoyen Capelle, sous, 
lieutenant au 5 e cavalerie, reçoit l'ordre de rassembler à Grenoble le contingent de cette 
levée compris dans l'arrondissement de l'armée, et de diriger ces hommes sur Clermont. 

7. Arch. de la Guerre: Ordre du 5 février. — Le 20 mars, il y a à ce dépôt 1,000 che- 
vaux ou mulets. 

7. 



à Mai 1794. 



16 OCCUPATION DES COLS 

ïhfvm <l ua tre régiments de cavalerie qui lui restaient 1 . Le service 
de correspondance entre les divisions et le quartier 
général est alors assuré non seulement par les gendarmes 
de l'armée et des départements, mais aussi par les 
compagnies de guides à pied et à cheval, dont on avait 
augmenté le nombre 2 . 

Malgré les prélèvements faits pour le siège de Toulon, 
l'artillerie de ligne de l'armée des Alpes, à la fin de 1793, 
présentait encore 1,187 hommes, appartenant aux 1 er , 2 e , 
3 e et 4 e régiments, à la 4 e division et à quatre compagnies 
d'artillerie légère 3 . Cet effectif est doublé au moyen d'hom- 
mes choisis 4 . Il y avait en outre les compagnies des batail- 

1. Au commencement de l'année 1794, il y avait à l'armée des Alpes cinq régiments de 
troupes à cheval, savoir : le 9 e dragons et le 5 e cavalerie, existant depuis la formation de 
cette armée, le 1 er hussards, arrive pendant le siège de Lyon, les dragons légers et les 
chasseurs à cheval de la montagne, formés de la réunion de divers détachements par arrêté 
des représentants du peuple Couthon, Maignet, Chàteauneuf-Randon, le 3 novembre 1793. 
— Des fractions du 9 e dragons, du 1 er hussards et des dragons de la montagne avaient été 
envoyés dans le Midi, au moment du siège de Toulon, et le général Dumas parvient d'abord 
à conserver ces corps, que réclamaient à la fois les généraux commandant les armées 
d'Italie et des Pyrénées-Orientales (Lettres des 14 et 16 février). 11 ramène aussi aux en- 
virons de Grenoble les chasseurs de la montagne formés à Montpellier (Lettre du 3 février). 
Mais, en mars, il reçoit l'ordre de diriger 1,200 cavaliers sur les armées de l'ouest (ordre 
du 3 mars). 300 h. du 9 e dragons, 50 du 1 er hussards, partent le 8 pour Tours; ils sont bien- 
tôt suivis par 300 h. du 5 e cavalerie et 300 des chasseurs de la montagne (Lettres des 7, 11, 
15 et 20 mars). Dans le courant de mai, les 9° dragons, 1 er hussards et les chasseurs à 
cheval de la montagne sont envoyés à l'armée d'Italie (Lettres et ordres des 13, 14, 16, 22, 
23 mai). Enfin, le 27 juin, la commission de l'organisation et du mouvement des armées de 
terre prescrit l'échange des 5 e régiments de cavalerie et 4 e dragons entre les armées des 
Alpes et du Rhin. — Les dragons légers de la montagne font le service de police à Lyon à 
la même date. 

2. Arch. de la Guerre: Arrêté du représentant du peuple Gaston, le 29 janvier, autori- 
sant le général Petit-Guillaume dans la vallée de l'Ubaye, le général Sarret en Maurienne, 
à créer une compagnie de guides à pied de 48 h., cadres compris. — Lettres du général 
Dumas, le 13 février, du représentant du peuple Dumaz, le 13 mars, et arrêté de ce dernier, 
le 10 du même mois, concernant l'autorisation donnée par le comité de Salut public de 
porter à 100 h. la compagnie des guides du Mont-Blanc qui n'avait qu'un effectif de 
33 h. — Ordre du 4 avril d'envoyer à Grenoble la compagnie de guides à cheval venant de 
l'armée des Pyrénées-Orientales. Arrêté du représentant du peuple Gaston, le 2 avril, 
portant cette compagnie à 100 h. ; ordre du 1 er mai, de délivrer 3,000 livres pour 
terminer cette formation, etc. 

3. Voir la situation du 21 décembre 1793, 1 er vol. pièce just. n° 114. — La 4 e division 
d'artillerie paraît avoir été créée quelque temps avant le siège de Lyon, pour le service de 
l'équipage de l'armée des Alpes, à moins qu'elle ne soit venue toute constituée de Valen- 
ciennes. — Les compagnies d'artillerie légère en formation portent les numéros 16, 17, 18 
et 22. La 17 e passe à l'armée des Pyrénées-Orientales, le 28 février (Arch. de la Guerre : 
Ordre de mouvement de Mcntélimar sur Bayonne à cette date). 

4. Voir la situation du 20 avril, pièce just. n° 27. L'effectif de 2,364 h. se décompose 
ainsi qu'il suit: artillerie légère : 298 ; 4 e division : 1,121 ; 1 er rég. : 60 ; 2 e rég. : 100 ; 
3° rég. : 248 (provenant peut-être de la garnison de Valenciennes) ; 4 e rég. : 537. L'état- 
major de ce dernier régiment passe à l'armée d'Italie, le 20 février (Arch. de la Guerre ; 
Ordre de mouvement à cette date). Les hommes de complément étaient choisis dans tous 
les bat., même ceux de sapeurs (Arch. de la Guerre : Lettres du général Dours, le 15 jan- 
vier, du général Dumas, le 5 février). Ce travail était entamé avant la réception de l'arrêté 
du 16 pluviôse qui le réglementait (Arch. de la Guerre : Lettre du chef d'état-major, le 6 fé- 
vrier). 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 87 

Ions, les canonniers venus des départements voisins et de fc £ e j r i e 7 r 94 . 
Paris 1 , qui ne pouvaient être considérés que comme des 
auxiliaires, par suite du manque d'instruction de leurs 
cadres. 

Si les hommes ne manquaient pas, le matériel, et parti- 
culièrement celui de siège, faisait défaut, puisqu'on avait 
dirigé sur Toulon l'équipage utilisé devant Lyon et tout 
ce qu'il avait été possible de tirer des places des Alpes*. 
On parvint cependant, à force d'activité et d'énergie, à 
tirer ce qui était nécessaire de l'arsenal de Grenoble et 
de la fonderie de Valence, remise en activité 3 . Il n'en 
est pas de même des chevaux, dont le nombre était de 
800 seulement, alors qu'il en fallait 2,900 4 , delà poudre 
et des fusils, dont les approvisionnements étaient extrê- 
mement limités 5 . Les subsistances sont à peu près assu- 

1. Arch. de la Guerre : Ordre de route du 1 er avril pour le mouvement des canonniers 
du Puy-de-Dôme, venant de Clermont à Grenoble ; situation indiquant aussi des canon- 
niers du Cantal ; lettre de Sijaz (?), adjoint à la commission des armées, le 13 mai, annon- 
çant l'arrivée à Lyon de quatre compagnies de canonniers de Paris, fortes de 200 h. Ces 
dernières sont ensuite dirigées sur Toulon, pour le service des batteries de côte. 

2. Voir 1« vol., p. 379. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Trumeau, le 22 novembre 1793; de Dours, le 15 jan- 
vier 1794 ; de Dumas, les 27 mars et 17 avril ; arrêté d'Albitte, le 2 juin, et lettre de Laporte, 
le 2 juillet, concernant la fonderie de Valence, dirigée par d'Anglemont. — Arrêté de Gas- 
ton, le 11 mars, approuvant un marché de 20 affûts de 4 ; ordre de Dumas, le 7 avril, pour 
la réunion de seize pièces de 4, huit de 8, quatre obusiers et leurs approvisionnements, à 
titre d'équipage de campagne; lettre de Laporte, le 1 er mai, contenant une demande de 
six caissons de 8 et 18 caissons d'obusiers, qu'on ne peut fabriquer faute de modèles; lettre 
de Dumas, le 22 juin, prescrivant de presser les réparations et d'activer la construction de 
pièces de tout calibre. Malheureusement, à mesure que l'on produisait, on était obligé 
d'envoyer aux armées d'Italie et des Pyrénées-Orientales (Arch. de la Guerre : Lettres des 

1 er et 30 mars, 30 avril et 15 mai). 

4. Arch. de la Guerre ; Lettres de Dumas, les 28 février et 30 mars, constatant l'envoi 
de chevaux à Vienne, et du 30 avril, portant demande d'attelages d'artillerie. A Clermont, 
U y avait 3.000 chevaux. 

5. Arch. de la Guerre : Au commencement de mars, il n'y a que six milliers de poudre, 
peu de boulets, de cartouches et de pierres (Lettres des 27 février, 2 et 3 mars, 14 mars 
et 17 avril). On n'en peut tirer que fort peu de l'étranger (Lettre de Gaston le 2 mars) ; 
on n'en envoie que 12 milliers (Lettres des 18 février et 14 mars), en sorte que, le 1 er mai 
le représentant du peuple Laporte en demande 1.000 milliers (800 pour les places, 200 pour 
l'armée), 25 milliers seulement sont envoyés le 14 mai. Il arrive 150.000 pierres d'Auxonne 
à Grenoble, le 21 avril ; la serge pour la confection des gargousses est réquisitionnée à 
Lyon (Lettre du 1 er mai). Enfin, Laporte prend, les 29 et 31 mai, deux arrêtés concernant 
la conservation des cartouches et les punitions sévères à infliger à ceux qui volent des 
munitions. Lettre du représentant Dumaz indiquant qu'il n'y a à Briançon que 500 fusils 
et qu'il en faudrait 10.000. Lettres de Gaston, le 2 mars, de Dumas, le 3 mars, signalant un 
déficit de 16.000 fusils dans l'armée. On parvient à se procurer 6.000 fusils à Lyon (Lettre 
du général Dumas, le 8 mars) et d'autres à l'étranger (Lettre de Gaston, le 2 mars). On 
crée des ateliers de réparations à Grenoble et Chambéry (Lettre de Dumas le 20 mars). 
Cependant, le 30 avril, il manque encore 2.000 fusils (Lettre de Dumas). 



88 OCCUPATION DES COLS 

Mars 1794. r ées\ Quant aux effets d'habillement, d'équipement et de 
campement, à l'armée des Alpes comme à celle d'Italie, on 
les tire de la réquisition directe et des ateliers révolution- 
naires organisés dans les principales villes 2 . 

Au 1 er mai, bien qu'il y eût encore un assez grand 
nombre de détails à régler 3 , le général Dumas disposait 
de 40,000 soldats présents sous les armes 4 , convenablement 
encadrés à la suite de plusieurs épurations 5 , et d'ailleurs 
pleins d'enthousiasme 6 . Les représentants du peuple La- 
porte et Albitte prenaient la direction des opérations 
entamées depuis plus d'un mois 7 . 

Conformément au projet général établi pour l'année 
1794 8 , le commandant en chef de l'armée des Alpes avait 
reçu, à la fin de février, l'ordre de s'emparer le plus 
tôt possible du petit Saint -Bernard et du mont Ce- 

1. Arch. de la Guerre : Au mois de novembre, le général Dours avait cru que l'on allait 
manquer de vivres (Lettre du 11 novembre). Dumas exprime aussi quelques craintes, le 
3 février. Cependant, grâce aux mesures prises pour empêcher l'exportation des grains en 
Suisse (Lettre de Dumas le 28 février), la subsistance des troupes est assurée. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres du représentant du peuple Dumaz, le 21 février, et du 
général Dumas, les 3, 12, 25 et 27 mars. — Les troupes ne doivent porter les souliers que 
pour exécuter des opérations; en garnison, elles auront des sabots. — Arrêté du représen- 
tant du peuple Gaston, le 4 avril, ordonnant aux districts de réunir dans le courant d'une 
décade des effets de petit campement et des chaussures. Quelques jours avant, le départe- 
ment de l'Isère avait donné 600 paires de bottes. 

3. Arch. de la Guerre : Echange de prisonniers, lettres des 7 février, 2, 12, 17, 26 mars 
et 16 avril. Déserteurs et insoumis ; lettres des 16 février, 8, 15, 31 mars et 12 avril. 
Dénonciations : lettres des 21 février 7, 8, 12 mars, 3, 4 et 16 avril. Le 4 avril, le conseil 
exécutif ayant été dissous, le ministre rappelle les agents Chevrillon et Prière —Hôpitaux, 
arrêtés des 6 janvier, 1 er et 7 avril, etc. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 20 avril ; voir pièce just. n° 27. 

5. Arch. de la Guerre : Renvoi des officiers nobles; lettres des 27 février, 11 et 17 mars. 
Affaire du 23 e régiment ; lettres des 1 er , 2 et 3 avril. Epuration du 2 e infanterie légère ; lettre 
du représentant du peuple Dumaz, le 16 avril. Opération semblable au 4 e infanterie légère ; 
lettres du 12 avril et 22 mai. Discussions entre les officiers des chasseurs des Hautes-Alpes ; 
lettre du 28 mars. Arrêté du représentant du peuple Gaston, le 3 avril, sur les devoirs des 
officiers, les punitions à infliger, etc. 

6. Arch. de la Guerre, passim : Offrandes d'épaulettes et galons en or ou de journées 
de solde par des officiers et sous-officiers, même par des corps entiers. En outre, les officiers 
et soldats étaient munis d'une sorte de guide des Alpes, que le général Dumas avait fait 
extraire d'un mémoire très complet rédigé par le maréchal de camp de la Blottière, qui 
avait fait, comme ingénieur, les campagnes des guerres pour la Ligue d'Augsbourg et la 
Succession d'Espagne. Cette plaquette avait été imprimée à Grenoble, le 20 germinal, 
an II (9 avril 1794), sous le titre : « Noms, situation et détails des vallées de la France, 
le long des grandes Alpes, dans le Dauphiné et la Provence et de celles qui descendent 
des Alpes en Italie, depuis la Savoie jusqu'à celle de Saint-Etienne au comté de Nice. » 
Ce mémoire complet a été réimprimé en 1891 à Grenoble 3 par A. Carré, imprimerie Dauphi- 
noise, avec une préface et des notes de M. Henry Duhamel. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre de Laporte, le 1" mai. Il va rejoindre Albitte qui est 
dans le département du Mont-Blanc ; Gaston était affecté de s'en aller. 

8. Voir pièce just. n° 3 et chapitre précédent. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 89 

iris 1 . Dans un conseil de guerre tenu àChambéry, ces deux 
attaques sont confiées aux généraux Badelaune et Sarret, 
qui réunissent, dans le courant de mars, les troupes choi- ^ 
sies par eux 2 . 

En abandonnant la Savoie, au mois de septembre 1792 3 , 
les Piémontais avaient conservé le plateau du mont Cenis, 
poussant des détachements tant vers l'avenue de Lansle- 
bourg que vers celle de Bramans. Les premiers avaient 
leur droite sur la hauteur de la Tomba 4 et au hameau des 
Arsellins, leur centre au Plan de la Tombe 5 , à la Ramasse 6 
et aux Rivets, leur gauche à Mollard Crocet 7 et sur la 
Petite Turra. Cette position avait été successivement gar- 
nie de redoutes et de batteries, entourées par une ligne de 



Mars 1794. 



Dispositions 

défensives 

des Piémontais 

au mont Cenis. 



1. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre au général Dumas, le 27 janvier, portant 
envoi de l'arrêté du comité de Salut public du 25, et y joignant des instructions. (Voir 
l'arrêté, pièce just. n° 18). Lettre du général Dumas, le 3 février ; il accuse réception de cet 
ordre qu'il a communiqué au représentant du peuple Gaston; mais les cols étant, paraît-il, 
impraticables, il pense que, si vraiment les Suisses voulaient nous livrer passage, il vaudrait 
mieux gagner le Milanais par le Saint-Gothard. Cette étrange proposition amène le ministre 
à demander, le 7, au comité de Salut public de remplacer le général Dumas, auquel il écrit 
le lendemain une lettre assez vive pour réclamer des explications. Cette lettre est confiée 
au représentant du peuple Dumaz, qui n'arrive à Chambéry que le 27. — Lettre du général 
Dumas au ministre, le 1 er mars. Il explique que ce projet lui avait été suggéré par le géné- 
ral Dours et que, ne connaissant pas le pays, il l'avait simplement transmis. — Lettre du 
5 mars du ministre transmettant cette explication au comité de Salut public avec quelques 
commentaires malveillants. Toutefois le ministère ayant été remplacé par une commission 
présidée par Pille, l'incident n'a pas de suites immédiates. 

2. Arch. de la Guerre : Ordres, du 2 mars et lettre du général Dumas, le 11 mars* 
Badelaune, qui commandait à Saint-Jean-de-Maurienne depuis le 13 janvier, passe en Taran- 
taise à la place de Vaubois ; ce dernier relève à Barcelonnette le général Sarret, qui vient 
en Maurienne. Dans cette vallée, 6.000 h. sont réunis, savoir : Grenadiers de Paris, 
bat. franc de la République, 1 er des Basses-Alpes, 1 er du 23 e régiment, 1 er et 2° de la Légion 
des Alpes, compagnie des Guides du Mont-Blanc et peut-être le 2 e de la Haute-Loire à 
Saint-Jean. En Tarantaise, il y a 5.000 h., savoir : 5 e Rhône-et-Loire, Grenadiers de la 
Côte-d'Or, 2 e du 79° régiment, 5» de l'Isère, 1 er de la Côte-d'Or. Chacune de ces brigades 
dispose en outre de quatre pièces de 4 et de 100 sapeurs. 

3. Voir 1" volume, p. 107. 

4. La hauteur qui porte le nom de la Tomba sur la carte de l'état-major français, 
est désignée sous celui de pointe de la Nauda sur la carte italienne, qui applique le nom 
de la Tomba au col situé à l'est de cette pointe et à l'extrémité de la crête rocheuse 
descendant a l'ouest du point 3375 (signal du grand mont Cenis) de la carte française. Les 
documents de l'époque de la Révolution signalent cette hauteur sous la dénomination de 
Lamet ou la Mait, vocables qui se prononcent de la même manière. Le premier sert au- 
jourd'hui à désigner le sommet situé à l'est de l'hospice sur la grande chaîne des Alpes ; 
le second se retrouve dans « Pian del Mat » de la carte italienne, au nord du hameau de la 
Buffa et à l'est du col du grand mont Cenis. 

5. Le Plan de la Tombe, cote 2.055 de l'état-major français, est indiqué sous le nom de 
Villaret dans les documents piémontais. 

6. Le hameau de la Ramasse, porté sur les cartes, se trouve au point de jonction de la 
grande route construite par Napoléon I er avec le chemin muletier, qui existait seul en 1794 
et serpente sur une croupe étroite, que les voyageurs descendaient en hiver dans un traî- 
neau nommé « Ramasse. » 

7. Ce point, qui n'est marqué sur aucune carte, est entre les Rivets et le sommet de la 
Petite Turra, appelé aussi le Pain de Sucre dans un rapport d'espion. 



90 OCCUPATION DES COLS 

Arrii 1794. palissades 1 ; quelques retranchements la reliaient aux pos- 
tes du petit mont Cenis 2 . Cet ensemble d'ouvrages, armé 
de 16 pièces et 19 fusils de rempart 3 , était ordinairement 
gardé par 1.000 à 1.500 hommes 4 , que soutenaient des ré- 

1. Arch. de la Guerre : Cartes du capitaine du génie Dabadie, en 1794. Conférence du 
lieutenant-colonel Franco à l'état-major général piémontais, le 26 avril 1798. Rapports 
d'un espion et du capitaine Ratel, le 1 er avril 1794. Arch. de Breil : pièces n 03 20, 91 et 
104.— Ces documents permettent de se faire une idée très nette des dispositions défensives 
du mont Cenis. Proposées, dès le moisde septembre 1792, par un nomme Boschis, notaire à 
Suse, et adoptées par le lieutenant général autrichien Strassoldo, chargé, a son arrivée en 
Piémont, de l'inspection des postes de cette frontière, ces dispositions assez médiocres, 
ainsi que le remarque M. de Malausséna, étaient les suivantes, en allant de l'est à l'ouest : 
au sommet de la Tomba ou pointe de la Nauda (cotes 2675 de l'état-major français et 2668 
de l'état-major italien), un baracon dont le poste était fourni par les troupes cantonnées 
aux Arsellins. En ce point, une maison fortifiée servait de réduit à une batterie de deux 

Sièces de fer se chargeant par la culasse, dirigée vers l'Arselle Neuve, à une batterie de 
eux « vis de mulet » et de deux fusils de rempart battant un chemin venant de Lanslevil- 
lard et un retranchement intermédiaire armé de spingardes. Un poste était préparé entre 
cet ensemble d'ouvrages et celui du Plan de la Tombe, qui consistait en une redoute et 
deux batteries, l'une de deux pièces de 16, quatre de 8 et un obusier, croisant ses feux avec 
la précédente sur les avenues de Lanslevillard, l'autre de deux pièces de 8, battant les 
abords de la Ramasse, conjointement avec la redoute des Rivets. A la Ramasse, une grange 
avait été transformée en corps de garde auprès de la barrière qui fermait le chemin. Aux 
Rivets, une redoute armée de deux pièces de 8 et un obusier, dirigés vers la Ramasse, ser- 
vait d'appui à une batterie de deux pièces de 4 courtes, dite batterie du Roc, placée sur la 
rive droite du ravin de la Madeleine, pour maîtriser le sentier venant de Termignonà travers 
la forêt. Au dessus, le retranchement de Mollard Crocet, armé de fusils de rempart, empê- 
chait tout mouvement tournant et était lui-même couvert par un poste établi au sommet de 
la Petite Turra. Une palissade de 8 à 10 pieds de haut, partant des escarpements de cette 
montagne et doublée autour de Mollard Crocet, reliait tous ces ouvrages et se terminait 
entre les Arsellins et la Tomba, au bord du ravin souvent rempli de neige qui descend du col 
de ce nom. Cette palissade se trouvait à 4 ou 500 mètres de la lisière de la forêt, où on en 
avait pris les matériaux. 

2. Au sommet du chemin du petit mont Cenis, que l'on suit à peu près encore aujour- 
d'hui, on avait fait un retranchement en pierres sèches et en gazon armé de deux pièces 
de 4 et deux fusils de rempart; en outre, des amas de rochers avaient été préparés pour 
être roulés le long de la pente fort raide en cet endroit. Les passages débouchant à droite, 
sur les flancs du mont Froid, appelé par le lieutenant-colonel Franco, Belvédère ou Savalin, 
étaient défendus par : 1° un retranchement garni de fusils de remparts, au nord-ouest du 
col de Sollières et dirigé vers la Porteille ; 2° une batterie de une pièce de 8 et deux de 4, 
sur la crête à l'ouest du col de Relia ou des Archettes, battant le fond du ravin qui débouche 
à la Villette, et 3° un poste intermédiaire qui devait probablement se trouver sur la troisième 
arête partant du mont Froid et descendant vers le Jeu. Entre cet ensemble d'ouvrages du 
petit mont Cenis et celui du grand mont Cenis, les cartes du capitaine Dabadie signalent 
encore, à la Porteille, une batterie de deux pièces avec un retranchement avancé, et, à la 
lisière de la forêt au-dessus de Termignon, une autre batterie, en mentionnant toutefois que 
ces ouvrages étaient évacués. Il est très probable que ces fortifications ne faisaient pas 
partie du système défensif du mont Cenis et devaient avoir été élevées en 1793, lors du 
mouvement offensif de M. de Cordon (Voir 1 er volume, p. 267). Il se pourrait de même que 
l'ouvrage mentionné ci-dessus sur la crête du Jeu, et indiqué aussi comme évacué par le 
capitaine Dabadie, ne fût autre chose que la batterie construite à la même époque, pour 
battre le camp français de Saint-Pierre d'Estravache ou d'Estache. 

3. Ce chiffre est donné par le lieutenant-colonel piémontais Franco, il ne concorde pas 
complètement avec ceux qui ont été donnés précédemment et proviennent des cartes du 
capitaine du génie Dabadie. Les indications du capitaine des guides Ratel et de l'espion 
Gaspard-Joseph Pélissier de Samoens ne sont pas non plus les mêmes ; cependant les diffé- 
rences ne sont pas très grandes et l'on peut admettre le total de 39 bouches à feu, dont 
certainement deux obusiers de 6 pouces et deux pièces de 16, comme étant très approché de 
la vérité. 

4. Le lieutenant-colonel Franco indique 1.200 h. pour le grand mont Cenis. Voici, du 
reste, ce que, d'après le notaire Boschis, on pouvait cantonner : aux Arsellins, qu'il appelle 
Mollard Glochet, mais en précisant l'emplacement de telle sorte qu'il ne peut y avoir d'er- 
reur, maison et granges du « sieur Noz-Rivet, directeur du passage du mont Cenis », 
pour 100 h.; au Plan de la Tombe ou Villaret, autre maison du même individu, pour 100 h. 
et « édifice de Thomas Gravier », aussi pour 100 h.; à la Ramasse, « grange des héritiers 
Louis Jorcin», pour 30 h.; au dessus, au lieu dit le Cabaret, granges pour 200 h. et maison 
pour officiers; au « mas des Rivets, dessous la Turra, trois ou quatre maisons de pierre à 
Etienne-Sébastien Lyonnet et Michel Audaj », pour 200 h.; au-dessus de la Ramasse, « à 
une portée de fusil de la route», probablement le hameau de la Buffa, pour 500 h.; au petit 
mont Cenis, « granges, dites autrefois auprès de l'Anvers, aux montagnes du sieur Mistra- 
let, lieu dit aux Cottes, et aux Savines de Bramans », pour 300 h.; total 1.530 h. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 91 

serves installées à la Poste, à l'Hospice et à Grand' Avril 1794 - 
Croix \ 

Après avoir fait reconnaître à plusieurs reprises et avoir 
reconnu lui-même toutes ces positions 2 , le général Sarret 
avait donné de minutieuses instructions, en vue d'attirer 
l'attention de l'ennemi par une démonstration sur le front 
des retranchements du grand mont Cenis, tandis que deux 
détachements, dirigés sur les deux flancs, prendraient à 
revers leurs défenseurs, ainsi que ceux du petit mont 
Cenis et se réuniraient vers Grand'Croix, au-delà du lac 3 . 
Dès la fin de mars, les troupes étaient prêtes, pourvues de 
chaussons de laine et de crampons en fer 4 ; mais la neige, 
qui était fort épaisse et ne portait pas, empêchait tout mou- 
vement 5 . Le froid étant venu au commencement d'avril et 
les Piémontais semblant avoir supprimé quelques postes, 
ordre est donné d'exécuter l'attaque 6 . 

Dans la soirée du 5, les troupes, rassemblées en deux Première 
divisions, se mettent en mouvement. Celle de droite, forte du mont Cenis 
de 2,180 hommes, sous les ordres du général Sarret, part 
de Bramans et de l'église de Saint-Pierre, à 9 heures du 
soir; elle gagne Villette, passe sur la rive droite du 
torrent et s'engage dans la combe située en face de ce 
hameau, afin d'atteindre la batterie des Archettes, où elle 
devait se diviser en trois colonnes. Contrairement à ce que 

1. D'après le notaire Boschis : 500 h. dans les granges entre le mont Cenis et la Poste 
des Tavernettes, où l'on peut loger « plusieurs personnes de distinction » et 1,000 h. à l'Hô- 
pital et à la Grand'Croix. Le rapport de l'espion Pélissier signale, à moitié chemin entre 
la Poste et l'Hôpital et à gauche de la route en venant de Lanslebourg, une redoute à deux 
rangs de palissade avec fossés, armée de quatre pièces, « couvertes par de petites tentes, 
et battant d'un côté sur le lac et le chemin du petit mont Cenis, de l'autre sur l'Hôpital, 
Villaret et la Ramasse, enfin sur le chemin longeant les montagnes au nord. » Il indique 
aussi à la Grand'Croix, « sur la crête du col », un retranchement à redans d'une demi-lieue, 
se terminant à des escarpements. Le lieutenant-colonel Franco mentionne également cet 
ouvrage. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas, le 21 mars. Reconnaissance du capi- 
taine Ratel, le 25 mars. Mémoire du même officier et rapport d'espion, le 1" avril. 

3. Arch. de la Guerre Voir pièce just. n° 19. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres du général Dumas, les 11 et 21 mars. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres du général Dumas, les 12, 21 mars et 9 avril. Lettre 
de Gaston, le 2 mars. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas, le 1" avril. Mémoire de Ratel, classé au 
1 er avril. — Arch. de la sect. techn. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche. 



92 OCCUPATION DES COLS 

Avril 1794. l'on croyait, ce poste était occupé et ses défenseurs sur 
leurs gardes; force est donc d'abandonner ce chemin 
d'ailleurs très difficile, de redescendre dans le vallon et 
de chercher à tourner l'obstacle, en s'élevant sur la crête 
opposée, qui s'étend du mont Froid au hameau du Jeu 1 . 

Le retard apporté ainsi à la marche des Républicains 
permet à une centaine de grenadiers piémontais, appelés 
des granges Mistralet 2 , d'occuper le sommet de la mon- 
tagne ou Belvédère, de sorte qu'en arrivant au pied de la 
hauteur, l'avant-garde de la colonne française est arrêtée 
par une vive fusillade. Le général Sarret s'y porte aussitôt; 
voyant que la raideur des pentes empêche tout déploie- 
ment, comprenant que, ] 'effet de la surprise une fois 
manqué, il fallait, sans hésiter, se rendre maître de ce 
point par un coup de vigueur, il réunit 30 hommes de 
bonne volonté et marche résolument à leur tête. Malheu- 
reusement, à 40 pas de l'ennemi, il est blessé mortelle- 

1. Cet exposé du mouvement des Républicains ne ressort pas très nettement de la 
lecture de la pièce just. n° 19. Il résulte surtout de la comparaison de ce document avec 
les pièces ci-après : 1° Instructions du général Sarret, dont on n'a pu donner qu'un extrait 
à la pièce just. n° 19 à cause de leur longueur, mais qui sont fort intéressantes et instruc- 
tives ; 2° Mémoire de Bejay de la Coche. Le chemin du petit mont Cenis par le hameau 
de Feca (sic), pour la Fesse, ayant paru impraticable, on résolut de gagner la batterie 
dite des Archettes par trois chemins différents. Mais soit qu'elles fussent mal conduites 
par les guides, soit qu'il fût impossible de suivre trois chemins, les colonnes furent forcées 
de se réunir après quelques heures de marche et, à cause du feu de la batterie, d'aban- 
donner la combe au-dessus de Villette, pour tourner cette batterie par le chemin sur la 
crête aiguë en face de Bramans, où les soldats, perdant équilibre sur la neige, roulaient 
vers Sollières ou vers Villette ; 3° Mémoire du lieutenant-colonel Franco. Il ne parle que 
d'une seule colonne de 1,500 h., venant de Bramans par Saint-Pierre d'Estravache pour 
attaquer le poste de Savalin, par la sommité de Belvédère. C'est à l'arrêt de la colonne 
d'Herbin sur le chemin du col des Archettes ou de Relia, d'après la carte française, que se 
rapporte le trait du sergent Bochet, dit Belhumeur, raconté par Pinelli, p. 355, tandis que 
le fait du sergent Gauthier, p. 357, est relatif à la mort du général Sarret. Mais comme, 
sur la foi de Jomini," cet auteur a déjà fait mourir le général à une attaque imaginaire du 
grand mont Cenis, le 2i mars (p. 354), il ne peut que constater la mort du chef d'un petit 
détachement. On reconnaît ici très bien le procédé employé par l'écrivain piémontais et 
consistant à traduire presque littéralement les assertions des auteurs français, Koch ou 
Jomini, sans contrôler leur exactitude et sans se livrer à la moindre critique ; puis à enchâs- 
ser dans ce canevas des détails probablement exacts, tirés soit des Arch. de Turin com- 
pulsés à la légère, soit plutôt d'un historique des régiments de Choulot et Ferrero, cité 
p. 8. Quoi qu'il en soit, on peut admettre, d'après Pinelli, qu'il y avait un bat. du 
régiment de Maurienne, commandé par le major Cordon, pour la garde des ouvrages du 
petit mont Cenis. — On avait bien pensé à attaquer le mont Froid, en partant de Sollières, 
et le capitaine Ratel avait fait une reconnaissance dans cette direction le 24 mars. Parti 
à 5 heures du matin de Termignon, il n'y était rentré qu'à 5 heures du soir ; enfonçant dans 
la neige jusqu'aux aisselles, il avait mis huit heures pour arriver aux postes piémontais. 
Dans son rapport du lendemain, il concluait qu'on ne pouvait faire passer des troupes (Arch. 
de la Guerre). 

2. Le lieutenant-colonel Franco dit « granges de la Manthe », nom qui n'existe sur au- 
cune carte, et il ne donne pas l'effcetif de ce « renfort de grenadiers » qui, d'après Pinelli, 
p. 355, aurait appartenu au 7 e bat., lieutenant-colonel Saluggio. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 93 

ment, ainsi que plusieurs soldats, et le détachement se Avril im 
replie 1 . 

Il était 10 heures du matin. Les troupes, sous les armes 
depuis la veille, harassées de fatigue à la suite de cette 
pénible marche de nuit, sur la neige, en suivant de dange- 
reux sentiers, ne sont maintenues en ordre, malgré leur 
nombre, devant cette poignée de Piémontais 2 , que par 
l'énergie de l'adjudant général Camin. La retraite est 
effectuée à 1 heure de l'après-midi seulement, afin d'empê- 
cher l'ennemi d'unir ses forces contre la division char- 
gée de l'attaque du grand mont Cenis 3 . 

Réunie à Lanslebourg, celle-ci s'était aussitôt divisée 
en trois colonnes. Celle de droite, forte de 400 hommes, 
commandée par le capitaine Samson, du 2 e bataillon de la 
légion des Alpes, partie à 3 heures du matin, est accueillie, 
en débouchant au chalet de mont Froid, par le feu croisé du 
poste de la Petite Turra et des batteries du Eoc et de Mol- 
lard Crocet. Elle reste alors sur la rive gauche du ravin 
de la Madeleine et, continuant à monter, atteint, au bout 
de six heures de marche pénible, le sommet de la Grande 
Turra, où elle demeure inutile 4 . La colonne du centre, de 
200 hommes seulement, dirigée par le général Gouvion, 

se déploie à la lisière de la forêt, devant la Ramasse ou 

> 

1. D'après le capitaine Ratel, dans sa lettre à Albitte, le 7 avril (Arch. de la Guerre)- 
Sarret aurait reçu deux blessures et serait mort le soir à Bramans, où il avait été rap 
porté. Il fut enterré dans la redoute qui avait été élevée sur le mamelon coté 1381, à 
l'ouest de ce village. Lors de la destruction de cet ouvrage, le corps a été transporté dans 
l'église, cote 1236, entre Bramans et le Verney, où il se trouve encore. Le souvenir de la 
mort du général Sarret et des détails qui s'y rapportent est resté très vivace parmi les 
habitants de Bramans. 

2. Le capitaine Ratel, dans la lettre à Albitte dont il vient d'être question, dit qu'il n'y 
avait au petit mont Cenis que 150 h. En admettant que ce chiffre soit faible, il semble, 
d'après Pinelli et Franco, qu'il ne devait pas y avoir beaucoup plus de 300 h., tant au mont 
Froid qu'aux Archettes, puisque le bat. de Maurienne, renforcé d'une ou deux compagnies 
de grenadiers, devait en outre garder les retranchements du sentier du petit mont Cenis. 
Ces 300 Piémontais reposés et bien postés ont donc suffi pour arrêter 2,150 Français, 
épuisés de fatigue et de froid. Tels sont les incidents delà guerre de montagne. 

3. Voir pièce just., n° 19. Arch. de la Sect. techn. du génie et de la Guerre, pièces 
citées précédemment. 

4. Le général Gouvion est fort sobre de renseignements sur cette colonne dans son rap- 
port (Voir pièce just., n° 19). Mais la lettre du capitaine Ratel à Albitte, le mémoire de 
Bejay de la Coche et la conférence du lieutenant-colonel Franco sont plus explicites et 
permettent de reconstituer les faits qui viennent d'être indiqués. L'officier piémontais 
indique, pour cette colonne, un effectif double de ce qu'il était réellement ; mais, comme il ne 
porte que 400 h. pour celle de Mayer, il est possible qu'il n'y ait là qu'une erreur d'écriture. 



94 OCCUPATION DES COLS 

Avril 1794. p 0s te Strassoldo l et les ouvrages de Villaret. Pour soutenir 
cette attaque, la réserve, établie sur le plateau des Mou- 
lins, entre Lanslebourg et Lansleviilard, détache 150 hom- 
mes, qui sont lancés au pas de charge sur le plan de la 
Tombe 2 . Un ravin les arrête 3 , ainsi que le feu soutenu de 
l'ennemi 4 . Pendant ce temps, la troisième colonne, d'un 
effectif de 900 hommes, sous les ordres du commandant 
Mayer et conduite par le capitaine des guides Ratel, était 
partie à minuit, et, passant par Lansleviilard, s'était portée 
au col de la Tombe, tournant la droite des positions enne- 
mies. A 10 heures du matin, les deux tiers de cette colonne 
descendent sur les hauteurs de la Poste et de l'Hospice, 
refoulent deux compagnies de Chablais et de Maurienne, 
qui y sont cantonnées, et, par leur feu, arrêtent des 
renforts marchant de Grand'Ooix vers le col du grand 
mont Cenis 5 . Cependant le commandant Mayer avait dû 
engager peu à peu les 300 hommes qui lui restaient au col 
de la Tombe, vers le sommet de la Nauda ou du Mat, situé 
à l'ouest, où quelques Piémontais s'étaient ralliés 6 . Ne 
parvenant pas à faire avancer ses soldats 7 , il rappelle à lui 

1. Cette dénomination est du lieutenant-colonel Franco ; elle confirme les indications 
de M. de Malaussèna. 

2. La colonne du centre a donc au plus 350 h. et non 1,200, comme l'indique le lieute- 
nant-colonel Franco. 

3. La croupe étroite sur laquelle étaient tracés les lacets de l'ancien chemin de la Ra- 
masse est limitée par deux ravins. Il y a, sur cette croupe, un peu au sud du point 1572, 
un petit replat, qui doit être celui dont il est fait mention dans le rapport de Gouvion 
(pièce just. n° 19). Partant de là et marchant vers le Plan de la Tombe ou Villaret, indi- 
que par Gouvion sous le nom de « redoute de la Ramasse », la colonne a dû en effet être 
arrêtée par le ravin situé à l'est de l'ancien chemin et assez profond aux environs de la 
eote 1777. 

4. Voici ce que dit le lieutenant-colonel Franco : « ...Mais, accueillie par le grand feu 
de l'artillerie et de la mousqueterie de ces postes qui, en brisant les arbres, les accablait, 
elle (la colonne) fut obligée de se replier. » 

5. Dans sa lettre à Albitte, le capitaine Ratel prétend même que le 1 er bat. franc de 
la République, commandant Laffond, a poursuivi les Piémoitais jusqu'à la Grand'Ooix . 

6. Pinelli, p. 356. Cet auteur comprend si peu ce qu'il copie qu'il indique la « rupe di 
la Mait » pour la Mat, comme étant entre le grand et le petit mont Cenis. 

7. Voici ce que dit le capitaine Ratel: « ...Je me suis rendu auprès de Mayer. Mais 
quelle a été ma surprise, lorsque j'ai vu une partie des soldats couchés sur la neige et 
comme cachés derrière les rochers! Je me suis emporté contre le commandant et, dans la 
croyance où j'étais que cela dépendait de lui, je lui ai vomi (sic) quelques imprécations. 
Il m'a répondu qu'il ne pouvait pas porter ses soldats sur ses épaules, puisqu'ils ne vou- 
laient pas marcher. Dans ces entrefaites, j'ai reconnu la vérité, je lui ai fait mes excuses 
et ai reconnu que c'étaient ceux des Basses-Alpes et légion des Alpes, contre qui ledit 
Mayer s'était inutilement emporté. J'ai employé les menaces, les prières et même les 
coups; rien n'a pu les émouvoir et ils ont dit qu'ils aimaient mieux périr sous les coups 
que d'aller se faire tuer à l'ennemi ; qu'ils se foutaient (sic) bien de se battre pour conqué- 
rir un si vilain pays. Les officiers de ces deux corps ont donné le mauvais exemple, jus- 
qu'au sergent, chef dudit retranchement, qui commandait faute d'officiers et qui a défendu à 
tous les soldats de ne point marcher. Mais il a été saisi par Mayer qui l'a fait traduire à 
la commission militaire pour être jugé selon la Loy. » 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 95 

les forces vers le Lac. Au môme moment, lé commandant Avril im 
de' la Ramasse, que cette fusillade sur son flanc droit et 
ses derrières inquiétait, dirige un détachement vers le 
hameau de la Buffa. Ainsi renforcé, l'ennemi prend l'offen- 
sive sur le front et le flanc des Républicains, qui sont 
forcés .de se replier au bout de trois quarts d'heure. Les 
deux autres colonnes de la division de gauche, ayant 
appris la mort du général Sarret, en font autant et toutes 
les troupes regagnent leurs cantonnements respectifs, dans 
la soirée du 6 avril 1 . 

A la nouvelle de cet insuccès, le général Dumas se rend 
en Maurienne. Il fait renforcer les détachements de Val- 
loire, Valmeynier, Charmaix, Saint-Pierre d'Estravache, 
Termignon, se tenant prêt à occuper Entre-deux-Eaux, 
aussitôt que la neige le permettra 2 . De leur côté, les 
Piémontais rassemblent jusqu'à 3,000 hommes dans les 
postes du mont Cenis 3 et poussent leurs patrouilles sur le 
versant de Lanslebourg 4 . Il en coûtait à l'orgueil et à 
l'enthousiasme de la jeune armée républicaine d'accepter 
cet échec sans en rechercher les causes. Des officiers et 
des soldats accusés de lâcheté sont traduits devant la 
commission militaire de Chambéry. Soupçonnés à tort ou 
à raison d'avoir fourni des renseignements à l'ennemi, les 
habitants de Lanslebourg sont transférés à Fort-Barraux 
et leur village est pillé 5 . Le succès de l'attaque sur 

1. Arch. de la Guerre : Lettre du capitaine Ratel à Albitte, le 7 avril. Conférence du 
lieutenant-colonel Franco. Rapport du général Gouvion et lettre du général Dumas, le 
11 avril. Arch. de la Sect. techn. du génie ; Mémoire de Bejay de la Coche. D'après le 
général Gouvion, les Républicains n'auraient perdu que neuf tués, 33 blessés, cinq 
prisonniers et un certain nombre d'hommes perdus dans les neiges. D'après Pinelli, 
ils auraient perdu 40 h. tués ou blessés et 28 prisonniers, tandis que les Sardes avaient 
14 morts et 21 blessés. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas, le 15 avril ; à cette date, il vient de 
rentrer à Grenoble. Le 9, il est à Briançon et ne reçoit le rapport du général Gouvion 
que le 11 à Montdauphin. Il est donc fort possible que, malgré la neige, il se soit rendu de 
Briançon en Maurienne par le Galibier. 

3. Arch. de la Guerre : Conférence du lieutenant-colonel Franco. 

4. Arch de la Guerre : Lettre de Dumas, le 15 avril. Dans la nuit du 31 mars au 
1 er avril, une patrouille piémontaise s'est fusillé avec les nôtres sur les hauteurs de 
Termignon. ^ 

5. Arch. de la Guerre : Lettres du général Dumas, les 11, 19 et 21 avril. Lettre du 
représentant Gaston, le 11 avril. Arch. de la section techn. du génie : Mémoire de Bejay 
de la Coche, qui estime la culpabilité des habitants de Lanslebourg non prouvée et peu 
probable, étant donnée la facilité avec laquelle la colonne de gauche a exécuté son mou- 
vement. Quoiqu'il en soit, conformément à un arrêté du représentant du peuple Gaston, 
l'expédition sur Lanslebourg et Lanslevillard a été faite le 21 avril. On n'y trouva que 
les femmes, les enfants et les vieillards. Les hommes avaient eu le temps de se sauver 
sur le mont Cenis. Les malheureux habitants ont été renvoyés quatre mois après. C'est 
à ce moment seulement qu'on laisse à Lanslebourg un avant-poste permanent. 



96 OCCUPATION DES COLS 

Avril 1794. i a tête de la vallée d'Aoste allait bientôt calmer l'émotion 
causée par l'issue malheureuse de cette première tentative 
contre le mont Cenis. 

Dispositions Pendant l'année 1793, les Piémontais avaient relevé les 

défensives . * i m • j i-i 

des Piémontais retranchements construits auprès de 1 hospice du petit 
lavaUéed ' Aoste - Saint-Bernard au cours des guerres antérieures 1 . Ils les 
avaient perfectionnés 2 et y avaient ajouté deux ouvrages 
qui en commandaient les approches, sur les deux rives du 
torrent du Reclus, affluent de droite de l'Isère : à droite, 
le baracon de la commune ou de la Motte, entouré d'une 
tranchée 3 , découvrait le grand chemin muletier depuis 
mont Villaret, ainsi que le débouché du col de Forcle; 
à gauche, la redoute et la flèche du col de Traversette 4 
maîtrisaient les sentiers de Sainte-Foy et du mont Vale- 
zan par le vallon des Moulins. 

Ces fortifications, armées d'une vingtaine de pièces 5 , 
étaient gardées par une compagnie de Novare, une de la 
légion légère et un bataillon du régiment suisse de 
Eockmondet, dont les deux autres bataillons cantonnaient 
à l'Hospice et à la Thuile. Le reste des troupes du corps 
d'armée de la vallée d'Aoste avait été réparti en quartiers 
d'hiver et leur chef, le duc de Montferrat, s'était rendu 

1 . Ces retranchements en pierres sèches avec fossés étaient formés de demi-redoutes 
et de redans reliés entre eux. Ils s'étendaient en travers du chemin muletier, qui seul 
existait à cette époque, à hauteur du poste de douane et, par conséquent, sur le versant 
de la Savoie. La droite longeait le ravin qui descend du lac sans fond, s'arrétant à un 
escarpement que couronnaient cinq flèches battant les pentes du Roc de Belleface ; la 
gauche contournait la croupe dominant le confluent du Reclus et du vallon de Bellecombe 
descendant du mont Belvédère et se terminait à un petit ouvrage fermé au point où 
commence une barre rocheuse qui s'étend jusque vers le col de Traversette. 

2. On y avait notamment construit une série de baracons enfoncés en terre, permettant 
d'abriter les gardes même en hiver. (Voir Un Homme d'autrefois par Costa de Beaure- 
gard, p. 155.) 

3. Cote 2.201 de la carte de l'état-major français, au-dessus de la cantine Sainte-Barbe. 
La ligne continue des retranchements du petit Saint-Bernard cessait précisément au point 
où se réunissent les sentiers venant du lac Sans-Fond et de la cote 2 201 . 

4. Il y avait au col de Traversette deux ouvrages distants de 250 mètres, soit une 
portée de fusil de l'époque. L'ouvrage inférieur, à l'ouest du col, était une petite redoute 
en pierres sèches, avec un baracon pour 50 h., et quelques bouts de retranchements 
à droite et à gauche, appuyés aux rochers. L'ouvrage supérieur, à l'est du col, consistait 
en une sorte de flèche au saillant arrondi, armée de canons, dont la gorge était fermée 
par une caserne, pour 50 h. également, et couverte en lauzes ou grosses ardoises; 
cette caserne formait ainsi un masque par rapport aux feux qui pouvaient venir des pentes 
descendant du moDt Chardonney (carte française) ou mont Valezan (carte italienne). On 
voit encore aujourd'hui la trace de ces constructions. Ces renseignements, ainsi qu'une 
partie de ceux qui suivent, sont tirés d'un travail manuscrit intéressant de M. de la Bigne, 
sous-lieutenant au 22= bat. de chasseurs Ils sont d'ailleurs corroborés par la pièce n° 105 
des Arch. de Breil et le croquis qui y est joint. 

5. Dont deux obusiers. 






DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 97 

à Turin , laissant le commandement au général baron de Avril 1794 - 
Rockmondet, qui était installé dans la cité d'Aoste 1 . 
L'Allée-Blanche et le Valgrisanche étaient gardés seule- 
ment par des milices 2 . Les neiges étaient encore si abon- 
dantes qu'aucune attaque ne paraissait à craindre. Cepen- 
dant, le 1 er mars, trois compagnies du régiment de la 
Marine vont relever au Fornet, à Usselières et à Grandes- 
Alpes, les miliciens du col du Mont, qui se replient à 
Plan-Caval et à Valgrisanche. Elles sont renforcées, à la 
fin du mois, par tout le régiment, le commandant pié- 
montais ayant été mis en éveil par la désertion d'un 
détachement du 4 e bataillon d'infanterie légère cantonné 
à Séez 3 . Le colonel. Avogrado fait occuper le col du Mont 
et réparer les retranchements assez à temps pour repous- 
ser une patrouille française, venue de Sainte-Foy 4 . Mais 
ce n'était là qu'une feinte. 

Le 22 avril, le général Badelaune, ne laissant dans cette p ™ e du coi 
direction que des postes aux Masures et au Miroir, ainsi Samt-Bemard. 
qu'à Bonneval sur sa gauche, avait rassemblé la majeure 
partie de ses 4.000 hommes 5 à Séez, au Châtelard au-dessus 

1. Arch. de Breil, pièce n° 105; voir pièce just. n° 21. Si l'on compare les situations des 
troupes piémontaises données dans le 1 er volume, avec celle de la pièce just. n° 22, on ré- 
connaît que les régiments de Turin, Montferrat et les grenadiers royaux étaient passés 
dans le comté de Nice, tandis que ceux de Saluées, Verceil et Suse n'étaient pas encore 
arrivés. Au mois d'avril, il n'y avait donc dans la vallée d'Aoste que le régiment Suisse à 
trois bat., les deux bat. de la Marine, un bat. de Novare, un de la légion légère, enfin le 
3 e Grenadiers, avec les dragons de Chablais. Les quartiers d'hiver devaient s'étendre au 
moins jusqu'à Ivrée. 

2. Travail deM. de la Bigne: Des Suisses et le bat. de la légion légère étaient restés au 
Fornet, du 20 octobre au 8 décembre, date à laquelle ils sont remplacés par des miliciens 
aux ordres du sergent Morel, de Valgrisanche. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres du général Dumas, des 21 et 22 mars. Ordres de mou- 
vement des 20 mars et 1 er avril. — Ce détachement était composé d'un capitaine, un sous- 
lieutenant, six caporaux et six chasseurs. Ramené à l'Hôpital-sous-Conflans, puis à Gre- 
noble, le 4 e bat. d'infanterie légère est « épuré » et remplacé par le 5 e de l'Isère, relevé à 
Carrouge par le bat. de Chàtillon. On craignait que ces déserteurs ne donnassent l'éveil; 
il semble plutôt qu'ils ont trompé les Piémontais. On doit ajouter cependant que, dans sa 
relation, le commandant Bejay de la Coche dit que, sur la demande du général Rockmon- 
det, deux bat. de renfort étaient arrivés à la Thuile, le 23 avril au soir, veille de l'attaque. 

4. Travail de M. de la Bigne. 

5. Jomini, et après lui, Pinelli naturellement, parlent de 20 compagnies de grenadiers. 
A ce moment, les bat. de Grenadiers n'existaient plus à l'armée des Alpes, et Badelaune, 
ne disposant que de cinq bat., ne pouvait avoir que cinq compagnies de Grenadiers. En 
admettant même une confusion, par suite de l'appellation de grenadiers de la Côte-d'Or 
donnée au 6 e bat. de ce département, cela ne ferait que hait compagnies de plus, ou 13 au 
lieu de 20. La répartition des forces françaises dans la situation du 20 avril est très vague. 
En somme, les cinq bat. représentaient '15 compagnies sur lesquelles 37 paraissent avoir 
été réunies, savoir : 20 au mont Valezan et 17 au Châtelard. 11 n'en restait donc que huit, 
qui devaient être réparties entre les postes de droite et de gauche, Séez, Bourg-Saint- 
Maurice et Moutiers. 



98 OCCUPATION DES COLS 

Avril 1794. de mont Valezan l , et intercepté toute communication entre 
les habitants et l'ennemi. Son projet d'attaque ayant reçu 
l'approbation du général Damas, qui s'était rendu à Bourg- 
Saint-Maurice avec le représentant du peuple Gaston, 
l'adjudant général Aimeras marche, le lendemain, avec 
17 compagnies, par Saint Germain, jusqu'au chalet de 
Prarion, où il se déploie devant les ouvrages du baracon 
de la Commune. Le lieutenant-colonel Settler, comman- 
dant au petit Saint-Bernard, fait aussitôt renforcer ce 
poste; le capitaine Bégoz envoie également un détache- 
ment du col de Traversette dans les retranchements situés 
au confluent du Reclus et du ruisseau de Bellecombe, qui 
paraissaient menacés. L'adjudant général Aimeras avait, 
en effet, peu à peu porté une fraction de ses forces sur la 
rive gauche du Reclus. Mais, après avoir tiraillé toute la 
journée, il se replie, à la tombée de la nuit, et redescend 
à Saint-Germain pour former la réserve de l'attaque prin- 
cipale. 

Cette dernière part du Châtelard, dans la soirée du 
23 avril, en trois colonnes. Celle de droite passe sur la rive 
gauche du torrent des Moulins, dont elle remonte le cours, 
dans l'intention d'en gagner la tête, puis les pentes du 
Chardonney, pour dominer les deux redoutes de Traver- 
sette; elle est arrêtée par l'abondance des neiges et la 
raideur des pentes. La colonne du centre sait le sentier du 
col; sa tête parvient, vers 3 heures du matin, sans être 
signalée, aux pieds des retranchements. La sentinelle 
placée à l'entrée de la redoute de l'est est tuée à la baïon- 
nette et la garnison obligée de mettre bas les armes avec 
le capitaine Bégoz, avant d'avoir pu se mettre en état de 
défense. A la batterie de l'ouest, l'éveil avait été donné ; 

1. Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoires de Bejay de la Coche. Il ne faut pas 
confondre ce Châtelard, situé sur la rive droite du ruisseau des Moulins, avec le hameau du 
même nom qui est près de Bourg-Saint-Maurice, sur la rive droite du Versoyen. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 99 

les artilleurs piémontais ont le temps de faire une décharge 
de leurs pièces ; mais ils sont bientôt enveloppés, tués ou 
pris, et les canons tournés contre les retranchements du 
petit Saint-Bernard, que commençait à attaquer la colonne 
de gauche, en débouchant par le versant occidental du 
contrefort qui sépare les vallons des Moulins et du Eeclus. 
Fatigués par le combat de la veille, surpris par ce feu 
d'enfilade venant d'un poste jugé imprenable, enfin effrayés 
par l'explosion d'un de leurs magasins à poudre, les défen- 
seurs se replient dans le plus grand désordre vers les 
retranchements du Prince-Thomas, qu'ils abandonnent 
presque aussitôt, en voyant les Républicains occuper la 
Thuile et y éteindre le feu mis aux magasins. Ils ne s'arrê- 
tent au défilé de Pierre-Taillée que le temps nécessaire 
pour permettre au régiment de la Marine de redescendre le 
Valgrisanche et de se réunir à eux au village de Saint- 
Pierre, au moment où y arrivait le duc de Montferrat. La 
démoralisation de ses troupes paraît si grande au prince, 
qu'il les fait rétrograder encore jusqu'au camp du Quart, 
afin d'être hors d'atteinte des Français 1 . 

1. Les documents relatifs à la prise du Saint-Bernard sont peu nombreux et fort in 
complets. Le récit que l'on vient de lire a été obtenu par la comparaison des pièces ci 
après : Arch. de Breil, pièces n os 40 et 105, aux pièces just. n os 34 et 21. — Arch. de la 
Guerre : Lettres du général Badelaune et du représentant du peuple Gaston, aux piècea 
just. n° 20. — Arch. de la sect. techn. du génie : Mémoire de M. Bejay de la Coche. 
— Travail de M. le sous-lieutenant de la Bigne, du 22 e bat. de chasseurs. — Pinelli. p. 359 
et suivantes. — Thaon de Revel, p. 196. — Les remarques suivantes ne paraîtront peut- 
être pas inutiles. Et d'abord la date de cette affaire est quelque peu indéterminée : les 
pièces des Arch. de Breil indiquent le 18 avril ; celles des Arch. de la Guerre le 5 floréal 
ou 24 avril, ainsi que le Mémoire de Bejay de la Coche. Pinelli, copiant mal Jomini, 
donne le 23 avril ; enfin, Thaon de Revel ne donne aucune date. Le 24 avril paraît devoir 
être adopté, si l'on fait attention à l'époque de l'arrivée du duc de Montferrat, fixée après 
Pâques, qui était le 20 avril, par la pièce n° 105 des Arch. de Breil, au 23 ou 24 avril, par 
la pièce n° 40 ; enfin, au 25, par Pinelli, qui paraît sur ce point beaucoup mieux informé 
que Thaon de Revel, p. 195, faisant partir le duc, de Turin, à la fin de mars. Mais si, dans 
le dernier paragraphe de la page 362, Pinelli est exact, on n'en saurait dire autant pour 
le reste de sa relation de cette affaire. La prétendue trahison du capitaine Bégoz ne repose 
sur d'autre fondement que sur la mise en liberté ultérieure de cet officier, mesure qui a 
été appliquée à tous les Suisses prisonniers, par arrêté du comité de Salut public du 
10 vendémiaire an III (l or octobre 1794. Arch. de la Guerre : Ordre de l'armée des Alpes, le 
17 octobre, relatif au renvoi des prisonniers suisses chez eux par étapes, et lettre du général 
Petit-Guillaume, le 20 octobre). On se demande d'ailleurs où les Républicains auraient 
pu trouver à ce moment une somme de 300,000 francs, à moins qu'elle ne fût en assignats, 
qui n'avaient pas cours de Suisse, en sorte que le malheureux Bégoz aurait fait un marché 
de dupe. Quant à la fameuse attaque concertée entre les régiments de Rockmondet, de la 
Marine et de Saluces, Pinelli, copié d'ailleurs par Revel, fait simplement une transposition 
et place le 24 avril le combat livré le 18 juin. Cette erreur paraîtra manifeste, si l'on 
remarque que, d'après les documents consultés par M. de la Bigne, le régiment de la 
Marine est, en avril, dans le Valgrisanche et que, d'après les pièces les plus authentiques 
des Arch. de Breil, le régiment de Saluces est près de Tende, le 24 avril. M. de la Bigne 
signale seul l'envoi d'un détachement du col de la Traversette à celui du Petit Saint-Ber- 



Avril 1794. 



100 OCCUPATION DES COLS 

Avril 1794. Pour le moment, ceux-ci ne songeaient pas à poursuivre 
leurs succès, bien que les pertes fussent minimes 1 . lisse 
contentent d'occuper Pré-Saint-Didier et Morgex, couvrant 
le passage de l'Allée-Blanche et poussant des patrouilles 
jusqu'à Villeneuve 2 ; ils renforcent le camp de Filuel, 
près de Sainte-Foy, pour observer le débouché du col du 
Mont, que gardent les miliciens de Valgrisanche 3 . Le 
général Voillot vient de Cluse avec un bataillon prendre 
le commandement de ces forces 4 , en remplacement de 
Badelaune, nommé divisionnaire, qui reçoit l'ordre de 
passer dans la vallée de Maurienne avec 2,000 hommes 
choisis, pour chercher de nouveau à s'emparer du mont 
Cenis. Afin d'augmenter les chances de réussite, en don- 
nant le change aux Piémontais par des attaques divergen- 
tes, le général Dumas se transporte à Briançon 5 . 

Il avait projeté ces diversions dès le commencement de 
mars, mais n'avait pu les exécuter par suite du mauvais 
temps et de la nécessité de réorganiser les troupes 6 . A la 

nard, le jour de l'attaque de l'adjudant général Aimeras. Ce fait suffit pour expliquer la 
surprise. Le travail de ce lieutenant paraît d'ailleurs avoir été fait avec des documents 
assez détaillés, puisqu'il cite le lieutenant Darbelley de Valgrisanche, comme ayant été 
tué les armes à la main dans la redoute on les Piémontais ont résisté. Aucun document ne 
marque avec précision quelle était cette redoute. On a pensé que c'était celle de l'est, 
parce que Pinelli la désigne sous le nom de « freccia », flèche, p. 359, terme qui se rap- 
porte à peu près à la forme de l'ouvrage. Mais on n'a à ce sujet aucune certitude. On doit 
même mentionner que, d'après certains documents qu'il a réunis, M. le lieutenant-colonel 
Raymond, sous-chef d'état-major du 14 e corps d'armée, estime que la flèche était l'ouvrage 
de i'ouest, et que c'est l'ouvrage de l'est qui a été enlevé le premier par deux compagnies 
de grenadiers de la colonne de gauche, qui seraient parvenues à atteindre les pentes domi- 
nant cet ouvrage, en se glissant le long des escarpements tournés vers le col du petit 
Saint-Bernard et en coupant ainsi la ligne de retraite des défenseurs. Voir cependant la 
pièce n° 105 des Arch. de Breil, pièce just. n° 21. La marche des colonnes françaises est 
celle indiquée par M. de la Bigne, qui paraît d'ailleurs parfaitement adaptée au terrain. 

1. Cinq à sept tués, 40 à 60 blessés, d'après les lettres de Gaston, Dumas et Bade- 
laune. Les Piémontais auraient laissé 200 prisonniers. Pinelli, p. 361, accuse 62 morts, 
22 blessés, 117 prisonniers, mais il est possible qu'il veuille parler de l'affaire du 18 juin. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 105 ; Arch. de la Guerre: Lettre de Dumas, le 1 er mai. 

3. M. de la Bigne indique François Chamoine, de Valgrisanche, comme s'étant chargé 
d'assurer cette garde avec le syndic de la Cavalle. 

4. Arch. de la Guerre: Ordre du 30 avril. Le bat. est celui de Louhans, de la 
réquisition, qui était à Ferney. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres de Dumas, les 19 avril, 2 et 6 mai. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres du général Dumas, les 1, 2, 11, 12, 19, 21, 22, 24 
mars, 9 et 16 avril. Le général Valette, commandant à Briançon, fait une reconnaissance 
sur Césane, le 11 mars. Le 23 du même mois, l'adjudant général Achon part de Briançon 
à l'entrée de la nuit, avec 80 h. de la compagnie des carabiners du 2° infanterie légère et 
delà compagnie des grenadiers du 5 e des Côtes maritimes. Le lendemain, de grand 
matin, il arrive à 500 mètres de Césane que les Piémontais abandonnent. Il pénètre dans 
le village, s'empare des « culottes » (sic) du baron des Geney, capitaine des grenadiers 
sardes, qui se sauve à Oulx, de 43 fusils, 20 gibernes, et se retire en emmenant le consul 
comme otage jusqu'à l'acquittement d'une réquisition de 200 quintaux de blé. Le 20 mars, 
une reconnaissance va jusqu'au col de la Madeleine, qui était inoccupé, mais ne peut 
pousser jusqu'à Largentière, à cause du dégel. Deux compagnies restent à Larche. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 101 

fin d'avril, les neiges commençant à fondre rapidement 1 , Mai 1794. 
les bataillons sortent des quartiers d'hiver et sont mis en 
marche vers les hautes vallées de la Durance 2 ; on répare 
les chemins et le camp retranché de Tournoux 3 . Le géné- 
ral Pellapra se rend à Embrun pour diriger les mouvements 
de la l ro division 4 , qui est prête à prendre l'offensive contre 
les troupes du duc d'Aoste, réparties en un mince cordon 
le long de la frontière, du mont Levana au pic de 
l'Enchastraye 5 . 
Dans la vallée de la Stura, il n'y avait que 1,400 hom- Engagement 

7 y x dans la vallée 

mes, sous les ordres du général Zimermann 6 . Au moment de la stura. 
où le général Colli était obligé d'abandonner les lignes de 
Saorge, le baron de Wins avait espéré pouvoir conserver 
du moins la crête de la chaîne capitale des Alpes 7 . Confor- 
mément à ses ordres, Zimermann avait établi son quartier 
général à Argentera et porté à 500 hommes la garde des 
quatre grands baracons construits l'année précédente en 
amont du hameau des Granges 8 ; 400 étaient à Vinadio pour 
relever les détachements envoyés, le 28 avril, aux bara- 
cons des cols de Sant'Anna et de la Lombarda 9 ; le reste 
constituait la garnison de Démonte. 

1. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas, le 21 avril. 

2. Arch. de la Guerre : Situation du 20 avril ; voir pièce just. n° 17. 

3. Arch. delà Guerre : Ordres, le 1 er mars, de réparer la redoute de Gleysoles ; le 
3 mars, au capitaine du génie Sicard, de reconnaître les chemins en vue d'une attaque; 
le 2 avril, au général Garavagne, directeur des fortifications des Hautes et Basses-Alpes, 
de faire coastruire des retranchements dans le bois de la Sylve ; le 11 avril, concernant 
le départ pour Montdauphin des quatre compagnies de sapeurs nouvellement formées à 
Domène, Gières, etc. Envoi, le 16 avril, au général Vaubois, d'un mémoire sur Tournoux 
et ses communications, mentionnant les moyens d'établir des chemins sur Embrun par le 
Parpaillon et sur Barcelonnette par Jausiers. En même temps, il est recommandé 
d'employer les prisonniers aux travaux de route ; 10,000 livres en assignats sont mises, à cet 
effet, à la disposition du général. Enfin, le 30 avril, le 1 er de la Drôme et le 4° d'infanterie 
légère reçoivent l'ordre de se rendre de Thonon et Grenoble à Barcelonnette et le bat. 
de sapeurs d'aller de Barraux à Montdauphin. 

4. Arch. de la Guerre : Ordres des 1 et 3 avril. 

5. Le duc de Montferrat commandait les troupes en val d'Aoste ; le duc d'Aoste celles 
des vallées de Suse, Fénestrelle,Lucerne, du Pô, de laVraita, la Mairaet la Stura ; le géné- 
ral Colli commandait dans le comté de Nice et d'Argenteau dans la province de Mondovi. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 107 : extraits de la correspondance du général Zimermann. 
Cet officier arrive, le 1 er mai, de la vallée d'Oulx et prend le commandement du général 
Christ de Santz, qui l'exerçait avant son arrivée. Les deux régiments de Christ et de 
Courten, qui étaient dans la vallée de Stura, ne comptaient pas ensemble 520 h. (Lettre 
du 3 mai). Le régiment de Courten avait un bat. dans le fort de Démonte ; les deux 
antres ne présentaient que 300 h. disponibles (Lettre du 28 avril). Il y avait en outre des 
milices. 

7 Arch. de la Guerre : Mémoire du marquis Costa de Beauregard, le 19 avril 1798. — 
Arch. de Breil, pièce n° 70 : Lettres de de Wins, le 21 avril 1794. 

8. Voir l'emplacement et le plan de ces baracons sur la carte jointe au 1 er vol. 

9. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre du 28 avril. Ces 4C0 h. étaient du régiment de 
Christ. On réparait en outre les baracons des cols Long et de Barbacane. 



102 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. D e son côte, le général Vaubois faisait travailler, depuis 
le 20, à la réparation du chemin carrossable conduisant de 
Tournoux à Larche, occupé par une grand'garde. Le 30, 
un poste est envoyé sur le sommet de l'Alpette l et, le 3 
mai, le 1 er bataillon de l'Aude, conduit par l'adjudant 
général Lacombe et le capitaine du génie Chantavoine, 
refoule du col de la Madeleine les éclaireurs ennemis ; le 7, 
une patrouille française parvient même au sommet de 
l'Oronaye 2 . S'attendant à être attaqué vigoureusement 3 , le 
général Zimermann avait renforcé la garde des baracons 
d'Argentera, armés de huit canons 4 . Il est bientôt obligé 
de se replier précipitamment, par suite du progrès de la 
gauche de l'armée d'Italie. 

Marchant parallèlement au gros des forces de la division 
Garnier, le général Sérurier s'était avancé dans la vallée 
de la Tinée et sur le plateau de Beuil, poussant son avant- 
garde, au commencement de mai, dans le vallon de Mol- 
lières par le Val-de-Biore, et sur Isola par Roubion et le 
col de la Valette 5 . Celle-ci, renseignée par un déserteur 
sur l'effectif et la situation des Piémontais, surprend, le 
10 mai au matin, les gardes de la Lombarda et de Sant' 
Anna, s'empare d'un officier et de quelques soldats, puis 
poursuit le reste. Les fuyards s'étant ralliés autour d'un 
détachement envoyé de Vinaclio au défilé de Ciapentti ou 
Baraccone, les Français reviennent à Sant'Anna 6 . Le sys- 

1. Arch. delà Sect. techn. du génie: Mémoire de Vallier de la Peyrouse, directeur 
des fortifications à Embrun. 

2. Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoire de la Peyrouse. 

3. Arch. de Breil ; pièce n° 107: Lettre du 3 mai. Le général Zimermann s'excuse auprès 
de Colli de ne pouvoir se rendre à Tende pour prendre ses ordres. Il croyait les Français 
au nombre de 2.700, y compris 300 pionniers; d'après la situation du 20 avril, il y avait 
3.500 h. disponibles. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 275: 2 e et 3 e bat. de Courten, un détachement de Christ et 
400 chasseurs ou miliciens. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport du général Garnier. — Arch. de Breil, pièce n° 107 : 
Lettre du 1 er mai. Il y a un camp de 800 h. au col d'Aidon ; ordre a été donné à Roubion, 
de préparer des logements pour 200 h.; à Saint-Etienne, de faire ouvrir les chemins. 

6. Arch. de la Guerre : Rapport du général Garnier. Rapport de Dumerbion, le 12 mai. 
— Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres de Zimermann, le 10 mai, et du major Torricella, 

. le 11 mai. Les Piémontais perdent cinq prisonniers et 14 déserteurs. Le général Sérurier 
envoie cinq compagnies à Sant'Anna. Voir, pour les détails du mouvement, le Mémoire 
local et militaire sur le département des Alpes-Maritimes, p. 28 et suivantes. On ne trouve 
sur aucune carte le nom de Ciapentti, donné par le major Torricella. Mais auprès du point 
marqué Baraccone sur la carte italienne, la carte sarde indique Chiapeiret. D'ailleurs, en 
cet endroit, la vallée est fort resserrée et le chemin traverse plusieurs fois le torrent. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 103 

tème défensif de la tête de la Stura étant ainsi tourné et, Mai îm 
d'ailleurs, la retraite du général Colli à Borgo San Dal- 
mazzo obligeant à concentrer les forces, le général Zimer- 
mann se met en retraite dans la nuit et, après 16 heures de 
marche, arrive, le 11 mai, à Démonte 1 . Des milices restent 
aux Barricades et suffisent pour empêcher la brigade 
Vaubois de dépasser Bersezio ; un poste garde aussi Vina- 
dio et les hauteurs de Prato Longo et Ponte Bernardo 2 . 

Le général Provera s'était également porté avec 1.400 R d e ^;° t n 
hommes à la tête des vallées de la Maira et de la Vraita 3 , de Mirabouc. 
où il était bien difficile de pénétrer à cette époque de 
l'année, à cause des neiges. Cependant, le 8 mai, la 
grand'garde de Chianale est menacée, sans succès, par un 
parti français venu de la vallée du Guil 4 . Cette attaque 
avait pour but de masquer le mouvement exécuté sur 
Mirabouc, dans la vallée de Luserna, mouvement qui 
réussissait d'abord au-delà de toute espérance 5 . Ce fortin, 
accroché à un escarpement, barrait complètement le 
chemin du col Lacroix, qui le traversait. Il avait été réparé 
depuis peu, muni de deux ponts-levis, armé de deux 
canons et de quelques spingardes, enfin relié par une forte 
palissade au fond du ravin où coule le torrent du Pellice 6 . 

1. Arch. de Breil, pièce n° 275. La marche se fait de la manière suivante : en tête la 
compagnie de milices Otto, puis celles de Martini et de Balbo ; ensuite le 2 e bat. de Cour- 
ten ; enfin, l'artillerie traînée à bras par l'autre bat. de Courten et les milices,les artilleurs 
s'étant enivrés et enfuis. 

2. Arch. de Breil. pièce n° 107 : Lettre de Zimermann, le 11 mai. — Arch. de la Section 
technique du génie : Mémoire de la Peyrouse. Le général Vaubois croyait avoir devant lui 
des forces importantes. II n'avait encore aucune communication avec le général Sérurier. 

3. Arch. de Breil, pièce n" 108 : Correspondance du général Provera, lettre du 10 mai 
1794 ; pièce n° 198 : Lettre de Provera, le 3 mai 1795. Les troupes sous ses ordres sont : 
le régiment de Casai, de 900 h., les chasseurs de Martin et les milices du comte Gensa. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 108 : Lettre du roi de Sardaigne, le 11 mai, félicitant Provera 
du succès qu'il a remporté et le plaçant sous les ordres de Colli. Les documents français 
ne font pas mention de cette affaire. Pinelli, p. 365, l'exagère et la défigure, en la confon- 
dant sans doute avec celle du mois d'octobre de la même année. Revel, p. 210, en donne en 
quelques mots une relation exacte. Les troupes françaises qui ont fait cette opération 
devaient appartenir au 4 e bat. des Basses-Alpes, venu de Gap dans la vallée du Guil, le 
4 mai. » 

5. Dans sa lettre du 6 mai, le général Dumas ne paraît pas convaincu qu'on 
pourra s'établir dans la vallée de Luserna. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas, le 14 mai ; il dit qu'on a pris quatre canons 
et sept spingardes: Mémoire du lieutenant-colonel Franco, en 1798, sur les forteresses du 
Piémont. — Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche. Mémoire 
manuscrit du capitaine d'artillerie Audebrand, d'après des documents inédits trouvés à 
Montdauphin et dans la vallée du Queyras. Il dit qu'il n'y avait que deux canons en fer. 
Voir en outre la Topographie militaire des Alpes, par Montannel, p . 346. 



104 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. Q e poste, bien que gardé par une centaine d'hommes 
seulement l , paraissait inexpugnable, par suite de l'impos- 
sibilité pour l'assaillant d'y amener du canon 2 ; aussi n'y 
avait-il dans la vallée que quelques miliciens sous les 
ordres du brigadier Gauclin 3 . Cependant, le 9 mai 4 , le 
commandant du fort, major Mesmer, affaibli par la mala- 
die, intimidé par les récits des habitants, peut-être même 
contraint par les Vaudois, gagnés à la cause de la 
République 5 , remet le fort au bataillon des chasseurs des 
Basses- Alpes, dont le chef Caire-Morand, de Briançon, 
l'autorise à se retirer avec les honneurs de la guerre . Les 
détachements ennemis abandonnent aussitôt le reste de la 
vallée et les Français occupent successivement Villanova, 
Malpertus, Bobbio et Villar 7 . 
s^cesane ^e J our m ^me de la prise de Mirabouc, le général 
et Bardonnèche. Dumas faigait déboueher de Briançon la brigade Valette, 

1. Pinelli, p. 365, indique que la garnison se composait de 100 jeunes soldats des 
régiments de Zimermann et de Backmann. Le capitaine Audebrand donne 40 Vaudois et 
35 éclopés. 

2". Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche. — Montannel, 
p. 347. — Arch. de Breil, pièce n° 67 : Minute de M. de Malausséna. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 70 e : Mémoire sur la situation de l'armée austro-sarde, 
probablement fait par M. de Wins, du 16 au 18 mai 1794. C'est quelques jours après que 
le général Zimermann est venu remplacer le brigadier Gaudin. 

4. Il y a aussi pour cette date quelque incertitude, qui provient sans doute de la 
lettre de Dumas du 14 mai (Arch. de la Guerre), où il est dit que le fort Mirabouc a été 
attaqué dans la nuit du 21 au 22 floréal. M. de Malausséna (Arch. de Breil, pièce n° 23) 
cite la même date, mais ajoute entre parenthèses, 9 mai. Dans les Arch. de Breil, pièce 
n° 94, il y a d'ailleurs une lettre du roi à Colli, en date du 10 mai, lui annonçant la prise 
de Mirabouc. Caire, dans sa lettre du 12 mai (Arch. de la Guerre, pièce just. n° 23), 
marque très nettement qu'il est entré dans le fort le 20 floréal ou 9 mai, à 4 h. du soir. 
Bejay de la Coche (Arch. de la Sect. techn. du génie) donne la même date. Cependant 
Revel (p. 209) indique le 12 mai, ce qui est une erreur. 

5. Pinelli, p. 365. — Arch. de Breil, pièces 70 et 108. Dans une lettre du 13 mai, 
Provera rapporte qu'on estime les Français dans la vallée de Luserna à 8,000 h. Dans 
son mémoire, M. de Wins dit « qu'on a d'abord assuré que l'ennemi était fort de 
6,000 h. au moins et qu'il avait un petit parc d'artillerie ; à présent on dit qu'ils n'ont 
pas plus de 2,000 h. et on ne parle plus d'artillerie. » En effet, Caire n'avait que 600 h. 
(lettre du 12 mai) à 744 h. (situation du 24 avril). Le capitaine Audebrand raconte que 
le bat. était guidé par un homme de Bobbio, partisan des Français. Arrivant la 
nuit, cet homme appelle la sentinelle, se disant porteur de dépêches ; on le fait entrer 
et aussitôt quelques chasseurs se précipitent dans le fort. Un capitaine vaudois veut 
mettre le feu à un des canons, qui éclate et manque de le tuer. Le major Mesmer 
malade se met alors à parlementer et finit par capituler. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas, du 14 mai. — Arch. de la Sect. techn. du 
génie : Mém. de la Peyrouse. — Pinelli, p. 365. 11 est étrange que cet auteur essaie de 
défendre le major Mesmer. — Revel, p. 209, n'a pas cette indulgence, non plus que M. de 
Malausséna. qui s'exprime ainsi : « Mais ni ces distinctions de la valeur (les honneurs 
de la guerre), sous lesquelles les lâches se flattent vainement de couvrir leur infamie, ni 
l'assertion gratuite des relations du vainqueur de s'être rendu après une défense assez 
soutenue, ne le garantirent point de subir la peine de passer par les armes sur l'espla- 
nade de Turin.» 

7. Revel, p. 210. — Arch. de la Guerre : Lettre de Caire, le 12 mai, pièce just. n° 23. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 105 

forte de 3 à 4,000 hommes \ par les cols de l'Echelle et du Mai 1794. 
mont Genèvre. Dans cette dernière direction, les Piémon- 
tais quittent Césane sans combat et se replient par San 
Sicario. Du côté du col de l' Echelle, l'adjudant général 
Achon dirige quelques flanqucurs par le col de la Chaux 
d'Aclcs, refoule facilement les avant -postes ennemis 2 , 
entre à Mélezet, mais est arrêté dans sa marche sur Bar- 
donnèche par le feu de deux petits mortiers, en batterie sur 
le roc de Bramafan. 

S'attendant à être soutenu, le commandant piémontais, 
baron de Monthoux, avait placé les 400 hommes dont il 
disposait de façon à barrer la vallée ; la droite à Millau- 
res, le centre au vieux château de Bramafan, la gauche 
sur les hauteurs qui dominent ce dernier point ; il se reliait 
par un détachement de chasseurs et de pionniers au pas de 
la Mulotière, où les Français avaient été arrêtés par une 
compagnie de milices, accourue de Beaulard, dès les pre- 
miers coups de fusil. L'adjudant général Achon forme 
alors deux colonnes ; l'une s'avance de nouveau sur Bar- 
donnèche, tandis que l'autre se porte vers un plateau, à 
l'extrémité cle la gauche piémontaise 3 . Sur le point d'être 
tourné et privé de son artillerie mise hors de service, le 
baron de Monthoux se retire, avec sa petite troupe, sous la 
protection du poste de Millaures, qui forme l'arrière-garde, 

1. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas, le 14 mai. 

2. Arch. de la Guerre : Conférence du lieutenant-colonel Franco : «Le Mélezet était occupé 
par 50 h., qni fournissaient des avant-postes au Plan du Col (Pian del Colle), au Chezal 
(Gr. Cesal), et au Baracon du Roc (cà la Selletta, 2,261 m., ou à Croce délia Mulattiera), 
2,316 m.) >>. Indépendamment de cette relation, qui est assez complète, on a utilise les 
documents suivants : Arch. de la Guerre: Lettre de Dumas, le 14 mai (voir pièce just. 
n° 21) ; Arch. de la Section technique du génie : Note de La Peyrouse et mémoire de 
Bejay de la Coche, qui observe que le poste de Bramafan a une très grande force, s'il y 
a des troupes en quantité suffisante aux alentours, mais qu'abandonné à lui-même, il 
n'a aucune valeur, parce qu'il peut être cerné facilement et obligé de se rendre, faute de 
vivres; Arch. de Breil, pièce n° 70 e: Mémoire de M. de Wius. Le lieutenant-colonel 
Franco attribue 4,000 h. à la colonne française de Bardonnèche, tandis que le général 
Dumas porte à 3,000 h. l'effectif total des deux colonnes. La situation du 20 avril donne 
bien 6,450 h. disponibles pour la brigade Valette, mais il faut en déduire 1,655, effectif des 
chasseurs des Hautes-Alpes et du 4 e des Basses-Alpes, à ce moment dans la vallée du 
Guil ; 515 pour les gardes nationaux et l'artillerie. 11 ne reste donc que 4,280 h. sur les- 
quels on a dû laisser au moins un millier d'hommes pour garder Briançon. L'adjudant 
général Achon avait donc au plus 2,000 h. 

3. Cette colonne a dû marcher vers Bersa, par Capp u Cugni et Gr. Bocina (carte 
italienne). 



106 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. par la rive gauche du torrent. Une fois réunis, les deux 
corps piémontais, présentant 2,000 combattants, abandon- 
nent encore Oulx et ne s'arrêtent qu'en arrière du fort 
d'Exilles, avec deux détachements sur les flancs, un de 
400 hommes vers l'Assiette, l'autre de 600 à San Colom- 
bano. 

occupation Mais le général Dumas avait hâte d'en finir avec l'expé- 

du mont Cenis. tJ i 

dition du mont Cenis. Il se borne donc à faire garder 
Césane et Bardonnèche, poussant des avant-postes au-delà 
de ces deux points et mettant à contribution la commune 
d'Oulx. Il passe en Maurienne par le sentier du Galibier, et 
le représentant du peuple Albitte le rejoint à Saint-Jean; 
tous deux se rendent à Lanslebourg, comptant avec rai- 
son que les mouvements offensifs exécutés de la vallée de 
la Durance faciliteraient la nouvelle tentative dirigée par 
le général Badelaune \ En effet, ordre avait été donné au 
baron Chino de quitter les retranchements du mont Cenis 2 , 
dont les postes se trouvaient ainsi fort réduits 3 , le jour 
même de l'attaque des Français. Se bornant cette fois à 
une démonstration du côté du petit mont Cenis, ceux-ci, 
au nombre de 5,500 hommes, avaient pris, pour enlever les 
lignes du grand mont Cenis, à peu près les mêmes dispo- 
sitions que celles qu'avait prescrites le général Sarret. 

Le 14 mai, vers 1 heure du matin, 300 hommes se 
déploient en tirailleurs, d'un côté et de l'autre du chemin 
de la Ramasse, à la lisière de la forêt, pour attirer l'atten- 
tion de l'ennemi. A droite, le capitaine Herbin, à la tête 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas, le 14 mai. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 94 : D'une lettre du roi à Colli, le 11 mai il résulte qu'à cette 
date l'abandon du mont Cenis était décidé. 

3. Arch. de la Guerre : Mémoire du lieutenant-colonel Franco. — Arch. de Breil : Récit 
de M. de Malausséna. Il est assez difficile de savoir exactement ce que les Piémontais 
avaient au mont Cenis. Il semble cependant qu'il y avait moins de 3,000 h., puisque, après 
avoir cité ce chiffre, le lieutenant-colonel Franco dit que l'on avait retiré à Suse prématu- 
rément 12 compagnies de grenadiers. Mais il y a là sans doute une erreur, puisque, dans la 
relation du capitaine Magni (Arch. de Breil, pièce n e 91) il est question des six compagnies 
des 6 e et 7 e bat. de grenadiers ; les six compagnies des 2 e et 10 e grenadiers avaient donc été 
seules retirées. Le capitaine Magni indique encore des prisonniers de la Reine et de Back- 
mann. Il y avait donc au plus quatre à cinq bat. aux grand et petit mont Cenis, ne repré- 
sentant pas 2,000 h. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 107 

de 1,500 hommes, formés en deux colonnes, gagne, à tra- 
vers la foret d'Arc 1 , les bords du ravin de la Madeleine, 
sans être signale, grâce au brouillard et à l'obscurité de la 
nuit. Les palissades qui enveloppaient la batterie du Roc 
et la redoute des Rivets disparaissant sous des monceaux 
de neige durcie, l'une des colonnes surprend ces deux 
postes et fait prisonniers leurs défenseurs sans coup férir 2 ; 
les pièces en sont aussitôt retournées contre le Villaret, qui 
répond par un feu mal ajusté, ainsi que la batterie supé- 
rieure de Moilard Crocet 3 . Ce dernier ouvrage est d'ail- 
leurs bientôt débordé sur ses deux flancs. Tandis que la 
colonne de l'extrême droite continue à s'avancer vers le 
pas de la Beccia par le vallon de la Madeleine, le capitaine 
Herbin reforme ses troupes, laisse un détachement aux 
Rivets et se dirige sur le col du mont Cenis, en longeant 
le pied des pentes orientales de la Petite Turra. 

Le poste de la Ramasse était ainsi tourné par sa gauche, 
au moment même où le général Badelaune, suivant avec 
3,700 hommes l'itinéraire reconnu le 6 avril, attaquait, sur 
sa droite, l'ouvrage des Arsellins et menaçait la gorge de 
la redoute de Villaret. Le commandant piémontais, capi- 
taine Magni, n'avait donc pas un instant à perdre pour se 
replier sur le col, où, selon les instructions reçues, il espé- 
rait trouver les renforts qu'il avait réclamés par deux fois, 
et couvrir ses flancs par les détachements de la Petite 
Turra et de la Tomba 4 . Mais le premier, composé d'une ou 

1. Le lieutenant-colonel Franco dit qu'Herbin, « partant de Bramans, se porta aux gran > 
ges de Sollières et de la Madeleine. » Il est plus probable qu'Herbin est parti de Termignon' 

2. Arch. de la Guerre : Mémoire du lieutenant-colonel Franco. On voit par là quelle 
créance il y a lieu d'accorder au récit purement fantaisiste de Pinelli, p. 363 et 364. On se 
bornera à ajouter que, d'après le même mémoire, le général baron Chino et les officiers 
supérieurs étaient à Suse et, « quoique partis au coup d'alerte, ne purent rejoindre les troupes 
qu après la débâcle » ; que l'attaque n'a pas eu lieu le 12 mai ; enfin que l'arrière-garde de 
600 h. du rég. de la Reine n'a pas été prise, le 15, à la Ramasse. 

3. Il importe de faire observer que l'on prend ce nom dans le même sens que précédem- 
ment et ainsi que l'entend le capitaine Magni dans sa relation, c'est-à-dire pour désigner la 
batterie de fusils de rempart au-dessus de la redoute des Rivets, sur le flanc de la Petite 
Turra; tandis que, dans le rapport du général Badelaune, le nom de « Moilard Crochet » est 
appliqué aux Arsellins, que le notaire Boschis appelle aussi Moilard Glochet. 

4. Pointe délia Nauda de la carte sarde, Lameth des anciens documents, pour la Mait 
ou la Mat. 



Mai 1794. 



108 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. deux compagnies de pionniers \ craignant d'être enveloppé 
par les deux colonnes du capitaine Herbin, s'était porté 
vers le petit mont Cenis ; quant au second , fort d'une 
soixantaine d'hommes , il s'était enfui en voyant arriver, 
sur un rocher plus élevé, quelques éclaireurs du bataillon 
des grenadiers de Paris, que Badelaune avait détachés vers 
Grand'Croix , par le col de la Tomba , sous la conduite de 
l'adjudant général Camin. Favorisé par un brouillard 
épais, le capitaine Magni parvient, avec les débris de sa 
troupe, à devancer cette colonne à la Poste des Tavernet- 
tes 2 , et rejoint à Grand'Croix la réserve aux ordres du 
marquis de Saint-Georges. 

Un retranchement, armé de deux pièces de 8, avait été 
préparé en ce point pour protéger la retraite, qui devait 
se faire par les défilés de l'escalier et de la descente sur 
la Ferrière 3 . Mais la panique est si grande que les Piémon- 
tais ne s'y arrêtent pas. Les canons servent aux Républi- 
cains, qui poursuivent les fuyards jusqu'à Novalaise. Pen- 
dant ce temps, la colonne de l'extrême droite française, 
arrivée au pas de la Beccia, était descendue aux granges 
Servino. Deux cents hommes s'en détachent et, prenant à 
revers les défenseurs du mont Froid et du petit mont Cenis, 
attaqués de front par le 1 er bataillon des Hautes-Alpes, les 
obligent à s'échapper rapidement par le vallon de Savines 
et le col du Clapier 4 . Plus de 500 prisonniers, des canons, 

1. Le lieutenant-colonel Franco parle d'une seule compagnie « qui, au premier coup, s'y 
était transportée de la Coupe d'Or.» Ce dernier nom, qui est aussi employé par le capitaine 
Magni, sert à désigner sur la carte de délimitation de la frontière, levée 1860, le col même 
du grand mont Cenis. 

2. Le ruisseau qui se trouve immédiatement avant l'auberge de la Poste, en descendant 
du mont Cenis, sur le territoire italien, porte, d'après la carte sarde, le nom de Tavernettes. 

3. La route n'existant pas à cette époque, la meilleure communication était un chemin 
muletier, dont certaines parties subsistent encore aujourd'hui. 

4. Il est à remarquer que l'on va directement du col du petit mont Cenis au col du 
Clapier, en suivant une corniche et en passant un peu au-dessous du col des lacs Giaset. 
Le lieutenant-colonel Franco dit que la compagnie de pionniers de la Petite Turra, ainsi 
que les troupes du petit mont Cenis, se sont retirées par le Chiusalet, nom employé pour 
désigner le pic à l'ouest des glaciers de Bard, côte 3.272 de la carte italienne, qui domine 
à la fois le col des lacs Giaset et le col du Clapier. Il est d'ailleurs bon d'observer qu'aucun 
document français ou sarde ne donne ces deux derniers noms. L'ensemble des trois cols 
du Clapier, des lacs Giaset et du petit mont Cenis était désigné par cette dernière 
appellation, sans doute parce que la plus longue montée est celle que l'on fait pour 
atteindre le petit mont Cenis. C'est ainsi que l'on disait «passer par le petit mont Cenis », 
pour se rendre soit à l'Hôpital, soit à l'Arpon, soit aux Quatre-Dents, au-dessus d'Exilles. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 109 

des munitions, des magasins de toute espèce, constituaient Mai 1794. 
les trophées de cette victoire, dont l'importance était aussi 
grande au point de vue moral qu'au point de vue maté- 
riel 1 . 

Au milieu du mois de mai, en effet, les deux armées p Jgg l g2f i 
républicaines 2 étaient entièrement maîtresses de la crête combinées - 
des Alpes et des Apennins. Pour descendre avec une 
supériorité incontestable dans les plaines du Piémont, il 
n'y avait qu'à coordonner les mouvements de cette masse 
de 100,000 hommes, pleins de confiance en eux et de mé- 
pris pour l'ennemi 3 , afin cle provoquer une vigoureuse 
offensive sur un seul objectif. C'est dans ce sens que, dès 
le 29 avril, c'est-à-dire avant l'occupation du col de Tende, 
les représentants du peuple près l'armée d'Italie écrivaient 
à Paris 4 . Ils réclamaient en même temps de leurs collègues 
de l'armée des Alpes la réunion à Colmars de délégués, 
chargés d'examiner un projet établi par le général Bona- 
parte, dans le but de déterminer les premières manœuvres 
à exécuter de concert 5 . Ce projet était approuvé et envoyé, 
le 21 mai, au comité de Salut public 6 qui, dès le 8, avait 
accédé, dans la mesure du possible, à l'idée d'une action 
combinée contre le Piémont. Il fallait toutefois un certain 

1. Les principales pièces consultées pour la rédaction de ce récit sont les suivantes : 
Arch. de la Guerre : Lettres de Dumas et Badclaune, le 14 mai, pièce just. n° 24 ; 
d'Albitte, le 20 mai; conférence du lieutenant-colonel Franco en 1798; cartes manuscrites 
du capitaine Dabadie dans l'atlas historique. — Arch. de Breil, pièces n os 70 et 91 c ; cette 
dernière aux pièces just., n° 26. Relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Sect. techn. 
du génie : Mémoire de Bejay de la Coche. 

2. Arch. de la Guerre : Situation du 20 mai : armée des Alpes, 47,219 h. ; armée 
d'Italie, 61,124 h. ; ensemble : 108,343 h. Situation du 3 juin : armée des Alpes, 50,519 h.; 
armée d'Italie, 64,054 h.; ensemble : 114,573 h. 

3. Cette assertion, empruntée presque textuellement au mémoire du commandant du 
génie Paulinier de Fontenille, écrit en 1797 (Arch. de la Guerre et de la Section technique 
au génie) est justifiée tant par les lettres existant aux Archives de la Guerre que par les 
mémoires manuscrits et imprimés des officiers de cette époque. 

4. Voir pièce just. n° 26. 

5. Correspondance de Napoléon, t. I, pièce n» 27. Ce projet ne vise, en effet, que 
« la seconde opération préparatoire à l'ouverture de la campagne du Piémont ». On y re- 
marque la phrase suivante : « Cette opération est donc préliminaire à l'ouverture de la 
campagne, quel que soit le plan qu'on adopte. » C'est qu'en effet ce projet, qui porte la 
date d envoi au comité , du 21 mai , avait dû être rédigé antérieurement et probablement 
vers le 7 de ce mois. Or, ainsi qu'il sera indiqué plus loin, le plan général de la campagne 
n'était terminé que le 28 mai. 

6. Voir pièce just. n" 27. 



austro-sarde. 



110 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. temps pour réunir les troupes 1 et le matériel 2 qui parais- 
saient nécessaires à l'exécution d'une opération de cette 
envergure. On l'utilisait en donnant aux nouveaux corps 
l'instruction et la cohésion indispensables pour livrer des 
batailles rangées 3 ; mais on permettait aussi aux forces 
- austro-sardes de se reconstituer. 

Disposition a u moment où celles-ci, d'un effectif de 40 à 50,000 

de 1 armée 7 J 

hommes 4 , étaient partout contraintes de se replier sur le 
versant oriental des Alpes et semblaient devoir être écra- 
sées à bref délai par les forces si supérieures des Républi- 
cains, le cabinet de Turin s'était naturellement adressé à 
celui de Vienne, afin d'en obtenir quelques secours ; il ne 
recevait d'abord que des réponses dilatoires 5 . En même 
temps le baron de Wins croyait devoir résilier le comman- 
dement de l'armée austro-piémontaise, en invoquant le 
mauvais état de sa santé 6 . C'est donc dans ces circons- 
tances critiques que, le 29 avril, le roi de Sardaigne pre- 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumerbion, le 13 mai, demandant 20,000 h. d'infanterie 
et 6,000 de cavalerie. 11 n'a que 150 h. du 14 e régiment de chasseurs à cheval. Lettre du 
ministre annonçant le départ de Rodez du 1 er bat. de la Charente, qui arrivera à Toulon 
le 4 messidor (22 juin). Lettre de Dumerbion, le 28 mai; il a demandé 6,000 cavaliers ; il en 
a reçu 16 à 1,700 ; il en manque donc 4,300. 11 faut, en outre, trois compagnies d'artillerie 
légère avec des pièces de 8 et des obusiers, des ingénieurs dont un officier supérieur. 
Rapport de Dumerbion, le 7 juin, mentionnant l'arrivée de la cavalerie venant de l'armée 
des Alpes. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Dumerbion, les 13 et 28 mai, réclamant ce qui est 
nécessaire pour la formation d'un équipage de siège, des harnachements, des munitions et 
surtout de la poudre. — Lettre des représentants du peuple, le 22 mai, sur ce dernier 
objet, etc. 

3. Arch. de la Guerre : Note très curieuse des représentants du peuple à Dumerbion, 
en date du 19 mai 1794. Elle est signée, pour copie, par Robespierre jeune, et relative aux 
mesures à prendre pour assurer l'instruction des troupes. Ils lui communiquent, en même 
temps, le projet d'opérations, qui était donc certainement rédigé à cette date. — Rapports 
de Dumerbion jusqu'au 27 mai. Chaque jour, il arrivait des hommes de la réquisition, que 
l'on dirigeait sur les demi-brigades, pour y être encadrés. — Rapports des prisonniers de 
guerre, déserteurs, espions, à l'armée du général baron Colli ; le 23 juin, un milicien de 
Tende, qui a émigré, rapporte que, dans ce bourg, les troupes françaises font l'exercice 
trois fois par jour. 

4. Tout semble indiquer que l'effectif de l'armée austro-piémontaise n'a pas dépassé 
45,000 h. en 1794, non compris les milices et le produit éphémère de la levée en masse. 

5. Thaon de Revel, p. 204. 

6. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. Voici en quels termes il apprécie la 
conduite du général de Wins : « Après avoir subi l'affront d'être privé du commandement 
général des troupes ( à la fin de 1793 ) et s'être rabaissé aux bassesses de l'intrigue pour le 
recouvrer , à peine l'eut-il recouvré que l'ouverture bruyante de la campagne par les Fran- 
çais lui rit craindre de n'achever de compromettre sa réputation, s'il n'avait, pour la soutenir, 
l'armée autrichienne en Italie à sa disposition. Dans cette attente, il prétexta les lieux 
communs des généraux autrichiens servant en Piémont, les malaises, les infirmités, pour 
descendre du [rôle de commandant à celui de conseiller, qu'il conserva tant qu'il ne deses- 
péra d'avoir la direction de l'armée autrichienne, en la commandant sous l'archiduc 
Ferdinand, qui en fut nommé général en chef. » 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 111 

nait personnellement la direction des opérations 1 . Bien Mai 1794. 
que d'un caractère irrésolu et pusillanime, éprouvant 
quelque répugnance à s'occuper des questions militaires, ce 
prince dévot et, par suite, hostile à la Révolution françai- 
se 2 , ne songe qu'à prolonger une lutte dont ses alliés, peu 
scrupuleux, lui laissent supporter seul les lourdes charges 
et les conséquences désastreuses. Le 7 mai, il institue 
des tribunaux extraordinaires pour punir rapidement toute 
excitation à la révolte 3 ; les 9 et 11 du même mois, il donne 
des instructions relativement à l'organisation de la levée 
en masse de tous les habitants 4 , pour renforcer et appuyer 
l'armée, qui reste divisée en trois corps. 

Dans la vallée d'Aoste, théâtre d'opérations distinct, on vaiiée d'Aoste. 
avait craint tout d'abord que les Français, violant la neu- 
tralité du Valais, comme ils venaient de le faire pour les 
Etats de Gênes, ne pénétrassent par le Grand Saint-Ber- 
nard 5 . C'est pourquoi le duc de Montf errât avait reporté 

1. Arch. de Breil : Pièces diverses et particulièrement le n° 94, analyse de la correspon- 
dance du roi avec le général Colli, où se trouve, à la date du 1 er mai, la « Détermination de 
Sa Majesté relativement au commandement de l'armée pendant le séjour du général de 
"Wins à la campagne. » Colli le remplace provisoirement dans le commandement du corps 
autrichien auxiliaire, le 3 août 1794. (Arch. de Breil, pièce n° 91 : Lettre de l'archiduc 
Ferdinand). — Thaon de Revel, p. 203. 

2. Arch. de la Guerre : Copie d'une lettre très curieuse (dont l'original existe aux 
Affaires étrangères), de Félix Desportes, résident de France à Genève. Voici le portrait 
que cet agent diplomatique fait de Victor Amédée : Ce prince, « faible, pusillanime et 
dévot, perd toutes les ressources qu'il pourrait tirer de son esprit et de ses connaissances, 
par l'incertitude de son jugement et l'instabilité de son caractère. Quoique fait pour être 
mené par le moins habile de ses coiirtisans, cependant il ne succombe que très rarement 
aux suggestions de ses ministres, parce que sa versatilité, son incertitude continuelles, le 
font échapper aux intrigues les mieux ourdies pour le subjuguer. Ses flatteurs le surnom- 
ment le Nestor des Rois. En effet, il est presque aussi âgé et aussi discoureur que le roi 
de Pylos ; mais ses conseils n'en ont pas la sagesse, et sa mort seule aura été une consé- 
quence dans sa vie, si la maladie, que les chagrins de la guerre viennent de lui causer, le 
fait enfin disparaître du catalogue de nos ennemis ». Voir aussi Un homme d'autrefois par 
Costa de Beauregard. 

3. Arch. de la Guerre : Copie de l'ordonnance du roi de Sardaigne, communiquée par 
les Arch. du ministère des Affaires étrangères. Coup d'œil général sur la campagne de 
1794, conférence du lieutenant général Costa de Beauregard, le 19 avril 1798. Voici le pas- 
sage qui a trait à ces faits de sédition : « En même temps, des traîtres cherchaient à bou- 
leverser leur patrie. Chaque jour dévoilait quelque projet sinistre, quelque conspiration 
nouvelle. La méfiance, la crainte étaient dans tous les cœurs. La consternation était géné- 
rale. » Dans les correspondances d'espions de l'armée des Alpes, on trouve également trace 
de ces insurrections. Voir aussi Thaon de Revel, p. 211. 

4. Arch. de la Guerre : Traduction de l'édit du 9 mai 1794, renouvelant les dispositions 
contenues dans les art. 3, 4 et 5 de l'édit du 10 octobre 1792. — Arch. de Breil, pièce n° 109 : 
Instruction du 11 mai, document imprimé et non signé, sur lequel M. de Malausséna s'ex- 
prime ainsi : « Cet écrit est notable en ce qu'on dit des injures atroces contre les Français, 
sans qu'aucun ministre ose les signer. Quelle lâcheté dans les gouvernements despotes ! » 

5. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. Ce qu'il y a de curieux, c est que les 
Français éprouvaient la même crainte, ainsi que le prouve la lettre du général Dumas, le 
11 mai 1794 (Arch. de la Guerre). 



112 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. jusqu'à Quart le camp retranché 1 , où s'étaient rassemblés 
16 petits bataillons et un régiment de dragons 2 . Mais la 
brigade du général Voillot était très affaiblie par le départ 
des 2,000 hommes dirigés vers le mont Cenis. Aussi, après 
avoir envoyé un bataillon de grenadiers à Aoste 3 , le prince 
reporte, dans la deuxième quinzaine de mai, son avant- 
garde jusqu'au défilé de Pierretaillée 4 et fait occuper de 
nouveau le Valgrisanche par des troupes régulières 5 . 
vaiiée de Suse. Le commandement du duc d' Aoste, qui s'étendait du pic 
de la Lewana au mont Viso, est réduit à la vallée de Suse 
et aux pays vaudois 6 . Dans la première, la panique avait 
été d'abord si grande, après la perte du mont Cenis, que 
le roi avait prescrit à un régiment de cavalerie de se rendre 
à Grugliasco, aux portes de Turin, pour couvrir la capitale 
dont la garnison était très réduite 7 . Cependant les forte- 
resses importantes de la Brunette et d'Exilles constituaient, 
pour le ralliement des troupes, de solides points d'appui ; 
elles barraient complètement les voies d'invasion et ne 
pouvaient être enlevées qu'après un siège 8 . Le général 
Dumas, qui n'avait pas alors un matériel suffisant, s'était 
bien rendu compte de cette difficulté et avait fait replier 

1. Arch. de Breil, pièce n° 40 c. Il y avait cinq flèches ou redans en « saucissons à l'é- 
preuve », ayant coûté 10,000 livres. 

2. Arch. de Breil, pièces n os 70 et 91 e. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 105. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 40 c. 

5. Mémoire de M. de la Bigne. 

6. Par pays vaudois on entend la vallée du. Chisone, dont la partie supérieure porte 
le nom de Pragelas, celles de Saint-Martin et d'Angrogne et celle du Pellice ou de Luser- 
na. Le massif du Viso au sud, celui de la Lewana au nord, limitent très nettement la zone 
d'opérations centrale du versant italien des Alpes, dont le duc d'Aoste avait le commande- 
ment. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre du roi à Colli, le 16 mai. Arch. de Breil, pièce 
n° 70 e. Dans la citadelle de Turin, il n'y avait que le second bat. de Zimermann fort loin 
du complet. Dans la ville, un bat. de garnison autrichien, le régiment des dragons de la 
Reine et huit faibles compagnies de réserve. La milice de la ville fournissait quelques gar- 
des. Il y avait en outre un escadron à Carignano et un à Moncalieri, où résidait le prince 
de Piémont. Enfin, le 16 mai, le général Wallis, cédant aux instances de Revel, envoyait 
également à Moncalieri deux bat. autrichiens du corps de la Lombardie. 

8. Arch. de la Guerre : Mémoire du lieutenant-colonel Franco, le 15 mars 1798. Ces 
deux forteresses furent détruites à la suite du traité de paix en 1796. Exilles a été recons- 
truit, mais non la citadelle de la Brunette, près de Suse, qui, d'après le lieutenant-colonel 
Franco, « était surtout recommandable par ses escarpements taillés dans le roc vif, qui 
rendait la plupart de ses ouvrages impénétrables au choc de l'artillerie, et par la quantité 
des casemates à l'épreuve de la bombe, ainsi que par la sûreté de ses communications 
creusées dans des masses de rochers, ce qui les mettait à l'abri des feux de flanc que l'en- 
nemi pouvait placer sur la montagne latérale de Monpautier, laquelle dominait l'étendue du 
fort. » 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 113 

son avant-garde de Novalaise sur le plateau du mont Mai 1794 
Cenis, se bornant à établir une solide ligne défensive le 
long des escarpements de Grand'Croix 1 . 

Bien que réduit de deux bataillons, envoyés dans la 
vallée de Luserna, le baron Chino en avait encore 16, 
d'assez faible effectif, il est vrai. La neige couvrant encore 
les crêtes de l'Assiette 2 , il en avait replié les gardes et, 
après avoir complété les garnisons des places, avait réuni 
le reste des troupes sur les hauteurs de Venaus, entre le 
torrent Ceniscliia et le Rio Clarea, où des retranchements 
furent élevés peu à peu 3 . Des compagnies de milices étaient 
seules chargées de la garde des vallées de Viu, Ala, Val- 
grande, Locana, Vaisavaranche et Rhèmes, sur la droite ; 
de Pragelas et des cols de Fatières, de Fenestres, du Pis 
et de l'Albergian, sur la gauche 4 . Le général Valette 
avait simplement occupé Oulx et Césane, en attendant 
que le dégel lui permît d'exécuter quelques mouvements. 

Le duc d' Aoste s'était porté de sa personne aux débouchés Pa y s vaudois 
des vallées vaudoises, dont l'occupation par les Français 
paraissait imminente, à la suite de la reddition du fort de 
Mirabouc. Les cinq bataillons qui s'y trouvaient ne suffi- 
saient pas à compléter la garnison de Fénestrelles 5 . Il était 
donc impossible non seulement de donner quelque soutien 

1. Arch. de la Guerre : Lettres d'Albitte, le 20 mai, et de Dumas, les 25 et 29. Plan du 
capitaine de génie Dabadie. 

2. Arch. de la Guerre : Mémoire du lieutenant-colonel Franco, le 26 avril 1798 : « Telle 
était encore la quantité de neige, dit-il, qui recouvrait cette montagne, lors de l'arrivée de 
la troupe, qu'on fut obligé d'entrer dans les baracons par les lucarnes. » 

3. Ce camp retranché, dit d'Arcangelo ou Arcangera, était situé au sud des anciennes 
lignes de l'Arpon, occupées pendant la guerre de la Succession d'Espagne. Il avait sa 
droite à l'abbaye de Novalaise, son front couvert par les torrents de Bard et Clancre, avec 
un ouvrage à la chapelle Sant'Antonio, en avant du confluent, la gauche à la pointe Mula- 
tera ou Rocher Tuasbianco (Tuf Blanc des documents français de l'époque) ; un poste à II 
Trucco surveillait le débouché du Rio Clarea, tandis qu'une batterie à la butte de Parore 
battait le pont sur le torrent de Cenischia. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 70 e. 

5. Arch. de la Guerre ; Mémoire du lieutenant-colonel Franco, le 15 mars 1798. « La 
singulière combinaison des fortifications de Fénestrelles, développées sur le penchant de la 
montagne, offre plutôt l'idée d'une chaîne de retranchements robustes que d'une place de 
guerre. On peut se la figurer comme une communication liant deux corps de place, dont l'un 
est en haut, le fort des Vallées, et l'autre à l'extrémité inférieure, celui de Saint-Charles. .. 
Ces fortifications, réunies par l'ancien fort Mutin, placé dans le fond de la vallée, avec les 
redoutes d'Andorne, appuyées sur la paroi parallèle à celle qu'occupent les dites fortifica- 
tions, ferment exactement la vallée de Pragelas. On conçoit aisément que, pour garder d'un 
sommet à l'autre cette ligne, il n'en faut pas moins un considérable corps de troupe. » 



114 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. aux 10 compagnies de milices de la vallée de Saint-Martin, 
mais même d'occuper les retranchements de Perosa, qui en 
couvrent le débouché. Le brigadier Gaudin avait rassemblé 
à Bricherasio les débris des miliciens du val de Luserna, y 
avait joint deux compagnies de réserve venues de Pignerol, 
le 11° bataillon de grenadiers envoyé de Turin, quatre 
autres compagnies retirées de Pragelas, ainsi que quel- 
ques dragons et cavaliers à pied, prélevés sur les six esca- 
drons réunis à Pignerol sous les ordres de M. de Bomport. 
Avec ces forces, il avait sans peine refoulé, le 14 mai, les 
avant-postes du bataillon des Hautes-Alpes sur Mirabouc 
et réoccupé Villar et Bobbio. Il avait ensuite été obligé, 
par raison de santé, de céder son commandement au géné- 
ral Zimermann 1 . 

En même temps, sur la demande du duc d'Aoste, le 
général Provera, commandant dans la vallée delaStura, 
poussait le régiment de Nice de Sampeyre, par le col de 
Cervetto, dans la haute vallée du Pô, pour soutenir les cinq 
compagnies de milices du colonel Bergera 2 , qui étaient 
réparties entre Paesana, Sanfront et Crissolo, avec déta- 
chements au col de Chivaleret et au baracon entre les 
passages de T Armoine et de Giana 3 . Les avant-postes pié- 
montais se trouvaient ainsi à peu de distance de ceux du 
commandant Caire, retranchés au col Barrant et à la 
Rossa, et fournissant des gardes à la Pra et à la Balme des 
Faisans, pour couvrir la communication par le col 
Lacroix 4 . 



1. Arch. de Breil, pièces n os 70 e et 108. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 108, pièce just. n° 29. Le régiment de Nice était parti de 
Borgo San Dalmazzo pour Saluces, le 10 mai.— Arch. de la Guerre : Analyse des ordres du 
général Colli, du 10 mai au 9 octobre 1794. 

3. Mémoire du lieutenant général Costa de Beauregard, publication du ministère de la 
Guerre, déjà citée. D'après les cartes de l'officier du génie Capitaine (Arch. de la Guerre), il 
semblerait que ce baracon était plus rapproché du col de la Traversette, par exemple sur le 
mont Meidassa (cote 3,105 de la carte italienne), bien que cette situation paraisse fort peu 
militaire. 

4. Arch. de la Guerre : Mémoire du lieutenant général Costa de Beauregard. Il dit 
qu'au col Barrant, les Français avaient 22 tentes, et à la Rossa, 11. 






et de la Maira. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 115 

Le reste du théâtre de la guerre, comprenant le vaste Mai 1794. 
territoire situé entre le mont Viso et Ceva, avait été placé 
sous les ordres du baron Colli, au moment où il se repliait 
du col de Tende sur Borgo San Dalmazzo 1 . Ce général 
disposait ainsi de moins de 20,000 hommes 2 pour garder les 
vallées du Pô, de la Vraita, de la Maira et de la Stura, à 
droite ; celles du Gesso, de la Vermegnana et du Pesio, au 
centre ; enfin, le pays des Langhe , compris entre cette 
dernière vallée et celle du Tanaro, à gauche. 

Le général Provera, dont le corps peu à peu renforcé de ^vSta 
était porté à 3,500 hommes, le 14 mai 3 , réoccupe la ligne 
défensive de 1744, du mont Viso au col d'Elva, par Castel 
Ponte, Pietra Longa et la Bicocca 4 , barrant les avenues 
de Chianale et de Bellino, à la tête de la Vraita. Les 
anciens retranchements, trop étendus, sont remplacés par 
quelques petites redoutes 5 . Le major général, comte de 
Sonnatz, avec le régiment de Savoie, est chargé de couvrir 
la communication connue sous le nom de «Via Neuva », 
reliant les vallées de la Vraita et de la Stura, en traver- 
sant celle de la Maira au pont de la Cheina, défendu par 
quelques canons, ainsi qu'Acceglio, situé en amont. Le 
peu d'hommes dont il dispose est dispersé dans plusieurs 
postes, pour soutenir les valeureux habitants de cette 
région, qui s'étaient spontanément armés et étaient prêts à 
se réunir, en cas d'alerte, sur quelques points importants 
désignés à l'avance 6 . 

1. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi à Colli, le 1 er mai, mettant sous ses 
ordres les généraux Provera et Zimermann ; du 3 mai, l'instruisant qu'en cas de retraite, 
le général d'Argenteau se réunira à lui ; du 9 mai, lui annonçant qu'ordre a été donné au 
général d'Argenteau de se conformer à ses instructions. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 111 a. Aux 13,319 h. réunis à Borgo San Dalmazzo, il faut 
ajouter les 3,455 h, du général Provera, les 1,400 du major général Christ, ce qui fait un 
total de 18,114. Dans ce total, ne sont pas comptés les garnisons de Coni et Ceva, ainsi 
que les miliciens ou paysans du Mondovi. Arch. de la Guerre : Mémoire du lieutenant 
général Costa de Beauregard. Il indique que l'armée Piémontaise; au sud du Viso, comp- 
tait « à peine 20,000 h., dont près de 4,000 milices. » 

3. Arch. de Breil, pièce n° 108 : Correspondance du général Provera, lettre du 14 mai, 
pièce just. n° 14. 

4. Voir le vol. sur la Topographie militaire des Alpes, partie méridionale du versant 
italien, publication du ministère de la guerre, ouvrage cité. 

5. Arch. de la Guerre : Conférence de M. le chevalier de Martinel, le 3 mai 1798. 

6. Voir la répartition détaillée de ces postes dans le mémoire du marquis Costa de 
Beauregard, ainsi que dans la conférence du chevalier de Martinel (Topographie militaire 
des Alpes, partie méridionale du versant italien des Alpes). 






116 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. Cet exemple est bientôt suivi par les montagnards de la 
vaiiée Stura, à la suite des tentatives de pillage exécutées par 

de la Stura. . , r . 

les Républicains. Le gênerai Vaubois concentrait, en 
effet, successivement ses forces à Argentera et faisait 
réparer les chemins pour y amener de l'artillerie, en se 
couvrant du côté de la Maira par quelques détachements 1 ; 
il poussait ses patrouilles jusqu'à Bersezio et aux Barrica- 
des, toujours occupées par des milices qui, renforcées le 
16 mai, enlèvent une dizaine de Français . Le même jour, 
les troupes de la brigade Sérurier qui, dès le 13, avaient 
gagné San Bernoui par le col Long, descendent jusque sur 
le grand chemin de la vallée de la Stura à Pianche, tandis 
qu'une autre colonne se dirige de Sant'Anna vers Vina- 
dio 3 . Cette dernière est arrêtée par des paysans placés 
à Prato Lungo et, après avoir bivouaqué sur les pentes 
orientales du mont Ciastella, retourne à Isola, laissant une 
forte garde dans les bâtiments de la chapelle de Sant' 
Anna. L'autre colonne se replie également sur San Ber- 
noui, le 17, et, le lendemain, repasse dans la vallée de la 
Tinée, après avoir brûlé les baracons de la Guercia et du 
Col Long 4 . 

Cette pointe de l'avant-garde de la brigade Sérurier 
avait suffi pour faire abandonner aux Piémontais le poste 
des Barricades pendant 24 heures 5 . Mais la tête de la 

1. Arch. de la section techn. du Génie : Mémoire de Bejay de la Coche. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, les 16 et 17 mai. Sur l'avis que les 
Français étaient au nombre de 4,000 à Bersezio, il avait envoyé aux Barricades un renfort 
de milices et disposé des postes d'avertissement et de soutien le long de la Stura. Dans 
l'engagement, il y a eu un officier et un homme de la milice blessés ; on croit qu'on a tué 
aux Français un capitaine et cinq à six soldats. D'après le rapport du capitaine de milices 
Martinelli, le lieutenant Bava, du régiment de Courten, estime que les Français étaient 
au nombre de 1,200. 

3. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, les 16, 17 et 20 mai. D'après ce der- 
nier, Sérurier aurait marché en trois colonnes ; mais on ne voit pas bien par où aurait pu 
passer cette troisième colonne, qui n'est pas signalée dans la correspondance du général 
Christ. Rapports des prisonniers, déserteurs et espions à l'armée de Colli. 

4. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 20 mai. Les troupes de Sérurier ont 
un tué et trois blessés ; elles ont pris un officier et un soldat piémontais. — Arch. de Breil, 
pièce n° 107 : Lettres de Christ, les 18 et 19 mai ; les Français ont fait trois prisonniers, 
dont le notaire Floris; ils ont perdu un homme, blessé à mort et porté à Vinadio, quatre 
hommes et un capitaine tués ; en outre, les paysans ont trouvé un sergent ivre en allant 
reconnaître Sainte-Anne. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 19 mai. La communication avec les 
Barricades avait été interrompue pendant la journée du 15 et, le lendemain, les muletiers 
refusaient d'y aller porter des provisions. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 117 

colonne du général Vaubois, n'en ayant pas été informée, Mai im 
était restée à Argentera. Enhardis par cette inaction des 
Républicains, les paysans de la haute Stura sollicitent et 
obtiennent l'autorisation de les attaquer 1 . Bien que dou- 
tant du succès de cette entreprise, le major général comte 
Christ deSantz, commandant à Démonte, la seconde autant 
qu'il lui est possible. Il prescrit au poste des Barricades 
d'envoyer un officier et 20 hommes sur les hauteurs entre 
Sambouc et le col del Mulo, sur lequel il dirige, le 25 mai, 
un détachement, qui est obligé, par suite de la neige, de 
camper à Giats, puis de se replier, le 30, au premier hameau 
du vallon de l'Arma 2 . On espérait ainsi entrer en commu- 
nication avec les habitants de la Maira, qui avaient été 
invités à prendre part à l'attaque projetée 3 . 

Le 24 mai, dans la soirée, un assez grand nombre de 
paysans de la Stura quittent Démonte avec le chevalier 
Bonadona et 30 volontaires du régiment de Montferrat, 
ainsi que des détachements de Christ et de Courten 4 . Le 
lendemain matin, peu après leur arrivée aux Barricades, 
3 à 400 Français s'étant approchés à portée de fusil, 
une partie de cette troupe se précipite sur eux et les 
poursuit jusqu'aux baracons, sous la protection desquels 
s'étaient déployées les troupes d'Argentera. L'affaire 
change alors de face. Les paysans, ayant épuisé rapide- 
ment leurs munitions n'osent plus agir. L'aile droite, 
composée de miliciens, qui ne voit pas arriver par le col 
de la Scaletta les montagnards de la Maira, prévenus trop 
tard ou arrêtés par la neige, prend la fuite devant quatre 
compagnies de grenadiers de la brigade Vaubois. Le 
reste de la ligne républicaine s'ébranle au pas de charge, 

1. Arch. de Breil, pièce n 107 : Lettres de Christ, les 16, 23 et 25 mai. Les paysans 
offrent de constituer « une force armée habituelle de 500 h. outre les milices », à la condi- 
tion de recevoir la paye, le pain, du riz et du lard, et d'être soutenus par 150 Croates. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres de Christ, les 25, 26, 27 et 30 mai. Le détache- 
ment du col del Mulo est de 60 h., moitié troupes de ligne, moitié milices. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 26 mai. — Arch. de la Guerre : Con- 
férence du chevalier de Martinel. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres de Christ, les 25 et 26 mai. Cet officier dit qu'il 
est parti « quantité de paysans armés ». sans en fixer le nombre, non plus que la force des 
détachements de Christ et de Courten.' 

9. 



118 OCCUPATION DES COLS 

Mai n94. disperse sans difficulté ces soldats improvisés et se borne 
à réoccuper Argentera 1 . De leur côté, les Piémontais 
restent aux Barricades, se reliant à Démonte par les postes 
de Sambucco et Vinadio 2 , et couvrent ainsi la droite du 
camp de Borgo San Dalmazzo. 
camp de Borgo Cette localité est située au point où les hauteurs qui 

San Dalmazzo. 

séparent les vallées de la Stura et du Gesso font place à 
une plaine d'environ deux kilomètres et demi de largeur 
sur huit de longueur, qui s'étend de Borgo jusqu'à Coni, 
bâtie au confluent des deux rivières. Ne disposant que 
de 9 à 10,000 hommes 3 , non compris la garnison de cette 
ville 4 , le général Colli n'avait pas assez de troupes pour 
occuper toute cette position, et le roi, d'après le conseil 
du général [de Wins, aurait désiré rassembler le gros des 
forces dans un camp retranché entre Saluces et Coni, d'où, 
au moyen d'un pont sur le Pô, fortifié à ses deux extrémi- 
tés, il aurait été en mesure de se porter sur les débouchés 
choisis par l'ennemi 5 . La nécessité d'évacuer les immenses 

1. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres de Christ, les 26 et 27 mai. Les Piémontais 
ont eu neuf ou dix blessés et cinq à six prisonniers de la troupe de ligne, un tué et 30 à 31 
égarés ou prisonniers parmi les paysans et milices. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas, 
le 29 mai. Le chiffre de 3,000 ennemis, donné par le général, paraît exagéré. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 18 mai. Il y avait à Vinadio des 
canons, des spingardes et un bat. du régiment de Christ (Arch. de la Guerre : Rapports 
des prisonniers, déserteurs et espions à l'armée de Colli et analyse des ordi*es de ce général). 

3. Arch. de Breil, pièce n° 111 a. 

4. De la comparaison des pièces des Arch. de Breil, n os 70 c, 91 1, 111 a (voir pièce 
just. n° 22) il ressort que la garnison de Coni, aux ordres du gouverneur chevalier Lugnia, 
avait été fixée à 14 bat., savoir : un de Montf errât, deux de Sardaigne, d'Oneille, de 
Mondovi, de Peycr-im-Hoff, un de Christ, qui se trouvaient dans la place ou étaient 
campés à proximité ; enfin des quatre bat. des rég. d'Asti et de Pignerol, maintenus, ainsi 
qu'un des deux de Mondovi précédemment cités, dans le corps d'armée du général Colli. 

5. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna et pièce n° 70 : La première proposi- 
tion de M. de Wins est du 11 mai, la seconde du 25. Pièce n° 94 : Lettres du roi à Colli, 
les 11, 13, 19, 21, 25 et 31 mai. Les propositions de M. de Wins furent suivies d'exécution, 
en ce qui concerne la constitution de magasins de vivres et de munitions et la construction 
d'un pont sur le Pô, à Carde; le major Marchetti était chargé de la reconnaissance et du 
tracé du camp. Enfin, le 11 mai, Colli donnait à l'armée l'ordre de se tenir prête à marcher 
au premier ordre, pour se porter à la Madone del Olmo. Cet ordre, qui se trouve aux 
Arch. de la Guerre, dans un cahier contenant les rapports des prisonniers, déserteurs et 
espions à l'armée de Colli, est libellé ainsi qu'il suit : « L'armée sera prête à marcher au 
premier ordre. Les équipages des régiments, dès que l'ordre sera donne, marcheront par la 
grande route de Coni, dépasseront la ville et se placeront dans les prairies sur la gauche 
de la Madone del Olmo. Les régiments ne permettront pas à leurs mulets de s'écarter. On 
donnera, dans son temps, l'ordre de marche. Les commandants des corps ne permettront pas 
que leurs soldats obtiennent trop souvent la permission de quitter leur camp pour entrer 
dans la ville. Ceux qui seront dans la ville sans permission seront arrêtés et renvoyés à 
leurs corps, qui auront soin de les châtier. Dans la marche, le silence et l'ensemble doivent 
être scrupuleusement observés. A 10 h., tous les majors et aides-majors doivent être au 
quartier général pour y recevoir les ordres. Le premier colonel aura le jour, avec le pre- 
mier major. Les piquets sur tout le front de l'armée doivent être établis, ainsi que les 
rondes de nuit ». 






DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 119 

magasins de fourrages de Borgo San Dalmazzo 1 et de Mai im 
couvrir Coni jusqu'à la mise en état de défense de cette 
forteresse 2 , les instances du général Colli, dont les troupes 
avaient un besoin urgent de repos, l'inaction des Républi- 
cains, les réclamations des habitants de Mondovi 3 , sans 
doute aussi l'espérance d'amener les Autrichiens à s'avan- 
cer vers le haut Tanaro 4 , font différer l'exécution de ce 
dessein, qui aurait eu pour effet de faciliter la conquête 
du Piémont par les Français. 

Colli fait camper irrégulièrement ses bataillons autour 
de Borgo San Dalmazzo, en cantonne quelques-uns dans 
ce village, conservant en avant-postes, dans les vallées du 
Gesso et de Vermegnana, des troupes légères et des mili- 
ces 5 , sans opposition de la part des divisions Garnier et 
Macquard, qui occupaient la crête des Alpes 6 . Pour assurer 
la gauche de cette position, il attire peu à peu du Tanaro 
à Torre di Pesio le corps du comte d'Argenteau. 

A la fin d'avril, ce général avait placé le régiment d'Ac- d p ™™ c e vi 
qui à Casotto et rallié le reste de ses troupes à Ceva 7 . Le 
l or mai, il y laisse 3,000 hommes pour la garde du château 
et du camp retranché, communiquant avec 700 Croates 
cantonnés à Cairo 8 . Il se rend à Monclovi avec des dragons, 

1. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

2. Arch. de la Guerre : Conférence du lieutenant général Costa de Beauregard. Citons 
une note marginale : « Ceux qui ont suivi les travaux qui se firent à Coni savent si cette 
place était en état de soutenir un siège et de faire honneur à sa réputation. » Le lieute- 
nant-colonel Franco, dans une conférence du 15 mars 1798, énumère aussi les nombreux 
défauts de cette place et indique qu'elle n'a pu résister, en 1744, que par suite de la 
mésintelligence qui régnait entre les généraux espagnols et français. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi à Colli, les 29 et 31 mai. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre du roi à Colli, le 17 mai. Voir aussi Thaon de 
Revel, p. 204 et suivantes. 

5. Arch. de Breil: Relation de M. de Malausséna. On indiquera ultérieurement la position 
de ces postes, qui ne dépassaient pas Vernante, dans la Vermegnana, et Entraque, dans le Gesso. 

6. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion et relation du général Garnier. A cette 
époque d'ailleurs, il y avait encore beaucoup de neige. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Analyse de la correspondance de d'Argenteau : Lettres 
de ce général, les 30 avril et 3 mai ; lettre de M. de Montana, commandant le régiment 
d'Acqui, le 3 mai, de Casotto. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 30 avril. Cette lettre se 
termine par le post-scriptum suivant : « Je vous préviens que les Autrichiens, qui sont au 
Cairo (700 Croates), ne m'aideront pas dans aucune occasion ; car ils ont l'ordre de 
défendre leur poste et de ne pas détacher un seul homme pour m'assister ». En rappro- 
chant cette lettre de la pièce n° 91 des Arch. de Breil (pièce just. n° 22), on reconnaît qu'il 
devait rester à Ceva deux bat. de chacun des rég. de Lombardie et de Scbmitfeld, et 
deux bat. de la légion légère avec le rég. de Savoie-cavalerie. 



120 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. deux bataillons de grenadiers piémontais et le corps franc 
de Giulay, qu'il pousse sur Frabosa, de façon à surveiller 
le débouché du col de Termini et à se relier aux détache- 
ments de la garnison de Coni qui occupaient la Chartreuse 
de Pesio et Carnino 1 . 

En faisant ce mouvement, prescrit par le roi, deux jours 
plus tard 2 , d'Argenteau avait en vue de relever le courage 
des habitants des Langhe, plutôt que d'attaquer vers le 
haut Tanaro, afin de dégager Colli, obligé au même 
moment d'évacuer le bassin de la Roya 3 . Il ne tarde pas 
d'ailleurs à reconnaître qu'il a en face de lui des forces 
supérieures, par suite du mouvement de concentration que 
le général Laharpe a exécuté autour d'Ormea, Ponte di 
Nava et Viozene, après le départ de Masséna pour Colla 
Ardente 4 . 

La prise du col de Tende par les Républicains oblige 
bientôt d'Argenteau à porter la majeure partie de ses 
forces vers sa droite. Sur la demande de Colli, les deux 
bataillons de grenadiers sont dirigés, le 8 mai, de Mondovi 
sur Chiusa et la Chartreuse de Pesio. En même temps le 
régiment d'Acqui, laissant à Casotto sa compagnie de 
chasseurs et des milices, vient appuyer le corps franc de 
Giulay à Frabosa 5 , Le lendemain, les grenadiers de Stras- 
soldo, le bataillon de Mondovi et le régiment de Savoie- 
cavalerie quittent Ceva, où il reste 2,263 hommes, et vont 
former une seconde ligne à Villanova, au débouché des 
vallées d'Ellero et de Pesio. Le 10, d'Argenteau porte son 

1. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 3 mai. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre du roi, le 3 mai, contenant des instructions pour 
un repliement éventuel sur Mondovi. 

3. Voir chapitre précédent, l'abandon du col de Tende, les 8 et 9 mai. 

4. Voir chapitre précédent. — Arch. de Breil, n° 84. Lettres de Montatia, le 3 mai, 
et de d'Argenteau, le lendemain, signalant très exactement les mouvements des Français, 
savoir : 1 500 h., passés le 1" mai à Balestrino, par Nasino, où ils ont pris des guides 
pour aller à Castel Bianco, puis au col de San Bernardo ; 800 h. à Ormea, où on démolit 
le château; 3.000 h. au col de Termini et dans les montagnes avoisinantes ; 1.000 h., partis 
le 3 mai, de Ponte di Nava pour Viozene, où il y a peut-être 4.000 h., etc. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, le 8 mai à 11 h. du matin et 
à 3 h. de l'après-midi. Au moment où il écrit cette dernière, il vient de recevoir l'ordre de 
Colli, daté du 7 mai à 10 h. du soir. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 121 

quartier général à Chiusa 1 , et, trois jours après, il réunit Mai 1794. 
ses forces autour de Torrc di Pcsio, laissant ses avant- 
postes à Frabosa et Chiusa et détachant les grenadiers 
autrichiens sur la rive gauche du Gesso, à Beat'Amgelo, 
où aboutit le chemin de BovesV 

Il ne restait plus alors dans la ville et dans la citadelle 
de Mondovi que deux compagnies de réserve et la défense 
du pays environnant était abandonnée aux milices et au 
peuple armé, qui avaient à leur tête le général Déliera 3 . 
Cet officier allait se heurter à la division de droite de 
l'armée d'Italie, dont Masséna avait repris le commande- 
ment en ramenant les troupes momentanément employées 
avec la division Macquard pour la conquête de Saorge et 
du col de Tende. 

Dès le 9 mai, les bataillons étaient mis en mouvement 4 . La division 

Masséna s'étend 

Quelques jours après, le général Hammel allait commander d ^ S TLaro ée 
dans la principauté d'Oneille et le marquisat de Dolce- 
acqua, où passait la ligne de communication avec le comté 
de Nice 5 . Le général Pijon prenait à Carnino la direction 
des postes de Viozene et Mendatica, destinés à surveiller 
la tête des vallées d'Ellero et de Pesio et à maintenir les 
relations avec la division Macquard, par le col du mont 
Bertrand et le mont Couture, où restait campée la 56 e demi- 

1. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 10 mai, ainsi qu'une note rela- 
tive à la garnison de Cevai 11 y est dit que la garnison du fort ayant été fixée à 750 h., y 
compris l'artillerie, il fallait encore 250 h., outre le bat. de Lombardie de 255 h., qui s'y 
trouvait déjà. Pour le camp retranché, il était nécessaire d'avoir 600 h. à Testa Nera, 
1,200 à Faia et Bayon avec la redoute entre les deux, plus un peu de réserve, soit en tout 
2,500 h. Le colonel Humbourg n'ayant que 1,938 h., il manquait 237 h. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 12 mai à 1 h. de l'après- 
midi, de la Torre. — Arch. de la Guerre : Analyse des ordres du général Colli. L'objet de 
cette disposition est de couvrir, le cas échéant, la retraite de l'artillerie et des équipages 
de l'armée par la grande route de Borgo San Dalmazzo à la Madone del Olmo. Sur les 
cartes modernes, le couvent de Beat'Angelo est désigné par le nom de Madona degli Angeli. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre du roi, le 9 mai. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna, du 9 mai, au 3° bat de la 100 e d'arriver à 
Pieve, puis à Ponte d'Assio, le 10. Ordres du 11 mai : le 3 e bat. de la 56 e va de Pieve à Men- 
datica, le lendemain, avec des vivres pour trois jours ; le 5 e grenadiers et le 3 e des Hautes- 
Alpes vont de Pieve à Ormea ; le 3 e d'infanterie légère se porte en avant-garde d'Ormea 
vers Garessio, etc. 

5. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna, du 13 mai. Hammel a sous ses ordres le 
2° bat. de la 46 e , à Oneille, et le 3 e de la 100 e , à Ponte d'Assio. Il n'exerçait que le comman- 
dement militaire. L'administration des territoires piémontais conquis était confiée à deux 
agents révolutionnaires, nommés Buonarotti et Mastagni, qui donnent lieu à de nombreuses 
plaintes (Arch. de la Guerre, passim, et Arch. de Breil, pièce n° 86). 



122 OCCUPATION DES COLS 

Mai H94. brigade l . A Ponte di Nava et à Ormea, quartier général de 
la division, cinq à six bataillons formaient une réserve, 
tout en gardant les montagnes d'Ormea et l'important col 
de Termini, aux sources de la Corsaglia. Enfin, le général 
Laharpe se portait à Garessio avec quatre bataillons, que 
la 21 e demi-brigade couvrait en arrière, en occupant le col 
de San Bernardo. Il étendait son action jusqu'à Loano, où 
était toujours cantonné le 3 e bataillon de la 99 e ; il devait, 
en outre, occuper les hauteurs à droite et à gauche du 
Tanaro 2 . 

Suivant ses instructions, Laharpe porte, le 15 mai, ses 
avant-postes au Bric délia Sotta et à la chapelle de San 
Giulitta, dans la première direction, aux cols de San Gia- 
como et de Prato Rotondo, ainsi qu'à la Chartreuse de Ca- 
sotto, dans la seconde 3 . Il est bientôt forcé de s'étendre 
dans les vallées boisées et propres à la guerre de chicane 
de Mongia, Casotto et Corsaglia, qui découpent le pays 
des Langhe. Des détachements de milices, soutenus par 
quelques troupes tirées de la garnison de Ceva, y occu- 
paient Viola, Pamparato, Frabosa et les postes avoisinants 4 . 
Chacun d'eux est renforcé, le 18, par 300 paysans, qui doi- 
vent attaquer la Chartreuse. Une compagnie de milices 
ayant été surprise à Taglianti par les Français, le lende- 
main matin, le corps de la Corsaglia abandonne le col de 
Navonera et ne se rallie que sur la rive gauche de la rivière 
à Colla dei Mora; celui de Casotto se met aussi à couvert 

1. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna, du 16 mai. Rapports des prisonniers, déser- 
teurs et espions à l'armée de Colli. Pijon remplace le chef de bat. Venoux. Les gardes 
avancées de la 56 e demi-brigade sont à la baisse de Vescovo ; mais, le 23 juin, il n'y avait 
pas encore de troupes sur la rive droite du Riofreddo, dans la direction du col de Boaira. 

2. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna, du 13 mai, et rapport de Dumerbion, du 16. 
Les quatre bat. aux ordres du général Laharpe sont : le 1 er grenadiers, le 3 e infanterie lé- 
gère, le 3 e des Hautes-Alpes et le 1 er de la 46 e . Le 13 mai, le poste de San Bernardo s'em- 
parait de 11 beaux mulets, chargés d'huile à destination de Ceva. 

3. Arch. de Breil, pièces n os 75, 86 et 42 b : Lettre de Déliera, le 16 mai, de Mondovi, 
annonçant l'arrivée de 300 Français à Casotto. 

4. Arch. de Breil, pièces n 08 75 et 112 : Lettres de Déliera, les 16 et 17 mai. Une 
patrouille française est refoulée, le 16, à Ponte Murato (carte sarde), sur la Corsaglia, par 
un détachement du poste de Pamparato. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT CENIS 123 

du torrent et va de Pamparato sur les hauteurs de Serra, 
au sud de Roburent 1 . 

Cependant les hommes de la levée en masse de la pro- 
vince de Mondovi, dont l'effectif inscrit était de 27,000 
hommes, sur lesquels 7,000 seulement avaient des armes 2 , 
rejoignant chaque jour, le général Déliera prescrit de 
prendre l'offensive, le 20 mai. Le chevalier Nicolis, com- 
mandant à Frabosa, réoccupe en effet Colla Navonera, 
mais le capitaine Bava ne parvient pas à décider les forces 
de Roburent à marcher sur Pamparato 3 . Le même jour et 
le lendemain, Masséna envoyait des renforts au général 
Laharpe, en lui ordonnant de se porter en avant de la 
Chartreuse 4 . En conséquence, le 21, les Républicains chas- 
sent de Colla Navonera l'ennemi, qui se replie en désordre 
sur Frabosa. Se reliant à gauche par Pra Robert avec le 
col de Termini, ils gagnent, au centre, Cardini et, à droite, 
Pamparato 5 . Le chevalier Bava conserve Bric, Colme et 
Serra, qui sont attaqués le lendemain 6 , et, le 23, il est 
obligé de venir à Roburent, où il se maintient jusqu'au 25 7 . 
Il se retire ensuite à Montaldo, village occupé par deux 
compagnies du 4 e bataillon de grenadiers envoyé, le 22, 
par d'Argenteau à Mondovi 8 ; l'autre, moitié est dirigée sur 
Frabosa 9 . Rebutés par ces échecs successifs, les habitants 

1. Arch. de Breil, pièces n 09 75 et 112 : Lettre de Déliera, le 17 mai, et du chevalier de 
Nicolis, le 20, de Frabosa. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 22 mai. L'exactitude de ces 
deux chiffres est en quelque sorte corroborée par l'état manuscrit joint à la pièce des Arch. de 
Breil, n° 109. C'est une situation extrêmement détaillée de la « Masse armée de la province 
de Conî ». Sur les 18,741 individus dont elle se composait, 3,924 seulement étaient armés de 
fusils. 

3. Arch. de Breil, pièces n 09 75 et 112 : Lettres des chevaliers de Nicolis et de Saluées, 
le 20 mai, de Frabosa. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 17 mai. — Arch. de la Guerre : 
Ordre de Masséna, le 21 mai. Quatre compagnies du 3 e bat. de la 46 e vont à la Chartreuse 
avec le chef de brigade ; le 5° des Hautes- Alpes se porte de Ponte di Nava sur Garessio. 

5. Arch. de Breil, pièces n os 75 et 112 : Lettres de Saluées, le 21 mai, de Frabosa, et de 
Bava le même jour, de Serra de Pamparato, à 4 h. 1/4 du soir. Renseignements fournis 
par un paysan de Cardini, parvenus à l'administration de Mondovi, le 21, à 2 h. du soir. 

6. Arch. de Breil, pièces n os 75 et 112 : Lettres de Déliera, le 22 mai, à 11 h. du soir, et 
de Bava, le même jour, dans la soirée, des hauteurs del Bricco. 

7. Arch. de Breil, pièces n 09 75 et 112 : Lettres du chevalier Bava, de Roburent, le 23 mai, 
et de Déliera, les 23 et 24 mai. 

8. Arch. de Breil, pièces n 09 75 et 112 : Lettre de Déliera, le 26 mai. Pièce n n 84 : Lettre 
de d'Argenteau, le 22 mai. 

9. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Lettre de Déliera, le 25 mai. 



Mai 1794. 



124 OCCUPATION DES COLS 

Mai 1794. Je cette partie de la province restaient chez eux et ceux de 

la ville refusaient de s'armer l . 
o Aff ^- e ,..x En vue de faire une diversion, le général Déliera invite 

de San Giulitta. ' n 

alors le colonel Humbourg, commandant à Ceva, à aider 
les paysans rassemblés à Murialdo, Bagnasco et Viola pour 
attaquer, sur trois colonnes, les postes ennemis dans la 
vallée du Tanaro. La première, formée par le corps de 
Viola, soutenu par 42 hommes détachés de la garnison, 
refoule la grand' garde française du col de San Giacomo 
sur les retranchements de Prato Rotondo ; elle n'ose des- 
cendre dans la vallée, où la seconde colonne cherche à 
enlever San Giulitta, sur la rive droite du Tanaro. Après 
neuf heures de marche, les troupes de Ceva arrivent, vers 
2 heures de l'après-midi, devant cette forte position, qui 
leur paraît imprenable. Elles sont forcées de s'engager à la 
suite des miliciens, qu'arrête bientôt le feu très ajusté des 
retranchements, défendus par le 3 e bataillon de la 3 e demi- 
brigade légère. Puis, comme les quatre compagnies pié- 
montaises de Murialdo, formant la troisième colonne, n'é- 
taient pas arrivées vers Perlo, ainsi qu'on s'y attendait, le 
poste français de la Sotta prend en flanc les assaillants, qui 
s'enfuient dans le plus grand désordre, malgré la bonne 
contenance des troupes régulières, dont les pertes sont 
sensibles 2 . 

Le général Laharpe se décide alors à s'avancer aussi 
clans le vallon de Mongia. Le 28 mai, il occupe Montaldo, 
pour couvrir son flanc gauche, qui borde la rive droite de 
la Corsagiia ; il gagne ensuite Monasterolo ; puis, se 

1. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna, et pièce n° 84 : lettre de d'Argenteau, 
le 6 juin. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Relation du lieutenant Rubin, datée de Perlo, le 26 
mai ; rapport du colonel Humbourg, du camp de Ceva, le même jour, et lettre de M. de la 
Balma, de Ceva, à 9 h du matin. Le lieutenant autrichien Jean Heintz a été blessé et 
fait prisonnier avec une partie du détachement. — Arch. de la Guerre : Rapports de 
Dumerbion, les 28 et 30 mai. Il cite avec éloges, le commandant Aigron, du 3 e d'infanterie 
légère ; il accuse quatre blessés, du coté des Français; 50 tués, 27 prisonniers dont 15 Autri- 
chiens, plus un officier de Caprara blessé, du côté de l'ennemi. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 125 

rabattant sur sa droite, il marche en quatre colonnes, le Juin im 
3 juin, à 5 heures du matin, sur les Piémontais de Viola, 
les refoule et pousse ses avant-postes jusqu'à Bagnasco, 
Battifollo et Scagnello, d'où il menace la communication 
entre Ceva et Mondovi 1 . Effrayé de ces progrès rapides et 
s'attendant à être attaqué vigoureusement dans cette der- 
nière ville, le baron Déliera y appelle un bataillon des 
troupes légères de Ceva, le 29 mai 2 . Mais le roi prescrit de 
l'y renvoyer et de diriger sur Mondovi le général d'Ar- 
genteau avec une partie de sa brigade 3 , afin de couvrir ces 
deux points et d'engager le corps autrichien de Lombardie 
à continuer le mouvement en avant, qu'après bien des 
hésitations, il avait enfin entamé, le 16 mai, dans les deux 
directions de Cairo et de Cherasco 4 . 

Ce secours, bien que fort éloigné, et l'inaction des Repu- Disposition 
blicains après leurs éclatants succès, rassuraient la cour ar ^fd'îtaiit! pes 
de Turin sur sa situation ; mais, en réalité, dans les pre- 
miers jours de juin, la disposition des armées d'Italie et des 
Alpes, comptant chacune plus de 40,000 hommes présents 
sous les armes 5 , était particulièrement menaçante. 

La première comprenait trois divisions d'égale force. A 
la droite, celle de Masséna, formée en quatre brigades, 

1. Arch. de Breil, pièce n° 75 : Lettre de Déliera, le 6 juin. Pièce n° 84 : Lettres de 
d'Argenteau, les 3, 4 et 5 juin. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 5 juin. 
Ildit que, sans le brouillard, le poste piémontais, complètement tourné, aurait été enlevé. 
On l'a poursuivi jusque devant Ceva et on a fait 105 prisonniers, dont un major, un capitaine, 
quatre lieutenants, un porte-drapeau, six sergents, huit caporaux, 64 fusiliers de la légion 
légère et 54 barbets; 59 de ces derniers sont tués ; les Français n'ont que deux grenadiers 
blessés légèrement. Le général d'Argenteau dit que trois compagnies de la légion 
légère ont été prises parce que les milices s'étaient sauvées. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 112 : Lettre de Déliera, le 29 mai. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi, les 24, 25, 29 et 31 mai ; instruction 
pour le général d'Argenteau, le 4 juin. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 110 : Copie d'un ordre du commandement général, donné à 
Alexandrie, le 14 mai. 11 en résulte que les troupes lombardes sont formées en deux 
divisions. L'une, sous les ordres de Melz Coloredo, a son quartier général à Alexandrie, 
une brigade de trois bat. et un escadron et demi dans le Tortonais ; l'autre, de cinq bat. 
et de deux escadrons, allongée dans la Bormida, occupant Acqui, Spigno, Dego et Cairo, 
avec réserve à Alexandrie. La seconde division, commandée par Winckeim , est à Asti, 
avec une brigade de trois bat. et deux escadrons ; l'autre brigade occupe Alba et Cherasco ; 
chacun de ces points étant gardé par un bat. et un escadron. — Voir pour les négocia- 
tions engagées à ce sujet entre la cour de Turin et l'archiduc, Thaon de Revel, p. 263 et 
suiv. — Arch. de la Guerre : Analyse des ordres du général Colli. Lettre au général Déliera 
le 16 mai, lui annonçant l'arrivée à Alba de 3.000 Autrichiens sous les ordres du général 
de Cantu d'Irles. 

5. Arch. de la Guerre : Situations du 15 prairial ou 3 juin. Rapports des prisonniers, 
déserteurs et espions à l'armée de Colli. 



126 OCCUPATION DES COLS 

juin 1794. était absolument maîtresse des avenues de Mondovi et de 
Ceva 1 . Elle n'avait devant elle que la garnison de cette 
dernière place, ainsi que les 2,000 fusils et les 400 chevaux 
du corps de d'Argenteau 2 . De l'infructueuse levée en masse 
il restait à peine 200 hommes à Mondovi 3 . Au centre, la 
division Macquard était prête à déboucher, par la route du 
col de Tende, sur Borgo San Dalmazzo 4 . Derrière elle 
s'échelonnait à Tende, Fontan, Breil, Sospel, la cavalerie 
venue de l'armée des Alpes. Des équipages d'artillerie de 
campagne et de ponts, ainsi qu'un parc de siège, s'organi- 
saient à Antibes, sous la direction d'Andréossi et de Son- 
gis, dont le zèle est constamment stimulé par le général 
Bonaparte ; en vue de leur transport, on réparait le pont 
du Var 5 . A gauche, le général Garnier formait sa division 
en quatre brigades 6 . Celle du général Pierre gardait Col- 
mars et Entre vaux ; celles des généraux Durand et Séru- 
rier s'installaient solidement à la tête de la vallée de la 
Vésubie, au col de la Lombarda, au col de Sant'Anna et 
au col Long ; enfin, la brigade Monleau s'acheminait suc- 
cessivement sur Saint-Etienne, Saint-Dalmas-le-Selvage 
et le Pra, pour entrer en communication avec l'armée des 
Alpes 7 . 

1. Arch. de la Guerre : Situation de l'aile droite de l'armée d'Italie par le général 
Masséna, le 21 juin. — Arch. de Breil, pièce n° 84. Lettre de d'Argenteau, le 4 juin. Le 
général François avait chassé, le 3 juin, de Frabosa, 400 Croates du corps de Giulay, en- 
voyés par d'Argenteau, qui se replient sur Villanova. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 84: Lettres de d'Argenteau, les 1, 3, 5 et 6 juin. Il était 
parti, le 1 er , avec le 2 e bat. d'Aoste, le I er d'Acqui, 400 h. de Giulay et un escadron de 
dragons, soit 1,352 h. en tout. Il est rejoint, le 4, par le 2 e bat. d'Acqui ; le 6, par un bat. 
de Mondovi et un escadron de dragons, présentant ensemble 268 h. Il a alors, en comptant 
les postes détachés, 2,067 fusils et 382 chevaux. Il estime les forces françaises à 3 à 4,000 h., 
répartis, savoir: 1,000 à 1,200 campés près de Saint- Jacques de Viola ; un camp de 
150 tentes à la Chartreuse de Casotto ; 1,000 vers Navonera ; enfin 800 à Roburent, où 
ils se retranchent. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84: Lettre de d'Argenteau, le 6 juin. 

4. Arch. de la Guerre: Renseignements fournis par le général Macquard. Il se borne, le 
20 mai, à descendre avec 800 h. à Limone, d'où il emmène 32 mulets. 

5. Arch. de la Guerre : Correspondance de Napoléon, publiée et inédite, pour le mois 
de mai 1794. A la date du 28 mai notamment, il y a huit états relatifs au personnel néces- 
saire pour ces équipages. Andréossi était chargé des ponts, Songis du matériel de siège. 
L'équipage de campagne était à peu près au complet. 

6. Arch. de la Guerre : Mémoire du général Garnier. 

7. Arch. de la Guerre : Mémoire du général Garnier. Le 5 juin, Sérurier fait définiti- 
vement occuper San Bernoui, en envoyant de Sant'Anna le 2 e bat. de la 83 e par le col 
de Tesina sur Bagni, dont les Piémontais sont chassés. A cause de la neige, on ne peut 
établir un poste de deux compagnies au col Long que le 21 juin. Le 4, Monleau se porte 
à Pont-Haut et au Pra ; il comiminique par le col de Pourriac avec les postes de la bri- 
gade Vaubois, placés dans le vallon de Ferrière. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 127 y 

Celle-ci présentait quatre divisions, dont une à Grenoble, *™ 1794 - 
en seconde ligne 1 . La première, de beaucoup la plus forte, 
sous les ordres du général Pellapra, comprenait plus de 
20,000 hommes, répartis en trois brigades : celle du général 
Vaubois à la tête de la Maira et de la Stura ; celle du gé- 
néral Gouvion dans le Queyras, menaçant les passages des 
vallées de la Vraita, de Pellice et de Germanasca 2 ; celle 
du général Valette, établie à Césane et Oulx, en avant de 
Briançon. La seconde division, de 9,000 hommes, avait 
deux brigades, l'une au mont Cenis, l'autre au Petit Saint- 
Bernard 3 . Enfin le général Pouget, avec les 4 à 5,000 
hommes de la troisième division, surveillait les frontières 
de la Suisse. Un parc d'artillerie de siège et le personnel 
nécessaire se rassemblaient peu à peu à Gap 4 . Le quar- 
tier général se transportait de Grenoble à Briançon 5 et le 
général de division Petit-Guillaume allait à Saint-Paul, 
dans l'Ubaye, prendre la direction des 17 bataillons des- 
tinés à marcher sur Démonte, conjointement avec l'armée 
d'Italie 6 . 

Les troupes, dont le moral était exalté au plus haut 
point par leurs nombreux succès, attendaient avec impa- 
tience l'ordre de descendre dans les riches plaines du Pié- 
mont, lorsque, le 4 juin, le comité de Salut public demande 
de diriger 15 bataillons sur l'armée du Rhin, qui venait de 
subir un assez grave échec 7 . Mais les dernières opérations 
offensives avaient pris une telle extension que le général 
Dumas ne croit pas pouvoir en détacher plus de 10 8 , qui 

1. Arch. de la Guerre: Situations. 

2. Arch. de la Guerre : Ordres du 27 mai. Le général Gouvion est envoyé du mont 
Cenis en Queyras. 

3. Cette division est sous les ordres du général Dom'S, à Chambéry. 

4. Arch. de la Guerre : Ordres du 3 juin et suivants. Lettre du représentant du peuple 
Albitte, le 8 juin. 

5. Arch. de la Guerre : Ordres des 28 mai, 1 et 2 juin. 

6. Arch. de la Guerre : Ordres des 1 et 2 juin. 

7. Arch. de la Guerre: Lettre de Laporte, le 4 juin. La demande du comité de Salut 
public était datée du premier juin. L'événement qui avait amené cette demande était 
la retraite du général Ambert de Kaiserlautern sur Pirmasens, le 26 mai. L'armée 
ilu Rhin ne pouvait être secourue par celle de la Moselle, dont le général Jourdan avait 
emmené une grande partie à l'armée de Sambre-et-Meuse. 

8. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas à Laporte, le 6 juin, et au comité de Salut 
public, le 12. 



1-28 OCCUPATION DES COLS 

juin no'*. g 011 t aussitôt expédiés l . En conséquence de cet affaiblis- 
sement, l'armée des Alpes n'était plus en mesure de four- 
nir une colonne d'un aussi fort effectif que celui qui lui 
avait été assigné par le plan d'opérations combiné 2 . 
D'ailleurs ce plan devait être remanié par suite de l'occu- 
pation d'Argentera, réalisée depuis 3 , et surtout par le fait 
de la prise du poste des Barricades, survenue le 5 juin. 

occupation La veille, le général Monleau, de la division Garnier, 

des Barricades. ° ' 

avait envoyé 260 hommes par le col de Pourriac, dans le 
vallon de Ferrière ; là ils se joignent aux postes de l'avant- 
garde de 300 hommes du général Vaubois, établie à 
Bersezio, et, le lendemain, ces deux troupes marchent à 
l'ennemi de concert. Celle de l'armée des Alpes met en 
batterie deux pièces à la chapelle de Saint-Sébastien, 
pousse un détachement avec des spingardes sur Servagno, 
et se déploie, vers 10 heures du matin, à Prati di Cougne, 
en arrière de Preinardo. 

Le capitaine-lieutenant Eger, commandant aux Barri- 
cades, expédie aussitôt sur ses flancs deux forts piquets à 
Lobicra et deux autres à Capanna, 25 soldats à la Monta- 
gnetta et 15 à Beccorosso, pour soutenir les milices et les 
paysans qui y étaient postés 4 . Le détachement français de 

1. Arch. de la Guerre : Ordres. Les bat. partent pour Colmar (Haut-Rhin) dans 
l'ordre suivant: 8 juin, 2 e légion des Alpes, de Guillestre ; 10, 1 er de la légion de Montlyon, 
et 8° de l'Ain, de Briançon ; 11, 1 er du Rhône, de Queyras, et 5 e des Côtes-Maritimes, de 
Bardonnèche ; 13, 4 e infanterie légère, de Larche, et 2 e du Rhône, de Bourg ; 15, bat. de 
Villefranche, de Grenoble; 16, bat. de Chàtillon, de Ferney ; enfin, le 25, 2 e des tirailleurs 
de la frontière, de Lyon. 

2. Dans le premier projet d'opérations, l'armée des Alpes devait fournir 25,000 h. Dans 
le second, il ne lui en est plus demandé que 16.000. Ce chiffre même est encore trop fort 
ce qui tendrait à faire croire que ce second projet avait été rédigé à la suite de la récep- 
tion de la lettre de Laporte, en date du 3 juin et qu'on n'y a rien changé, parce qu'on 
comptait recevoir des renforts. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre fort curieuse de Laporte, le 3 juin. Si l'on compare cette 
lettre avec les deux projets d'opérations (Correspondance de Napoléon, n 09 27 et 30), on 
reconnaît facilement que Bonaparte a tenu compte des observations du représentant du 
peuple. Une preuve certaine que ces projets sont visiblement inspirés par le souvenir de la 
campagne de 1744, c'est la mention dans l'équipage de l'armée d'Italie d'un pont de 
cordages qui avait, en effet, été utilisé à cette époque. Il en est également question dans 
la Correspondance inédite de Napoléon (lettre à Andréossi). 

4. Voir dans le volume intitulé : Topographie militaire des Alpes, édité par le minis- 
tère de la guerre, les mémoires de M. Costa de Beauregard et du chevalier de Martinel, 
ainsi que la reproduction de la carte de Haxo et le tableau de concordance des noms qui 
s'y rapporte. Capanna est le petit plateau au-dessous de la Montagnetta, désigné par 
M. de Beauregard sous le nom de Forest dei Bonetti. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 129 

Servagno parvient néanmoins à gagner Capanna, d'où il J^n i^ 4 - 
plonge les retranchements des Barricades à bonne portée 
de fusil et oblige les défenseurs à se replier sur les pentes 
de Lobiera. De ce point Eger empêche encore pendant 
une heure et demie les Républicains de déboucher de 
Preinardo, par le feu d'une seule spingarde. Il expédie 
aussi 12 hommes de renfort à Beccorosso. 

Mais, vers 4 heures du soir, ce point, évacué par les 
milices, ayant été occupé par le détachement de l'armée 
d'Italie, l'officier piémontais se retira sans aucune perte, 
couvert par une arrière-garde de milices et précédé d'une 
petite avant-garde, pour s'assurer que la route de la 
Stura était libre. Dans la même journée, en effet, le 
général Sérurier avait poussé les postes avancés du déta- 
chement de San Bernoui jusque sur les hauteurs de Pian- 
che, sans toutefois occuper ce village. La petite troupe de 
ligne, abandonnée par les milices et paysans qui regagnent 
leurs demeures, passe donc sans encombre 1 . Le général 
Vaubois fait occuper les Barricades et Beccorosso par un 
bataillon, relevé tous les cinq jours. Cinq à six compagnies 
de grenadiers campent entre Murenz et Ponte Bernardo, 
ayant des gardes à Bosco Ambornet et au Castello, au-des- 
sus de Pietraporzio, sur les deux rives de la Stura 2 . 

Cette nouvelle disposition des forces facilitait singuliè- 
rement l'offensive par la vallée de la Stura. Il en est tenu 
compte dans le nouveau projet d'opérations arrêté à Nice 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas, le 7 juin ; d'Albitte et Laporte, le 8. Voir 
cette dernière, pièce just. 32. — Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres du général Christ, 
les 4, 5 et 6 juin. Ces lettres donnent des détails assez circonstanciés sur cette petite 
affaire et la ramènent à sa juste proportion, tandis que les correspondances françaises 
sont écrites dans un style lyrique, mais sans précision. Le général L)umas dit que l'expé- 
dition a été combinée par le général Vaubois et l'adjudant général Cumel, puis exécutée 
en présence du représentant du peuple d'Herbes, envoyé dans le département des Hautes- 
Alpes. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres de Christ, le 11 juin, à la suite d'une recon- 
naissance du capitaine Vipf, le 9 ; lettres des 20 et 21 juin, contenant les renseignements 
fournis par des déserteurs. Pièce n° 108 : Lettre du général Provera, le 8 juin, a laquelle 
sont jointes une reconnaissance du capitaine Pazero, qui a observé la position de 
l'ennemi aux Barricades du col de Servagno, et une lettre de M. de Sonnaz sur le 
même sujet. — Arch. de la Guerre ; Rapports des prisonniers, déserteurs et espions à 
l'armée de Colli. 



I 



130 OCCUPATION DES COLS 

juin 1794. par les représentants du peuple Laporte et Robespierre 
jeune ; ce dernier se charge de le soumettre à l'approbation 
du comité de Salut public 1 . En même temps le général 
Dumas cherchait à remplacer les troupes qu'il venait d'être 
contraint de diriger sur le Rhin. Le dépôt des recrues de 
l'armée des Pyrénées-Orientales, établi à Montpellier, 
n'ayant pu fournir les hommes sur lesquels on comptait 2 , 
les représentants du peuple près l'armée des Alpes déci- 
dent la formation d'un bataillon de deuxième réquisition 
dans chacun des cinq départements constituant l'arrondis- 
sement de cette armée, pour relever les troupes laissées en 
deuxième ligne 3 . 

Cependant, la cour de Turin s'attendait à une attaque 
vigoureuse des Républicains, au moment où les conditions 
météorologiques permettent d'entamer les grandes opéra- 
tions dans les montagnes, c'est-à-dire dans la seconde 
quinzaine de juin. En vue d'empêcher l'assaillant de porter 
toutes ses forces sur les points les plus faibles et les plus 
menacés, le roi avait prescrit de prendre l'offensive, à titre 
de diversion, partout où il serait possible 4 . 
Attaque du Petit Ignorant probablement la diminution des forces fran- 

Saint-Bernard ° x 

les pilmontais. Ç a i ses causée par le départ des renforts dirigés sur l'armée 
du Rhin 5 , mais sachant certainement que les émigrés 

1. Il suffit d'ailleurs de comparer les deux projets, qui se trouvent dans la Correspon- 
dance de Napoléon, sous les n oa 27 et 30. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas au comité de Salut public, le 26 juin ; répon- 
ses du commissaire des guerres Rouby, chargé du camp d'instruction de Montpellier, aux 
représentants du peuple près l'armée des Alpes et au général Dumas, le 30 juin. On avait 
espéré tirer de Montpellier 6.000 h. 11 y en avait eu 8,000 en effet ; mais, huit jours aupa- 
avant, 700 étaient partis pour l'armée des Pyrénées-Orientales ; 400 devaient partir le 
1 er juin ; 4,000 avaient été envoyés faire les moissons ; il n'en restait que 3,500. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres d'Albitte, le 20 juin ; de Dumas, le 22, et arrêté des 
représentants du peuple, le 29. Ces cinq bat. devaient comprendre : l°les jeunes gens de 18 
à 25 ans, qui n'étaient pas encore partis ; 2° les citoyens non mariés de 25 à 30 ans ; 
3° pour compléter chaque bat. à 1,067 h., les veufs et même les mariés de 25 à 30 ans, en 
prenant d'abord les mariés sans enfants ; les laboureurs devaient être exceptés ; les jeunes 
soldats étaient désignés au scrutin, à la majorité absolue. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi à Colli, les 7, 11, 13, 18, 20 et 22 juin ; 
pièce n° 108 : Lettres de Provera, le 23 juin ; pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 
11 juin. — Arch. de la Guerre : Rapports des prisonniers, déserteurs et espions à l'armée 
de Colli. L'attaque était d'abord annoncée pour le 19 juin. 

5. Il semble en effet que le roi n'en a eu connaissance que le 18 au plus tôt, par un 
« espion fidèle » (Lettre à Colli, Arch. de Breil, pièce n° 94). Le général Christ ne l'ap- 
prend que le 20, par un déserteur (Lettre à Colli, Arch. de Breil, pièce n° 107). 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 131 

réunis en Suisse projetaient de tenter un coup de main sur Juin 1794 - 
la Savoie 1 , le duc de Montferrat se porte franchement en 
avant dans la vallée d'Aoste, avec des forces presque dou- 
bles de celles dont disposait Badelaune 2 . Ce général n'avait 
en effet sous ses ordres que quatre bataillons. Obligé de 
laisser celui de Louhans au Miroir, à Sainte-Foy et au 
camp de Filuel, pour se couvrir du côté du col du Mont dont 
il n'avait pu s'emparer, il lui restait au plus 2,000 hommes, 
répartis au col de la Seigne, à la Traversette, aux Eaux- 
Rouges, à Goletaz, à la Thuile et à Pallusieux. Au com- 
mencement de juin, ce dernier poste est refoulé par l'en- 
nemi, qui s'établit sans coup férir dans les retranchements 
du Prince Thomas et au col de la Croix 3 . Le régiment de 
Verceil s'avance dans l'Allée Blanche jusqu'aux retran- 
chements du lac de Combal, laissant des détachements à 
Entrèves et Avisaille, et mettant un poste à Baraccone 
Chavannes, au sud du mont Fortin 4 . Le prince porte son 
quartier général à Morgex; il fait occuper la redoute du 
Plan Pra et conduire du canon sur la montagne du Parc. 
Les Républicains sont dès lors obligés d'abandonner la 
Thuile et Goletaz 5 ; ils laissent une grand' garde à Pont 



1. Il n'est pas douteux qu'un projet semblable ait été concerté et que les craintes rela- 
tives à ce mouvement aient été considérables. Les nombreuses lettres adressées à Albitte 
et la correspondance des représentants du peuple en font foi. Mais, dès le 15 juin, le général 
Dumas, bien renseigné, avait exposé les faits sans exagération au comité de Salut public 
(Arch. de la Guerre), et son appréciation est corroborée par le rapport de Bâcher, en 
date du 4 juillet (pièce just. n" 65). 

2. En ne comptant qu'à 300 h. chacun des 16 bat. du duc de Montferrat (voir pièce 
just. n° 22), on obtient un total de 4,800 fusils, non compris la cavalerie et l'artillerie. 
D'après la situation du 3 juin (Arch. de la Guerre), le général Badelaune dispose de 3,142 h. 
en tout, savoir: à Goletaz, 6 e Ain, 721 h. ; à Pallusieux, 5° Rhône-et-Loire, 706 h.; à 
Sainte-Foy, bat. de Louhans, 907 h. ; a la Thuile, 6 e Côte-d'Or, 571 h. ; à Pré-Saint-Didier, 
grenadiers du bat. de la montagne, 82 h.; artillerie, 155 h. Il est juste d'ajouter que, le 
18 juin, la brigade du Saint-Bernard a pu être renforcée de 300 h» du 6 e de la Côte-d'Or qui, 
venant de Briançon, ont dû quitter Saint-Michel, le 15 juin, pour se rendre à Bourg-Saint- 
Maurice, on ne sait par quel chemin. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas, le 11 juin. Ce document tout à fait 
vague et, dans une certaine mesure, erroné, puisqu'en fin de compte l'avantage n'est pas 
resté aux Français, est le seul renseignement que l'on possède sur ce point. La pièce n° 40 c 
des Arch. de Breil (pièce just. n° 34), ne donne aucune indication précise, même sur la date. 
Thaon de Revel, p. 221, mentionne le 10 juin ; mais il ne paraît pas possible que, le lende- 
main, Dumas, à Briançon, ait eu connaissance de cette aii'aire. 

4. Arch. de la Guerre : Croquis joints aux situations de la brigade du Petit Saint- 
Bernard. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 40 c : pièce just. n e 34. 



132 DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 

juin 1794. Serrand avec trois canons pour éclairer les abords du camp 
établi en arrière de la Tête du Chargeur l . 

Enhardi par ces premiers succès, le duc de Montferrat 
fait attaquer le Petit Saint-Bernard, le 18 juin, par quatre 
colonnes. Les deux extrêmes ont pour objet de couper la 
retraite de l'ennemi. Celle de droite, partant de Baraccone 
Chavannes, doit gagner la tête du vallon de Breuil, en 
longeant le glacier de Chavannes, et déboucher sur l'Hos- 
pice, en passant à l'ouest du lac Verney 2 . La colonne de 
gauche, venant des cols du Mont et de la Sachette, a pour 
mission de marcher sur le col de la Traversette par la tête 
des vallons de la Loys Blanche et du Chardonney 3 . La 
longueur du trajet, l'extrême difficulté du terrain à par- 
courir, les empêchent l'une et l'autre d'arriver à temps 
pour prendre part à l'action 4 . 

La principale colonne, au centre, formée par le régiment 
de Saluées et le 3 e bataillon de grenadiers, quitte la Thuile 
au milieu de la nuit, surprend la grand' garde du Pont 
Serrand 5 , gagne rapidement le sommet de la Tête du 
Chargeur et s'empare du camp, qui est mis au pillage. 
Pendant ce temps, un bataillon de la légion légère et des 
milices remontent avec peine le vallon de Ruitor. Les 
éclaireurs débouchent à Colle di Fourcla, au moment où 

1. Cette indication n'est nulle part donnée aussi nettement. Elle résulte de la compa- 
raison de diverses pièces, notamment d'une lettre du roi à Colli, le 18 juin (Arch. de Breil, 
pièce n° 94.) 

2. Il ne semble pas que l'on puisse interpréter autrement l'expression « remontant le 
vallon de Chavannes » de la pièce n° 40 c des Arch. de Breil. D'ailleurs, si cette colonne 
avait descendu ce vallon, elle aurait débouché sous la Tête du Chargeur et n'aurait pas 
rempli le rôle qui lui était assigné. Il convient cependant d'observer que le lieutenant-colo- 
nel Raymond, dont l'opinion a été déjeà citée à propos de l'attaque du Petit Saint-Bernard, 
semble penser que cette colonne, formée du rég. de Verceil, se serait élevée par le vallon 
des Chavannes sur le flanc des Français, c'est-à-dire qu'elle aurait remonté ce vallon, en 
partant de la Thuile. Il est tout naturel dès lors qu'elle ne soit pas arrivée à temps. 

3. Remarquer également l'expression de la pièce n° 40 c précitée des Arch. de Breil : 
« longeant par crête et par les glaciers du Ruitor. » Voir en outre la lettre de Morel, en 
date du 19 juin, pièce just. n° 33. « La colonne (ou camp) du Miroir a vu, dans la nuit, descen- 
dre l'ennemi (du col du Mont), au nombre de mille. » 

4. M. le lieutenant-colonel Raymond mentionne toutefois que cette colonne, composée 
de chasseurs et de volontaires, et conduite par Xavier de Maistre, aurait rejeté sur Sainte- 
Foy le poste français du Miroir et aurait ensuite subi des pertes sérieuses en attaquant les 
ouvrages du col de Traversette. 

5. En répondant au « qui vive» des sentinelles françaises, « 6 e de l'Ain », d'après M. le 
lieutenant-colonel Raymond. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 133 

le général Badelaune rallie ses forces entre le lac Verney ™ n im 
et la Colonna Joux 1 . Négligeant tout d'abord ces derniers 
assaillants, il charge, avec son intrépidité ordinaire, le 
régiment de Saluées, en grande partie débandé. Les soldats 
de ce corps s'étaient enivrés, en vidant des tonneaux d'eau- 
de-vie abandonnés par les Républicains; ils n'opposent 
qu'une faible résistance et s'enfuient précipitamment, pour- 
suivis jusqu'au bord du ruisseau de Ruitor. Le régiment de 
la Marine 2 , servant de réserve, s'y était déployé et il couvre 
la retraite de la légion légère, dont le gros n'avait pas 
jugé à propos de s'engager en voyant la déroute du régi- 
ment de Saluées 3 . 

Resté maître du Petit Saint-Bernard, le corps du général 
Badelaune est bientôt renforcé d'un autre bataillon et porté 
à l'effectif de 5,000 hommes \ Une première position défen- 
sive est choisie et fortifiée à hauteur de la Tête du Char- 
geur, appuyée, à gauche, au ravin infranchissable de Breurl, 
à droite aux monts Chaz Dura et Belvédère 5 . En arrière, à 
droite et à gauche de l'Hospice, des baracons et des batte- 
ries couvertes sont préparés pour servir de réduit et de 

1. Il paraît très probable que Badelaune n'a pu rallier ses troupes que près de l'Hospice 
si l'on observe le post-scriptum de sa seconde lettre du 19 juin. « De la vie, je n'ai passé 
une aussi mauvaise journée. » — Bejay de la Coche (Arch. de la Sect. techn. du génie) dit 
même que l'Hospice était menacé par une foule de Piémontais qui se montraient au-dessus 
de la Colonna Joux, débouchant par le col du Mont. Mais il y a certainement là de 
l'exagération, aussi bien que dans le chiffre de 7 à 8,000 h. donné comme effectif de l'assail- 
lant. Le lieutenant-colonel Raymond indique que cette colonne de gauche était composée 
d'une partie du rég. de Saluées. 

2. Rég. de Suse, d'après le lieutenant-colonel Raymond. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres du général Dours, le 18 juin, de Morel et Badelaune, 
le 19, de Dumas, le 24. — Arch. de Breil, pièce n° 40 c et 94. — Pièces just. n 09 33 et 34. — 
Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche, qui indique 40 prison- 
niers piémontais, dont six officiers. Le général Dumas en mentionne 100, plus les blessés, et 
autant de tués. Enfin le roi, dans sa lettre à Colli, le 20 juin, accuse 60 à 80 h. entre morts 
et blessés. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 3 juillet : 6 e Ain, 1,080 h.; 5 e Rhône-et-Loire, 982 h.; 
6 e Côte-d'Or, 978 h., au camp des Eaux-Rousses ; 1 er Cote-d'Or, 1,013 h., venu de Briançon ; 
4' Ain, 1,132 h., remplaçant le bat. de Louhans à Séez ; artillerie, 146 h. et guides à 
pied, 34 h., à Bourg Saint-Maurice ; total, 5,365 h. 

5. Arch. de la Guerre : Croquis joints aux situations. Le quartier général était au ha- 
meau des Eaux-Roubses, près du refuge actuel n° 2. Sur la rive gauche du torrent de ce 
nom, il y avait deux camps : l'un avancé, dit des Chavannes, sur le petit plateau entre 
Pont Serrand et la Tête du Chargeur; l'autre, dit du Lac, en arrière, sur le replat au nord 
du lac Verney, avec un retranchement s'étendant du ravin servant à l'écoulement du lac 
jusqu'au quartier général. Sur la rive droite du torrent des Eaux-Rousses, il y avait égale- 
ment deux camps : l'un retranché sur le plateau de la Tour, nommé camp du Bois, avec le 
poste du Rocher, au-dessus du hameau des Suches ; l'autre en arrière, appelé camp du Pla- 
teau, au pied du cirque qui s'étend entre les monts Chaz Dura et Touriasse, couvert par le 
poste de Belvédère, sur les deux flancs du col de Fourcla. 

10. 



134 OCCUPATION DES COLS 

juin n94. postes pendant l'hiver \ De son côté, le duc de Montferrat 
conserve ses positions du col du Mont, des retranchements 
du Prince Thomas et de l'Allée Blanche, et en fait perfec- 
tionner les défenses 2 . On s'observe ainsi jusqu'à la fin de 
la campagne, 
occupation Dans la vallée de Suse, le général Valette occupe la 
rAssiette position de l'Assiette 3 , abandonnée par le corps piémontais, 
qui passe sous les ordres du baron de la Tour 4 et reste 
dans son camp retranché de Giaglione, en face de la petite 
division Dours, bien retranchée au mont Cenis 5 . Le duc 
d'Aoste, rassuré par le bon état des places de cette région, 
cherche en vain à refouler les Français de la vallée de 
Luserna 6 . Bien que réduit à 4,000 hommes 7 , le général 

1. A gauche de l'Hospice, une batterie couverte, vers les Lances, avec un baracon ser- 
vant de poste avancé, sur le mamelon 2,213, au sud du lac Verney ; à droite, une autre 
batterie couverte, sur le mamelon situé en France, au sud du lac Longet ; enfin, les ouvra- 
ges du col de Traversette, utilisés comme l'ennemi l'avait fait, c'est-à-dire pour faire face à 
une attaque venant du sud-est, par le col du Mont. C'est sur la Traversette que se serait 
replié le camp de Falconnière au-dessus du Miroir, tandis que celui de Filuel aurait gagné 
Sainte-Foy par le hameau des Cherez. Au col de la Seigne, il y avait, à droite et à gauche, 
deux petits camps. 

2. Arch. de la Guerre : Croquis joints aux situations de la brigade de Saint-Bernard. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Dumas, les 7 et 27 juin. Conférence du lieutenant- 
colonel Franco, le 26 avril 1798. Cartes de l'officier du génie Capitaine, donnant les posi- 
tions delà division Pellapra, en 1794. Plan de l'Assiette à la suite de la reconnaissance 
du chef de brigade La Peyrouse, en messidor an IV (juin-juillet 1796). — Arch. de la Sect. 
techn. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche. Notes de La Peyrouse. Le lieutenant- 
colonel Franco dit que : « de la longue chaîne des retranchements et redoutes, qui de 
l'Assiette se prolongeait à Fatières, en 1747, on s'était, en celte occasion, borné, faute de 
troupes, à soutenir la butte, c'est-à-dîre la partie en avant du chemin qui d'Exilles 
passe à Fénestrelle ; laquelle on. avait renforcée par des fortins fermés, liés aux anciens 
retranchements et par des ouvrages plus avancés qui balayaient l'avenue de Salbertrand 
et la pente en avant de la butte. » Il ajoute que « le besoin de troupes ailleurs ayant fait 
quitter les avenues du Vallon et de l'Assiette, les Français profitèrent de la fonte des 
neiges, qui du côté de Salbertrand est plus prompte, pour se mettre en possession, sans 
tirer un coup de fusil, de ces terribles retranchements, qui en 1747, leur avaient coûté 
tant de sang, sans y parvenir. » Dès le 7 juin, en effet, le général Valette avait constaté 
l'abandon de cette position et s'y était établi aussitôt que la neige l'avait permis. Il avait 
fait raser les retranchements jusqu'au Grand Seran, conservant seulement la partie méri- 
dionale, appuyée aux redoutes d'Exilles, de la Croix de Malte, de France ou la Tenaille et 
Sarde, sur la crête, à l'est de la précédente. Ce sont ces derniers retranchements qui furent 
détruits en 1796. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre du roi, le 24 juin. Aussitôt après la perte du 
mont Cenis, le baron Chino avait demandé à être relevé de son commandement. Le roi 
n'y avait pas consenti. Mais ce général avait été si affecté de cet échec qu'il avait fini 

Îar tomber gravement malade. Les Piémontais avaient replacé des gardes aux Quatre 
)ents, pour assurer la communication avec Exilles, et envoyé un détachement aux 
redoutes du col de Fenestre pour se relier avec Fénestrelle. 

5. Arch. de la Guerre : Plan du mont Cenis par le capitaine Dabadie. D'après la 
situation du 20 juin, il n'y a que 2,700 h. présents tant au mont Cenis qu'à Bramans. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi, les 29 mai, 2, 7, 13 juin et 1" juillet. Le 
11 e bat. de grenadiers passe de Luserna au camp de Borgo ; il est remplacé par un bat. 
de chasseurs et par les comp. de réserve des régiments de Nice et de Lombardie. Lettre 
du duc d'Aoste, le 12 juin, demandant à Colli 600 fusils pour attaquer les hauteurs au- 
dessus de Mirabouc. Pièce n° 108 : Lettre de Provera. le 12 juin. 

7. Arch. de la Guerre : Situation du 20 juin ; pièce just. n 36. Il y a dans la vallée 
du Guil et dans celle de Luserna 2,590 h. ; à Montdauphin, 1,153, plus 707 canonniers du 
parc de siège. Gouvion avait perdu 3,000 h. par suite de l'envoi des renforts à l'armée du 
Rhin, savoir : 1" légion des Alpes, 1,006 h.; 2" légion des Alpes, 977 h.; 1« du Rhône,l,024 h. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 135 

Gouvion résiste à toutes les attaques 1 , grâce à la force Juin 1794. 
naturelle des postes qu'il fait retrancher 2 . Toutefois une 
grand'garde est surprise, le 17 juin, à Fontgillarde, par un 
détachement du général Provera 3 , qui ne croyait pas 
cependant avoir assez de forces pour défendre avec succès 
les deux têtes de la vallée de la Vraita et craignait d'être 
tourné par la Maira, ainsi qu'il était arrivé en 1744 \ 

Du côté de la Stura, le général Vaubois, en communi- 
cation avec la brigade Monleau, poussait des reconnais- 
sances au-delà de Sambucco 5 . Le général Sérurier occupait 
fortement le Col Long 6 et portait les avant-postes vers 
Pianche 7 . L'un et l'autre réparaient les chemins en arrière 
de leurs positions, en attendant l'ordre d'attaquer la 
nouvelle ligne défensive établie par le général Christ de 
Santz entre Vinadio et le col del Mulo. En ce dernier 
point, dès le 17 juin, on a déblayé la neige et une garde 

1. On n'a aucun renseignements précis sur ces attaques, qui se sont produites surtout du 
côté de la Combe des Carbonieri. M. de Rochas d'Aiglun lui-même, dans ses Vallées 
Vaudoises, est très sobre à cet égard. 

2. Arch. de la Guerre : Plans de Capitaine. Les positions occupées par les troupes 
françaises dans la vallée de Luserna sont les suivantes : camp et retranchement de Bout- 
farront au Passo di Fionira (2.687 m ) ; quatre postes sur l'arête entre Punta la Bruna et 
Bric di Barion ; poste et retranchement de Malpertus ; poste et retranchement du 
Lauzet (carte sarde), sur le contrefort à l'ouest de C. Laus (carte italienne) ; déta- 
chement à la Punta di Garin (l,786 m ), avec deux postes échelonnés vers Grangié Bo di 
Benna ; camp de la Rousse ou la Rossa avec deux avant-postes sur le sentier de Prelapia 
et cinq autres échelonnés sur le contrefort de la rive droite de Comba Rossa jusqu'à Punta 
Plengh (2,686 m ). Les positions gardées par les Piémontais sont les suivantes : camp et 
retranchement au col Giulian ; quatre postes le long de Costa di Sandron ; retranchement 
et batterie au-dessus de Bobbio, à gauche ; camp entre le point 730 et Fontana délia 
Sanita, sur la rive droite du Pellice, avec un poste sous Garin, vers Combette ; trois 
postes le long de Costa Bussana; camp sur le plateau au nord de Punta del Vallone, avec 
deux postes sur les sentiers aboutissant à Grangié Ciabraressa ; camp au-dessus de 
Ciabraressa d'amont, avec trois postes sur l'arête entre Punta di Tronira et Punta Maccia. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du général Dumas, le 21 juin, et ordre de l'armée, le 22* 
Un capitaine et deux volontaires ont été égorgés et 40 soldats faits prisonniers. — Arch. de 
Breil, pièce n» 108 : Lettres de Provera, le 6 juin. Il a envoyé 200 h. au sommet du vallon 
de l'Agnel pour y enlever un détachement français qui s'y était montré la veille ; et le 
17 juin ; la nuit du 16 au 17, il envoya au-delà du col de l'Agnel un détachement de 
360 h., qui surprit dans Coste Rousse et Fontgillarde les postes français, leur fit 40 pri- 
sonniers, au nombre desquels deux officiers et un capitaine. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 108 : Lettres de Provera, les 12, 23 juin, 1 et 13 juillet. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas,*le 18 juin. — Arch. de Breil, pièce n° 107 : 
Lettres de Christ, les 10, 17 et 18 juin. Le poste de milices qui avait été placé au-dessus 
de Sambucco, se replie, le 9 juin, vers le col del Mulo. 400 Français occupent Sambucco, 
le 16, et attaquent, le 17, le col de Neraissa, dont les 80 h. se défendent victorieusement 
en faisant rouler des rochers sur la pente de la montagne. 

6. Arch. de la Guerre : Relation du général Garnier. Le Col Long est occupé, le 21 
juin, par deux comp. du 2 e bat. de la 83 e . 

1. Arch. de Breil, pièce n» 107 : Lettre de Christ, le 15 juin. Le poste de Pianche a 
été chassé avec perte de trois prisonniers, trois tentes et une marmite (sic). Lettre du 
21, 200 Français sont Tenus à Pianche. 



136 OCCUPATION DES COLS 

juin 1794. de 24 hommes y est placée 1 . A la fin du mois, les forces 
cantonnées dans le vallon de l'Arma viennent y camper, 
après avoir été renforcées par une partie de la garnison de 
Démonte 2 . Elles s'appuient, à droite, à une centurie du 
régiment de Savoie, poussée par M. de Sonnaz dans le 
vallon de Marmora 3 . A gauche, elles sont couvertes par 
deux postes retranchés au nord et au sud du mont Nebins, 
avec une grand'garde, à Colle Cialdoletta, vers San Mi- 
chèle, au-dessus de Sambucco 4 . Le pont de Pianche était 
coupé 5 , les débouchés des vallons de Bagni et de Sant' 
Anna défendus par des détachements installés sur les 
pentes rapides de la rive gauche de la Stura, et une batterie 
établie à Vinadio. Des milices se maintiennent même dans 
les montagnes situées à l'est de Prato Lungo et sur la rive 
droite du Riofreddo 6 . 

1. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 17 juin. — Arch. de la Guerre : 
Analyse des ordres du général Colli. Ordre, le 14 juin, au général Christ, de mettre au 
col del Mulo 70 h. de son rég., 30 de Courten, et 100 milices ; de ne pas changer les 
officiers de ce détachement. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettres de Christ, le 18 juin ; il a demandé au gouver- 
neur de Démonte un renfort de 40 h., pour porter à 130 h. la force du détachement envoyé 
au col del Mulo et composé de 63 h., des régiments de Courten et Christ, 72 h. de la 
garnison de Démonte et 100 paysans (Lettre du 15 juin). Une comp. de chasseurs de 
Nice se rend au même point, le lendemain. Lettre du 22 juin ; on compte remonter le 
camp vers le col del Mulo. Lettre du 30 juin ; la comp. Giletta va de Démonte au col 
relever la comp. Falchi. — Arch. de la Guerre : Rapports des prisonniers, déserteurs 
et espions à l'armée de Colli. Sous la date du 24 juin, on trouve dans cette pièce la rela- 
tion suivante d'une reconnaissance dont il n'y a aucune trace dans les documents français 
ou piémontais. « On a reçu une relation d'une attaque ou plutôt d'une reconnaissance de 
près, faite par l'ennemi, le 17, sur Canosio, par la montagne de Pianès. Les Français 
étaient au nombre de 700. Ils ont laissé, suivant leur usage, des réserves à Pianès, pour 
soutenir la retraite et, s'avançant sur deux colonnes, qui se sont ensuite subdivisées, ils 
ont fait mine de vouloir occuper les hauteurs de Launière, de Cassino et de Crocetti, 
et le village du Preit. 160 paysans armés, joints à deux comp. de milices les en ont 
chassés. Mais il est a craindre qu'après avoir reconnu les postes et les passages ils ne 
reviennent en force pour s'emparer de Pianès, qui les acheminerait à se rendre maîtres du 
col del Mulo. » 

3. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 25 juin. Pièce n° 108 : Lettres de 
Provera, le 20 juin, du chevalier de la Tour, du rég. de Savoie, le 19 juin, et de M. de 
Sonnaz, le 14 juillet. — Arch. de la Guerre : Analyse des ordres du général Colli : Ordre, 
le 14 juin, au marquis Colli, de faire occuper le village de la Marmora par la compagnie 
de Christini, d'y employer les paysans de Canosio et de la Marmora. Ce poste communi- 
quera, à gauche, avec le col del Mulo, à droite avec Saint-Michel, où commande le général 
de Sonnaz. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 21 juin ; envoi d'un renfort de 
70 h. à « Nibios », c'est-à-dire au col de Néraissa, où il y avait déjà un lieut. du rég. 
de Christ et 80 h. (Lettre du 7 juin), et établissement d'un nouveau poste de 40 h. à « Ni- 
bios supérieur » ou « vrai Nibios » d'après M. de Malausséna, autrement dit col de Sérour. 
L'emplacement de la grand'garde est désigné sous le nom de Cœur de la Vache dans les 
documents piémontais de cette époque. Voir d'ailleurs la description de cette région dans 
l'ouvrage intitulé Topographie militaire des Alpes, édité par le ministère de la 
guerre, p. 53. 

5. Arch. de Breil, pièce n 8 107 : Lettre de Christ, le 18 juin. 

6. Arch. de la Guerre : « Carte topographique des positions qu'occupe la division de 
gauche aux ordres du général Garnier, faite au quartier général de Rocabigliera, le 16 ni- 
vôse, an IV» (6 janvier 1796). Original signé Garnier. Rapports des prisonniers, déserteurs 
et espions à l'armée de Colli, — Arch. de Breil, pièce n° 107 ; passira. 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 137 

A la tête de la vallée du Gesso, le général Durand, de Juin im - 
la division Garnier, parvenait, malgré la rigueur de la 
température, à mettre une garde au col de Frcmamorta 1 . 
Les Piémontais restaient à la Piastra et au camp délia 
Ruinetta, au sud d'Entraque 2 . Aucun engagement ne se 
produisait non plus dans le vallon de Vermegnana. Il n'en 
était pas de même sur le front de la division de droite. 

En arrivant à Mondovi avec 1,300 hommes et deux 
canons, d'Argenteau, rendu indépendant du baron Colli, 
croyait pouvoir, selon les instructions du roi, prendre 
l'offensive 3 . Mais, après s'être rendu compte de la situation 
des avant-postes français 4 et, bien qu'il eût été renforcé 5 , 
il en venait à penser que, si la communication entre Mon- 
dovi et Ceva restait ouverte, c'est que l'ennemi le voulait 
bien 6 et il allait jusqu'à craindre d'être fait prisonnier, s'il 
s'obstinait à défendre Mondovi, comme il en avait reçu 
l'ordre 7 . Il avait cherché à concilier des conditions si con- 
tradictoires et à imposer à ses adversaires, en établissant 

1. Arch. de la Guerre '. Relation du général Garnier. Le 24 juin, le 3 e bat. de grena- 
diers campe à Fremamorta, après avoir réparé le chemin et déblayé la neige. 

2. Topographie militaire des Alpes, p. 63 et 64. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre du roi à Colli, le 4 juin. « Selon le degré d'assu- 
rance que vous pouvez avoir sur votre front, vous pouvez lui (à d'Argenteau) fournir jusqu'à 
la moitié de votre corps et prendre avec l'autre moitié la position plus resserrée et que vous 
jugez plus convenable. Enfin, c'est les circonstances qui doivent décider des détails. Mais 
l'objet important est de soutenir le Mondovi et Cève et de déloger l'ennemi, si, comme je 
l'ai dit plus haut, il n'est pas trop en force. Car il faut réfléchir que notre armée est déjà si 
petite qu'il ne convient pas de la risquer. » Pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, les 2 et 
5 juin. Cette dernière contient le projet d'attaque qui devait s'exécuter sur les deux ailes. 
Le colonel Brentano, avec 7 à 800 h. du rég. de Schmitfeld, marcherait de Ceva sur Batti- 
follo, tandis que d'Argenteau et trois bat. se dirigeraient de Mondovi sur San Michèle. Les 
deux autres bat. resteraient au sud de Mondovi, pour contenir les postes ennemis de Robu- 
rent. Enfin, deux bat. devaient être envoyés du camp de Borgo à Frabosa, pour attaquer 
Colle Navonera. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 3, 5, 6, 14, 16, 19 et 23 juin- 
Notice de Nicolas Dupré, le 13 juin, et déposition de Paola Liprandi, le 19. Si l'on compare 
les renseignements donnés dans les pièces que nous citons avec la situation de la division 
Masséna et la situation d'effectif de l'armée d'Italie, le 15 messidor (3 juillet), on recon- 
naît que d'Argenteau était dans le vrai en estimant, le 14 juin, à 6 à 7,000 h. les forces 
qu'il avait devant lui. D'après le rapport de Costa de Beauregard (Arch. de Breil, pièce 
n° 126), ces forces sont réparties sur quatre lignes, savoir : 1° Lisio, Monasterolo, Montaldo ; 
2" San Giacomo, Viola, Pamparato, Roburent, San Lorenzo ou plutôt San Salvatore ; 
3 8 Priola, mont Fareï ou Prarina, Casotto, Serra, Pra ; 4° Bagnasco, Garessio, Ormea, 
Viozene et Carnino. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 2 juin, il a 1,352 h.; le 5 juin, 
il reçoit 268 h.; le 6 juin, il a 2,067 fusils et 382 chevaux ; le 11 juin, il a 2,590 fusils et 
407 chevaux; le 21 juillet, il a 3,440 h., y compris la cavalerie. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 84 ; Lettre de d'Argenteau, le 5 juin, à 10 h. du matin. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 6, 10, 13, 14, 16 et 19 juin. 
Pièce n° 94 : lettres du roi, les 4, 15 et 20 juin. 



138 OCCUPATION DES COLS 

juin 1794. d e Frabosa Soprana à San Michèle, le long de la rive gau- 
che de la Corsaglia, une chaîne de postes l , qui avaient de 
fréquents engagements avec les patrouilles des généraux 
Laharpe et François 2 , et en réunissant le reste de ses forces 
dans des retranchements construits au sud de Mondovi 3 . 

La levée ^ ce moment, Victor-Amédée crut devoir céder aux ins- 

en masse 7 

piemontaise. lances 4 ^e ceux q ue l'insuccès de la levée en masse du 
Mondovi n'avait pas éclairés et qui croyaient remporter, 
miraculeusement et seulement avec des paysans 5 , les 
avantages que n'avaient pu obtenir ni l'armée, ni les trou- 
pes régulières et les habitants agissant de concert. Les 
cultivateurs des provinces d'Acqui, d'Alba et de Mondovi, 
entraînés par un avocat nommé Pepino Robusti 6 , reçoi- 
vent l'autorisation de prendre l'offensive, les premiers sur 
Loano, les seconds dans la vallée du Tanaro, les derniers 
vers la haute Corsaglia 7 . Le général d'Argenteau, redou- 

1. Arch. de Breil, pièce n" 126. Cette chaîne a neuf milles (de Piémont) de longueur. Les 
postes, en commençant par la droite, sont les suivants : Cane ou Canei, Casera Vecchia ou 
Vecchie, mont Mo ou Moro, Frabosa Soprana, Paila, Aibor (?), Monastero, Vasco, le Pilon 
de la Mora (col au N.-E. du mont Roccon de la carte italienne), Roubera (?), San Martino, 
Molline, mont Saint-Etienne ou San Stefano, Bon Jésus ou Buon Gesù, San Michèle. 

2. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, les 15, 18, 21 juin et 2 juillet, mention- 
nant diverses affaires dans les environs de Bagnasco et de Scagnello, les 11, 14, 24 et 
27 juin. — Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 5, 17, 19, 23, 25 juin. 
6 et 19 juillet, relatant deux attaques du côté de Frabosa, au col de Mommo et à la Pra, 
près de Navonera, et des engagements vers Ceva. Dans sa relation, M. de Malausséna ré- 
sume ces faits, qui ne concordent pas, en indiquant que les Piémontais ont perdu 200 h. 
entre tués et prisonniers. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 11, 19 et 23 juin. Il avait fait 
venir des outils de Coni ; mais les troupes travaillaient mal et étaient contrariées par la 
pluie. D'après M. de Malausséna. « au-devant de la ville, sur la venue de Vico, il fit cons- 
truire deux batteries retranchées, aux premières buttes qu'on rencontre en sortant ; il y 
plaça son artillerie, consistant en quatre pièces de 4, deux de 8 et un obusier. » 

4. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi, les 23 et 30 juin. Dans la première, le roi 
s'exprime ainsi : « Je prendrai aussi en considération le projet de la levée des hommes, qui 
souffre cependant de grandes difficultés. » 

5. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 30 juin, à 6 heures du soir : 
« Selon les ordres du roi, la troupe ne doit pas s'en mêler. » 

6. Arch. de la Guerre : Conférence de M. Costa de Beauregard, le 19 avril 1798. Il s'ex- 
prime ainsi : « Les populations des provinces d'Acqui, d'Alba et de Mondovi furent convo- 
quées et durent former un corps de 10,000 h., sous le commandement d'un chef appelé 
Robusti, dont la réputation prit naissance et s'évanouit dans trois jours, avec l'existence de 
son armée. » 

7. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 30 juin, et pièce n* 94 : Lettre 
du roi, à la même date. Dans cette lettre, le roi ne parle que des habitants de la province 
d'Acqui, tandis que le général d'Argenteau indique les trois provinces. — Mémoires de Ro- 
guet, p. 140. On avait compté sur 40,000 h., la réunion ne s'est pas portée à 10,000. Dans 
une lettre du 3 juillet, d'Argenteau dit, sans doute ironiquement, que « peut-être les 
Français croient la masse de 40,000 h., comme à Turin. » Ces assertions se retrouvent 
dans le rapport de Dumerbion, le 7 juillet : « L'armée de 40,000^ h., qu'on annonçait 
être prête a fondre sur Savone et sur la droite de la notre, s'est réduite jusqu'à présent 
à 10 ou 12,000 cerfs (sic) du tyran sarde... » 



DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 139 

tant les conséquences de cette prise d'armes intempestive 1 , Juillet im 
avait porté six compagnies du régiment de Mondovi à 
Frabosa 2 , point de concentration marqué par le baron Dél- 
iera pour la levée des Langhe. Mais, le 1 er juillet, jour fixé 
pour l'attaque 3 , il n'y avait encore que 60 hommes 4 , et, 
le 7, les 2,000 paysans réunis 5 avaient trouvé les Képubli- 
cains si bien renforcés 6 , postés et retranchés au col de 
Navonera qu'ils n'avaient pas osé les attaquer ; on crai- 
gnait même de les voir déboucher sur Villanova 7 . Les 
autres expéditions étaient d'ailleurs aussi inutiles. Du 2 
au 6 juillet, des colonnes conduites par des prêtres revêtus 
d'ornements sacerdotaux, précédées de confréries de péni- 
tents portant des bannières et chantant des cantiques, se 
présentent devant Casotto, Poggiolo, Battifollo et dans la 
vallée duTanaro 8 . Elles sont refoulées en quelques ins- 
tants, sans effusion de sang, sauf sur ce dernier point, où 
trois compagnies du 5 e bataillon de grenadiers ont avec 



1. Arch. de Breil, pièce n° 84: Lettre de d'Argenteau, le 30 juin. Il signale que la popu- 
lation d'Acqui doit marcher sur Loano, celle d'Alba par Murialdo sur Garessio, et celle de 
Mondovi par Frabosa où elle pourra. Il croit que la première ne rencontrera pas d'ennemi, 
que la deuxième sera écrasée, si elle dépasse Bagnasco et que, si les Français ont le sens 
commun, la troisième fera de l'eau claire (sic). 

2. Arch. de Breil, pièce n» 84 : Lettres de d'Argenteau, les 30 juin, 5 et 6 juillet. 1 
indique, dans la première, qu'il ne laissera à Mondovi que trois bat. et les avant-postes ; 
qu'il marchera avec trois bat. entre Montbasilio et Battifollo et qu'il portera 700 h. de 
Ceva entre Malpotremo et Battifollo ; dans la seconde, qu'il a envoyé un bat. à Frabosa 
et, dans la troisième, qu'il y a au même point 10 comp. du rég. du Mondovi, pour soutenir 
la masse et le général Déliera. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 30 juin, et pièce n° 94 : Lettre 
du roi à la même date. 

4. Arch. de Breil, pièce n 8 84 : Lettre de d'Argenteau, le 1 er juillet. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 3, 5 et 7 juillet. 

6. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, des 28 et 29 juin, 1 et 2 juillet. — Arch. de 
Breil, pièce n" 84 : Lettre de d'Argenteau, le 6 juillet, indiquant que les Français sont au 
nombre de 3,000 h. à Navonera, avec quatre pièces de canon. 

7. Arch. de Breil, pièce n» 84 : Lettre de d'Argenteau, les 3 et 7 juillet. Il envoie deux 
bat. à Villanova et à Frabosa. 

8. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion, les 4, 6, 7 et 10 juillet, mentionnant 
des attaques aux avant-postes de Garessio, dans la nuit du 1 au 2, à la Sotta et à Pu- 
jello, par 5,000 h., le 3 au soir, enfin, le 6, aux avant-postes de Fiorella. On a fait 10 pri- 
sonniers, dont un prêtre, tué 10 h. et blessé un grand nombre. Les Français ont trois 
blessés, dont un grièvement. — Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 
5 juillet, annonçant que 3,000 h. avaient été à Murialdo et s'étaient enfuis devant 15 Fran- 
çais, ainsi qu'un renfort de 600 paysans. Lettre du même général, le 7 juillet, disant 
que 400 h., envoyés de Garessio vers Bardinetto, avaient dissipé la masse qui se dirigeait 
sur Loano. — Mémoires de Roguet, p. 141, racontant un engagement des avant-postes de 
la 21* demi-brigade avec la masse, le 2 juillet. — Mémoires de Masséna, p. 88. Tous ces 
documents ne concordent pas absolument pour les dates et ne donnent que des renseigne- 
ments assez vagues sur les points où ont eu lieu les engagements. 



140 OCCUPATION DES COLS 

juillet 1794. des Croates un court mais assez vif engagement 1 . Du 
côté de Loano, le 3 juillet, vers 4 heures du soir, Robusti 
dirige lui-même, le long de la mer, quatre à 5,000 paysans, 
qui s'enfuient en désordre vers la Pietra, à la première 
décharge de quelques pelotons postés sur les hauteurs par- 
le chef de brigade Laffont. Le lendemain, il parvient 
cependant à ramener ses gens en avant ; mais ils se dis- 
persent bientôt devant une charge à la baïonnette, aban- 
donnant leurs bannières et une douzaine de prisonniers 2 . 

1. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 7 juillet. Cette affaire a eu lieu le 4 : 
« Une compagnie de grenadiers allant à la découverte a rencontré une patrouille ennemie 
très nombreuse. La fusillade s'est engagée de part et d'autre. Deux autres comp. de 
grenadiers ont marché d'abord au secours de la première. Les ennemis sont sortis de 
leurs retranchements au nombre de 7 à 800 de troupes de ligne. L'affaire est devenue très 
chaude. Mais ils ont été forcés comme à l'ordinaire de céder à la bravoure des Républi- 
cains et de se réfugier dans leurs retranchements. Ils ont perdu beaucoup de monde. On 
leur a fait six prisonniers et un des nôtres a été blessé légèrement. » — Arch. de Breil, 
pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 5 et 6 juillet. 1.500 Français ont essayé de sur- 
prendre, dans la nuit du 4 au 5 juillet, le poste de Battifollo, qui a pu se replier sur Mont- 
basilio. Il y a résisté avec perte d'une vingtaine d'hommes. « En échange, ajoute d'Ar- 
genteau, les Croates ont rapporté les têtes de 12 Français. » Cet épisode peut donner une 
idée de la férocité de cette troupe et du bien fondé de la réclamation que Kellermann 
adressera à M. de Wins, l'année suivante, pour un fait de même nature. 

2. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna, le 3 juillet, à l'adjudant général Vabre. 
Rapports de Dumerbion, les 4, 5, 6, 7 et 8 juillet. Laffont avait 10 comp. ; il n'a engagé 
que 40 h., il a fait 12 prisonniers. Lettres de Mounier, adjudant général, chef d'état-major 
de Masséna, et de La Chèze, consul de France à Gênes, le 3 juillet. — Arch. de Breil, 
pièce n° 84: Lettre de d'Argenteau, le 7 juillet. — Mémoires de Roguet, p. 141. Il donne par 
erreur la date du 2 juillet, bien qu'il parle de l'affaire du 4; il transforme le nom de 
Robusti en Rebuffi. — Mémoires de Masséna, 1 er vol., p. 87. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 5 et 7 juillet. 

4. M. de Malausséna, dans sa relation, s'exprime ainsi à ce sujet : « Malgré le peu de 
succès des escarmouches et petites attaques que l'on vient de rapporter, dont le peuple 
a été l'agent principal, on ne saurait disconvenir que la levée en masse n'ait rendu un 
grand service dans cette partie... Le peuple, par cela seulement qu'il fit connaître sa 
disposition à se défendre dans le moment où les Français n'oubliaient rien pour le soulever, 
a déconcerté leur projet, rendant vaines leurs trames, et servit peut-être plus utilement à 
garantir le Piémont d'une invasion que toute autre disposition. En gagnant les sommets 
des Alpes, ils s'étaient mis en position d'encourager et profiter d'une insurrection du 
peuple. Mais, ne pouvant se flatter de l'avoir favorable, ils durent craindre que les mêmes 
hommes, que leur inexpérience dans les combats rendaient impropres à soutenir un choc 
en rase campagne, ne les eussent détruits en détail, s'ils les eussent attaqués dans leurs 
foyers, en s'engageant dans l'intérieur du pays avec des forces insuffisantes pour les 
contenir. » Malgré l'importance de ces considérations morales et politiques, on ne saurait 
en accepter les conclusions sans réserves. L'opinion de M. de Malausséna, exprimée peu 
après la guerre, repose sur une appréciation erronée des forces françaises, appréciation 
basée non sur des documents officiels, mais plutôt sur les opérations dont la lenteur, la 
timidité et l'incohérence n'ont pu s'expliquer tout d'abord pour les Piémontais que par 
la faiblesse de l'effectif des assaillants. M. de Costa de Beauregard, dans sa conférence 
du 19 avril 1798 sur la campagne de 1794, ayant à sa disposition un rapport du ministre 
de la guerre Pétiet, est bien loin de partager cette manière de voir, ainsi que le prouve 
l'extrait suivant : « La masse se mit en mouvement, le 9 ; elle était entièrement dissipée, 
le 12, et ce mauvais succès produisit un effet très fâcheux, en avilissant à leurs propres 
yeux des hommes naturellement belliqueux et fidèles et desquels on aurait pu tirer un 
excellent parti, en les employant de toute autre manière. Les généraux français, dans 
leurs rapports au gouvernement, firent sonner fort haut la défaite des masses piémontaises, 
qui, dans la vérité, ne leur coûta nul effort. Cet épisode put tout au plus servir à retarder 
de quelques jours les opérations offensives du corps qui devait agir sur la Vermenagna ». 
Cette dernière supposition est même erronée, ainsi qu'on le verra dans le chapitre 
suivant. Des documents des Arch. de la Guerre il résulte nettement qu'on n'a jamais 
accordé plus d'importance qu'il n'en méritait à cet essai de levée en masse. Rien n'est 
plus curieux à cet égard que l'ordre de Masséna à l'adjudant général Vabre, dont voici 






DU PETIT SAINT-BERNARD ET DU MONT GENIS 141 

Ainsi se terminait cette seconde tentative mal concertée Juillet im 
de levée en masse, dont le chef était déclaré traître et mis 
en prison 1 . Son issue ridicule n'avait d'ailleurs aucune 
influence sur les opérations beaucoup plus importantes 
qui venaient d'être entamées 2 . 

l'analyse : « L'adjudant général Vabre ira à Balestrino avec trois comp. du 2 e bat. de la 
56 e demi-brigade ; il reconnaîtra l'ennemi ; il informera le chef de brigade Laffont. Si 
Loano est pris, ce qui est peu probable, il attendra le renfort qui suit pour chasser 
l'ennemi avec Laffont.» Ce que l'on prévoyait, dès cette époque, à l'état-major de l'armée 
d'Italie, et ce que l'on redoutait, c'était une marche des Autrichiens de Dégo sur 
Savone, pour entrer en communication avec les Anglais. C'est pour cette raison que 
Masséna était parti lui-même pour Loano avec le 1" bat. du 99 e , peu après l'envoi de 
Vabre, et que, le 9 juillet, le général Cervoni allait prendre le commandement des forces 
réunies entre Balestrino et Loano (Les notes 1 et 2 de la p. 140 correspondent aux 
notes 3 et 4 de la p. .141). 



142 OPERATIONS COMBINEES DES ARMÉES 

CHAPITRE III 
OPÉRATIONS COMBINÉES DES ARMÉES 

DES ALPES ET D'ITALIE 



Plan de campagne contre le Piémont et l'Autriche. — Préparatifs pour 
le siège d'Exilles. — Marche de la division Macquard sur Borgo 
San Dalmazzo. — Résolution prise par le général Colli. — Le corps 
autrichien de Lombardie s'avance en Piémont. — Retraite de la 
division Macquard. — Dispositions défensives des armées républi- 
caines. — Affaires dans les vallées de la Stura, de la Maira et de la 
Vraita. — Mouvement des troupes impériales vers le territoire de 
la République de Gênes. — Expédition de Dégo. — Occupation de 
Vado. 

juin 1794. En portant lui-même à Paris le second projet d'opéra- 
pian tions établi par Bonaparte ! et adopté à Nice, le 20 juin, 

de campagne 

le Piémont P ar * es représentants du peuple près les armées des Alpes 
et l'Autriche. e ^ ^'Italie, Robespierre jeune n'avait pas seulement pour 
but d'obtenir l'approbation du comité de Salut public ; ce 
n'était là, en somme, qu'une seconde manœuvre prépa- 
ratoire à l'exécution du plan de campagne contre le 
Piémont, qui, dès la fin de mai, avait été rédigé par 
l'adjudant général Clausade 2 . 

1. Correspondance de Napoléon, n» 30. Voir chapitre précédent. 

2. Arch. de la Sect. techn. du génie: Histoire militaire, carton 1-8, n 8 79. Copie du 
plan d'opérations combinées entre les armées des Alpes et d'Italie, par l'adjudant général 
Clausade, 9 prairial, an II (28 mai 1794). L'adjudant général Clausade était un officier de 
cet ancien corps si remarquable des ingénieurs ou du génie, qui a fourni, avec celui de 
l'artillerie, le fond des états-majors des armées de la Révolution. Il a exercé provisoire- 
ment, en 1794 et 1795, les fonctions de chef du génie à l'armée d'Italie. Il est mort dans 
l'hiver de 1795 à 1796 et a été remplacé par le général Vital (Arch. administ. de la 
Guerre). On regrette que la longueur du document n'ait pas permis de l'insérer aux 
pièces just. La nécessité du siège de Démonte comme préliminaire de celui de Coni, base 
des deux projets rédigés par Bonaparte, y est nettement démontrée par un raisonnement 
très rigoureux. Clausade prévoit, en outre, la rédaction d'une série de mémoires traitant 
de toutes les manœuvres a exécuter, jusques et y compris le siège de Turin, des mouve- 
ments à effectuer au cas où les Autrichiens se porteraient sur Gènes ou Savone, d'un 
déploiement éventuel le long du littoral, etc. Ces divers mémoires n'ont pas été retrouvés; 
mais on conçoit qu'ils ont dû être établis soit par Clausade, soit, comme pour l'expédition 
de Démonte, par le général Bonaparte, soit même par d'autres officiers. On s'explique 
alors la promptitude avec laquelle on a pu, après le 9 thermidor, porter une partie de 
l'armée sur le littoral, puis la réunir pour l'affaire de Dégo. 



DES ALPES ET D'iTALIE 143 

Les vues d'Augustin Robespierre étaient encore plus Juin 1794. 
vastes et ne tendaient à rien moins qu'à atteindre, après le 
roi de Sardaigne, l'ennemi héréditaire de la France, l'em- 
pereur d'Allemagne, dans ses possessions italiennes, pour 
l'obliger rapidement à accepter la paix. La réussite de 
desseins aussi importants et avantageux pour la Républi- 
que exigeait le secret le plus absolu 1 . Aussi n'avaient-ils 
pas été d'abord consignés par écrit ni même communiqués 
verbalement au représentant du peuple Laporte, de 
l'armée des Alpes 2 . 

1. Mémoires de M asséna, par Koch, p. 93 et suiv. Le secret a été si bien gardé, en 
effet, que Koch et Jomini, qui d'ailleurs se bornent le plus souvent à copier le manuscrit 
du commandant du génie Paulinier, donnent une interprétation fort erronée de ces 
négociations et, par suite, des opérations de cette deuxième partie de la campagne de 1794. 
Il en est de même de l'auteur du Tableau de la guerre de la Révolution en France, 
bien qu'en général il semble avoir consulté les documents officiels. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre des représentants du peuple Albitte, Laporte et Sali- 
ceti, de Barcelonnette. Ils ignorent même, semble-t-il, que le projet d'opérations élaboré 
à Nice, ne concorde pas avec celui prescrit par le comité de Salut public. — Correspon- 
dance inédite de Napoléon : Note sur la position politique et militaire de nos armées de 
Piémont et d'Espagne, remise par Robespierre jeune, 1 er thermidor, an II. Voir pièce 
just. n* 42. L'examen de ce document donne lieu aux observations suivantes : 1° Quelle que 
soit la compétence de la commission chargée de la publication de la Correspondance de 
Napoléon, on ne saurait accepter, sans reserves, les indications qu'elle a données sur ce 
document. En admettant qu'il soit de la main de Junot, assertion qu'il paraît bien difficile 
de vérifier, rien ne s'oppose à ce que cet officier ait accompagné Robespierre jeune à 
Paris, afin de l'aider, par ses connaissances militaires, dans les démarches qu'il devait 
faire, sans doute aussi pour hâter l'expédition des objets nécessaires au service de l'artil- 
lerie, demandés par plusieurs états, depuis le 28 mai. Les recherches faites, tant aux Ar- 
chives historiques qu'aux Archives administratives, n'ont pas permis, il est vrai, d'établir 
ce point d'une manière certaine ; mais cette supposition n'a rien d'invraisemblable, étant 
données les relations d'amitié qu'entretenaient Bonaparte et Robespierre jeune et qui sont 
nettement établies par le général Iung dans Bonaparte et son temps, et par M. Hamel 
dans son Histoire de Robespierre. — 2° Quel que soit le rédacteur de cette pièce, il est bien 
évident qu'elle a été dictée avant le 1 er thermidor ; mais il est fort douteux qu'elle l'ait 
été par Bonaparte, c'est-à-dire à Nice. En effet, cette note est manifestement une réponse 
à une fin de non recevoir ou à des objections produites relativement à la proposition de 
réduire les armées des Pyrénées au profit de celle d'Italie. Est-il admissible qu'une ques- 
tion, restée si secrète que nous la connaissons par ce seul document, inédit jusqu'à ce 
jour, ait été traitée par correspondance, entre le comité de Salut public et les représen- 
tants du peuple, sans qu'il nous en soit parvenu aucune autre trace ? N'est-il pas plus 
naturel de penser que cette note a été rédigée à Paris, à la suite de discussions verbales 
entre Carnot et Robespierre jeune, discussions qui ont dû être assez vives, à ce moment 
où le désaccord entre les membres du comité de Salut public s'accentuait de jour en 
jour ? On oserait presque en donner comme preuves les lignes barrées sur l'original et se 
rapportant à une pensée si brillamment réalisée par Bonaparte en 1796, mais à laquelle le 
comité de Salut public, puis le Directoire, n'ont accédé que de mauvais gré. — 3" Ce n'est 
pas à dire que les idées exposées dans cette note n'aient pas fait le sujet d'entretiens, à 
Nice, entre Robespierre jeune et Bonaparte (voir Hamel, Histoire de Robespierre, tom. III, 
p. 434) ; les écrits et les actes ultérieurs de ce dernier prouvent combien il partageait ces 
vues, en ce qui concerne le but et la manière de diriger les opérations de l'armée d'Italie. 
Toute la question est de savoir qui des deux a donné ou reçu. En 1794, Bonaparte a 
fait preuve de talents militaires incontestables, mais surtout de cette énergie et de cette 
activité intellectuelles et physiques qui le distingueront toute sa vie. Son projet d'opéra- 
rations du 21 mai n'est qu'une adaptation du plan du prince de Conti ou de Bourcet, en 
1744. Celui du 20 juin est déjà plus étudié, mais il est difficile de lui attribuer, en 1794, 
une largeur de vues et une netteté de pensées politiques, dont le mémoire et les instruc- 
tions du mois de juillet 1795 (Correspondance de Napoléon, n" 50, 52 et 53) ne présentent 
qu'un pâle reflet. En tout ca6, si Bonaparte était l'auteur des considérations exposées dans 
cette note, considérations si justes qu'elles paraissent prédire la funeste issue de la guerre 
d'Espagne, il aurait prononce à l'avance, et dans les termes les plus forts, la condamnation 
de l'entreprise de Napoléon. 



144 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet 1794. Pour mener à bonne fin cette entreprise considérable, 
les ressources actuelles de l'armée d'Italie en artillerie, 
cavalerie et charrois paraissaient insuffisantes 1 . On ne 
pouvait plus rien tirer de l'armée des Alpes, qui avait déjà 
donné tous ses cavaliers, dont l'infanterie avait été réduite 
par l'envoi de 10 bataillons sur le Rhin et qui manquait 
de poudre 2 . Il eût été dangereux d'affaiblir les troupes qui 
luttaient péniblement, quoique victorieusement, sur les 
frontières du nord et de l'est. Les succès remportés par les 
armées des Pyrénées 3 permettaient au contraire de prendre, 
de ce côté, une attitude défensive, appropriée à la configu- 
ration topographique du pays et en rapport avec le carac- 
tère espagnol. On devait donc en tirer les renforts en 
personnel et en matériel nécessaires pour agir vigoureu- 
sement en Piémont et en Lombardie. 

Malheureusement, au moment où Robespierre le jeune 
arrivait à Paris 4 , de trop graves dissensions existaient 
entre les membres du comité de Salut public pour qu'une 
détermination aussi grave fût prise sans objections 5 . 
Quelque remarquable qu'il fût, ce projet, présenté par le 
frère de celui que l'on accusait déjà de tyrannie 6 , devait 

1. Arch. de la Guerre : Correspondance inédite de Napoléon ; états du 28 mai, pour 
l'artillerie; du 18 juin, pour les fourrages et les charrois. Lettres de Dumerbion, le 28 mai; 
du chef d'état-major, le 5 juillet; de la commission de l'organisation et des mouvements, 
les 1 et 7 juillet. Note du 20 juin, aux pièces just., n° 39. 

2. Voir chapitre précédent et Arch. de la Guerre : Lettre de Laporte, le 1 er juin. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Laporte, le 3 juin. Les principaux succès de l'armée 
des Pyrénées-Orientales sont les suivants : 30 avril, prise de la redoute de Montesquiou ; 
4 mai, abandon de Céret, par les Espagnols ; 19 mai, victoire d'Augereau à Saint-Lau- 
rent de la Mouga ; 25 mai, occupation du fort Saint-Elme ; 5 juin, capitulation de Col- 
lioures. A la même époque, les troupes des Pyrénées-Occidentales allaient entrer dans la 
vallée de Bastan et, le 31 juillet, Irun était prise et Fontarabie se rendait. 

4. Il est assez difficile de déterminer exactement la date d'arrivée de Robespierre jeune 
à Paris. Il a dû quitter Nice après le 20 juin, jour auquel le projet d'opérations est signé 
par lui et par Laporte. Il est même à peu près certain que ce dernier, qui écrit de Grenoble 
au comité de Salut public, le 2 juillet, a dû l'accompagner. Les deux représentants du 
peuple se sont probablement arrêtés à Toulon, à Marseille et peut-être à Lyon, pour 
conférer avec leurs collègues. Robespierre jeune a donc pu arriver à Paris, le 3 juillet. 
Dans tous les cas, il y est certainement avant le 6, puisque c'est à cette date (18 messidor) 
que sa sœur Charlotte lui écrit cette lettre de reproches dont il est question dans l'Histoire 
de Robespierre de M. Hamel, tom. III, p. 662. Cette lettre prouve d'ailleurs que Robes- 
pierre jeune était déjà depuis quelques jours à Paris. On est donc en droit d'admettre qu'il 
y était, le 3, date de l'arrêté du comité de Salut public. 

5. Voir pièces just. n°» 39 et 42. La première est une sorte de résumé des demandes à 
faire, qui a dû être remise au comité, le 3 ou le 4 juillet, et a pu être rédigée à Nice. C'est 
à ce sujet qu'ont été sans doute engagées des discussions au cours desquelles le seconde 
note a été établie. 

6. Histoire de la Révolution par Mignet, chap. IX, et Histoire de Robespierre par 
Hamel, tom. III, liv. 15. 



DES ALPES ET D'ITALIE 145 

être accueilli avec défiance. Aussi se bornait-on à rappeler 
le général Dumas 1 , qui semblait être en mésintelligence 
avec son état-major 2 et hostile à l'action combinée des 
deux armées 3 , admise dès les 8 et 13 juin 4 . Un arrêté du 
3 juillet prescrivait cependant une expédition sur Coni, 
mais pour l'armée d'Italie seulement 5 . 

A la réception de cet arrêté à Nice, Ricord fixait au 
20 juillet le commencement des opérations, qu'il était 
bientôt obligé de reporter au 8 août, sur la demande des 
représentants du peuple près l'armée des Alpes. Ceux-ci, 
occupés à ce moment d'une inspection des postes du mont 
Cenis et du Petit Saint-Bernard, hésitaient à s'engager 
sans ordres précis du comité de Salut public 6 . Ils espé- 
raient en outre gagner le temps nécessaire pour s'emparer 
d'Exilles. . 

Aussitôt après l'occupation du mont Cenis, les repré- 
sentants du peuple près l'armée des Alpes avaient proposé 
d'assiéger Exilles et Pignerol; mais ce projet, approuvé, le 
22 mai, par le comité de Salut public 7 , avait bientôt cédé 
le pas au plan d'opérations combinées conçu par les 



Juin-Juillet 
1794 



Préparatifs 

pour le siège 

d'Exilles. 



1. Arch. de la Guerre : Lettre de Dumas à Petit-Guillaume, le 4 juillet, et ordre du 
lendemain annonçant que ce dernier prend le commandement provisoire. Ce rappel n'a du 
reste pas été une disgrâce, puisque, le 30 thermidor (9 août), Dumas recevait le comman- 
dement de l'armée de l'Ouest. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Carnot,le 5 juillet, de Laporte et Albitte, les 11 et 13; 
voir cette dernière, pièce just. n° 41. Correspondances des 4, 13 et 30 juin, relatives à un 
conflit survenu entre le général Dumas et le commissaire ordonnateur en chef Alexandre. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre d' Albitte et Laporte à Robespierre jeune, le 18 juillet, 
voir pièce just. n° 41. 

4. Voir chap. précéd. et aux Arch. de la Guerre, à ces dates. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Ricord, le 29 juillet, pièce just. n° 43. Il n'existe aux 
Arch. de la Guerre aucune autre trace de cet arrêté, dont la minute a dû être détruite 
le 9 thermidor, au moment où était écrite la lettre du 13 août, donnée aux pièces just., 
n° 48. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres d' Albitte et Laporte, les 18 et 25 juillet, et de Ricord, 
le 20. Voir les premières et la dernière aux pièces just. n 09 41 et 43. L'arrêté du 3 juillet 
ne parait avoir été adressé qu'à Ricord, puisque ce n'est que le 18, c'est-à-dire 15 jours 
après, que les représentants du peuple près l'armée des Alpes en sont avisés par lui. 

7. Il n'existe pas aux Arch. de la Guerre d'autre pièce ayant trait à cette question que 
la lettre du. comité de Salut public aux représentants du peuple, qui se termine ainsi qu'il 
suit : « Le brave d'Espagne nous a fait part de vos vues sur Pignerol et le fort d'Exilles 
pour la continuation des opérations de la campagne ; elles sont sages et nous en atten- 
dons le plus heureux succès. Nous nous en reposons sur vous avec la plus grande confiance 
et sur l'énergie et les talents du brave général Dumas. » L'adjudant général Espagne 
était aide de camp du général Dumas, qui l'avait chargé de porter à Paris la relation de 
la prise du mont Cenis. Il se peut qu'il ait présenté verbalement le projet d'opérations 
sur Exilles et Pignerol. 



146 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet 1794. représentants du peuple près l'armée d'Italie. Toutefois, à 
la suite de l'envoi des 10 bataillons à l'armée du 
Rhin, le général Dumas, ne se croyant plus assez fort 
pour prendre l'offensive, considérait la prise d'Exilles 
comme le seul moyen de pouvoir conserver, pendant 
l'hiver, la haute vallée de la Dora Riparia et de s'assurer 
ainsi un débouché au début de la campagne suivante l . Le 
8 juillet, Albitte et Laporte admettaient cette manière de 
voir, pensant sans doute être en état de terminer rapide- 
ment l'expédition 2 . 700 sapeurs sont réunis à Oulx pour 
l'exécution des travaux, dont le chef de brigade du génie 
Lapeyrouse prend la direction 3 . Ordre est donné à Greno- 
ble de diriger le parc de siège sur Sainte-Catherine de 
Briançon 4 et de construire des échelles pour l'assaut 5 . 

Bien que la brigade Vallette eût occupé l'Assiette 6 , le 
corps piémontais de la vallée de Suse 7 était resté sur les 
hauteurs d'Arcangera, au sud de Bard, face au débouché 
du grand mont Cenis, ayant une chaîne de postes pour 
assurer la communication entre la Brunette et Fénestrelle 
par le col délie Finestre 8 . Il restait aussi en relations, par 
les deux rives de la Dora Riparia, avec le fort d'Exilles, que 
défendaient, à gauche, un détachement placé à l'Alpe 
d'Arguel, à droite, 250 hommes sur les hauteurs du 
Vallon 9 . Pour entreprendre en sécurité les travaux du siège, 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Dumas, les 4, 12 et 27 juin. 

2. Arch. de la Guerre : Lettré des représentants du peuple près l'armée des Alpes au 
comité de Salut public, à cette date. Lettre du général Petit-Guillaume au comité de 
Salut public, le 11 juillet. Il a reconnu les positions d'où l'on peut effectuer un bom- 
bardement ; les ordres sont donnés ; « en peu de jours, le fort chauffé {sic) se rendra. » 

3. Arch. de la Guerre : Ordres des 7 juillet, pour la reconstruction du pont sur la 
Dora Riparia, entre Oulx et Salbertrand ; du 11 juillet, désignant Lapeyrouse, auquel est 
adjoint, le lendemain, le capitaine du génie Capitaine; des 12 et 16 juillet, concernant 
l'envoi des sapeurs à Oulx, savoir : de Briançon, 4° comp. auxiliaire, 100 h. réguliers, 
10 mineurs ; de Meyronne, 5 e comp. auxiliaire ; de Montdauphin, 300 h. réguliers et 100 
auxiliaires. 

4. Arch. de la Guerre : Ordres des 5, 11 et 19 juillet. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres du 11 juillet, pour demander au général Pellapra, 
commandant à Briançon, la longueur des échelles et, du 19, concernant l'envoi à Grenoble 
de l'adjudant général Lécuyer, pour presser l'envoi du parc et choisir les échelles. 

6. Voir chap. prècéd. 

7. Sous les ordres de M. de Fontanieux. d'après Pinelli, Storia Militarep. 368. 

8. Ach. de la Guerre : Cartes du capitaine du génie Capitaine. Les Piémontais ont leurs 
grand'gardes à la Cima Vallette, en face de l'Assiette, à l'Alpe d'Arguel, sur le versant 
nord, et à Pourières, sur le versant sud ; les réserves sont à Chiomonte, à la Madona 
délia Losa et au col délie Finestre, garni d'anciennes redoutes. 

9. Arch. de la Guerre : Conférence du lieutenant-colonel Franco. — Pinelli, Storia milU 
tare, p. 368. 



DES ALPES ET D ITALIE 



147 



il était indispensable de se rendre maître de ces hauteurs 1 . 
Trois colonnes les attaquent, le 16 juillet 2 . Deux, fortes 
chacune d'environ 300 hommes, convergent sur le mont 
Clopaca ; l'une vient du petit mont Cenis, passe par le 
col du Clapier et longe le glacier dell' Agnello ; l'autre 
part de Salbertrand et se dirige sur la tête du torrent de 
Galembra 3 . Ces deux colonnes réunies n'ont pas de peine 
à chasser du mont Clopaca les 60 hommes qui l'occupent. 
Ce point est relié à la cime du Vallon par une sorte 
de détroit, que barrait une vieille muraille percée de cré- 
neaux, mais dominée par les pentes du mont Clopaca. 
D'autre part, la troisième colonne avait atteint San Co- 
lombano, sur la rive gauche de la Galembra, et, fusillant 
avec les gardes extérieures du fort d'Exilles, s'allongeait 
sur le versant de la montagne, dans la direction de Rama. 
Les officiers piémontais, dans la crainte de voir leur re- 
traite coupée, prennent le parti de se retirer à Giaglione, 
par la côte dei Quattro Denti et Capella Bianca. Le gé- 
néral Vallette occupe ces deux postes. Toutefois, Chio- 
monte reste aux mains de l'ennemi, en sorte que l'inves- 
tissement n'est pas complet 4 . 



Juillet 1794. 

Occupation 

des hauteurs 

du Vallon 



1. La position classique des batteries, était à cette époque, au-dessus des escarpements 
situés au nord du village d'Exilles, sur le plateau dit de l'Infernet. Mais, pour y amener 
les pièces, il fallait leur faire gravir d'abord le contrefort de Deveis, sur la rive droite du 
torrent de Galembra, jusqu'à hauteur du point où l'on pouvait franchir ce profond ravin 

fiour gagner San Colombano ; il restait ensuite à descendre le matériel dans les batteries, 
e long des pentes de la montagne. Voir d'ailleurs Montannel, Topographie militaire des 
Alpes, p. 307 et 355. 

2. Le rapport du général Vallette, annoncé par la lettre des représentants du peuple du 
25 juillet, n'ayant pas été retrouvé aux Arch. de la Guerre, la relation qui suit n a pu être 
établie qu'au moyen du récit du lieutenant-colonel piémontais Franco. 

3. Voici ce que dit à ce sujet le lieutenant-colonel Franco : « La première, provenant du 
petit mont Cenis, forte de 300 h., se traînant sur la neige et les glaciers de Roche- 
molle, se présenta en face du Clopaca, où se joignit la seconde, à peu près d'égale force, 
venue de Salbertrand. » Il ne faut pas oublier qu'à cette époque on désignait le col du 
Clapier sous le nom de petit mont Cenis. Quant au nom de Rochemolle, il sert à désigner, 
sur la carte française, un col donnant accès de la vallée d'Ambin, sur le glacier deU'Agnello 
de la carte sarde. C'est peut-être en souvenir de la marche hardie de cette colonne que 
l'on appelle Bric dei Francesi, la hauteur cotée 2,710 sur la carte de Pétat-major italien, 
dans le bassin supérieur du vallon du Tiraculo. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 15 juillet et croquis de Capitaine. La brigade 
Vallette est forte de 6,131 h. présents, savoir : en première ligne, à Salbertrand, 2* infan- 
terie légère, 994; à l'Assiette, 1" Drôme, 1,011 ; à Grand-Puy, 2* Haute-Loire, 970 ; en 
deuxième ligne, à Oulx, quartier général, guides à pied, 14, 2 e bat. du 79% 940 ; 5 e Isère, 
967 ; à Césane, 3* Jura, 965 ; à Clavières et Césane, 2« comp. d'artillerie, 67 ; à Savoulx, 
sapeurs auxiliaires, 203. Des détachements de Salbertrand occupent le retranchement des 
Quattro Denti, les villages de San Colombano et Deveis, un camp près de Fenile et le 
hameau des Clauses. A l'Assiette, les troupes sont baraquées. Des détachements de 
Grand-Puy sont à Ruaz, Traverses, Duc, Pattemouche, soutenus par un poste baraqué et 
retranché au col de Sestrières, fourni par la réserve de Césane. 



148 OPERATIONS COMBINÉES DES ARMÉES 

juillet 1794. Néanmoins cinq batteries sont bientôt construites à 900 
ou 1,000 mètres du fort d'Exilles 1 ; il était plus difficile d'y 
amener les canons de 16 et de 24 arrêtés devant le tourni- 
quet, entre Clavières et Césane 2 . Des essais tentés avec des 
chariots de munitions vides ne ré assissent pas 3 , et on se 
résout a transformer les rampes en un seul couloir rectili- 
gne, quand, le 31 juillet, ordre est donné de suspendre les 
travaux, puis de ramener le parc de siège à Montdauphin, 
où doit également venir de Gap l'équipage de campagne 4 . 
Les représentants du peuple près l'armée des Alpes s'é- 
taient en effet décidés à seconder les efforts de l'armée 
d'Italie 5 , en coopérant à l'exécution du projet d'opérations 
arrêté à Nice 6 . 

1. Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche. — Arch. de la 
Guerre: Croquis de Capitaine. Trois batteries sont placées en étage, le long de la croupe 
de Deveis, sur la rive droite de la Galembra ; deux sont sur la rive gauche, au sud-est de 
San Colombano. Contrairement à l'assertion de Pinelli, Bejay de la Coche ne dit 
pas que ces travaux aient été contrariés par le feu du fort ; il remarq ue seulement que les 
Piémontais, s'attendant à être bombardes, ont couvert leurs plates- formes de terre. — 
Arch. de la Guerre : Ordre du général Petit-Guillaume au commissaire ordonnateur en 
chef, de payer au général Vallette 3,988 livres, pour la construction des batteries devant 
Exilles. 

2. Topographie militaire des Alpes, par Montannel, p. 84 : Il y avait 100 toises de 
mauvais chemins au-dessous de la chapelle Saint-Gervais. Cette partie a disparu lors de 
la construction de la route actuelle, qui est minée en ce point. 

3. Arch. de la Sect. tech. du génie : Mémoire de Bejay de la Coche : « Du monde est 
estropié à chaque manœuvre. » 

4. Arch. de la Guerre : Ordres des 31 juillet et 1 er août, 

5. L'arrêté du 3 juillet (pièces just. n° 43), ne concernant que l'armée d'Italie, a été 
adressé à cette armée seulement, puisque, le 11, les représentants du peuple près l'armée 
des Alpes répondent à une lettre du comité de Salut public, datée du 5, où il n'est fait 
aucune mention de l'expédition décidée l'avant-veille. Laporte et Albitte paraissent être 
informés de ce projet, le 18 juillet seulement, à Bourg-Saint-Maurice, où ils reçoivent à la 
fois une demande de coopération de Ricord et une lettre du comité de Salut public, dans 
laquelle la question est traitée incidemment et d'une manière plus large que dans l'arrêté, 
ainsi qu'il résulte du passage suivant : « ... d'après le nouveau parti pris d'entrer en Pié- 
mont et de profiter du reste de la campagne pour enlever Démonte et Coni... » Ce même 
jour, 18 juillet, ils écrivent aussitôt pour avoir de plus amples détails (voir pièce just. 
n° 41). Ont-ils reçu une réponse, à Chambéry, le 25, date à laquelle ils avisent le 
comité de Salut public qu'ils vont se « rendre sans délai aux Barricades et faire mettre en 
mouvement ce qu'ils pourront pour seconder les mouvements de l'armée d'Italie, qui s'é- 
branle et va en avant » ? c'est peu probable, puisque les courriers mettaient sept à huit 
jours entre Paris et l'armée des Alpes II est à croire plutôt qu'à ce moment, rassurés par 
le résultat de l'inspection qu'ils viennent de faire au mont Cenis et au Saint-Bernard, ils se 
décident à accéder à la demande de coopération de Ricord. Mais, le 1 er août, date à la- 
quelle les ordres sont donnés d'une façon ferme, il se pourrait qu'ils eussent reçu des ins- 
tructions du comité, en réponse à leurs dépêches du 18 juillet, puisque 15 jours se seraient 
écoulés. Cette hypothèse est cependant douteuse, attendu que ces instructions auraient 
dû être données au moins sept jours avant, soit le 7 ou le 8 thermidor, ce qui est impos- 
sible. Il est donc bien plus probable que les représentants du peuple près l'armée des 
Alpes se sont décidés à mettre à exécution le plan concerté à Nice, de leur propre mou- 
vement. 

(3. Voir Correspondance de Napoléon, tom. I, n° 30, édit. princ. de l'Imprim. Nat. Il est 
regrettable que, dans l'édition courante, qui ne commence qu'en 1796, ces deux mémoires 
fort intéressants n'aient pas été insérés. 



DES ALPES ET D ITALIE 149 

D'après ce projet, trois divisions de force variable, mais Juniet^nM. 
ayant chacune une réserve d'un millier d'hommes, destinée d'opIStLs 

. _ . combinées 

à assurer les communications, devaient converger sur de* 

armées des Alpes 

Démonte pour en faire l'investissement, puis le siège. La et d'itaiie. 
division de gauche, dite de la Stura, partirait des Barri- 
cades, pousserait une colonne de 4.500 hommes dans la 
vallée, afin de réparer la route pour le transport de 
l'équipage de siège, tandis qu'une autre colonne, de 
3.000 hommes, se porterait par le col del Mulo dans la 
vallée de Grana, en vue d'attaquer le col de Valloria. La 
division du centre, dite des Bains de Vinadio, forte de 
2.000 hommes, marcherait de Sant' Anna par la rive droite 
de la Stura, prête à appuyer la précédente ou à occuper 
Gayola, pour intercepter les communications entre 
Démonte et Coni. La division de droite, dite du col de 
Fenestre, de 6.000 hommes, gagnerait Valdieri, puis 
seconderait l'attaque de la division de gauche sur le col de 
Valloria, afin de compléter l'investissement. 

Les mouvements de cette masse de 19.000 hommes 
seraient couverts par deux autres divisions. L'une, au 
nord, de 7.000 hommes, déboucherait dans les vallées de 
la Yraita et de la Maira, s'emparerait de Castel Delfino et 
s'échelonnerait sur les hauteurs d'Elva, soutenue, en cas 
de besoin, par la colonne de gauche de la division de la 
Stura; l'autre, au sud, de 20.000 hommes, dont 2.000 
cavaliers, prendrait position à Borgo San Dalmazzo, face 
à Coni, avec l'appui de la division du col de Fenestre, et 
se relierait à la droite de l'armée d'Italie, à travers les 
vallées du Pesio et de l'Ellero. Cette dernière division se 
mettrait en mouvement la première, le 8 août, les autres, 
deux jours après. 

La brigade Gouvion était toute désignée pour former les Division 

, , ,,,... , ^ , ^ A. de Castel Delfino 

deux colonnes de la division de Castel Delfino. Au com- 
mencement d'août, elle avait moins de 5.000 hommes 

u 



150 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet 1794. • présents sous les armes, au lieu des 7.000 prévus au projet l . 
Bien que les gardes nationaux du Queyras eussent été 
convoqués 3 , il fallait un millier de soldats pour garder la 
tête de la vallée de Luserna, autour de Mirabouc. Il ne 
restait donc que 4.000 hommes pour attaquer le corps du 
général Provera, d'un effectif à peu près égal 3 . 

Il est vrai que les Piémontais, obligés de surveiller les 
nombreux passages des vallées du Pô, de la Vraita et de la 
Maira, ne pouvaient opposer une résistance sérieuse sur 
tous les points, tandis que l'occupation récente du col 
Blanchet 4 facilitait aux Français le débouché par les cols 
d'Agnel, de Saint-Véran et de Longet 5 . En outre, un 
bataillon de la brigade Vaubois 6 , posté à Maurin, ayant 
poussé ses avant-postes jusqu'à Lignères 7 , à la tête de la 
Maira, était à même de seconder puissamment l'offensive 
des troupes du Guil, en gagnant les cols de Vers et de 
Sagne, puis les hauteurs de la Bicocca et d'Elva, d'où 
elles menaceraient les communications des forces enne- 
mies engagées en amont de Castel Delfino 8 . 

1. Arch. de la Guerre : Situation du 18 août : l« r bat. du 23, 907 ; 1 er Mayenne-et- 
Loire, 971 ; 4 e Basses-Alpes, 946; bat. de la Montagne, 1.045 ; l or chasseurs des Hautes- 
Alpes, 956 ; artillerie, 31 ; total : 4,856 h. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de la commune de Ceillac, le 26 juin, demandant à 
former une comp. de 123 h.; autorisation et remerciements du général Dumas, le 27. Cette 
troupe faisait ensuite partie du bat. de garde nationale des Hautes-Alpes, levé en exécu- 
tion de l'arrêté des représentants du peuple, après l'envoi de renforts à l'armée du Rhin. 
Le 22 juillet, le général Gouvion demande à conserver les gardes nationaux du Guil. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 108. L'effectif disponible de la troupe de ligne est 3.719 h., 
le 27 juillet; en ajoutant 1.535 milices, on obtient 4.254 h., non compris les paysans 
armés. 

4. Col délia Nierra de la carte italienne, qu'il ne faut pas confondre avec le col la 
Noire de la carte française. Tous deux font communiquer le val de Saint-Véran avec le 
col de Longet, le premier sur le versant oriental ou italien, le second sur le versant occi- 
dental ou français. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Petit-Guillaume à Lapoype, le 31 juillet. Le fait de 
la « prise du col des Blanchettes (sic) » est simplement mentionné, sans date. — Arch. de 
Breil, pièce n° 108 : Lettres de Provera, les 13 et 22 juillet II n'y est question que de 
l'établissement d'un camp français à la tête du vallon de Ristolas, qui menace sa droite. 
D'après les croquis de Capitaine, ce camp était à la Bergerie du grand vallon, point 2372. 

6. Arch. de la Guerre : Situations des 19 juillet et 18 août : 1 er de la Lozère, 1.042 h. 

7. Ce nom n'est marqué sur aucune carte ; mais est vraisemblablement le même que 
celui de Ciagliera, chalets sur la rive gauche de la Maira, au point de rencontre de 
nombreux sentiers. La position militaire est d'ailleurs bien indiquée entre les points 2090 
et 2097 de la carte italienne. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 108 : Lettres de Provera, les 22 juillet et 2 août. Il est 
difficile de préciser à quel moment les avant-postes français ont occupé Lignères, 
attendu qu'il n'en est pas question dans les Arch. de la Guerre. Dans la lettre du 20 juillet, 
Provera dit simplement que l'ennemi a placé des postes « sur les hauteurs du col Maurin, 
Terres Rousses (Ciabriera)) et dell'Autaret » Ce n'est donc qu'entre cette date et le 1 er août, 
probablement le 29 ou le 30 juillet, que les postes sont descendus dans la Maira. 



DES ALPES ET D ITALIE 151 

Sentant l'importance de ce poste de Lignères, les J» illet * m 
Piémontais l'occupent de nouveau, dans la matinée du 
1 er août 1 ; de là nécessité de renforcer la brigade Gou- 
vion 2 . Dans ce but, on fait 3 envoyer de Tournoux un 
second bataillon à Maurin 4 et on dirige deux bataillons 
de Césane sur le Queyras ; le général de division Pella- 
pra quitte Briançon pour prendre le commandement des 
sept à 8,000 hommes ainsi réunis 5 , dont le succès ne paraît 
pas douteux. 

Pour constituer la division de la Stura, que devait 
également fournir l'armée des Alpes, la brigade Vaubois 
était bien disposée. Indépendamment des deux bataillons 
destinés à renforcer la division de Castel Delfino, elle 
présentait près de 5,000 combattants 6 , chargés de garder 
le col de Sautron, le col de la Madeleine, la Montagnetta 
et les Barricades, en face des postes de Sarretto, de Prato 
Rotondo, de Preit et du col del Mulo 7 , qui représentaient 
à peine quinze ou 1,800 hommes 8 . 

Malgré leur infériorité numérique, les Piémontais son- 
geaient à attaquer et ripostaient par de nombreuses 



Division 
de la Stura. 



1. Arch. de Breil, pièce n 9 108 : Lettre de Provera, le 20 août, dont voici le passage 
principal : « Les Français n'y (à Lignères) étaient pas aussi nombreux que le pensaient 
les milices qui le leur avaient abandonné ; ils ne dépassaient pas 150 h. Ce qui a 
facilité notre rentrée dans ce poste, c'est que plusieurs paysans, étant restés constamment 
sur quelques rochers qui le dominent, malgré la retraite du détachement de milices, tiraient 
sur les flancs de l'ennemi, pendant qu'on l'attaquait de front. » L'attaque a été faite par 
la compagnie des milices Penza, avec une masse de paysans, dont une centaine restait 
à Lignères. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Petit-Guillaume, les 4 et 5 août. 

3. Arch. de la Guerre : Ordres du 5 août. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 18 août : Bat. de Montferme, 1,012 h., à Combe 
Bremont. 

5. Savoir : 4,030 de la brigade Gouvion, 2,000 de la brigade Vaubois, 15 à 1,800 de la 
brigade Vallette, qui ont reçu contre-ordre, le 7 août. 

6. Arch. de la Guerre : Situation du 18 août : 1" Isère, 905 ; 1 er Aude, 944 ; 5 e Jura, 
961 ; artilleurs, 275; sapeurs, 318; guides, 43; gendarmes, 31 ; soit 3,476 h.; ajoutons les 
nommes suivants, venus de l'armée d'Italie : le 15 juin, l or chasseurs, 616, et, le 2 juillet, 
4« grenadiers, 730, soit 1,346 h.; au total, 4,822 h. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 123 d. Les postes français sont les suivants : au baracon de 
la Scaletta, 60 h.; à la Montagnetta, 400 h., fournissant deux gardes, une de 50 h. à St 
Scours (?), une de 40 h. avec un canon de montagne, à l'Oserot : aux Barricades, 400 h., 
fournissant 50 h. à Ponte Bernardo, 15 h. à Castello et 15 à la chapelle de San Defendente. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Lettre de Christ, le 25 juillet ; il n'a que 1.000 h. Pièce 
n° 108 : Correspondance de Provera ; le 24 mai, il y a 840 h. dans la vallée de la Maira. 
— Arch. de la Guerre : Conférence du chevalier de Martinel ; le 1 er juillet, le général de 
Sonnaz a 763 soldats et 393 milices, soit 1.156 h. L'ensemble des forces de ces deux géné- 
raux serait donc de 2.000 h. environ ; mais le premier avait des postes dans le vallon 
d'Elva et jusqu'à la Bicocca, et le second devait aussi garder Yinadio et le cours de la 
Stura jusqu'à Démonte. 



152 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet n94. patrouilles aux reconnaissances incessantes des Républi- 
cains \ Des engagements assez vifs avaient lieu, les 2 et 3 
août, dans le vaste cirque gazonné de Pianezza, sans 
aucun résultat 2 . Cependant cette attitude offensive de 
l'ennemi en imposait au général Petit-Guillaume, qui 
appelait aux Barricades deux bataillons de l'armée d'Italie, 
inutiles à Saint-Etienne 3 . Il manquait encore 2.500 hom- 
mes 4 pour obtenir l'effectif de 9.000, indiqué dans le 
projet ; mais le mouvement dans la vallée de Stura devait 
être singulièrement facilité par la marche des divisions 
des Bains de Vinadio et du col de Fenestre. 
Division Celles-ci, d'une force totale de 10.000 hommes, devaient 

Bains dfvinadio être constituées par la division Garnier, aile gauche de 
coi d e e Fenestre. l'armée d'Italie, qui n'avait plus alors que 9.270 hommes 
présents sous les armes 5 . Ce chiffre était certainement 
suffisant, parce que la Stura devenant guéable, ne consti- 
tuait plus un obstacle défensif sérieux pour les quelques 
centaines de miliciens disséminés sur sa rive gauche 6 . 
D'ailleurs ces colonnes, absolument maîtresses des débou- 
chés nécessaires, n'avaient àjouer qu'un rôle relativement 
secondaire. 

1. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Correspondance du général Christ. Projet d'attaque 
des Barricades, soumis au comte de Sonnaz, le 21 juillet. Engagements de patrouilles 
entre la Montagnetta et Preit, le 10 juillet et le 1 er août ; aux environs du col del Mulo, 
les 8 et 10 juillet ; entre Pietraporzio, Sambucco et le col de Nebins, les 10, 15 et 
25 juillet. 

2. Arch. de Breil, pièces n° 8 107 et 132. Cette dernière est la relation très détaillée d'un 
capitaine de milices. 11 en résulte que les Piémontais gardaient le défilé ou Colette de 
Preit, au nord de Grange Chiampasso (carte italienne), ayant des avant-postes sur le Bric 
Bernoire et le Bric Servagno, tandis que ceux du col del Mulo devaient être aux cols de 
Bandita, Celogna et di Salsablancas. Quant aux Français, ils avaient simplement trans- 
formé en une redoute une partie des retranchements élevés à la Montagnetta supérieure 
en 1744 (point 2199 de la carte italienne), et avaient une garde au-dessus de la chapelle. 

3. Arch. de la Guerre : Situation du 1S août et relation du général Garnier. Le 1 er bat. 
de la 83 e arrive, le 6 août, et le 3 e de la 129 e , le lendemain, avec le général Monleau et 
l'adjudant général Vicose, qui retournent à l'armée d'Italie devant le refus du général 
Petit-Guillaume de les garder (lettre du 10 août). 

4. Exactement 2.770 h., chiffre obtenu en retranchant de 9.000 l'effectif de la brigade 
Vaubois, le 18 août, 4.822 h. augmenté de la force des deux bat. précités, savoir : 1" de 
la 83% 537 h.; 3 e de la 129 e , 871 h. 

5. Situation du 2 août : 2 e de la 101% 815 ; 1" de la 100% 883 ; 20« demi-brigade, 2.202 ; 
3 e grenadiers, 740 ; 1" et 2 e de la 84% 1.333: comp. franche n° 2, 106 ; 1" et 3 e de la 70% 
1.169; 2 J de la 83% 536 ; 1" de la 129% 641 ; chasseurs marseillais, 33 ; artilleurs, 316 ; 
sapeurs, 556. Indépendamment des 2.754 h. détachés à l'armée des Alpes, cette division 
avait fourni à la division Macquard les 2 es bat. de la 84% 631 h., et de la 129*. 7SS h., soit 
1.419 h. Au 19 juillet, en effet, la division Garnier, occupant les vallées de la Vésubie, de la 
Tinée et du Var supérieur, présentait 13.718 combattants. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 107 : Correspondance du général Christ de Santz, passira. 



DES ALPES ET D ITALIE 153 

Le principal était échu à la division Macquard, forte de Division du Gesso 
15.000 hommes, dont 1.700 de cavalerie 1 . Cette masse 
soutenue, à gauche, par la division du col de Fenestre, 
opérant dans la vallée du Gesso ; à droite, par une colonne 
de la- division Masséna, aux ordres du général Pijon 2 , des- 
cendant la vallée du Pesio, devait déboucher du col de 
Tende, qu'elle occupait, dans la vallée de la Vermenagna, 
et refouler au-delà de Coni la principale armée piémon- 
taise. 

Cette armée, de 10 à 11,000 combattants 3 , était ton- Disposition 

de 

jours provisoirement établie le long de la rive gauche du la du ee 
Gesso, la droite appuyée à deux redoutes construites sur le 
Tiraculo et à la chapelle de Sant' Antonio 4 , reliée à la forte- 
resse de Démonte par un détachement à la Madona del 
Colletto ou col de Valdieri 5 ; le centre à Borgo San Dal- 
mazzo, gardant le pont de Roccavione, et la gauche s'é- 
tendant jusqu'à la Madona degli Angeli 6 , où elle était 
soutenue par les postes extérieurs de la garnison de la 
place de Coni 7 . En avant de ce front de 10 kilomètres de 

1. Situation du 2 août : 2 e et 6 e grenadiers, 1.562; 1 er de la 3 e légère, 644 ; 2 e de la 
22% 4S0 : 1 er de la 56° 480 ; 2 e de la 100°, 704 ; 102= demi-brigade, 2.143 ; 118% 2.014 ; 165% 
2.044; 166% 1.683 ; cavalerie, 1.693 ; sapeurs, 264 ; mineurs, 60. A ce total il convient 
d'ajouter les 1.419 h. venus de la division Garnier. En échange, étaient passés à la 
division Masséna, le 19 juillet, le 3 e de la 22% 532, et le 2 e de la 56% 742, en tout 1.274 h. 

2. Arch. de la Guerre : Disposition de la division de droite, sous Masséna, le 30 ther- 
midor (19 août). Cette colonne comprend six bataillons, savoir : 2 e et 3 e de la 56 e demi- 
brigade, 2 e et 3 e de la 99% 1 er de la 101% 3 e d'infanterie légère, présentant plus de 3,000 
combattants. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 116 ; voir pièce just. n° 47. En comparant cette situation du 
10 août avec celle du 14 mai. pièce just. n° 22, on peut se rendre compte des mouvements 
effectués dans cet intervalle de temps, mouvements indiqués du reste d'une façon explicite 
dans la pièce des Arch. de Breil, n° 112 c et dans les ordres de Colli, dont on trouve une 
analyse dans la pièce des Arch. de la Guerre intitulée : « Protocole des rapports des prison- 
niers de guerre, des officiers piémontais échangés, des déserteurs et des espions à l'armée 
de S. E. M. le général baron Colli, commencé le 6 juin 1794, au camp de Saint-Dalmas. » 
Au chiiîre de 9.657 combattants, portés sur la pièce n° 116, il convient d'ajouter au moins 
1.252 h., artilleurs et miliciens, portés sur la pièce n° 111. 

4. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli : Ordres des 13 juillet et 6 août. 

5. Le premier nom est le seul qui soit porté sur les cartes modernes. On disait aussi 
Vaudier au lien de Valdieri. 

6. Ou Beat'Angelo, d'après les anciennes cartes et les anciens documents. C'est le bat. 
des grenadiers autrichiens WoUust, puis Strassoldo, qui occupe ce poste important dès le 
12 mai, au moment où le corps de d'Argenteau se rapproche de Coni (Arch. de la Guerre : 
document cité ; analyse des ordres de Colli). 

7. En avant du front de la place, entre le Gesso et la Stura, s'étendait un glacis à la 
tète duquel il y avait trois flèches, qui n'avaient pu être enlevées en 1744. (Voir nos Opéra- 
tions militaires dans les Alpes pendant la guerre de la Succession d'Autriche, Paris, 1886). 



154 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet H94. longueur, les troupes légères ' formaient une ligne d'avant- 
postes, qui s'étendait d'Entraque 2 , dans la vallée du Gesso, 
à Frabosa Soprana 3 , dans celle de l'Ellero, occupant les 
passages de Goderies 4 à la tête du vallon de Roaschia, 
Vernante et son château, dans la Vermenagna, Gias Cere- 
sola 5 , aux sources du torrent Colla de Boves, enfin le 
plateau de Vaccarile 6 , entre la Chartreuse de Pesio et 
Limone. 

En vue de parer à tout mouvement tournant par les 
vallées du Gesso, de la Stura et de la Grana, les ponts 
dell'Ola et de Eocca Sparviera avaient été minés 7 . Deux 
canons, en batterie sur les hauteurs de la rive gauche 8 , 
battaient celui de Vignolo, qui devait servir à l'aile droite 
de l'armée 9 pour se replier à la Madona dell'Olmo, tandis 
que l'aile gauche 10 s'y rendrait par Coni 11 . Cette première 
position de retraite, où l'artillerie avait été transportée dès 
le 14 juin, serait couverte, contre les attaques venant du 
Tanaro, par le corps du général d'Argenteau qui de Mon- 
dovi aurait gagné Cherasco 12 . 

1. Savoir : le corps franc, la comp. Pian et les volontaires Pandini dans la vallée de 
Vermenagna, les milices de Boves à Gias Ceresola, les milices de Chiusa au Vaccarile, 
soutenues parles chasseurs-carabiniers Canale,qui,le 4 juin, sont envoyés au corps de d'Ar- 
genteau et gardent particulièrement le mont Mascaron et le col de Piastra, entre les tor- 
rents du Pesio et de l'Ellero, et probablement les chasseurs de Nice et les milices du Moulinet 
sous Cauvin, dans les vallons de Roaschia et de Brignola (carte sarde) ou de Gorgia Grande 
(carte italienne), ainsi que dans la vallée du Gesso (Arch. de la Guerre et Arch. de Breil, 
passim). 

2. Arch. de la Guerre : Conférence du lieutenant général Costa de Beauregard. Bien 
que cette position, ainsi que celle de la Piastra, n'aient été fortement occupées qu'en 
1795, il est probable que, dès 1794, il devait y avoir, au moins à Entraque, quelques trou- 
pes pour couvrir l'occupation du vallon de Roaschia. 

3. Poste principal de droite du corps de d'Argenteau (Voir chap. précéd.). 

4. Arch. de la Guerre, document cité : « Déposition de Batista. «liordaningo de Rubi- 
lante, qui fournit de glace au Bourg-Saint-Dalmas : Les Goderies sont un plateau qui 
verse et sur le Vernante et sur la Valgrande. » Le passage est aussi désigné sous le nom 
de collet de Roaschia. 

5. On dit aussi Collet de Cérésoles. 

6. Aux sources du torrent du Pesio. Voir d'ailleurs Topographie militaire des Alpes, 
partie méridionale du versant italien. 

7. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordres du 18 juin. 

8. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordres des 18 juin et 10 juillet. 

9. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordre du 14 mai : grenadiers de la 
Chiusa (8 e et> ;, grenadiers d'Andezeno (5 e ), rég. des guides et d'Asti, sous les ordres du 
major général maigris de la Chiusa ; avant-garde : deux bat. de chasseurs, bat. de pion- 
niers, sous les ordres du chevalier Salugia. 

10. Arch. de •a Guerre . Analyse des ordres de Colli ; ordre du 14 mai : rég. de Piémont, 
de Belgiojoso, des grenadiers royaux et bat. de garnison, sous les ordres du major général 
Zimermann ; Aoste-cavalerie et chevau-légers, sous le général baron de la Tour, en seconde 
ligne. 

11. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordre du 12 mai. 

12. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordres du 18 juin. 



DES ALPES ET D'iTALIE 155 

D'après les ordres du roi, en date du 15 juin, ces mouve- JuiUet 1794 - 
ments devaient être effectués sur une simple menace d'at- 
taque 1 , et tout d'abord le baron Colli prenait les disposi- 
tions nécessaires 2 . Mais bientôt 3 , soit qu'il eût été trompé 
par les renseignements qu'il recevait 4 , soit qu'il eût com- 
pris le danger qu'il y avait à faciliter la réunion des forces 
ennemies 5 , ce général, à force d'instances 6 , finissait par 
obtenir, le 11 juillet, l'autorisation de ne point se retirer 
sans combattre 7 . Cependant, à ce moment, ses avant- 
postes avaient été déjà refoulés. 

Dès le 30 juin, le général Macquard avait poussé une Premiers 

mouvements 

pointe dans la vallée de Vcrmenagna 8 . 3,000 hommes de du a G d iJ S o° n 
environ 9 , avec deux pièces de 4, étaient descendus de 
La Ca à Limone, puis s'étaient portés sur Vernante en 
trois colonnes. Celle du centre, sous Macquard, avait 
gagné ce bourg par le fond de la vallée, tandis que celle 
de droite, aux ordres du général Dallemagne, se dirigeait 
à mi-hauteur, sur le château. Conformément à ses instruc- 
tions, le commandant piémontais, capitaine Bonneau, s'était 
replié sur Robilante avec le détachement du corps franc ; 
mais les miliciens de Gias Ceresola n'avaient pas été 
inquiétés 10 . La colonne de gauche, commandée par le 

1. Arch. de Breil, pièce n° 94; analyse des lettres du roi. Voir, pièce just. n" 38, la 
lettre du 15 juin. 

2. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordres des 15, 18, 19 et 20 juin. — 
Arch. de Breil, pièce n° 84 : Correspondance du général d'Argenteau. 

3. C'est entre le 20 et le 30 juin que le général Colli a pris la résolution de résister à 
Borgo San Dalmazzo. 

4. Arch. de la Guerre : Document cité. Il semble en effet que les renseignements re- 
cueillis entre le 15 juin et le 4 juillet, à l'état-major de Colli, sont entachés d'erreur, puis- 
que l'armée d'Italie est estimée d'abord à 42,600 h., puis 30,000 h. ou plus. 

5. Relation de M. de Malausséna. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 94. 

7. Voir pièce just. n° 40. 

8. Arch. de la Guerre : Mémoire de M. Costa de Beauregard. Il y est dit que Masséna 
accompagnait le général Macquard, ce qui parait peu probable, attendu qu'il existe des 
ordres de Masséna, datés d'Ormea, les 29 juin et 1" jullet. 

9. Ce chiffre est indiqué par M. de Malausséna; il paraît très vraisemblable, si l'on se 
reporte aux situations françaises. 

10. Arch. de Breil, pièce n° 123 f. Note d'un milicien de la comp. de Boves : « Lorsque 
les Français vinrent la première fois au Vernante, ils marchèrent par le grand chemin et 
par le sentier qui passe au-dessus de la chapelle de la Bouaira, pour arriver au château 
de Livernant. Ils s'approchèrent de la colle de Ceresolle, sans faire abandonner le poste.» 
— Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli : ordres des 11 et 18 juin. 



156 



OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 



Juillet 1794. 



Occupation 
de Limone. 



général Lebrun, passant par les hauteurs du mont Mala- 
terra et la Vallée Grande, arrivait deux heures plus tard l . 

La route était si bien détruite 2 , entre Limone et Ver- 
nante, que les pièces de 4 et les mulets de vivres n'avaient 
pu suivre 3 . Aussi, le lendemain, les Républicains rétro- 
gradaient-ils jusqu'au coi de Tende et les Piémontais 
reprenaient-ils leurs positions A . De cette reconnaissance, 
il résultait qu'en raison des difficultés du terrain, la mar- 
che de la division du Gesso ne pourrait pas s'effectuer en 
deux jours seulement, comme il avait été prévu au projet 
d'opérations 5 , et qu'il était d'abord essentiel de prendre 
pied fortement dans la vallée de Vermenagna, pour réparer 
la route et établir des magasins. 

A cet effet, le 3, deux camps sont établis, l'un de 200 
tentes, au col de Tende, l'autre de 50 sur la montagne délie 
Carsene, à la tête de la vallée du Pesio 6 . Le lendemain, 
une forte avant-garde occupe Limone, ainsi que les deux 
postes qui en dépendent, à gauche celui de l'Arpiola ou 
Monte Vecchio, à droite celui de l'Armelina ou Costa 
Murin 7 . Dans la nuit du 10 au 11, les troupes de ce dernier 
poste se dirigent sur la crête entre Gias Vaccarile et Colla 
Piana. Les Piémontais qui s'y trouvaient s'enfuient, au 
moment d'être enveloppés, vers 2 heures du matin 8 . Ce- 

1. Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 113 : Lettre du chevalier Bona, le 20 juin. 

3. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements à l'état-raajor de 
Colli. « Renseignements fournis par Maurice Buonfiglio, de Fontan, muletier de la brigade 
Cassion, qui est allé, avec un passeport du commandant français, conduire jusqu'à la Ca 
les prisonniers malades échangés. » 

4. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

5. Correspondance de Napoléon : « Division du Gesso. — Le premier jour de l'expédi- 
tion, cette division se portera à Robilante. Le deuxième jour, elle se portera à Borgo San 
Dalmazzo, elle s'emparera du pont de Rocca Sparvera.» 

6. Arch. de Breil, pièce n° 113 : Correspondance de Gondolo, capitaine des milices de 
la Chiusa : Lettre de Pesio, le 9 juillet à 7 h. du matin.' Ce renseignement est en accord 
avec les situations françaises, pour peu que l'on calcule les tentes à 12 ou 13 h. 

7. Pour plus de renseignements sur les postes de la vallée de Vermenagna, consulter 
la publication du ministère de la Guerre, intitulée: Topographie militaire des Alpes, 
partie méridionale du versant italien. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 113 : Correspondances de Gondolo et de Decaroli. Le 7 juillet, 
il y avait au poste du Vaccarile, 90 h. de la comp. de milices de la Chiusa et 30 chasseurs- 
carabiniers; mais, le 10, une partie de ces troupes est appelée au Mascarone par le comte 
Canale, en sorte qu'au moment de l'attaque, il ne reste que 60 miliciens, qui se retirent 
sur la Chartreuse ; deux seulement s'égarent. Les Français ont marché sur deux colonnes. 
On veut faire prendre les armes à la population de la Chiusa, qui s'y refuse. 



DES ALPES ET D ITALIE 



157 



Occupation 
de Vernante. 



pendant la division Macquard, se concentrant peu à peu smet im 
dans le bassin de Limone, il devenait essentiel de pousser 
l'avant-garde jusqu'à Vernante. 

Celle-ci, aux ordres du général Lebrun, marche donc, 
dans la nuit du 13 au 14 juillet, en trois colonnes 1 , contre 
les 1.200 hommes formant la chaîne des postes ennemis 
entre le mont Sapé, Vernante et Oima la Motta. L'adjudant 
général Gardane, avec la colonne de gauche, comprenant 
le 6 me bataillon de grenadiers et cinq compagnies du 
1 er bataillon de la 118 e demi-brigade, part de l'Arpiola, 
traverse la Vallée [Grande et occupe Testi Goderia, aux 
sources du torrent de Roaschia, dont les défenseurs se 
replient au mont Pena, à la tête du vallon de Brignola ou 
Gorgia Grande 2 . A droite, le général Dallemagne conduit 
le 2 me bataillon de la 118 e , de Colla Piana, par la crête de 
la montagne, à Canta Pernice, dont le poste est surpris 
et enlevé 3 . Entre ces deux colonnes, Lebrun s'avance 
avec le 1 er bataillon de la 3 e demi-brigade légère et 
300 hommes du 3 e bataillon de la 118 e ; il entre sans diffi- 
culté à Vernante, d'où le capitaine Bonneau se replie sur 
Robilante 4 . Les sapeurs se mettent aussitôt à réparer la 
route ; des munitions et des vivres sont amenés à Limone, 

1. Arch.de la Guerre: Relation du général Macquard. Si Ton se reporte aux situations 
des 19 juillet et 2 août, on trouve que cette avant-garde comptait environ 4.000 h., savoir, 
986 pour la colonne du centre, 14 à 1.500 pour chacune des deux autres. 

2. Arch. de Breil, pièce n c 113 : Relation de Pandini. La comp. de ce partisan occupait 
les hauteurs de la rive gauche de la Vermenagna, avec la comp. Domenego, des chasseurs 
de Nice. Elle avait trois postes, savoir : un de 40 h., commandé par le chevalier Buriasco, 
au mont Lardo, ou cime du Vallon Secco (points 1212 ou 1213 de la carte italienne), et deux 
de 15 h. chacun, vers Testi Goderia. C'est sur ce point que se dirige Gardanne par Testi 
Coletta. Pandini y rallie ses forces et se replie par Testi Goderia dans le vallon de Roas- 
chia et Serre Sariondo. — Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements. 
Pandini aurait occupé, « aux confins de Rubilante et de Brignola, la Rocca di Richel, soit 
la Piage di Gieup », points qui ne figurent sur aucune carte. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 113: Rapport de Pian, le 16 juillet : » J'ai l'honneur de 
vous faire la relation que, sous le 14 courant à 1 h. après-minuit, la gauche de mon poste 
a été attaquée par l'ennemi, où il y avait les milices de Boves, et occupée de façon qu'il a 
fallu faire avertir M Vacchette de se replier sur mon poste. Et, en battant en retraite, 
nous avons descendu la montagne et nous nous rendîmes à Robilante. Cette affaire coûta 
à ma compagnie neuf prisonniers de guerre, savoir: un sergent, un cadet et sept soldats, 
et à M. Vachette 25, c'est-à-dire deux caporaux et 23 soldats. La cause de cette perte a 
été la très longue retraite et la poursuite de l'ennemi en force supérieure, même pour 
avoir été obligée, la plus grande partie de la troupe, à passer la rivière. » — Arch. de la 
Guerre : Rapport de Dumerbion, le 16 juillet. Lebrun a fait 59 prisonniers, dont trois 
officiers ; l'ennemi a eu autant de tués et de blessés ; nous avons quatre grenadiers blessés. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 113. La comp. Bonneau était de 164 h. Le comte d'Ison 
arrive à Robilante le 15 juillet. 



158 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet 1794. a fi n d e permettre de prendre l'offensive le 20 juillet, jour 
primitivement fixé. 

Mais, à cette date, la réponse des réprésentants du peu- 
ple près l'armée des Alpes à la demande de coopération 
faite par Ricord n'étant pas encore parvenue à Nice l , on 
se trouvait, à l'armée d'Italie, dans l'obligation de surseoir 
à l'exécution du projet d'opérations combinées. Toutefois, 
la division Macquard ne pouvait rester dans la situation 
qu'elle occupait, partie en avant, partie en arrière du col 
de Tende. Faire replier les forces engagées dans ]a Verme- 
nagna était impossible, étant donné l'enthousiasme des 
troupes, l'utilité des travaux de réparation exécutés sur la 
route, l'importance des magasins constitués à Limone. Il y 
avait tout intérêt au contraire à refouler complètement 
l'ennemi sur la rive gauche du Gesso et à le resserrer dans 
son camp de Borgo San Dalmazzo, dont on préparerait 
plus facilement l'attaque 2 . 

Cette décision semblait d'autant plus justifiée que le 
corps franc piémontais, établi vers Robilante, avait été 
soutenu par un bataillon posté à Roccavione et relevé 
chaque jour par le gros de. l'armée de Colli. Portée ainsi 
à 12 ou 1.500 hommes 3 , cette avant-garde, commandée par 
le comte d'Ison, s'appuyait, à droite, à la haute vallée du 
Gesso 4 , dans laquelle Macquard n'avait dirigé aucune 
patrouille, puisque c'était la ligne d'opérations assignée 
à la division du col de Fenestre, à gauche, aux hauteurs 

1. Cette réponse, envoyée le 18 seulement de Bourg Saint-Maurice, n'a dû arriver à 
Nice que le 27 ou le 28. 

2. Ces considérations paraissent devoir être celles qui ont déterminé l'opération du 
24 juillet. Il est d'ailleurs assez difficile de se faire une idée bien nette des sentiments des 
généraux à ce moment. Mais il semble que l'on devait être fort perplexe à l'armée d'Ita- 
lie. Il n'y avait pas de chef, le général Dumerbion étant cloué dans son lit par la goutte, 
Bonaparte parti pour Gènes, le 14. Les représentants du peuple Ricord et Saliceti sont 
assez inquiets de ne recevoir aucune nouvelle ni de leurs collègues près l'armée des Alpes 
ni de Robespierre jeune. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 67 : Relation de M. de Malausséna. Outre le corps franc, et 
des milices, il y avait encore aux avant-postes, le corps de Pandini, les volontaires de 
Pian et les chasseurs de Nice. 

4. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'état-major de 
Colli. Têtes des vallons de Brignola et de Roaschia. 



DES ALPES ET D'iTALIE 159 

de la Cima del Brusata l , au sud de Boves, village occupé Juillet 1794 - 
par un détachement du régiment de Pignerol, faisant 
partie de la garnison de Coni. La communication avec 
Mondovi, quartier général de d'Argenteau, était assurée 
par les chasseurs Canale à Peveragno, un escadron de 
dragons autrichiens à Chiusa di Pesio, une centurie du 
régiment d'Asti à Villanova. Ces troupes avaient leurs 
avant-postes en avant de San Bartolomeo, dans la vallée 
du Pesio, à la Piastra et à Colla Mascarone, sur les hau- 
teurs entre cette vallée et celle d'Ellero, se reliant avec le 
détachement de Frabosa et enveloppant le haut bassin de 
la Vermenagna 2 . 

Avant de marcher sur Boccavione, il était indispensable Reconnaissance 
de se rendre compte de la force de ces avant-postes. En vallée du Pesio - 
conséquence, le 21 juillet, le général Dallemagne, com- 
mandant à Limone, descendait, à la pointe du jour, avec 
le 1 er bataillon de la 118 e , de Colla Piana à la Correria, 
qu'abandonnait aussitôt une grand'garde de 30 Piémon- 
tais. Les Républicains se bornaient à prendre un repas à 
la Chartreuse et se repliaient, le soir, sur leurs positions par 
les crêtes de la rive gauche du torrent de Gravina 3 . Aucune 
force sérieuse n'ayant été signalée dans cette vallée du 
Pesio, dans laquelle devaient s'avancer les 4.000 hommes 
du général Pijon, la division Macquard pouvait se diriger 
sans crainte sur le Gesso. 

1. D'après M. de Malausséna, les troupes régulières n'occupaient que la Dormiosa ; les 
milices seules étaient répandues en avant, sur la crête. 

2. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli ; ordre du 19 juillet pour le com- 
mandant de Boves. — Arch. de Breil, pièce n 9 84 : correspondance de d'Argenteau ; pièce 
n° 112, correspondance du capitaine Bonnaud ; pièce n° 113 ; correspondance de Gondolo, 
capitaine des milices de la Chiusa ; les postes occupés par cet officier en avant de San 
Bartalomeo, étaient celui de Testo Crovera, sur la rive droite du torrent et, sur la rive 
gauche, celui de « l'Olocco », nom qui n'est porté sur aucune carte ; mais, d'après divers 
renseignements épars dans cette correspondance et d'après la marche exécutée, le 11 
août, sur la Cima Pitte, il semble probable que ce point est situé sur l'un des contreforts 
orientaux du mont Besimauda ; pièce n" 115 : rapport d'une patrouille de dragons autri- 
chiens, le 21 juillet. 

3. Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard. — Arch. de Breil, pièces n" 90, 
113 et 115 : Copie d'une lettre en italien, datée de la Chartreuse de Pesio, le 21 juillet, 
correspondance de Gondolo et rapport d'une patrouille de dragons autrichiens. Les Fran- 
çais, au nombre d'environ 600 h., avaient emmené un prisonnier et quatre bœufs, sans 
avoir pillé la Chartreuse. 



160 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet^ 1794. L e 24 juillet, l'avant-garde de Lebrun se mettait en 
Les Remontais mouvement, de grand matin, sur trois colonnes, celle du 

repassent > ° ' J 

SU1 *du ri Gefsï! che centre, commandée par l'adjudant général Leblanc, sui- 
vant lentement la route, en se conformant aux progrès 
faits par les colonnes latérales l . Après une résistance 
opiniâtre, les Piémontais sont obligés de se replier, perdant 
36 prisonniers, mais repassent le Gesso en bon ordre, 
conformément aux instructions du général Colli, qui se 
porte lui-même à Roccavione, pour diriger la retraite 2 . Les 
milices des vallons de Roaschia et de Brignola gagnent 
Andon, sans être inquiétées; les troupes delà rive gauche 
de la Vermenagna franchissent les premières le pont de 
Roccavione, suivies par le bataillon des grenadiers royaux 
de garde ce jour-là, ensuite par le corps franc, aux 
ordres du capitaine Bonnaud, qui descend de Truc Dor- 
miosa 3 . Le reste des détachements de la rive droite se 
replie sur Boves, par les hauteurs de Moro et de Saut' An - 
tonio. Les Républicains occupent Roccavione, mais ne 
peuvent en déboucher, sous le feu des canons établis sur la 
rive gauche du Gesso. Quelques éclaireurs seulement se 
déploient sur la rive droite, sans parvenir à empêcher les 
pionniers piémontais de brider le pont 4 . 

Afin de mettre la position conquise à l'abri de tout 
retour offensif de l'ennemi, les jours suivants sont em- 
ployés à retrancher le village ; à construire deux boyaux 
de communication, allant des dernières maisons au poste 
maintenu sur le bord du torrent pour surveiller le pont 
détruit ; à établir deux batteries, l'une sur le Bric, au- 

1. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 26 juillet. Relation du général Mac- 
quard. Il indique que la colonne de gauche était commandée par le général Lebrun, celle 
de droite par Dallemagne, que l'ennemi a fait une résistance opiniâtre, qu'outre les 36 
prisonniers, il a eu 15 tués et un plus grand nombre de blessés, que nous avons eu deux 
tués et 13 blessés. 

2. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

3. Truc Dormiosa, de la carte sarde, point 807 de la carte italienne. 

4. La presque totalité de ces détails sont tirés de la relation de M. de Malausséna. 
Celle du général Macquard est très brève. 



DES ALPES ET D ITALIE 161 

dessus de Roceavione, l'autre sur les pentes de la Dormio- Juillet 1794. 
sa 1 . En môme temps, les troupes de la division Macquard 
s'avancent peu à peu au-delà du col de Tende, suivies par 
la cavalerie 2 , puis par le parc d'artillerie de campagne et 
par l'équipage des ponts 3 . 

La retraite des avant-postes de la vallée de la Vermena- du f^^coiii 
gna sur la rive gauche du Gesso n'était pas un événement 
capable d'amener le général Colli à abandonner son dessein 
de résister à Borgo San Dalmazzo. Dans l'ensemble des 
opérations, le commencement du siège d'Exilles 4 , les 
nombreuses escarmouches dans la Vraita, la Maira et la 
Stura, signalées par Provera et Christ 5 , les renforts impor- 
tants dirigés, d'après d'Argenteau, sur les camps du Tanaro 
et de la Corsaglia , ne semblaient pas avoir moins d'impor- 
tance que les mouvements de la division Macquard. Loin 
d'être l'indice d'une offensive puissante sur un point déter- 
miné du théâtre de la guerre, la marche intermittente de 
cette unique colonne, tandis que le reste de l'armée d'Italie 
demeurait dans l'inaction, paraissait si téméraire que r état- 
major piémontais songeait à envelopper ces 10.000 hommes 7 

1. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'état-major de 
Colli. D'après le rapport du nommé Sylvestre Siany, chasseur de la 3 e comp. du 1 er bat. de 
la 3 e demi-brigade légère, déserté de Roceavione le 7 août, il devait y avoir, dans la pre- 
mière batterie, point 713 de la carte italienne, quatre pièces de 4 et deux obusiers ; dans 
la deuxième, deux pièces de montagne et deux pièces de 8. 

2. Arch. de la Guerre : Situation du 2 août et positions de la division du centre du 
20 au 30 thermidor. Voir pièce just. n° 46. Quant à la cavalerie, d'après la situation du 
2 août, elle se compose des troupes ci-après : l tr hussards, 300 h., à Limone ; chasseurs, 
459 h., à San Dalmazzo ; 9 e dragons, 513 h., à Breil; 5 e cavalerie, 421 h., à Sospel ; en 
tout, 1,693 h. 

3. Arch. de la Guerre : Correspondance inédite de Napoléon. Rapports du service des 
renseignements à l'état-major de l'armée de Colli. La dernière partie du parc de campa- 
gne, cinq divisions de pièces de 4, part le 1 er août. L'équipage de ponts se met en route, 
le 3. D'après le rapport de Jean Lebra, de Figonière, en Provence, canonnier à la 166 e 
demi-brigade, fait prisonnier au col de Tende, le 2 août, il y avait à Tende une quantité 
de pièces de 8, à destination de Roceavione. 900 chevaux de trait étaient répartis entre 
cette localité et Breil, pour le transport de cette artillerie. 

4. Voir ci-dessus la prise des hauteurs du Vallon. Les travaux ne sont interrompus que 
le 1 er août. 

5. Voir ci-desssus. Le poste des Lignères, dans la vallée de la Maira, n'est repris par 
les Piémontais que le 1 er août. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Correspondance de d'Argenteau, mois de juillet. Les 
mouvements signalés par ce général avaie.it pour objet la formation du camp de six bat. à 
Colle Selle Vecchie, sous les ordres du général Pijon. 

7. Voir pièce just. n* 46. 2.000 h. étaient au col de Couture, à l'ouest du mont Ber- 
trand ; ils ne devaient sans doute y rester que jusqu'après la formation de la colonne de 
Pijon. Les rapports du service des renseignements de l'armée de Colli (Arch. de la Guerre) 
prouvent que les Piémontais étaient exactement renseignés sur notre eii'ectif dans la vallée 
de la Vermenagna. 



162 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

juillet 1794. en attaquant, par les vallons de Roaschia et du Pesio, 

leurs deux flancs peu gardés \ 
Entrée en ligne Les 10,000 combattants, alors réunis au camp de Borgo 2 , 

d'une division 

autrichienne. n 'étant pas suffisants pour l'exécution de cette manœuvre, 
on comptait sur la coopération des forces autrichiennes, 
dont on attendait de jour en jour l'entrée en ligne, depuis 
le commencement de juin, époque à laquelle le roi de Sar- 
daigne avait ratifié la convention de Valenciennes 3 . Déçue 
dans ses espérances par la solution choisie 4 , la cour de 
Vienne tardait à remplir ses engagements et, aux instances 
réitérées du monarque piémontais, l'archiduc Ferdinand, 
gouverneur de la Lombardie, opposait une fin de non rece- 
voir, sous le prétexte qu'il n'avait pas d'instructions 5 . Com- 

1. Arch. de la Guerre : Rapports sur le service des renseignements de l'armée de Colli. 
Relation du général Costa de Beauregard. — Arch. de Breil : Relation de M. de Malaus- 
séna. De l'examen de ces documents il résulte que, si l'état-major de Colli savait parfaite- 
ment la force de la division de Macquard, il ignorait absolument le projet d'opérations et 
surtout l'importance des colonnes prêtes à déboucher dans les vallées du Pesio et du 
Gesso. La première idée du projet italien se trouve dans le rapport du 22 juillet de l'offi- 
cier chargé des renseignements ; il est développé dans un mémoire, remis au général 
Colli le 5 août. L'opinion du général Costa de Beauregard et celle de M. de Malausséna, 
au sujet de cette opération sont si différentes, qu'il semble curieux d'en citer ici les passa- 
ges les plus saillants. Voici ce que dit Costa de Beauregard : « Il est difficile de compren- 
dre comment il (l'ennemi) ne sentit pas l'extrême danger de sa position pendant tout ce 
temps (16 jours, du 25 juillet au 8 août), et il n'est pas plus aisé d'expliquer comment 
nous ne cherchâmes pas à en tirer avantage... Les Français semblaient s'être mis d'eux- 
mêmes dans nos filets. Eu effet, maîtres de pénétrer jusqu'au fond des deux vallées qui 
doublent celle de Vermenagna, nous pouvions d'une seule marche prendre à revers les 
hauteurs du Vacaril et de l'Arpiola, de Cerésoles et des Goderies, ce qui aurait rendu à 
l'ennemi toute retraite impossible. Il eût été forcé par là de capituler, et, en employant à 
cette opération les précautions, le secret et les forces nécessaires, le succès était infailli- 
ble. Mais, au moment où le projet allait enfin être admis, l'occasion s'enfuit sans retour. » 
M. de Malausséna est moins optimiste : « Il manquait des forces pour contenir l'ennemi au 
débouché de la vallée et entreprendre de lui en fermer la sortie par sa tête, en agissant 
par les vallées latérales. Il n'est pas douteux qu'on eût réussi d'occuper l'Arpiola, l'Armel- 
line et le Vacaril, peu soigneusement gardés. La facilité de cette manœuvre fit croire au 
succès de l'opération, sans penser qu'on mettait par là l'ennemi dans la nécessité de débor- 
der par les hauteurs de Boves, où on ne pouvait le contenir, et forcer ensuite le camp du 
Bourg ...On ne pouvait entreprendre cette opération avec espoir de succès qu'au moyen des 
6.000 mille Autrichiens du camp de Mouroux (Morozzo), qui refusèrent constamment de 
s'unir aux troupes du Roi pour agir. » 

2. Voir pièce just. n° 47. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 94: Correspondance du roi de Sardaigne, passim. — Thaon de 
Revel, p. 218. 

4 La Convention de Valenciennes, dont le texte se trouve dans les Mémoires de Thaon 
de Revel, p. 216, comportait deux solutions pour le partage des conquêtes éventuelles 
faites par les alliés : Ou bien la valeur de celles attribuées à l'Empereur serait compensée 
par la rétrocession que ferait le roi d'une partie des districts du Milanais acquis à l'issue 
de la guerre pour la Succession d'Autriche ; ou bien les conquêtes seraient restituées à la 
France, moyennant une indemnité en argent à diviser en partie égales. C'est cette dernière 
solution qu'avait adopté le roi et on comprend sans peine la déception delà Cour de Vienne. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 94, correspondance du roi ; pièce n° 84, correspondance de 
d'Argenteau. Le roi ne se contente pas d'écrire plusieurs fois à l'archiduc, il lui envoie, 
le 21 juillet, M. de Clermont, il lui adresse, le 25, un rapport de Colli, il fait écrire à 
"NVallis par ce général et par d'Argenteau. Les lettres du roi où il est question de cette 
grave affaire sont celles des 7, 16, 21, 23, 25, 26, 28, 29, 30 juillet, 1, 2, 7 et 8 août ; celles 
de d'Argenteau sont des 15, 19, 24, 25, 27, 28, 29 juillet et 3 août. 



DES ALPES ET D ITALIE 163 

prenant cependant que les territoires impériaux en Italie J^ let in- 
séraient immédiatement menacés, si les Républicains parve- 
naient à déboucher entre Coni et Ceva, ce prince prend sur 
lui de porter en avant une ou deux divisions du corps de 
Wallis, Celle de Winckeim, forte de six bataillons et quatre 
escadrons, répartis entre Asti, Alba et Cherasco l , se con- 
centre, le 31 juillet, à Morozzo 2 , à portée de soutenir les 
corps de Colli et d'Argenteau. 

Ce dernier, enhardi par la proximité de ces forces et, bien 
qu'il n'eut que 3,500 hommes de troupe régulières 3 en face 
des 12,000 combattants de la division Masséna 4 , renvoie en 
avant de Frabosa Soprana le poste qu'il en avait retiré 
comme trop exposé, en apprenant l'incursion des Républi- 
cains dans la vallée du Pesio 5 . Le 1 er août, il fait même 
attaquer les avant-postes français à Colle Navonera et à 
Viola. Sur le premier de ces points, les Croates, assaillis 
au moment où ils croyaient surprendre l'ennemi, perdent 
48 prisonniers et sont mis en déroute. Au camp de Saint- 
Jacques de Viola, un détachement de 300 hommes du corps 
franc est aussi contraint de se replier après une lutte assez 
vive 6 . 

Cependant, les Autrichiens ayant refusé de faire aucun 
détachement et de s'avancer au-delà de Morozzo 7 , le géné- 
ral d'Argenteau est obligé d'envoyer à Torre di Pesio et à 
Spinetta une division de deux escadrons et un bataillon 

1. Voir chap. précéd. 

2. Le 27 juillet, Winckeim porte son quartier général d'Asti à Cherasco, et son avant- 
garde, un bataillon et un escadron, à Bene. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84: Lettre de d'Argenteau le 3 août. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 2 août. 

5. Ce poste était à Fontane, et à Colla di Mora en face du poste français de Colle Na- 
vonera. Il s'était replié sur Frabosa avec ordre de gagner Mondovi par Monastero, en cas 
d'attaque. Les 26 et 27 juillet, les Français avaient cherché à franchir la Corsaglia, au ha- 
meau de ce nom et vis à vis de Montaldo. Des patrouilles avaient poussé jusqu'au nord de 
Frabosa (Arch. de Breil, pièce n° 84). 

6. Arch. de Breil; pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau,le 3 août. — Arch. de la Guerre : Rap- 
ports de Dumerbion, les 3 et 5 août. D'Argenteau accuse une perte de 50 h., dont le capi- 
taine Neuder et 30 Croates, tués, blessés ou perdus ; les capitaines Richieri et Saint-Bias, 
du corps franc, blessés, et une vingtaine d'hommes de ce corps hors de combat. La perte 
des Français serait de 170 h., dont deux officiers tués, un officier et huit h. prisonniers. 
D'après Dumerbion, les Républicains auraient eu un officier et trois grenadiers tués, cinq 
blessés, six prisonniers. 

7. Arch. de Breil, pièces n° 84 et 94. 



161 OPÉRATIONS COMBINEES DES ARMÉES 

Août 1794. d'Asti l 9 en soutien de la chaîne des postes de Villanova, 
Chiusa, Peveragno et Boves, qui relient Mondovi au camp 
de Borgo. De son côté, Colli prend toutes les dispositions 
nécessaires 2 pour résister à une attaque qui paraissait im- 
minente, et venait en effet d'être fixée au 9 août 3 . 

occupation En exécution de cet ordre, Masséna envoie, le 6 août, le 

de Boves. 

général Pij on prendre le commandement des six bataillons 
rassemblés à Selle 4 et destinés à descendre dans la vallée du 
Pesio. De son côté, le général Macquard déploie ses trou- 
pes sur la rive droite du Gesso, le long de laquelle la fusil- 
lade et la canonnade sont incessantes 5 . 

Le 5 août, le général Lebrun dirige vers Andon une re- 
connaissance, qui s'établit en face de la Madona délia Bruna, 
après un engagement d'une heure et demie avec une com- 
pagnie du corps franc 6 . Le 7, le général Dallemagne mar- 
che sur Boves avec 1,200 hommes, précédés, sur le bord du 
Gesso, par quatre compagnies de grenadiers et une de cara- 
biniers, flanqués sur les hauteurs par quatre compagnies de 

1. Arch. de Breil; pièce n° 84 : Ordre du 29 juillet. 
- 2. Arch. de la Guerre : Minute des ordres de Colli. Ordres des 25, 26, 27 juillet, 1 er et 6 
août. Les troupes sont disposées de la manière suivante, de la droite à la gauche : 2 e chas- 
seurs à Valdieri; un bat. du reg. des gardes, un de Christ et deux de Piémont ayant leur 
gauche à Borgo. Ces bat. fournissent ensemble une garde de 90 h., deux subalternes, un 
capitaine, commandée par le major de jour, au pont brûlé de Roccavione ; cette garde est 
relevée tous les soirs. Les chasseurs de Nice sont à Andon, le corps franc à la Madona délia 
Bruna ; ces derniers fournissent, le soir, une garde de 25 h. dans le fossé de la droite du 
retranchement qui bat le pont ; ces troupes constituent l'aile droite. Le retranchement est 
occupé par les pionniers, qui ont à défendre le village de Borgo, avec l'aide des volontaires 
Pandini, ayant leur gauche àl'évêché, dans les jardins duquel se trouve le 11 e grenadiers. 
Viennent ensuite : le 1" grenadiers, ayant derrière lui lerég. d'Aoste-cavalerie, a la droite 
duquel campe, en potence, Piémont-cavalerie, face à la route de Démonte ; puis les 8 e et 
9 e grenadiei's de la Chiusa, ayant leur gauche à une batterie. Entre cette batterie et la 
Madona degli Angeli sont placés les deux bat. des grenadiers royaux, les deux de Belgiojoso, 
et celui des grenadiers Strassoldo. Enfin le rég. de Pignerol et une batterie relient cette 
disposition aux redoutes de Coni. Chacun des bat. de l'aile gauche fournit un piquet de 19 h. 
L'ensemble, présentant un effectif de 229 h., forme une chaîne le long de la rive gauche 
du Gesso, au pied de la terrasse sur laquelle les troupes campent sur deux rangs seulement, 
afin de garnir toute la ligue. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Ricord, le 29 juillet, voir pièces just. n° 43. Le 8 août 
étant le premier jour de l'opération, c'était en effet le 9 ou le second jour que Borgo de- 
vait être attaqué, d'après le projet adopté à Nice. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre de Masséna, le 6 août. 

5. Arch. de la Guerre : Mémoire de M. Costa de Beauregard. — Arch. de Breil : Relation 
de M . de Malausséna. Voici ce qu'écrit ce dernier : « On se canonna de part et d'autre 
et les avant-gardes fusillèrent souvent, mais avec si peu de dommage pour les troupes du 
roi, qu'on s'accoutuma de regarder un spectacle terrible comme une chose singulière, au 
point d'en badiner à la table du général, d'où l'on découvrait le canon ennemi, à portée 
de l'enfiler. » 

6. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 8 août. Les Français ont un chasseur 
tué et 15 blessés.— Arch. de Breil: Relation de M. de Malausséna. Les Piéraontais ont une 
douzaine d'hommes hors de combat, y compris quatre morts. 



DES ALPES ET D ITALIE 165 

chasseurs *. Cette avant-garde refoule du village le poste AofU im 
piémontais, mais est chargée et mise en désordre par des 
dragons autrichiens, qui sont ensuite obligés de se replier 
sur Torre di Pesio 2 . Des patrouilles sont aussitôt poussées 
sur Peveragno 3 . Six cents cavaliers suivent ce mouve- 
ment ; ils partent de Robilante, passent à Malandré, au col 
del Moro, et campent le soir en face de Serre, sur la rive 
droite du vallon 4 . 

La journée du 8 août devait être employée à prendre les 
dernières dispositions pour former les colonnes d'attaque, 
qui paraissaient devoir enlever en quelques heures la posi- 
tion ennemie, médiocrement couverte par le Gesso, guéabie 
à cette époque de l'année, et d'ailleurs trop étendue pour 
le faible effectif des troupes chargées de la défendre 5 . 

1. Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard ; Rapport de Dumerbion, le 8 
août. Rapport du service des renseignements à l'armée de Colli : Interrogatoire de Sylvestre 
Siany, de Carpentras, chasseur de la 3 e comp. du 1 er bat. de la 3° demi-brigade légère, 
déserté de Roccavione, le 7 août. — Arch. de Breil, pièce n° 40. Il y est dit que les Français 
sont arrivés à Boves à 9 h. du matin ; pièce n° 112 d. 

2. Arch. de la Guerre : Relation du général Macquard. Rapport de Dumerbion le Saoût. — 
Arch. de Breil, pièce n° 40, 112 et 120. D'après les renseignements français, les Piémontais 
ont perdu 20 h. tués ou blessés, 22 prisonniers, et huit chevaux ; les Républicains deux tués, 
13 blessés, dont un officier. D'après les rapports piémontais, il y aurait eu, de leur coté, 
un dragon, un chasseur de Canale et un soldat du rég. Pignerol blessés, enfin deux autres 
soldats de ce même rég. prisonniers ; du coté des Français, huit tués, 10 blessés, huit pri- 
sonniers. Canale était parti de Olocco. en avant de Chiusa pour Peveragno, le 6 août, à 7 h. 
du soir ; mais le 7, à 11 h. du matin, il est à Torre di Pesio, ayant jugé prudent de marcher 
par Beinette, d'après les avis qui lui ont signalé des forces importantes vers la Chartreuse 
de Pesio. 

3. Arch. delà Guerre: Rapport du service des renseignements de l'armée de Colli : Jean 
Antoine Bassi, de Spinetta, manœuvre, arrêté par les chasseurs Canale, à son retour de 
Boves, le 8 août, dit que, la veille au matin, une colonne considérable était venue vers Pe- 
veragno, sur les hauteurs « de la Piastra », nom qui n'est porté sur aucune carte. 

4. Arch. de la Guerre: Renseignement de Bassi. — Arch. de Breil, pièce n ,s 40 et 112. 

5. Voici ce que dit à ce sujet M. de Malausséna dans le brouillon de sa relation : 
« Tout ceci (la disposition des troupes de Colli) n'était qu'un mince cordon, à. grands inter- 
valles dégarnis de troupes, qui s'étendait de Vaudier à Coni, sur 8 milles de longeur (20 
kilomètres). Sa faiblesse n'était point réparée par les retranchements presque contigus, 
dont on couvrit le bourg et ses environs, retraçant l'idée de l'imbécillité qui éleva la 
fameuse muraille sur la frontière de la Chine.. . L'ensemble de cette disposition s'accordait 
si mal avec ses vues qu'il suffisait de l'attaquer pour' la renverser... Ses défauts tombant 
journellement sous leur vue, devaient les (les Français) y inciter, d'autant plus qu'à forces 
inégales ils pouvaient encore se promettre du succès. De Roccavione, tenant le centre en 
échec, et, longeant par leur droite le bord du Gesso, en une heure de marche, ils arrivaient 
à le guéer sans crainte et franchir de même la haute rive pour se former sur la plaine 
entre le Bourg et Coni... L'histoire, n'appréciant le mérite des généraux que sur la sagesse 
de leurs dispositions, réprouvera celles de Colli ; mais le public, qui les juge sur le hasard 
des événements, lui attribua l'honneur d'avoir sauvé le Piémont par la ferme contenance 
qu'il tint devant l'ennemi.» — Il semble qu'ici M. de Malausséna a une vue plus exacte 
des choses que M. Costa de Beauregard, qui écrit : « Dans le centre, le général Colli ne 
songea plus qu'à s'entourer de redoutes et d'abatis. Sa position, jusqu'alors précaire et 
chancelante, devint assez forte pour en imposer à l'ennemi, lorsque celui-ci songea sérieu- 
sement à déboucher des vallées. Nous n'avions pas à la vérité de seconde ligne ; mais les 
forteresses de Démonte, Coni, Mondovi et Ceva nous servaient d'appuis en arrière et 
donnaient assez de solidité à cette masse de 30.000 h. qui, dans une marche ou deux, 
pouvait se réunir toute entière sur un point donné de la ligne.» Il y a dans cet aperçu 
une exagération évidente, puisqu'en ajoutant l'effectif des troupes deProvera, 3.455 h., de 
Christ 1.500 h., du camp de Borgo 9.725 h., de d'Argenteau 3 594 h. et même des Autri- 
chiens de Morozzo 6.000 h., on n'arrive qu'au chiffre de 24.000 h., qui étaient à beaucoup 
plus de deux marches les uns des autres. 

12. 



Retraite 

de la division 

du Gesso. 



166 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

Août 1794. Mais, dans la nuit, Macquard recevait l'ordre de se replier 
avec précaution sur le col de Tende \ 

En conséquence, le 8 au matin, la cavalerie reprenait le 
chemin du col de Moro, suivie par l'infanterie. Les Pié- 
montais réoccupaient Boves aussitôt 2 . Quatre bataillons 
allaient par le col de Tende relever les troupes du général 
Pijon, que Masséna rappelait vers Ormea 3 . Des renforts 
étaient envoyés aux postes chargés de couvrir les flancs du 
côté des vallées du Gesso et du Pesio 4 . L'artillerie était 
dirigée sur Limone à la suite de la cavalerie; mais de 
nouvelles batteries étaient construites auprès de Rocca- 
vione, et une démonstration prononcée pendant la nuit 
contre le pont du Gesso, afin de tromper l'ennemi. Du 
reste celui-ci, croyant aune attaque pour le 10, n'ajoutait 
aucune créance aux renseignements qui lui parvenaient 
dans la journée du 9, relativement à cette retraite 
inespérée 5 . 

Ce n'est que le lendemain, dans la matinée, que les 
troupes légères piémontaises s'aperçoivent du départ des 
Républicains 6 . Le comte d'Ison, commandant du corps 
franc, occupe aussitôt, avec deux compagnies, Roccavione, 
abandonné trop précipitamment 7 . Les volontaires de 
Pandini se portent sur Truc Dormiosa et Bric Arnostia. 
Les chasseurs de Nice gagnent le mont Cucetto. La com- 
pagnie Pian et les milices de Cauvin se dirigent sur 

1. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 13 août. Masséna a été prévenu en 
même temps que Macquard, soit dans la nuit du 7 au 8, puisqu'il donne les ordres pour 
la dislocation du camp de Selle, le 8 août. 

2. Arch. de Breil, pièces n 03 40 et 112. Les troupes piémontaises qui rentrent à Boves 
sont : les chasseurs de Canale, le chevalier de Saint-Séverin, commandant un détachement 
de Pignerol, et les dragons autrichiens (Lettre de Canale, de Boves, à 1 h. du soir). 

3. Arch. de Breil, pièce n° 91. — Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, le 8 août. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 91. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 91 et relations de M. de Malausséna et de M. Costa de 
Beauregard. Il paraît que l'on fut très étonné, au quartier général de Colli, en apprenant 
la nouvelle de la retraite des Républicains. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 40 : Lettres du comte d'Ison, de Roccavione, à 9 h. 3/4 du 
mat., et de Pandini, de la Dormiosa. 

7. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 13 août. Le général Lebrun a fait 
traduire devant le tribunal militaire l'officier qui commandait à Roccavione. On n'y avait 
cependant laissé, d'après la relation du comte d'Ison, que « 60 caisses de munitions » et 
« un petit magasin d'huile et de liqueurs. » 



DES ALPES ET D ITALIE 167 

Roaschia. Le 5 e bataillon de grenadiers, ayant franchi à Août 1794. 
son tour le Gesso, s'élève à mi-côte sur les pentes de la 
rive gauche de la Vermegnana, puis toutes ces troupes 
marchent vers Robilante et sont arrêtées à hauteur de ce 
village par les tirailleurs français \ 

Tandis qu'un bataillon de la 166 e demi-brigade, tom- 
bant sur le flanc gauche delà colonne piémontaise du fond 
delà vallée, la met dans le plus grand désordre 2 , le 2 e 
bataillon de la 122 e , qui était à Malandré, refoule les 
volontaires de Panclini, reprend même un instant pied sur 
Truc Dormiosa et oblige par son feu des détachements de 
cavalerie à se réfugier dans Roccavione 3 . Mais bientôt, 
menacés de voir leur retraite coupée par les troupes venant 
de Boves, les deux bataillons se replient par les crêtes sur 
Monti Piane 4 . La poursuite des Piémontais n'en était pas 
moins arrêtée, de telle sorte que le général Lebrun a le 
temps d'évacuer Vernante, de rassembler sa brigade à 
Limone et de faire occuper fortement, à gauche, les hau- 
teurs de l'Arpiola, de Bric Castia au mont Malaterra, ainsi 
que la chapelle de San Maurizio, à droite, Costa Murin, la 
crête du versant droit du vallon de l'Armelina, et le 
plateau du Vaccarile. 

Colli, qui s'est porté à Roccavione au moment où son 
avant-garde y était refoulée, appelle sur la rive droite du 

1. Arch. de Breil, pièce n° 40. Le corps franc, bien que quelques hommes se soient 
enivrés en pillant un magasin d'eau-de-vie des Républicains, avance jusqu'à la chapelle de 
Robilante, probablement San Rocco des cartes sarde et italienne. 

2. Arch. de Breil, pièces n os 112 et 52. Dans la nuit du 10 au 11, les milices de Gon- 
dolo prennent à Colla Piana un caporal français, porteur du billet suivant : « 11 est or- 
donné au bat. de la 166% qui s'est porté sur Robilante, de rentrer à Limone, en 
suivant les hauteurs qui conduisent à Limone, que le guide lui indiquera. Fait à Limone, 
le 24 thermidor, l'an II de la République française. Le général de brigade : Lebrun.» 

3. Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 13 août. 11 cite avec éloge le chef 
de bat. Giraud, de la 22 e . qui n'aurait eu que 250 h. et se serait battu de .2 à 9 h. du 
soir. Il a été blessé, ainsi que 21 h. et cinq h. ont été tués. On a fait quelques prisonniers, 
dont deux soldats et un officier émigrés, qui, d'après la pièce n° 52 des Arch. de Breil, ont 
été fusillés à Nice, le 28 thermidor. — Arch. de Breil : Relations de M. de Malausséna 
et du comte d'Ison. Celui-ci a été gravement blessé ; le chevalier Vigna a été tué, le 
sous-lieutenant Collongue fait prisonnier. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 112. En montant à Colla Piana, avec les paysans de la 
Chiusa, M. Decaroli .leur chef, a entendu, dans la nuit du 10 au 11, une fusillade à Gias 
Morteis. Ce ne pouvait être que le résultat de l'engagement des dernières troupes fran- 
çaises avec les chasseurs de Canale, qui arrivent à Gias Ceresoîa, le 11 au matin. 



168 OPÉRATIONS COMBINEES DES ARMEES 

Août 1794. Gesso le 1 er bataillon de grenadiers. Ralliant les troupes 
légères, le commandant de ce bataillon, chevalier Bisca- 
retti, suit les Français et cantonne le soir à Vernante, tan- 
dis que Canale, venant de Boves, marche sur Gias Cere- 
sola et que le 5 e bataillon de grenadiers s'établit sur les 
hauteurs de Testi Goderia. Le lendemain, cette ligne d'a- 
vant-postes est renforcée, à gauche, par les milices de 
Gondolo et les paysans de la Chiusa, qui bivouaquent à la 
Cima Pitte ; à droite, par des grenadiers royaux, postés à 
la tête du vallon de Gorgia Grande 1 , 
ordres Çq brusque arrêt de l'offensive, entamée depuis le mois 

du comité ■*■ ' x 

de S aprèr blic d'avril, préparée avec tant de soins et d'activité 2 , si ardem- 
ment désirée par les troupes 3 , était le contre-coup de la 
chute du parti jacobin ou montagnard, au 9 thermidor. Le 
lendemain, 28 juillet, le comité de Salut public, redoutant 
à l'intérieur, des insurrections analogues à celles qu'avait 
amenées, l'année précédente, la défaite des Girondins ou 
Feuillants, prescrivait de surseoir à toute opération mili- 
taire. Cet ordre parvenait, le 5 août, en même temps à 
Nice et à Barcelonuette, où arrivait, quelques heures après, 
Saliceti, envoyé près de l'armée des Alpes, pour faire 

1. Arch. de Breil, pièce n° 112. D'après les nombreux rapports contenus dans cette 
pièce et d'après la relation de M. de Malausséna, les avant-postes de Colli, le 12 août, 
occupent Vernante, où se trouve le 1 er bat. de grenadiers et le corps franc commandé par 
Bonnaud. Sur la rive gauche de la Vermegnana, les hauteurs de Testi Coletta et de Por- 
cile, entre Vallée Grande et Riosecco, sont gardées par le 5 e bat. de grenadiers d'Andezeno, 
les chasseurs de Nice de Domenego, et les milices de Cauvin, qui s'appuient au mont Sapé ; 
en arrière, les paysans de Roaschia sont à Testi Goderia et un détachement de grenadiers 
royaux est venu à Serre Sariondo, par San Bernardo, de Roaschia et Testi Chiot. Sur la 
rive droite de la Vermegnana, les chasseurs de Canale gardent la Serre de Vaudran, c'est- 
à-dire le contrefort qui de Cima la Motta s'étend à Madona Loreto, par Maire Signori ; 
sur les contreforts en avant se trouvent la comp. Pian et un détachement de Croates, qui 
s'appuient à gauche à Colla Piana, gardée par les volontaires Pandini, et À Cima Pitte, 
occupée par les milices de Gondolo. Le détachement de Pignerol, sous M. de Saint-Séve- 
rin, est en arrière, au mont Piane, et à Gias Ceresola, deux comp. de grenadiers royaux 
et les paysans de Boves. Quant à ceux de la Chiusa, ils ont été renvoyés dans ce bourg 
avec leur chef, le juge Decaroli. 

2. Arch. de la Guerre, passim : Mesures prises pour l'embrigadement et l'encadrement 
des bat. de réquisition et la suppression des corps francs révolutionnaires, « qui font tou- 
jours plus d'embarras que de besogne. » Arrêté du 9 juillet, déterminant les fonctions des 
officiers d'artillerie et du génie à l'armée, pour la construction des ponts et les travaux de 
siège. Arrêté du 1 er mai, accordant amnistie aux Barbets qui rentreront dans leurs foyers 
en remettant leurs armes. Arrêté du 30 juillet, instituant un uniforme pour les employés 
des charrois et des services administratifs, etc. 

3. Arch. de la Sect. techn. du génie : Mémoire du commandant Paulinier. Voir aussi 
les Mémoires de Masséna et ceux de Roguet. 



DES ALPES ET D'iTALIE 169 

concorder ses mouvements avec ceux de l'armée d'Italie l . Août 1794. 
Les autres divisions, qui ne devaient se mettre en marche 
que le 10 août, étaient ainsi arrêtées à temps. 

Acceptant d'abord trop facilement l'accusation de tra- 
hison lancée contre Robespierre jeune, les représentants 
du peuple Albitte et Saliceti se rendent immédiatement à 
Nice, pour prendre les mesures nécessaires à la défense des 
côtes et au maintien du bon ordre dans les départements 
du midi, particulièrement à Toulon et Marseille 2 . Ils ne 
tardent pas à s'apercevoir que les circonstances exigent 
impérieusement la reprise de l'offensive 3 . Tout le long de 
la chaîne des Alpes, les engagements sont incessants 4 . 
Comprenant combien il est important de ne pas donner à 
l'ennemi le temps de se reconnaître, le général Colli avait 
ordonné d'attaquer les Républicains, le 15 août, à la fois 
dans les vallées de la Stura, du Gesso et de la Verme- 
gnana, afin de les contraindre à accélérer leur retraite 5 . 

On ne pouvait espérer déloger les q uatre à cinq mille Fran- 3 Attaque 

x x ° x * des Barricades. 

çais 6 qui occupaient les Barricades, la redoute de la Mon- 
tagnetta, Servagno et Bersezio, qu'en essayant de tourner 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Ricord, d'Albitte et Laporte, le 5 août, aux pièces 

J'ust. n on 44 et 45. Lettres de Saliceti, puis d'Albitte, de Laporte et de Saliceti, datées de 
ktrcelonnette, le 6 août. Saliceti était sous le coup d'une émotion assez vive ; il avait 
appris que le chef de brigade La Converserie, qui le suivait à peu de distance, avait été 
assassiné par des Barbets ; il était persuadé que c'était à lui que l'on en voulait et que 
c'étaient Robespierre jeune et Ricord qui avaient ainsi cherché à se débarrasser de lui. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres d'Albitte et de Saliceti, le 11 août, de Nice, où ils sont 
arrivés le 9. Ordres donnés, les 11 et 12 août, à Danierbion. Ordres de mouvement de ce 
dernier. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres d'Albitte et de Saliceti, les 11 et 24 août. Aussi, par 
arrêté du 20 août, remettent-ils en liberté Bonaparte, arrêté depuis le 6 août. Le représen- 
tant du peuple Ricord avait été rappelé à Paris et remplacé par Albitte. Quant au banquier 
Haller, qui avait si remarquablement dirigé tous les services administratifs, il avait appris 
à Gènes sa destitution et n'avait pas juge à propos de rentrer en France.. 

4. Arch. de la Guerre \ Lettre de Petit-Guillaume, le 15 août. Le 9 août, attaques des 
postes français de la vallée de Pragelas ; le 10, attaques du côté du mont Cenis et dans la 
vallée de Lucerne ; le 11, attaque de l'Assiette. On n'a de renseignements que sur cette 
dernière affaire, par cette seule phrase de la lettre précitée : « A l'attaque de l'Assiette, plus 
de 30 des leurs (soldats piémontais) mordirent la poussière ; sept prisonniers leur furent 
faits, dont un officier, et nous n'eûmes qu'un grenadier blessé au pied ; ils ne nous ont pas 
fait abandonner un pouce de terrain. » 

5. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

6. Arch. de la Guerre : Situation du 18 août : aux Barricades, 4 e grenadiers, 730 h. ; à 
Bersezio et Servagno, 1 er Isère, 905, moitié du 1 er Aude, 471 ; à Argentera, 1 er chasseurs, 
607, artillerie, 107, génie, 185. Total des présents, 3.014 h., auxquels il faut ajouter au 
moins le 1" bat. de la 83 e , 537 h. et le 3 e de la 129% 871 h., soit 1.408 h., venus de l'armée 
d'Italie ; en tout, 4.422 h. présents. 



170 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

Août n94. i a position par le versant gauche de la Stura \ Dans ce 
but, un corps important devait déboucher du cirque de 
Pianezza, tandis que deux détachements agiraient sur les 
flancs, l'un faisant une démonstration de Sambucco sur 
Ponte Bernardo, l'autre se portant de la Maira vers le col 
de la Madelaine, pour menacer la retraite 2 . 

Après entente avec M. de Sonaz, ce dernier détachement, 
fort de 300 hommes 3 , se rend, le 13 août, de Prazzo à Prato 
Rotondo 4 , d'où il part, à 11 heures du soir, pour atteindre, 
le lendemain, un peu avant le jour, les hauteurs voisines 
des lacs de Roburent 5 . A 1 heure de l'après-midi, son chef, 
ayant été informé que l'attaque était différée par suite du 
peu d'empressement des paysans à répondre à l'appel aux 
armes 6 , se replie sur Prato Rotondo, où il arrive à 5 
heures du soir. Une heure après, il est avisé que le projet 
doit être mis à exécution le lendemain. Il repart donc, dans 
la même nuit, à 10 heures et demie, et regagne, le 15 de 
grand matin, les postes occupés la veille. Mais entre-temps, 
une grand'garde de 60 hommes du 1 er bataillon de chas- 
seurs avait été établie à la Pointe délia Signora 7 . Bien que 

1. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

2. Les détails qui suivent sont tirés principalement des Arch. de Breil : Pièces n° 70 i, 
relation du général Christ de Santz, du camp de Val Covière, le 16 août, et de Démonte, 
le 17 ; n° 107, analyse de la correspondance du même général ; n° 121, lettre non signée 
de l'officier commandant les troupes de la Maira; n° 122, relation non signée, mais qui 
doit être la copie de celle de M. le chevalier de Bonadona, du régiment de Montferrat, 
annoncée dans la relation du général Christ ; n° 132, lettre en italien, relative aux affaires 
des 2, 3 et 15 août, dont la signature en a été enlevée ; elle est datée du col del Mulo, le 
24 septembre, et doit être du capitaine de milices Giletta ; n° 275, analyse d'une lettre du 
chevalier de Belmond, annoncée également dans la relation du général Christ. Quant aux 
Arch. de la Guerre, elles ne contiennent, à ce sujet, qu'une lettre du général Petit-Guil- 
laume, du 19 août, donnant in extenso le rapport de Vaubois, daté de Meyronne, le 
29 thermidor. L'adjudant général Camel y est cité avec éloges. 11 existe aussi une lettre 
de Vaubois à Gouvion du 18 août, dans laquelle il dit que « c'est la grande valeur des 
chasseurs qui l'a sauvé ; 60 h. en ont repoussé 5 à 600. C'est le poste de l'Argent ière qui a 
failli être pris et les Barricades étaient tournées et la retraite fermée. » Voir, prem. vol., 
le croquis du col de la Madelaine. 

3. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. D'après la pièce n° 121, les troupes 
agissant le 14, sont : deux comp. du rég. de Savoie et deux de milices; elles sont renforcées, 
le 15, par la comp. de M. de Corbeau, du même rég., 30 h. des chasseurs de Nice, la comp. 
Christini, et le détachement du Preit. 

4. Unières, d'après les anciens documents, Prariond de la carte sarde. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 121: L'auteur dit qu'il occupe « le fameux poste d'Ornayo, 
qui domine le Baracon, n° 4 d'Argentière. Je n'ai pas eu de peine à prendre ce poste, étant 
dégarni. Mes ordres étaient de m'emparer du n" 4... » 

6. Arch. de Breil, pièce n" 70 : Lettre de Christ, le 13 août. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 121. L'auteur dit: «... ayant repris les postes de la veille à 
la petite Oronaye, je détachai 30 h. pour aller reconnaître le poste de l'Oronaye. Huit h. 
en avant grimpèrent la montagne. Mais les Français, qui étaient au nombre de 60, se ca- 
chèrent et les laissèrent monter à la portée de pistolet.» — Arch. de la Guerre : Lettre de 
Vaubois à Gouvion, le 18 août, passage déjà cite. 



DES ALPES ET D ITALIE 171 

renforcés, les Piémontais ne peuvent la déposter et sont Août 1794 - 
obligés, vers midi, de se retirer sur le mont Scaletta 1 . Malgré 
les attaques dirigées par les Républicains d'Argentera et 
de Bersezio 2 , ils abandonnent ce point, le soir seulement, 
en apprenant l'insuccès des autres corps. 

Le plus important s'était rassemblé au camp de Val Ca- 
vera 3 , et avait rejoint, le 14 août, à 11 heures et demie du 
soir, au mont Giordano, un poste qui y avait été établi la 
veille 4 . Là il se divise en trois colonnes. Celle du centre, 
de 350 paysans, se dirige, le long de la croupe de la Monta- 
gnetta, vers la redoute construite par les Républicains 5 . 
Au premier coup de fusil, elle se replie en désordre. Celle 
de gauche, de 450 hommes 6 , franchit le col délia Marta et 
descend dans le vallon de Gorgia Conforent ; puis, tandis 
que les chasseurs du capitaine Giletta se glissent vers la 
gauche le long des escarpements, pour gagner le sentier 
de Servagno, elle se porte à l'attaque de la redoute. En 
voyant fuir les paysans, les soldats refusent d'avancer et 
force est au chevalier de Saint-Laurent, major du régiment 
de Montferrat, qui les commande, de battre en retraite 
également, sur le mont Giordano par la Croix de la Monta- 
gnetta 7 . La colonne de droite, de 600 hommes 8 , passe le 

1. Arch. de Breil, pièce n° 121 : « A 7 h., le secours s'étant reposé, nous allâmes en deux 
colonnes pour nous emparer de l'Oronaye ; nous nous y battîmes pendant trois h. De l'Es- 
caletta à l'Oronaye il y a une h. et demie. » 

2. Arch. de Breil: pièce n° 121. Deux colonnes de 130 h. Celle venant de Bersezio est 
arrêtée par « trois chasseurs de Nice, qui se rasèrent le long des bries à la portée de fusil, 
leur tirent une décharge qui les fit replier de suite. » Le rapport piémontais se termine 
ainsi : « Notez, que, dans toutes ces affaires il n'y a eu ni morts ni blessés. » 

3. Tête du vallon de l'Arma, à l'est du col del Mulo. On y avait rassemblé 800 paysans 
de la vallée de Grana, « à force de commandements et de menaces » ; ils avaient été for- 
més en trois colonnes, conduites chacune par un capitaine-lieutenant du régim.de Courten. 
300 h. sont tirés de la garnison de Démonte et commandés par le brigadier, baron de 
Streng.Ce corps, comptant ainsi 1.400 h. avec les milices, quitte le camp, le 14 août, à 4 h. 
et demie du soir, précédé de paysans non armés, pour réparer les chemins. Il gagne le 
col de Bandita et suit ensuite la crête jusqu'au col délia Marta. — Arch. de Breil, pièces 
n° 70, 107 et 122. 

4. Ce poste se compose des chasseurs Giletta, de deux comp. de milices et de 50 h. de 
troupe. Dès le 11, 90 h. étaient allées au mont Giordano (Arch. de Breil, pièces n° 70 et 107). 

5. Cette redoute était à la Montagnetta inférieure ou Baletto, point 2,199 de la carte 
italienne. Elle était en demi-cercle, avec un parapet de quatre pieds d'épaisseur, armée de 
vits de mulets ou spingardes et défendue par 250 h. (Arch. de Breil, pièce n° 122). 

6. Arch. de Breil, pièces n° s 70 et 122 : 100 h. du rég. de Montferrat, les chasseurs 
Giletta et 250 paysans. 

7. Piton au sud du mont Giordano, sur la carte italienne. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 70 : 100 h. du rég. de Courten, autant de celui d'Asti, 50 h. 
des piquets, 250 à 300 paysans, le tout sous les ordres du baron de Streng. 



172 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

Août 1794. co i de Servagno, le 15 août, vers 3 heures du matin, et 
descend à Fontetta par un chemin difficile, pour se porter 
ensuite sur Servagno et sur Bersezio par le col de Cervet- 
to 1 . Ce dernier point étant fortement occupé par les Fran- 
çais 2 , le général Christ, qui marchait derrière l'avant- 
garde 3 , se dirige sur I Costiglioli et traverse le vallon 
d'Oserot pour gravir la montagne, malgré le feu de l'enne- 
mi 4 . Il n'avait été suivi que par une petite fraction de sa 
troupe 5 , fort réduite par la fuite des paysans. L'autre frac- 
tion, sous les ordres du baron de Streng, avait dû faire 
tête à un parti de 300 Républicains, qui montait de Serva- 
gno vers Fontetta, dans l'intention de couper la retraite 
aux Piémontais. Il était midi. N'entendant rien du côté de 
la Scaletta et apprenant la retraite du chevalier de Saint- 
Laurent, M. de Christ se replie sur le cirque de Pianezza 6 , 
où il rallie, vers 5 heures du soir, ses troupes extrêmement 
fatiguées. Elles regagnent dans la nuit le col del Mulo 7 , 
la compagnie Giletta restant seule en grand'garde au mont 
Giordano. 

Quant au corps de la vallée de la Stura, aux ordres du 
chevalier de Belmont, il s'était dirigé vers Ponte Bernardo 
en trois colonnes. Celle de droite, de 370 hommes 8 , atteint 

1. Point 2,448 de la carte italienne ou Bassa Terra Rossa. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 70 : On croyait qu'il n'y avait là qu'un petit poste de six à 
huit h.; mais, mis en alerte par Tattaque de la veille à la Scaletta, les Républicains avaient 
occupé, pendant la nuit, non seulement le col, mais encore les pentes qui le relient au mont 
Oserot. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 70 : Cette avant-garde, commandée par le fils du baron de 
Streng, est en outre précédée d'an détachement de 50 h., savoir : 12 chasseurs de Giletta, 
40 milices de la comp. Otto et des paysans choisis. 

4. Il faut suivre cette narration sur la carte italienne au 50,000°, qui rend très bien le 
terrain. Les Piémontais ont franchi le ressaut au-dessus duquel se trouvent les lacs d'Oserot 
et sont arrivés au point 2,306. Mais le détachement français, qui était posté au pied de 
Bassa Terra Rossa, avait eu moins de peine à se reporter en face de Gias del Oserot, où 
il était du reste soutenu par les troupes déjà établies sur la crête. 

5. Arch. de Breil, pièces n os 70 et 132. 11 n'a que 20 h. de Courten de l'avant-garde et 
80 h. d'Asti. 

6. Arch. de Breil, pièces n 03 70 et 122. Il est fort probable que M. de Christ a dû se 
retirer par le col d'Oserot, qui se trouve au sud du point 2,701 de la carte italienne, afin de 
ne pas s'exposer une seconde fois à la fusillade des Français, en traversant le ressaut. 

7. C'est à 6 h. du soir que les troupes se mettent en route ; elles ont donc dû arriver 
à minuit. 

8. Ces détails sont tirés des pièces n 09 70 et 275 des Arch. de Breil. Cette colonne 
comprend : 350 h. de troupes régulières et 20 miliciens, commandés par M. Belmol. 



DES ALPES ET D ITALIE 173 

le Chiot di Melezet l et pousse des patrouilles jusque dans Août 1794. 
le Combal del Mortis ou vallon deGorgia Conforeut. Celle 
du centre, d'une centaine d'hommes 2 , suit le grand chemin 
et atteint Pietraporzio. Celle de gauche, de 90 hommes 3 , 
chasse des bois du versant droit de la Stura 4 deux grand' 
gardes, qui se replient sur Murenz. Le village de Ponte 
Bernardo est même abandonné. Mais, vers 8 heures du 
matin 5 , les Français reprennent partout l'offensive et met- 
tent en désordre les Piémontais, qui se replient sur Sam- 
bucco, perdant 23 prisonniers 6 . 
Tout aussi infructueux était le coup de main tenté par le Attaque du coi 

de 

marquis Colli contre les retranchements du col de Frema- Fremamorta. 
morta, à la tête du vallon des Thermes de Valdieri. Le 
3 e bataillon de grenadiers, soutenu par le 1 er bataillon de 
la 84 e demi-brigade, cantonné à Mollières, présentant 
ensemble 1.372 combattants 7 , repoussait sans peine les 
600 chasseurs piémontais, quelque habiles que fussent les 
dispositions d'attaque 8 . Une diversion faite sur les avant- 
postes français du coi de Fenestre par le capitaine cheva- 
lier Cerruti, n'avait pas plus de succès 9 . Mais, dans la 
vallée de la Vermegnana, les Piémontais remportaient quel- 

1. Carte sarde : Mamelon coté 1,526 sur la carte italienne. 

2. 80 h. des comp. de chasseurs Beltrandi et Balbo, sous les ordres de ce dernier, et 
20 paysans. 

3. 17 chasseurs, commandes par Beltrandi, et 73 paysans des environs de Démonte. 

4. Ce bois est appelé Clamiscent dans la relation des Arch. de Breil, nom qui n'est 
porté sur aucune carte. 

5. L'auteur de la relation dit que l'attaque commença à 4 h. et demie, soit à la pointe 
du jour, et que la fusillade dura près de trois heures. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 70 : dont un officier de Montferrat, M. le chevalier de 
Bonadonna, blessé, deux sergents, deux caporaux, un tambour, 17 soldats ; il y a eu outre 
un caporal et quatre soldats blessés (Vaubois accuse 25 prisonniers). Dans la colonne de M. de 
Saint-Laurent, les chasseurs de Giletta ont un homme tué, deux blessés, un prisonnier ; le 
détachement de Monferrat perd également un prisonnier. Dans la colonne de M. de 
Streng, il n'y a qu'un homme de Courten légèrement blessé. 

7. Arch. de la Guerre : Situation du 18 août. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 71. Voir pièce just. n° 49. — Arch. delà Guerre : Rapport de 
Dumeibion, le 19 août. Le col de Fremamorta a été attaqué, à 7 h. du matin, par 
16 comp. de chasseurs piémontais, en deux colonnes. Le 3 e bat.de grenadiers, campé au col, 
les a culbutées. Le combat a duré six heures. Les Piémontais ont laissé six h. sur le champ 
de bataille. Il cite le sergent Serret, de la l re comp. des grenadiers de la 129 e , et le capi- 
taine Laplane, de la 2" comp. de cette même demi-brigade. 

9. Arch. de Breil, pièce n° 123, a. Les Piémontais ont fait cinq prisonniers et n'ont 
subi aucune perte. — Arch. de la Guerre : Rapport de Dumerbion, le 19 août. Il signalo 
aussi une reconnaissance du côté de Sant'Anna. 



174 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

Août H94. q U es avantages, en attaquant les deux positions qui flan- 
, quaient Limone, l'Arpiola et le Vaccarile \ 

de A ri1p?o e ia. Le premier de ces points était occupé par une centaine 
de Républicains seulement 2 , répartis en deux postes, l'un 
au col del Arpiola, entre le Bric Castea 3 et Monte Vecchio, 
l'autre au col délie Collette 4 , entre cette montagne et celle 
de Malaterra. Le major Alciati, à la tête de 600 hommes 5 , 
part, le 14 août, à 10 heures et demie du soir, des collines 
de Porcile 6 , au sud-ouest de Vernante, traverse le torrent 
de Val Grande et gagne Testi Verna 7 . Là, il divise sa 
troupe en trois colonnes, qui se mettent en route successi- 
vement, de façon à donner ensemble au point du jour. 

A gauche, 100 hommes du corps franc se rendent maîtres 
du col délie Collette. Au centre, le chevalier Bonnaud, 
avec le reste de cette troupe, se porte à la Croix de Tem- 
pié 8 , où il laisse un détachement 9 pour couvrir sa retraite. 
Il se jette ensuite, sans tirer, sur les médiocres retranche- 
ments de l'Arpiola, attaqués à revers au même moment 
par la colonne de droite 10 , qu' Alciati a conduite sur le 
Bric Castea, par Testi Turnet. En vingt-cinq minutes, les 
Piémontais occupent la position et commencent à s'y 
installer. 

1. Pour la description de ces postes, consulter la Topographie militaire des Alpes, 
versant italien, partie méridionale, publication du ministère de la guerre, p. 67 et suiv. 

2. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements à l'armée de Colli : 
« François Brochet, de Lyon, chasseur dans la I e comp. de la 3 e demi-brigade d'infanterie 
légère, déserté de l'Arpiola, le 21 août au soir, dit qu'il n'y a pas plus de 120 h. dessous 
l'Arpiola, divisés en quatre gardes. » Il est donc à peu près certain qu'il n'y en avait pas 
plus avant l'attaque. 

3. Col del Arpiola sur la carte sarde, point 1669 de la carte italienne. Bric Castea, 
sur la carte sarde, porte le nom de Becco Alto. 

4. Col délie Collette sur la carte sarde, au sud du point 1685 sur la carte italienne ; col 
Morel dans les documents des Arch. de Breil. 

5. Arch. de Breil, pièce 91 j : corps franc, sous le capitaine Bonnaud, 300 h., chasseurs 
nissards, ci-devant milices, 300 h. C'est de cette relation que sont tirés les détails qui 
suivent. 

6. Dans les pièces des Arch. de Breil, on désigne ces hauteurs sous le nom de « Collette 
de Vernante». 

7. La pièce n 9 91 des Arch. de Breil, porte « Theit Golfred », nom qui n'est marqué 
sur aucune carte. 

8. Carte sarde, cote 1566 de la carte italienne, qui doit se lire 1466 d'après les courbes 
et les cotes voisines. 

9. Arch. de Breil, pièce n 9 91 : « Baron Patono, avec 60 h. » 

10. 300 chasseurs nissards. 



DES ALPES ET D'ITALIE 175 

A cette nouvelle, le général Lebrun fait sortir de Limone Août im 
2.000 hommes l , pour reprendre cette position importante. 
Formées en deux colonnes et favorisées par le brouillard, 
ces troupes s'élancent au pas de charge sur les hauteurs, 
qu'elles réoccupent, à 9 heures du matin 2 . En même temps, 
les chasseurs de Canale, qui s'avançaient par la route, 
étaient refoulés sur Vernante, d'où les Croates ne voulaient 
pas sortir pour les soutenir 3 . Le poste du Vaccarile, moins 
essentiel il est vrai, était définitivement perdu, quoique 
beaucoup plus fort. 

Le vaste plateau gazonné de Gias Vaccarile, limité, sur du vlècariie 
le versant de la vallée du Pesio, par les escarpements de piemontais. 
Rocce Camousse et la gorge inaccessible de Miranda, 
rattaché, du côté de Limone, par des pentes rapides à l'arête 
bien gardée de Costa Marin, était en outre peu attaquable 
de front par l'étroit sentier qui le relie à Colla Piana et 
dont le débouché, entre les deux rochers de Porta del 
Colle, se trouvait à bonne portée des retranchements éta- 
ges sur le flanc de la montagne 4 . En conséquence, ordre 
est donné, le 14 août, au chevalier de Saint-Séverin, com- 
mandant les troupes rassemblées dans cette contrée 5 , de 

1. Chiffre donné par la relation piémontaise qui n'a rien d'invraisemblable puisque, 
d'après la situation du 17 août, pièce just. n° 46, il y a à Limone 4.756 présents sous les 
armes. 

2. Les Arch. de la Guerre sont très sobres de détails sur les affaires de l'Arpiola et du 
Vaccarile. Dans son rapport du 17 août, Dumerbion se borne à indiquer qu'on a fait 11 
prisonniers, qu'un officier que l'on croit Français s'est fait tuer pour ne pas être prisonnier 
et qu'il attend, le lendemain, le rapport de Lebrun ; mais il n'est plus fait mention de 
cette affaire. Le général Macquard raconte simplement qu'un carabinier de la 3 e légère a 
fait à lui seul trois prisonniers et qu'il a été nommé sous-lieutenant. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 112 d : Lettres d'Alciati, le 14 août, de Vernante, et de 
Cusani, le 15 août, à 8 et 9 h. du matin. 

4. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli. Il 
y a dans ce document une excellente description de cette position du Vaccarile. Porta del 
Colle y est dénommé Porticiolla. Le Pas de Babon, indiqué sur la carte sarde, y est fort 
bien décrit ; c'est le chemin allant, sur la carte italienne, du point 1660, où se trouve Gias 
délia Futola de la carte sarde, ou Baraccone de Fatula, d'après l'auteur de la description, 
au point 1375, Pis di Pesio, et de là au Gias dell'Ortiga, où les Républicains ont placé 
un poste après la perte du Vaccarile. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 112 d. Lettre d'Alciati, le 14 août, et de Messangi, le 13 
août, de la Chiusa. C est ce dernier officier qui a proposé cette expédition, peut-être à 
l'instigation de Decaroli, chef de la masse de la Chiusa. Mais d'après le brouillon de la 
relation de M. de Malausséna, c'est le capitaine de milices Gondolo qui en serait l'auteur. 



176 OPÉRATIONS COMBINEES DES ARMÉES 

Août 1794. descendre à la Chartreuse de Pesio, avec la compagnie de 
milices Gondolo, pour se porter sur Colle Carbone par 
Passo del Duca l et aborder ainsi le Vaccarile par derrière, 
tandis que les volontaires Pandini, soutenus par les corps 
campés à Colla Piana 2 , le menaceraient directement. Les 
paysans de la vallée du Pesio, la levée en masse de la 
Chiusa relieraient ces deux attaques, en garnissant les 
bois qui s'étendent aux pieds de Rocce Camousse 3 . 

Cette hardie manœuvre réussit complètement. Le poste 
de Colle Carbone surpris est enlevé presque entièrement 4 . 
Au signal convenu de trois coups de fusil, les chasseurs 
de Pandini gravissent avec impétuosité les rochers de 
Porta del Colle, en chassent la garde de 60 grena- 
diers, ouvrant ainsi le passage au reste des troupes 5 . Pris 
entre deux feux, les défenseurs des hauteurs du Vaccarile 
s'enfuient en désordre vers la Croix d'Armelina 6 , où un 
détachement de 200 hommes arrête les vainqueurs 7 . Ceux- 
ci se bornent donc à occuper solidement la position con- 
quise et à la relier, à droite, avec Vernante, à gauche, avec 
la Piastra, poste entre les vallées du Pesio et de l'Ellero, 

1. La. carte italienne ne marque pas le chemin qu'a pris cette colonne, qui de Gias 
Serpentera a dû remonter le vallon Sestrera, jusqu'en amont de Gias Sottau di Sestrera, 
pour monter à Passo del Duca, comme l'indique la carte sarde. En prenant par Gias 
Fontana et Vallon Arpi, la colonne aurait passé trop près des gardes du Pas de Babon et 
aurait pu être signalée. 

2. Savoir : Détachement de 100 h. de Pignerol, sous le baron d'Athenas, et compag. 
de chasseurs des grenadiers royaux de M. de Saint-Séverin, commandant supérieur par 
son ancienneté. 11 y avait en outre quelques milices et paysans de la Chiusa, d'après la 
correspondance de Decaroli (Arch. de Breil, pièce n° 113). 

3. Arch. de Breil, pièce n° 113 : Lettres de Decaroli, les 13, 15 et 17 août. Il avait en- 
voyé à Colla Piana successivement : le 12 août, 70 h., dans la nuit du 12 au 13, 150 h., 
et enfin une autre colonne, le 13 au matin. 300 paysans, de la vallée du Pesio s'étaient 
répandus dans les bois, le 15 au matin, et ont pris les Français qui s'y sont réfugiés. Le 15, 
Decaroli avait réuni la masse de la Chiusa, Boves et Peveragno, mais il n'était arrivé au 
Vaccarile qu'avec 300 h., 400 l'ayant abandonné en route. Dans la nuit du 15 au 16, il 
reste au Vaccarile avec 50 h. et redescend à la Chiusa avec eux, le lendemain. 

4. Arch. de Breil, pièces n° 91 x : Relation en italien de l'affaire par le capitaine Gon- 
dolo, et n° 124 : Attestation donnée par Colli à Gondolo. Il a fait prisonniers 19 soldats et 
deux officiers. 

5. Arch. de Breil, pièces n 08 112 d, 113 et 124. D'après les rapports de Pandini et du 
baron d'Athenas, les chasseurs Pandini ont deux tués et trois blessés ; ils ont fait, à eux 
seuls, 14 prisonniers. D'après la relation de M. de Malausséna, dans les deux affaires de 
PArpiola et du Vaccarile, les Français ont perdu 69 prisonniers, dont cinq officiers. 

6. La Croix d'Armelina est à la cote 1736 de la carte italienne. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 124. D'après Pandini, il y avait au moins 400 Français au 
Vaccarile. 



DES ALPES ET D ITALIE 



177 



assurant la communication de l'armée de Colli avec le 
corps de d'Argenteau 1 . 

De son côté, le général Lebrun reste à Limone, ayant 
ses gardes avancées à l'Arpiola, Costa Murin et l'Arme- 
lina 2 . Sa retraite est assurée par les détachements des cols 
de Tende et de Sabbione 3 , par les troupes cantonnées au 
bourg de Tende, à la Briga, et à San Dalmazzo, en réser- 
ve 4 , enfin, par le camp du mont Bertrand 5 , avec ses trois 
annexes de Colla Rossa 6 , de la baisse de VescOvo 7 et du 
baracon de Riofreddo 8 , qui relient la division Macquard à 
Carnino, gauche de la division Masséna 9 . 

Cette division avait suivi le mouvement général de 
retraite. Le dispositif adopté pour menacer la vallée du 
Pesio 10 , la citadelle de Mondovi 11 et le camp retranché de 



Août 1794. 



Mouvement 

de 

retraite 

de la division 

Masséna. 



1. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli. Ordres des 16, 22, 28 août, 7, 11 et 
17 septembre. — Arch. de Breil, pièce n° 20 : Lettre du lieutenant-colonel Dichat, le 
22 septembre ; pièce n° 90 : lettre du major Solar, le 8 septembre ; pièce n e 113: corres- 

fiondance de Gondolo. Le comte d'Andezeno, puis le lieutenant-colonel Dichat, commandent 
e poste de Vernante, qui comprend deux bat. de grenadiers, cantonnés dans le bourg et, à 
droite de la Vermegnana, avec 80 chevaux, les Croates de Giulay au château, le corps 
franc sur les hauteurs de Porcile, les chasseurs de Nice échelonnés jusqu'à Testi Turnet, 
les milices de Cauvin à Pallanfré, entrant en relation, par Costa Pianard, avec les milices 
d'Entraigues. Le comte Canale commande les postes entre Vernante et le Vaccarile, sa- 
voir : Canta Pernice, Gias Ceresola, Testi Mezzavia, Mont Piane, Collapiana, occupés par 
les chasseurs-carabiniers, une partie du corps franc Giulay, la comp. Pian et des milices. 
Le Vaccarile et la Piastra forment un commandement distinct, exercé successivement par 
MM. d'Athenas et de Solar, du régiment de Pignerol. Au Vaccarile, il y a 600 h. du rég. 
de Pignerol, des grenadiers royaux du corps franc, des volontaires de Pandini et quelques 
Croates. A la Piastra et au col du Carbone se trouvent les milices de Gondolo. 

2. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli. — 
Arch. de Breil, pièce n° 20. A l'Arpiola, 120 à 150 h., ayant quatre postes sur la crête, un 
aux granges du Tempié, un au sud de Bric Castea. A l'Armelina, même nombre, avec des 
postes volants dans le bois. 

3. Arch. de la Guerre : Situations des 18 août, 1 et 16 septembre : 2.300 à 2.800 h. au 
col de Tende, avec quatre pièces, fournissant 200 h. au col de Sabbione. 

4. 1.000 à 1.500 h. de la 166 e demi-brigade et deux escadrons de hussards, 347 chevaux. 

5. Appelé aussi de Couture, sans doute aux environs du point 1824 de la carte ita- 
lienne, sur le versant occidental. 

6. Carte sarde, passage au sud-est du mont Bertrand ; point 2216 de la carte ita- 
lienne. 

7. Carte sarde, entre les points 2236 et 2366 de la carte italienne. 

8. Carte sarde. Serait vers le point 1602 de la carte italienne, au débouché du vallon 
de Vermorina. 

9. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli, 
Lettres de Pijon, le 26 août. Son dernier poste de gauche était dans la gorge de Mastrelle 
à quatre heures de marche du Baracon de Riofreddo. Le col de Selle Vecchie était le point 
de rencontre des patrouilles. 

10. Camp de Colle Selle Vecchie, sous le général Pijon. 3° bat. de la 22 e demi-brigade, 
2» et 3» de la 56% 2= et 3 e de la 99% 1« de la 101% 3= de la 3 e légère ; à Viozene, 2= bat. de 
la 19 e . 

11. Général François : 1 er bat. des 19 e et 51 e demi-brigade, avec des comp. d'éclaireurs, 
répartis en. avant de la Chartreuse de Casotto, du col de Termini à Pamparato, par Na* 
vonera et Monasterolo. 



178 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

Août 1794. Ceva 1 exigeait un trop grand nombre de postes pour être 
maintenu, du moment que la défensive était prescrite 2 , 
que deux bataillons étaient appelés à Nice 3 et qu'il pouvait 
être nécessaire de diriger ultérieurement d'autres forces 
sur les côtes de la Méditerranée 4 . Par suite, une partie des 
troupes réunies au camp de Colle Selle Vecchie, sous les 
ordres du général Pijon, pour seconder l'offensive de la 
division Macquard, est employée à soutenir la retraite 5 , 
qui est effectuée les 17 et 18 août 6 . 

Le général François abandonne la rive droite de la Cor- 
saglia et se concentre aux cols de Termini et d'Inferno. 
Laharpe se replie des hauteurs de Viola et de la Sotta sur 
Prato Rotondo et San Bernardo 7 . Le comte d'Argenteau, 
très exactement renseigné sur l'effectif des Républicains, 
bien supérieur au sien 8 , ne juge pas à propos d'inquiéter 
ces mouvements, malgré la demande faite par Colli, en 
vue de seconder les attaques effectuées le 15 août 9 . D'ail- 

1. Général Laharpe : 3 e bat. de la 21 e , 1 er et 3 e de la 46 e , sur la rive gauche du Tanaro, 
à San Giacomo, Viola et Prato Rotondo; 1 er grenadiers, 1 er bat. de la 21 e , 3 e de la 19 e , sur 
la -rive droite, à la Sotta et à San Bernardo ; 5 e grenadiers à Garessio. Ces détails sont 
tirés des pièces suivantes des Arch. de la Guerre : lettre de Masséna, le 21 juin, et situa- 
tions des 1 er et 18 août. 

2. Arch. de la Guerre : Ordres des représentants du peuple Albitte et Saliceti au géné- 
ral Dumerbion, les 11 et 12 août. 

3. Arch. de la Guerre : Rapports de Dumerbion et ordres de Masséna ; le 3 e bat. de la 
22 e demi-brigade, d'abord dirigé de Colle Selle Vecchie sur Viola, et le 3 e de la 100 e , sta- 
tionné à Ponte d'Assio, arrivent à Nice, le 16 août. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres des représentants du peuple, en août. Lettre du comité 
de Salut public, le 13 août, pièce just. n° 48. 

5. Arch. de la Guerre : Ordres de Masséna, le 8 août : le 2 e bat. de la 56° demi-brigade 
va camper à Garessio ; le 3 e de la même demi-brigade se rend à Balestrino par Ormea et 
Garessio ; le 3 e de la 22 e est dirigé sur Saint-Jacques de Viola ; quatre comp. de la 101» 
vont de Carnino à Isola Pelosa, ralliant une comp. à Ponte di Nava et trois à Ormea ; 
quatre comp. restent à Intrappa ; le 2 e de la 99 e descend à Carnino ; enfin, le 3 e de la même 
demi-brigade est réparti : trois comp. a Carnino, deux à Ponte di Nava, trois a Ormea. 

6. Mémoires de Masséna, par Koch, p. 108. — Arch. de Breil, pièce n° 84- Lettre de 
d'Argenteau, le 18 août, à 8 h. du soir, de Mondovi. Il a été, le matin, à Frabosa, et, deux 
heures après son arrivée, il a vu, de la hauteur de la Peila, les Républicains mettre le feu 
à leur baraque du col de Navonera, d'où ils sont partis entre 7 et 8 h. du matin. 

7. Ces indications résultent des situations des 18 août et 1 er septembre et de l'ouvrage 
de Koch, précédemment cité. Cet auteur donne, à ce sujet, des détails beaucoup plus cir- 
constanciés que ceux de la correspondance des Arch. de la Guerre, mais ils sont semés 
d'assez nombreuses erreurs ; c'est ainsi qu'il écrit Saccarello pour Zuccarello, p. 107, Cer- 
tosa di Pesio pour Certosa di Casotto, p. 108. 

8. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Correspondance de d'Argenteau. Au 16 août, d'Argen- 
teau a 3.113 h., dont 1.460 sur sa chaîne de postes. — Arch. de la Guerre : Situations» 
An 18 août, la division Masséna a 13.581 présents sous les armes ; au 1 er septembre, il y a 
16.037 h. présents, sur un effectif de 25.433 h., dont 9 à 10.000 h. en face de d'Argenteau, 
depuis le col délie Saline jusqu'à celui de San Bernardo. 

9. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, des 16, 18 et 20 août. Il fait 
suivre cependant l'ennemi par des patrouilles. 



DES ALPES ET D ITALIE 179 

leurs, Masséna, trompé par des avis de Gênes, signalant A ° ût l ™- 
l'approche d'une armée autrichienne 1 , abandonne môme, 
dans la nuit du 21 au 22 août 2 , Garessio et les montagnes 
en aval d'Intrappa, afin de raccourcir sa ligne et d'en 
renforcer la droite à Balestrino et à Loano 3 . Le général 
Cervoni prend le commandement des sept bataillons qui 
y sont réunis 4 . Laharpe, fatigué, remplace dans la province 
d'Oneille, occupée par sept bataillons également 5 , le géné- 
ral Hammel, qui se rend à San Bernardo, où campent 
quatre bataillons 6 . François dirige d'Isola Peloza quatre 
bataillons, répartis entre cette localité, Intrappa, le col 
d'Inferno et Ormea 7 . Enfin Pijon exerce son autorité sur 
Viozene, Carnino, le col de Termini et Ponte di Nava, 
gardés par six bataillons 8 . A Ormea s'établit le général 
Gentili, envoyé à Nice 9 pour seconder Masséna, qui trans- 
porte son quartier général à Albenga et conserve sous ses 
ordres immédiats les trois premières brigades 10 . 
Telle était la situation de la division de droite de l'armée 

1. Malgré les explications données par Koch, p. 109, il semble assez naturel que le 
général Dumerbion ait trouvé ce mouvement de recul un peu précipité. Quant à l'inexacti- 
tude des avis et à leur non vérification, il faut remarquer que c'est le général Scherer qui a 
organisé, quelques mois plus tard, un service de renseignements, centralisé par l'agent 
Ange Pico. A l'armée de Colli, ce service avait été institué par M. Costa de Beauregard, 
au moment où il y prenait les fonctions de chef d'état-major. 

2. Mémoires de Masséna, par Koch, p. 108. — Arch. de Breil, pièces n os 84 et 86 : 
Lettre de d'Argenteau, le 24 août. 

3. Arch. de la Guerre : Situations des 18 août et 16 septembre. Viennent à Balestrino, 
successivement, le 3 e bat. de la 101 e demi-brigade, de Calissano, et le 3 e de la 46 e de Prato 
Rotondo par San Bernardo ; à Loano, le 1 er grenadiers de la Sotta, le 2 e bat. de la 
21 e demi-brigade de Balestrino, le 1 er de la 101 e d Ormea et le 2 e de la 56° de Garessio par 
Ponte d'Assio. 

4. Outre les bataillons qui viennent d'être indiqués, le 2 e de la 3 e demi-brigade légère à 
Loano, et le 1 er de la 99" à Balestrino. 

5. A Ponte d'Assio, les 2 e et 3 e bat. de la 56 e ; à Oneille, le 2 e de la 46 e , qui s'y trou- 
vait, le 2 e de la 22 e , venu de la division du centre, partant de Menton le 26 août, le 3 e de 
la 84° et le 1 er de la 129 e , venus de la division de gauche et passant à Menton les 29 et 
30 août. 

6. 1 er bat. de la 21 e demi-brigade qui s'y trouvait, le 3 e de la même demi-brigade, ve- 
nant de San Giacomo, le 1 er de la 46», venant de Viola, et le 5 e grenadiers, venant de Ga- 
ressio par Ormea. 

7. A Isola Pelosa, le 1 er de la 51 e , venant de la Chartreuse de Casotto ; à Intrappa, le 
3 e de la 3 e légère, venant de Carnino ; au col d'Inferno, le 2' de la 51 e , venant des hauteurs 
de Navonera ; à Ormea, le 1 er de la 100 e , venant de la division de gauche et partant de 
Menton le 1 er septembre. 

8. A Viozene, le 2 e de la 19° demi-brigade ; à Carnino, les 2° et 3 e de la 99 e ; au col de 
Termini, les 1" et 3 e de la 19 e ; à Ponte di Nava, le 3 e de la 51 e , venant de la Chartreuse 
de Casotto. 

9. Arch. de la Guerre : Ordre des 29 et 30 août. 

10. Koch, p. 111, donne ces divers détails, contrôlés par les documents des Arch. de la 
Guerre, mais il oublie la brigade de Pijon. 



180 



OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 



Août 1794. 



Projet 

d'offensive. 



d'Italie à la, fin d'août. Cependant, la flotte anglo-espa- 
gnole, maintenant l'escadre française étroitement bloquée 
au Golfe Juan l , menaçait les côtes de la Provence, du 
comté de Nice et de la Rivière du Ponent 2 . D'autre part, à 
la fin de juin et au commencement de juillet, la présence 
à Gênes des généraux autrichiens Wilns et Coloredo était 
signalée comme l'indice d'une entente entre le gouverne- 
ment impérial et la Sérénissime République, dont la poli- 
tique paraissait assez versatile 3 . Bien qu'alors l'offensive 
qu'allaient prendre les deux armées des Alpes et d'Italie 
fut de nature à dissiper toute inquiétude, le général Bona- 
parte était envoyé à Gênes, avec mission d'étudier le pays, 
de se rendre compte de la valeur des fortifications de 
Savone et de Vado, enfin de faire une enquête sur la con- 
duite de l'ambassadeur de France Tilly 4 . 

A la fin d'août, les ordres donnés par le comité de Salut 
public avaient modifié la situation d'une manière fâcheuse. 
Les avis dénonçaient comme imminent le débouché des 
Autrichiens des vallons de la Bormida 5 sur la côte de la 
Méditerranée, en vue d'entrer en relations avec les vais- 
seaux anglais 6 . Les troupes entretenues par le gouverne- 
ment génois 7 n'étaient pas en état d'entraver cette opéra- 

1. Voir le 2' chap. de la VI e partie. 

2. Arch. de la Guerre : Rapports du service de renseignements de l'armée de Colli : 
Déposition faite, le 22 août, par l'avocat Arnaodi, de Boves, t'ait prisonnier de guerre en con- 
duisant les masses et rendu sur parole. Il était parti de Nice, le 19 août et arrivé à Saint- 
Dalmas, le 21 août au soir; 19 vaisseaux anglais bloquaient Antibes. Lettres d'Albitte 
et de Saliceti, les 11 et 24 août : la flotte anglo-espagnole présente 45 voiles. — Arch. de 
Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 21 août, à 1 heure de l'après-midi. Un 
homme venu de Nice dit avoir compté 63 voiles devant Antibes, 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de La Chèzr, consul à Gènes, les 23 juin et 3 juillet. 

4. Arch. de la Guerre : Arrêté et instruction de Ricord, le 13 juillet. 

5. Les deux Bormida principales de Millesimo et de Cairo sont formées chacune de 
deux branches, en sorte qu'il y a quatre hauts vallons, désignés par les noms des localités 
les plus importantes, savoir : Calizzano, Osiglia, Pallare et Mallare. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de La Cheze, le 21 août, jointe à celle des représentants 
du peuple, le 24. 

7. Arch. de la Guerre . Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli : 
Déposition, faite le 1 er octobre, par Leandro Galganini, de Lugare, et Francesco Mantoa- 
nelle, déserteurs des troupes de Gènes, venus de Savone : les forces génoises se compo- 
sent des régiments d'ordonnance, Sarzana et Savona, du rég. dit Real Corso, et de deux 
rég. suisses, tous à deux bat. de 600 h., les comp. étant composées d'un capitaine, un 
lieutenant, un enseigne, trois sergents, six caporaux. Au château de Savone, commandé 
par S. E. Spinola, il y a le rég. de Savone, un bat. de celui de Sarzana et les deux rég. 
suisses. En outre, il y a à Gènes un bat. de 800 h., presque tous Suisses ou Allemands, dits 
granatieri del Palazzo, et beaucoup de troupes levées, habillées et armées par les nobles 
ou les riches particuliers. Les postes dans les montagnes sont gardés par les paysans 
génois. 






! 



DES ALPES ET D'ITALIE 181 

tion, dont la réussite pouvait compromettre gravement septembre 1794. 
notre ravitaillement, effectué par les caboteurs de Gènes et 
de Livourne. A ce moment, comme au commencement de 
l'année, la nécessité absolue d'assurer la subsistance non 
seulement de l'armée d'Italie, mais encore des départements 
du midi, imposait l'obligation de refouler l'ennemi pour 
s'étendre sur la côte, alors même qu'on voulait rester sur 
la défensive. C'est dans ce sens qu'Albitte et Saliceti 
écrivaient, le 24 août l , au comité de Salut public, en sol- 
licitant l'autorisation de faire une expédition, qu'ils n'hé- 
sitent pas à prescrire, sous leur responsabilité, deux jours 
plus tard, à l'arrivée du représentant du peuple Prost, 
désigné pour remplacer provisoirement Albitte 2 , En même 
temps, afin de tromper l'ennemi, ils invitent le comman- 
dant de l'armée des Alpes à exécuter des tentatives dans 
les directions de Castel Delfino et de Démonte 3 . 

Cette armée était affaiblie par le renvoi de trois des cinq 
bataillons de la division Garnier, détachés dans la vallée 
de la Stura 4 , par le licenciement successif des bataillons de 
la deuxième réquisition, levés après le départ des renforts 
sur le Rhin 5 , enfin par les détachements destinés à faire 
les foins et à battre les grains 6 . Il était donc indispen- 
sable d'abandonner certaines parties du versant italien des 

1. Arch. de la Guerre. 

2. Arch. de la Guerre : Voir pièce just. n° 50. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre d'Abitte et Saliceti, le 24 août. 

4. Arch. de la Guerre : Correspondance et situations en août et septembre. Relation 
du général Garnier. Indépendamment des 1 er chasseurs et 4 e grenadiers, venus les 15 juin 
et 2 juillet, des 3 e bat. de la 129 e demi-brigade et 1 er de la 83 e , envoyés les 6 et 7 août, le 
2* de la S3" avait été appelé au moment où les opérations offensives étaient suspendues. 
Ce dernier bat., ainsi que le 3 e de la 129 e , sont revenus à la division Garnier, avant les Set 
8 septembre, dates auxquelles ils sont dirigés sur Nice. Un autre bat., probablement celui 
de chasseurs, a dû partir vers le 5 septembre, après l'arrivée du 2 e bat. de la Haute-Loire, 
détaché de la brigade Vallette. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du comité de Salut public, le 14 août : « ... Vous pouvez 
rendre aux travaux de la terre et au commerce une multitude de citoyens levés extraordi- 

nairement Ces levées, dans lesquelles sont compris des gens mariés, entraînent le 

gouvernement à des dépenses énormes... » Lettre de Cassanyes, le 1 er septembre : il renvoie 
les cultivateurs. Ordre de Petit-Guillaume à Gouvion, le 13 septembre, de licencier les deux 
comp. du bat. levé dans les Hautes-Alpes. Arrêté de Cassanyes et Gaultier, le 20 septem- 
bre, prescrivant le licenciement définitif de ces bat. et ordres d'exécution, le 24 septembre. 

6. Arch. de la Guerre : Correspondance de l'armée des Alpes en juillet, août et septem- 
bre. Les compagnies de batteurs, qui devaient être prélevées d'abord sur les bat. de la 
deuxième réquisition, sont ensuite fournies par les sapeurs, « qui ne font rien ». 

13. 






182 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. Alpes, impossible d'ailleurs à conserver pendant l'hiver 1 , 
pour essayer d'opérer quelques coups de main. Le repré- 
sentant du peuple Cassanyes, envoyé en remplacement de 
Laporte 2 , ayant approuvé cette proposition du général 
Petit-Guillaume, la brigade Vaubois est renforcée par le 
2 e bataillon de la Haute-Loire, qui se rend du Puy en 
Pragelas à Meyronne, dans l'Ubayette 3 . Elle reçoit en 
outre les 500 hommes envoyés précédemment au général 
Gouvion 4 , qui, le 11 septembre, abandonne la vallée de 
Luserna, après avoir fait sauter le fort de Mirabouc 5 , et 
concentre ses forces aux camps de la Bergerie, dans le 
vallon de Ristolas 6 , des cols d' Agnel 7 et de Saint-Véran 8 . 
Après entente avec le général Garni er, une attaque dans 
les vallées de la Stura, de la Maira et de la Vraita est 
exécutée, le 14 septembre, à 5 heures du matin, malgré le 
mauvais temps 9 . 
Affaire En avant de la forte position de Castello et du bois de 

de Chianale. A 

la Levée 10 , le général Provera avait établi, à Chianale, une 
avant-garde de 1,200 hommes 11 , répartis entre les trois 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Petit-Guillaume, les 19 août et 6 septembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du comité de Salut public, le 14 août, annonçant l'envoi 
de Cassanyes, qui a dû arriver à la fin de ce mois. 

3. Arch. de la Guerre : Ordre du 1 er septembre. Ce bat. doit arriver à Meyronne, le 4. 
Vaubois a été prévenu, le 28 août. 

4. Arch. de la Guerre : Ordres des 16 et 26 août. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres de Petit-Guillaume, les 19 et 24 août, 16 et 18 septem- 
bre ; autorisation du comité de Salut public, le 24 août. Cartes du capitaine du génie 
Capitaine — Arch. de la Sect. techn. du génie. Relations de Bejay de la Coche et de 
Lapeyrouse. Les détails qui suivent sont tirés de ces divers documents, contrôlés et com- 
plétés par ceux des Arch. de Breil. Indépendamment des camps indiqués ci-après, il y avait 
les postes suivants : col Saint-Martin, 240h.; Bouder, 250 h.; aux Barricate (carte italienne), 
en avant du col d'Urine, 30 h.; au col Lacroix, 300 h. Les réserves étaient à Echalp et à 
Abriès, Fongillarde, Aiguilles, Queyras, Ceillac. 

6. 350 h. Bergerie du grand vallon, point 2372 delà carte d'état-major française. 

7. 700 h., entre le Refuge et le Col Vieux. 

8. Au point 2727 de la carte d'état-major française, au pied du col de la Chamoissière. 

9. Toutes les relations françaises et italiennes s'accordent à ce sujet. M. de Malaus- 
séna écrit : « Malgré une pluie orageuse, qui ne discontinua de toute la nuit, la plupart 
des colonnes firent des marches étonnantes de 10 heures, par des sentiers affreux et 
arrivèrent, vers le point du jour, sur presque tous les postes, au moment où le mauvais 
temps paraissait les garantir d'attaque ; aussi plusieurs furent surpris.. » Arch. de la 
Guerre : Ordres de Petit-Guillaume aux généraux Pellapra et Vaubois, le II septembre. 

10. Voir notre ouvrage sur les Opérations militaires dans les Alpes pendant la guerre 
de la Succession d'Autriche, campagne de 1743 et 1744. 

11. Arch. de Breil : pièces n° s 91 t, 108 et 198. D'après la lettre de Provera, du 14 mai, 
il y avait 831 h. Mais le corps de Provera avait été renforcé, puisqu'au 14 juillet les troupes 
régulières étaient passées de l'effectif de 1.920 h. à celui de 2,719. 11 avait notamment reçu 
du camp de Borgo le 1 er chasseurs, commandant d'Auvare, campé à Chianale, le 14 sep- 
tembre. Il est bien certain, en tout cas, que les forces ayant pris part à l'action du 14 sep- 
tembre n'ont jamais été de 3.000 h., ainsi que l'indiquent les relations françaises. 



DES ALPES ET D'iTALIE 183 

petits camps retranchés du Liastrc ou Pategnoun 1 à droite, septembre 1794. 
du Costis sur le contrefort entre les vallons de Saint- Véran 
et d'Agnel 2 au centre, et des granges Torrette à gau- 
che, couverts par des postes aux cols de Vallante et de 
Soustras 3 , aux débouchés des passages de la Niera ou du 
Blanchet et du Longet 4 , enfin à la Tour Real. S'étant 
rendu nettement compte de ces dispositions par de nom- 
breuses reconnaissances 5 , le général Petit- Guillaume 
répartit ses troupes en trois corps et cherche à envelopper 
l'avant-garde ennemie 6 . 

A cet effet, le corps de gauche, de 1,500 hommes, sous 
l'adjudant général Vaux, marche du camp de la Bergerie 
par les cols de Soustras et de Vallante 7 , dont les postes 
sont surpris et égorgés et où restent 500 hommes pour 
assurer la retraite. L'orage, qui a secondé ce premier succès, 
empêche également les guides de se reconnaître. Au lieu 
de se diriger sur Gensana par le vallon de Vallante et le 
Conce, comme il en avait reçu l'ordre, le reste de la 
colonne gagne la montagne des Tre Chiosis et redescend 
sur la crête de Pategnoun ou Costa Chiabert, attaquée en 
même temps par le corps du centre 8 . 

1. Le nom de Liastre est employé dans les relations françaises ; Costa Pategnoun 
est celui de la carte sarde ; dans les documents piémontais du temps on écrit Patagoun ; 
enfin, la carte italienne porte Costa Chiabert. D'après les croquis de Capitaine, il y avait 
deux camps, entre lesquels se trouvait une batterie de deux pièces de 8. 

2. Ce point n'est marqué sur aucuue carte ; mais une butte est nettement dessinée sur 
la carte sarde, à hauteur des granges Gias et del Cheiron de la carte italienne, sur la 
courbe 2500. 

3. Voir, au sujet de ces postes, la Topographie militaire des Alpes, partie méridionale 
du versant italien. 

4. D'après la carte de Capitaine, il y aurait eu un poste sur le replat de la rive gauche 
du vallon de Saint-Véran, entre les courbes 2150 et 2175 de la carte italienne, un autre au 
sommet des rochers de la rive droite, qui est désigné dans les relations piémontaises sous 
le nom de Piana Seila, enfin un petit camp aux granges dell'Antolina. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 108 : Lettre de Provera, le 3 septembre, où il rend compte de 
tentatives faites, ce même jour à 11 h. du matin, sur les postes du Costis et de Piana 
Seila. L'affaire a duré cinq heures ; les Piémontais ont eu cinq blessés, dont M. Bellino, 
capitaine de milices ; les Français doivent avoir en quatre tués ou blessés, dont deux 
officiers, et un prisonnier. 

6. Arch. de la Guerre : Ordre de Petit-Guillaume au général Pellapra, lui indiquant 
toute l'opération, ainsi que les effectifs des colonnes. D'après Lapeyrouse, ce serait le 
général Gouvion qui aurait rédigé le plan d'attaque. 

7. D'après la carte de Capitaine, le sentier actuel du col de Vallante n'existait pas, et 
ce nom désignerait le col de Losetta de la carte italienne, qu'il ne faut pas confondre avec 
le col de la Lausette, nom employé sur la carte française au lieu de celui de col de Soustras 
o Ristolas. D'après Capitaine et d'après la pièce n° 91 t des Arch. de Breil, ces deux postes 
étaient composes, celui de Soustras de 20 h., celui de Vallante de 50 h., formant la comp. 
des milices de Saluées, capitaine Drago. 

8. L'itinéraire indiqué pour la colonne devant gagner Gensana, résulte de la compa- 
raison des croquis de Capitaine avec les cartes modernes. C'est aussi celui qu'aurait dû 
Buivre, pour se retirer, la colonne engagée dans le vallon de Vallante, en 1743. 



184 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. Celui-ci, fort de 900 hommes, conduit par le général 
Petit-Guillaume, qu'accompagne le représentant du peu- 
ple, avait débouché des deux cols d'Agnel, en trois 
colonnes. Deux se portent sur le front et la gauche du 
camp du Liastre, tandis que la troisième enlève la garde 
du Costis; puis, rejointe par une partie du corps de droite, 
pénètre clans le village de Chianale \ Les quatre compa- 
gnies de chasseurs du chevalier d'Auvare et le bataillon 
du régiment de Casai, qui s'y trouvaient sous les ordres 
du colonel Paître 2 , s'étaient portées, aux premiers coups 
de fusil, sur les pentes de la montagne, entre le Pategnoun 
et le fond de la vallée, que le brouillard dérobe à leur vue. 
Pris ainsi entre deux feux, les Piémontais parviennent 
cependant à atteindre Gensana par les granges délia Volpe, 
mais en perdant une centaine de prisonniers 3 . 

En même temps, le corps de droite, d'un effectif de 1,400 
hommes, commandé par Gouvion, s'était aussi avancé en 
trois colonnes. Celles de gauche et du centre passent par 
le col de Saint-Véran. La première refoule un poste 4 et 
marche droit à Chianale. La seconde s'empare d'un autre 
poste 5 et s'engage, sur la rive droite de la Vraita, avec les 
chasseurs du comte Martin, établis à Torrette, tandis que 
la colonne de droite, venue de Maurin par le col Longet, 
les tourne par Tour Real et leur coupe toute retraite G . Ces 

1. D'après la carte de Capitaine, les deux premières colonnes, venant de Colle Vecchio, 
ont dû passer le contrefort de Cima Rochette, au point 2761 de la carte italienne. Il y a 
lieu de remarquer, à ce sujet, que Colle Vecchio de la carte italienne est le Colle Nuovo 
de la carte sarde, d'accord en cela avec la carte française. D'après la relation fort détaillée 
des prisonniers piémontais, du 1 er janvier 1795 (Arch. de Breil, pièce n° 91 t), la colonne 
venant du col de Saint-Véran est allée à Chianale « par la plaine de Vassant », très bien 
indiquée, mais sans nom sur les cartes. 

2. Arch. de Breil, pièces n° 91 1 et 108. Les chasseurs du 1 er bat. étaient campés en 
avant du village, dans lequel le bat. de Casai était cantonné. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 91 t. Trois officiers de chasseurs, trois de Casai, deux de 
milices, 30 chasseurs, 47 h. de Casai, 25 à 30 milices. 

4. Sans doute celui du replat, entre les courbes 2150 et 2175. 

5. Probablement Piana Seila. 

6. On n'a pas de renseignements précis sur la marche de cette colonne. Elle devait être 
formée par le bat. de Montferme, cantonné à Combe Brémont et Maurin, d'après les 
situations des 18 août et 25 septembre, et fournissant des postes au lac de Paroird et à 
FAlpet, sur les avenues des cols Longet et de Lautaret, d'après la relation de Bejay de la 
Coche (Arch. de la Sect. techn. du génie). Dans la pièce n° 91 t des Arch. de Breil, il est 
dit seulement que « les Français, passant par un chemin que l'on disait impraticable, lui 
coupèrent la retraite et la forcèrent à se rendre» (la comp. Martin). Il est très vraisem- 
blable que cette colonne a dû remonter le vallon délie Cavalle et passer au sud de Tour 
Real, où se trouvait une garde, renforcée, au premier coup de fusil, par le sous-lieutenant 
Borgogno et 30 h. 



DES ALPES ET D'iTALIE 185 

résultats obtenus, les Républicains se retirent, avec tout septembre 1794. 
ce qu'ils peuvent emmener 1 , sur les positions d'où ils 
étaient partis, à l'exception de 1,200 hommes, laissés à 
Chianale, aux ordres de Gouvion. Attaqués, à 4 heures du 
soir, par les réserves piémontaises de Gensana, ceux-ci 
résistent énergiquement et ne se replient que le lendemain, 
à 11 heures du matin 2 . 

Dans la haute vallée de Maira descendent deux corps. dan g°fMaira. 
L'un part de Maurin 3 , franchit le col de ce nom et chasse 
le poste des Lignères, qui se replie sur le col de Bouveit 4 . 
L'autre 5 , dirigé par Vaubois, marche de Malemort par les 
cols de Sautron et des Monges, et refoule, à 11 heures 
du matin, les grand'gardes du faible poste de Saretto G , 
qui bat en retraite sur San Maurizio, en passant, grâce au 
brouillard, au-dessus de Pontemaira, occupé déjà par les 
Français 7 . Les patrouilles de ces derniers poussent même 

1. Outre les prisonniers indiqués ci-dessus, la relation des Arch. de Breil, pièce n° 91 t, 
mentionne le comte Martin, le sous-lieutenant Borgogno et 47 chasseurs, ce qui ferait, en 
tout, 10 officiers et 149 à 154 h. Les relations françaises indiquent 160 h., dont 14 officiers. 
On ne crut à la prise du «fameux comte Martin», qui avait fait le coup de main sur 
Coste Rousse, le 17 juin, qu'en recevant ses bijoux. Six des officiers prisonniers, savoir : 
chevalier Cavoret, capitaine des chasseurs durégim. de Lombardie, comte Martin, capitaine 
de chasseurs durégim. de son nom {sic), Bollati, capitaine des milices de Saluées, Tori- 
glia, sous-lieutenant au régim. de Lombardie ; Borgogno, sous-lieutenant des chasseurs 
de Martin ; Giuseppe Giaglio, cadet des chasseurs de Martin, se sont évadés de Bourg-en- 
Bresse, où ils n'étaient d'ailleurs pas surveillés, et font, à leur arrivée à Turin, le 6 janvier 
1795, la relation dont une copie est classée aux Arch. de Breil, sous le n° 91 t. On a pris 
en outre 600 fusils neufs, plusieurs spingardes, 3 pièces dont une n'a pu franchir le col 
d'Agnel et a été culbutée dans un ravin, des munitions et une quantité de bétail. Les 
parts de prise à distribuer aux troupes se montent à 18.195 livres, d'après l'ordre de Petit- 
Guillaume, le 7 octobre. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 108 : Lettre de Provera, le 13 juillet. Il y avait, à Castel 
Delfino, une centurie du rég. de Turin en réserve. Un second bat. de Casai était en seconde 
ligne, probablement à Castello. — Arch. de la Guerre : Rapport du 18 septembre ; l'attaque 
des Piémonais ne se serait produite que le 15 au matin. — Arch. de la Sect. techn. du 
génie : Relation de Bejay de la Coche ; l'attaque s'est produite à 4 h. du soir. 

3. D'après les situations des 18 août et 25 septembre, il y avait à Maurin, Maljasset et 
La Barge, outre le bat. de Montferme, qui a marché par le col Longet, le 1 er de la Lozère, 
d'un millier d'hommes présents, ayant, d'après Bejay de la Coche, des postes au point 2734 
de la carte italienne, « qui a la figure d'un pain de sucre », d'où il surveille à la fois les cols 
de Maurin et du Marinet ; au « Roye », Roces de la carte sarde, Roure de la carte fran- 
çaise, sans doute vers les lacs, au point 2755, pour couvrir la gauche et barrer le col de 
Chabrière ou Ciabriera ; enfin, aux baraques de la Commune, dans les prés, probablement 
la cabane des bergers de la carte française. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 91 t. La relation de M de Sonnaz parle du « poste de Fichel- 
la », couvrant la droite du capitaine chevalier de Beaufort, établi à San Maurizio. La 
carte italienne indique bien un col délia Val di Fissela, au nord du col di Bouveit ; mais ce 
dernier parait plus praticable et dès lors plus dangereux que le précédent. 

5. Probablement constituée avec le 5° du Jura et le 2 e de la Haute-Loire, d'après les 
situations, présentant ensemble l.V'44 h.; mais il ne semble pas possible qu'il y eût eu 2.500 h. 
en quatre ou cinq colonnes, ainsi que l'indique M. de Sonnaz. 

6. 15 h. du rég. de Savoie et 143 miliciens, d'après le mémoire de M. Costa de Beau- 
regard. 

7. Arch. de la Guerre, pièce n° 91 t : Relation de M. de Sonnaz, de Stroppo, le 14 sep- 
tembre, d'où est tirée la majeure partie de ces renseignements. Il indique une grand'garde 
au Lans, point non marqué sur les cartes, peut-être sur le chemin du col des Monges, ou 
Munie, d'après la carte italienne. 



186 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. jusqu'au village d'Acceglio, mais se replient à l'arrivée 
de renforts piémontais. A 4 heures du soir, les Républi- 
cains, menacés sur leurs flancs par l'envoi de détachements 
au col de Vers 1 et au collet du mont Ciarbonet 2 , se retirent, 
emmenant une grande quantité de bétail 3 . 

Un autre corps gagne le cirque de Pianezza par les cols 
délia Marta et de Servagno. Une première colonne se 
dirige sur le col del Mulo, en avant duquel elle est arrêtée, 
puis refoulée, par les compagnies Christini et Giletta. 
Elle tient toutefois assez de temps pour permettre à une 
seconde colonne de descendre aux granges Servino et d'y 
faire main basse sur les troupeaux 4 . Cent hommes de 
renfort avaient en effet été envoyés au général Christ par 
le gouverneur de Démonte, afin de poursuivre les Français, 
que l'on disait sur le point d'abandonner la haute vallée de 
la Stura 5 . 
d? c sSi cîo Dans le même but, le colonel Avogrado venait renforcer 
le poste de Cialdoletta avec 110 hommes. S'étant bientôt 
rendu compte de la situation exacte, au moyen de patrouil- 
les, il restait sur la défensive, augmentant les postes, 
doublant les sentinelles, ordonnant aux troupes de rester 
sous les armes. Mais, trempés par une pluie torrentielle, 
tous ceux qui n'étaient pas de service s'étaient mis à l'abri 
dans les granges, pendant la nuit du 13 au 14. Cependant, 

1. Le lieutenant Didier est envoyé, avec 20 h. du rég. de Savoie et les paysans de 
Saint-Michel, « pour entrer dans le vallon de la Sagne ». 

2. A la tête du vallon de Maleueula, carte sarde. Ce posta dépendait du détachement de 
Prato Rotondo, aux ordres du lieutenant Bastien, qui a, en outre, des gardes à Prato 
Ciorliero ou Bois Lamburni et à la Marsigliera, carte sarde, Bric Arpetta, de la carte 
italienne. 

3. Arch. de la Sect. tech. du Génie : Relation de Bejay de la Coche. 500 moutons, 
chèvres et vaches ; en outre huit prisonniers. — Arch. de Breil, pièces n os 207 et 91 t. Les 
troupeaux chassés de Chiapera et Saretto, sont pris à Pontemaira. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 91 t. Le sous-lieutenant Monet, commandant à Preit, rend 
compte que 7 à 800 h. ont occupé, à la pointe du jour, « les hauteurs de la Poix ou Soix », 
nom qui n'est porté sur aucune carte ; peut-être le Pian délie Trincere, de la carte sarde, 
au-dessus des granges Servino. Ils ont emmené cinq à six troupeaux de moutons, des vaches 
et une mule ; 800 moutons, 90 vaches, beaucoup de chèvres, d'après la relation du 18 sep- 
tembre des Arch. de la Guerre. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 131 : Rapport du général Vallin, gouverneur de Démonte, 
le 22 septembre, signé Birague, capitaine dans le rég. de Montferrat. Les détails qui sui- 
vent sont presque tous tirés de ce document, qui a également servi à M. de Malausséna. 



I 



DES ALPES ET D ITALIE 187 

1,500 Français, dont 100 grenadiers, rassemblés à Ponte septembre 1794. 
Bernardo, marchent en quatre colonnes 1 . 

Celle de gauche se porte sur une redoute au-dessus de 
Sambucco, dont elle surprend la garde, à 4 heures du 
matin, tandis que celle du centre, appuyée par une réserve, 
entre dans le village, après quelques coups de fusil. Les 
milices qui parviennent à s'échapper sont vivement pour- 
suivies sur les retranchements du Cuccetto et de Piano 1, 
bientôt abandonnés parles Piémontais, ainsi que le hameau 
de Cialdoletta 2 . Quelques-uns parviennent à gagner le col 
del Mulo par le vallon de la Madona ; le plus grand nombre 
se dirige sur Ciardola Grande. Mais ce point venait d'être 
occupé par la colonne de droite des Républicains, qui 
s'était glissée sous les bois de la rive droite de la Stura et 
avait franchi le torrent à gué 3 . Cachés par le brouillard, 
troupes régulières, milices et paysans s'avancent toute- 
fois jusqu'au chemin du col de Neraissa 4 , en passant 
sous le feu de Ciardola Grande et du col de Cialdoletta 5 . 
Les Français se retirent, le lendemain, avec sept à 800 
têtes de bétail 6 et 130 prisonniers, dont quatre officiers 7 . 

1. Arch. de la Sect. techn. du génie : Relation de Bejay de la Coche. C'est la seule 
pièce où Ton trouve indiquée à peu près la marche des colonnes françaises. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 91 p : Instructions pour le poste de la Cialdoletta, non 
signées. Le Cuccetto et le Pianol étaient les positions défensives de ce hameau et devaient 
se trouver au-dessous de l'église désignée sous les noms de Sant' Anna, sur la carte ita- 
lienne, de San Michèle, sur la carte sarde. Au Cuccetto, probablement point 1814 de la 
carte italienne, il y avait deux spingardes battant la route jusqu'à San Giuliana, en amont 
de Sambucco. Ce point était en outre retranché, ainsi que le Pianol, plateau à la même 
cote à peu près, sur la rive droite du ravin de Cialdoletta. Sur la gauche de Cuccetto. des 
pierres avaient été amassées pour être roulées sur le chemin à mi-cote, allant de Sambucco 
rejoindre le sentier descendant de Ciardola Grande à la Stura. 

3. On ne peut être certain que ce soit là le chemin suivi par cette colonne. Bejay de 
la Coche dit simplement que la colonne de droite a passé la Stura, après Ponte Bernardo, 
et a longé à mi-côte dans les bois, ayant quelques éclaireurs en avant. Mais il semble 
difficile que les Français, venant de Sambucco, aient pu gagner Ciardola en grand nombre, 
sans être vus, tandis qu'il est très naturel que la colonne, marchant par la rive droite de la 
Stura, ait pris de l'avance, pendant qu'on se battait à Sambucco, puis à Cialdoletta. 

4. Nom des cartes modernes. Ce col est aussi appelé de Nibios, du Pra, ou du Sambuc, 
dans les anciens documents. 

5. Nom de la carte italienne. Ce col est aussi appelé des Vaches ou de la Vaca, ou 
cœur de la Vache, dans les anciens documents. 

6. Arch. de la Sect. tech. du génie : Rapport de Bejay de la Coche. — Arch. de la 
Guerre : Ordre de Petit-Guillaume à Vaubois de distribuer 103.452 livres aux troupes sous 
ses ordres, comme parts de prises. 

7. Arch. de la Guerre : Relation du 18 septembre. M. Birague indique seulement, pour 
les troupes régulières, deux officiers subalternes, un caporal, un tambour, 27 soldats. Le reste 
serait donc composé de milices. Dans le brouillon de sa relation, M. de Malausséna donne 
120 prisonniers. 



188 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. Us sont cependant obligés d'abandonner le produit du 
pillage de Cialdoletta à une patrouille des chasseurs de 
Belmont, envoyés la veille du col del Mulo au col de 
Neraissa 1 . 

Esca p?ès uche ^ ja division Garnier était trop affaiblie par l'envoi de 
bataillons à Nice pour attaquer très vigoureusement 2 . 
Néanmoins, ce même jour 14 septembre, les grand'gardes 
de Sant'Anna et de San Bernoui 3 s'avançaient, à 4 heures 
du matin, sur Vinadio et Plancias. Elles trouvaient la 
Stura trop grossie par l'orage pour la passer à gué et 
elles se repliaient, après un court engagement, laissant 
quelques prisonniers aux mains des miliciens 4 . 

Indépendamment de ces diversions et toujours en vue 
de donner le change à l'ennemi, une partie de la cavalerie 
et le parc d'artillerie de campagne étaient de nouveau 
dirigés, à la fin d'août, vers Tende 5 , où se rendait le 
représentant du peuple Albitte 6 . Le 3° bataillon de la 
102 e demi-brigade restait seul au camp de Couture ; les 

1. Arch. de Breil, pièce n° 129 : Rapport du lieutenant Belraont, des chasseurs, d'après 
la relation du caporal Senz Regret (sic), chef de la patrouille envoyée du flanc droit du 
col Nibios à Cialdoletta, le 15, de grand matin. 

2. Arch. de la Guerre : Relation du général Garnier ; rapport de Dumerbion ; rapports 
du service des renseignements à l'armée de Colli. Outre les bat. indiqués par Garnier, 
1 er de la 129 e , parti de Sant'Anna, le 22 août ; 1 er de la 100 e , parti de Lantosque, le 27 
août ; 3 e de la 129° et 2 e de la 83 e , partis les 5 et 8 septembre, à leur retour de l'armée des 
Alpes, le soldat Pierre Armand, d'Aix-en-Provence, pris à Pralongo, le 14 septembre, dit 
que le 2 e bat. de sa demi-brigade, la 70 e , a été dirigé de Sant'Anna, où il n'est pas porté 
sur les situations, vers Antibes. Les rapports des paysans, les 1 er et 3 septembre, signalent 
aussi le départ de 1.500 h. de Saint-Martin-Lantosque et disent qu'il reste seulement 
300 h. au col de Fenestre, 100 à Belvédère et 150 à Roquebillière. 

3. Arch. de la Guerre ; Situations et rapports du service des renseignements de 
l'armée de Colli. A Sant'Anna, 400 h. du 1 er bat. de la 70°, et 200 de la 20 e , cantonnés 
dans l'église et aux environs ; à San Bernoui, le 1 er bat. de la 70 e , 532 h. 

4. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli. 
Interrogatoire d'un caporal et de trois soldats pris entre Sant'Anna et Vinadio, le 15 
septembre. — Arch. de Breil, pièce n° 108 : Il y avait à Vinadio, le 10 septembre, 514 h , 
dont 135 de Courten, 173 de Christ, 22 d'artillerie et 180 miliciens. Les postes avoisinants 
sont : col de Nibios, 129 h.; Planches, 61 h.; le Signal, 20 h.; Aisone, 9 h.; la Golette, 
7 h.; le Pré Long, 13 h. ; Taches des Hayes, 7 h. ; les Hameaux, 19 h.; Riolfreddo, 13 h. ; 
du fort Démont à la Cialdoletta, 70 h.; soit au total, 862 h. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre des représentants du peuple, le 24 août. Rapports de 
Dumerbion. Le 9 e dragons, envoyé d'abord à Cagnes et Biot, revient à Nice, le 24, et est 
dirigé, le lendemain, sur Sospel. Rapports du service des renseignements de l'armée de 
Colli : Déposition de Farussa, espion revenu d'Antibes, le 1 er septembre; et rapport général 
du 3 août : une partie de l'artillerie de siège était encore à Tende et à la Giandola. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre des représentants du peuple, le 24 août, et arrêté du 
27 du même mois. Voir aussi Thaon de Revel, p. 222. 



DES ALPES ET D'iTALIE 189 

deux autres s'établissaient à la Cima del Vescovo et au septembre 1794. 

Baracon de Riofreddo, poussant leurs postes jusqu'au 

Gias di Marberga l . d'avant-postes 

dans la 

Le 8 septembre, à 8 heures du matin, un fort détache- vermenagna. 
ment de cette demi-brigade attaquait Colle Carbone, dont 
le poste, rapidement secouru, refoulait heureusement 
les Républicains 2 , après une lutte assez vive. Quelques 
jours après, les Piémontais ripostaient en enlevant, dans 
la nuit du 16 au 17, la grand'garde de la Croix d'Arme- 
lina et, dans la nuit suivante, un détachement avancé du 
camp du Baracon de Riofreddo 3 . 

L'effet cherché était toutefois produit. Très bien infor- 
més par les espions, les miliciens et les paysans du comté 
de Nice, de l'effectif et des mouvements de l'armée d'Italie, 
mais trompés par les déclarations des prisonniers français, 
dénonçant un projet d'offensive sur Démonte par les 

1. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements à l'armée de Colli. 
Rapport général du 30 août. Déposition « d'Antoine d'Ani du Carlin et de François d'Ani 
des Vieuzènes, tous deux soldats miliciens de la compagnie Gondolo, revenus, hier au 

soir, de leur pays, où ils sont allés secrètement pour recueillir des notes sur l'ennemi 

Ils ont vu à la Baissa de l'Evêque se former, le 23 du courant (août), un camp considé- 
rable ; ils n'ont vu qu'une garde au col Bertrand et une autre à la Cima de la Saccarella..» 
— Arch. de Breil, pièce n° 113 : Lettres de Gondolo, les 25 et 27 août de Fatula. Le 25, 
l'ennemi a fait une reconnaissance sur les hauteurs de Carsene. 11 y a 600 h. à Riofreddo. 
Le 24, il se forme un camp à la Colle de l'Evêque ; on dit qu'il y a trois bat. incomplets. 

2. Ai'ch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements à l'armée de Colli ; 
interrogatoires des prisonniers faits, les 8 et 17 septembre. — Arch. de Breil, pièce n° 90 : 
Rapport du major chevalier Solar, commandant au Vaccarile ; n° 113 : Lettre de Decaroli 
de la Chiusa, le 10 septembre, et renseignements fournis par un Croate. Les Français 
étaient au nombre de 800, d'après Solar et Decaroli ; les prisonniers disent qu'il n'y avait 
qu'un piquet de 150 h. de chacun des trois bat. de la demi-brigade, en tout 450. Ils sont 
partis du camp de Vescovo et sont arrivés à Colle Carbone, en six h., par des chemins très 
difficiles, c'est-à-dire par Croce di Malabera ou col de Carsene, d'après les anciens docu- 
ments. Ils sont aperçus, à 8 h. du mat., par le poste aux ordres de M. Zona, sous-lieute- 
nant au rég. de Pignerol, qui est successivement renforcé par un officier et 30 h. de ce 
rég., 40 Croates, quelques chasseurs Pandini et la comp. des chasseurs de Pignerol. L'affaire 
se termine à midi. Les Piémontais ont trois ou quatre morts et quatre blessés; ils ont pris 
trois Français et en ont tué huit ou dix. M. Folcheri, sous-lieutenant agrégé dans la comp. 
Pandini, dirige la poursuite. Il y avait au Vaccarile 25 officiers et 641 h. de troupe de 
Pignerol, du corps franc, des grenadiers royaux, des chasseurs Pandini, et probablement 
aussi des milices. 

3. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements à l'armée de Colli. 
Interrogatoire des 27 grenadiers des 7 e , 18°, 83 e et 100= demi-brigades, faits prisonniers à 
la Croix d'Armelina, où il y en avait 50, avec 100 volontaires, reliés à Limone par deux 
gardes, l'une de 30, l'autre de 20 h.; et des six soldats de la 2° comp. du 1 er bat. de la 
102" demi-brigade faits prisonniers à l'avancée du Baracon de Riofreddo, une demi-heure 
au-dessus de ce poste vers la Carsena. Cette avancée était de 20 h., y compris un sergent 
et un caporal. Le camp de Riofreddo fournissait aussi deux autres gardes, l'une d'un 
caporal et de huit h., l'autre d'un officier et de 20 h. On n'a pas d'autres renseignements sur 
ces deux affaires, dont M. de Malausséna ne dit que quelques mots. Dans la seconde, les 
Français ont eu quatre tués et deux blessés. 



190 OPÉRATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. vallées de la Vraita, de la Maira, de la Stura, et désignant 
les rassemblements de la Rivière de Gênes comme destinés 
à marcher sur Ceva 1 , le roi de Sardaigne et le général 
Colli demeuraient fort perplexes. Des renforts étaient en- 
voyés à Provera et à Christ 2 . Puis, la division autrichienne 
demeurant toujours passive à Morozzo 3 , on était obligé 
de soutenir aussi d'Argenteau 4 , qu'inquiétaient les dé- 
monstrations faites sur la rive gauche du Tanaro. 

Le général de division Gentili, envoyé à Ormea 5 , avait, 
selon les ordres de Masséna, fait déboucher, le 18, le gé- 
néral Pijon de Viozene 6 et le chef de brigade Verne du 
col de Termini. Le lendemain, Pijon était établi à Coletta 
Seiras, entre les postes ennemis de Cima Piastra 7 et du 



Affaire 
aux environs 
de Frabosa. 



1. Rien de plus curieux, à cet égard, que la lecture du brouillon des rapports du service 
des renseignements à l'armée de Colli, qui existe aux Arch. de la Guerre et de l'analyse 
de la correspondance du roi avec Colli, qui se trouve dans les Arch. de Breil, pièce n° 94. 

2. Arch. de la Guerre : Analyse des ordres de Colli. — Arch. de Breil, pièce n° 94. Sont 
envoyés successivement à Provera : 1° de Turin, deux divisions du bat. de garnison autri- 
chien ; 2° du camp de Borgo, un bat. d'Oneille ; 3° du Val d'Aoste, le rég. des dragons de 
Piémont ; 4" de la vallée de Luzerna,deux comp. de grenadiers et deux de milices, destinées 
spécialement à M. de Sonnaz, dans la Maira; 5° enfin, les dragons de Chablais sont d'abord 
mis à sa disposition à Saluées, puis rappelés vers Mondovi. A Démonte, sont envoyés les 
chasseurs du camp de M. Serra. 

3. Arch. de Breil, pièces n 09 84 et 94 : Le 15 septembre, le général Wallis déclare que 
cette division enverra deux bat. à Mondovi, mais seulement « lorsque l'ennemi assiégera 
Ceva. » 

4. Arch. de Breil, pièces n° s 84 et 94. — Arch. de la Guerre : Minute des ordres de 
Colli. Le 20 septembre, le 2 e bat. de Piémont et le 1 er de Belgiojoso se rendent à Ceva où 
il y avait déjà quatre bat. piémontais et deux autrichiens dn corps auxiliaire. A Mondovi, il 
y avait sept bat. Le 21 septembre, le rég. des dragons de Chablais est appelé à Carru. 

5. Arch. de la Guerre : Ordre du 29 août. 

6. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli : 
Dépositions de Jean Broillet, Biaise Rouger, Amable Montai et Antoine Marmoito, de la 
Tourrette en Auvergne, soldats dans la 2 e comp. du 2 e bat. de la 99 e demi-brigade, désertés 
du Carlin, le 14 septembre au soir. « Le camp de Carlin est en huttes de terre, sur le 
même site où était le nôtre. Il y a quelques détachements très faibles et trois gardes avan- 
cées, dont la dernière est celle du Bouquin (ou Cima) des Salines, de 20 h., un sergent et 
un caporal ; puis, à un quart d'heure, un poste de 10 h. ; à 200 pas plus loin, est une garde 
de 24 h., où se trouve un officier et qui en détache une autre de 6 h. et un caporal ; 
à un quart d'heure du poste de l'officier et à demi-heure du camp, se trouve la garde du 
Signal, qui est de 20 h., un sergent et un caporal. Des signaux se correspondent dans 
toute la ligne de postes. Il y a en deux à Vieusenes, un à la Madona, poste où il y a une comp. 
de garde qui correspond avec le Pont de Nava. Du côté de Tende, ils se suivent de même. 
Dans trois heures et demie, on va du Carlin à Pont de Nava ; du Carlin à la Piastra, en 
trois heures. Des avant-postes du Bouquin des Salines, les patrouilles, pour peu qu'elles s'é- 
cartent, découvrent la garde de la Piastra. Entre cette garde et ces avant-postes, il n'y a 
guère plus d'une heure et demie. On peut tourner de droite et de gauche, par les hauteurs, 
le poste de la gorge, soit le Bouquin des Salines. » 

7. Arch. de Breil, pièce n° 113 : Lettres de Gondolo, les 20 et 23 septembre, de Piastra. 
Ce partisan était à ce poste depuis le 1 er septembre. — Arch. de la Guerre: Analyse des 
ordres de Colli : Les chasseurs des grenadiers royaux sont envoyés en renfort, du Vacca- 
rile à la Piastra, le 20 septembre. Des Croates du corps franc de Giulay sont en outre à 
portée d'appuyer le poste, à la Chartreuse de Pesio, à Chiusa et à Frabosa. 



DES ALPES ET D'ITALIE 191 

mont Merdanzone ! . Le 20, il se porte sur ce dernier point, septembre 1794. 
en chasse les défenseurs, leur faisant 24 prisonniers, 
et rentre le soir même dans ses premières positions, 
ainsi que l'autre colonne 2 . De son côté, le général Lebrun 
abandonnait Limone, où il était très exposé, et occupait, 
le 21 septembre, les baraquements préparés au col de 
Tende 3 . Toute feinte était désormais inutile, puisque, ce 
même jour, les Français s'engageaient à Dégo, pour la 
première fois, avec les Autrichiens. 

Peu à peu, les bataillons retirés de la gauche et du 
centre de l'armée d'Italie avaient gagné Oneille, Albenga 
et Loano, où ils s'étaient joints aux troupes de la division 
Masséna, choisies pour prendre part à l'expédition proje- 
tée 4 . Les vivres, les munitions et l'artillerie étaient trans- 
portés par mer sur les mêmes points 5 . Le 5 septembre, 
Saliceti arrivait à Loano, où il était rejoint, quelques jours 
après, par le général Dumerbion, accompagné des repré- 
sentants du peuple Albitte etProst 6 . Ils y recevaient des 

1. C'est le poste de Casera Vecchie qui est désigné sous ce nom, porté d'ailleurs sur les 
cartes sarde et italienne. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 113. — Arch. de la Guerre : Lettre de Gentili, le 21 septem- 
bre. Pijon avait craint d'être attaqué et enveloppé par les deux postes de la Piastra et de 
Merdanzone. Il se jette sur ce dernier pour entrer en communication avec la colonne de 
Termini. Les prisonniers sont tous du régiment de Mondovi. Gondolo dit que : « les gens 
de Carlin leur ayant proposé de se sauver, ils leur répondirent d'avoir envie de voir la 
France. » 

3. Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de Colli. Le 
19 septembre, l'officier chargé de ce service proposait d'envelopper l'avant-garde de Limone. 
en débouchant a la fois des cols de Carbone et de Pallanfré, tandis que le capitaine Gondolo 
tenterait un coup de main sur le poste du Bouquin des Salines, et que les milices d'Enl ra- 
que se porteraient au col de Sabbione. 

4. Arch. de la Guerre : Situations du 18 août au 6 octobre et rapports journaliers de 
Dumerbion. De la comparaison de ces divers documents, il résulte que quatre bat. ont été tirés 
de la division de gauche, savoir: le 1 er de la 129% parti de Sant'Anna, le 22 août, et le 3° 
de la même demi-brigade, mis en route le 5 septembre, à son retour de l'armée des Alpes ; 
le 2 e de la 83 e , quittant San Bernoui le 8 septembre ; le 1 er de la 100% parti de Lantosque 
le 22 août, et le 1 er septembre à Menton. Un seul bat., le 3° de la 166% est venu du col de 
Tende, soit de la division du centre. Les 13 autres bat. ont été tirés de la division Masséna ; 

' un est formé de comp. de chasseurs et un autre de six comp. d'éclaireurs. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 12 septembre : «...à Vozze (?), 
devant Varigotti (cap entre Final Marina et Noli) 40 vaisseaux, chargés de canons et de 
munitions de guerre, et vont à Vado. Le fort Vado, évacué par les Génois. Français 
dans la Rivière, au nombre de 30,000. Nouvelles de Finale... »; n° 135: Du 17 au 25, on 
voyait de gros vaisseaux, où il y avait de grandes provisions de foin ; et 94 : Lettre de 
Colli, le 14 septembre : 20 bâtiments chargés de munitions ont mouillé à Vado. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de Saliceti au comité de Salut public, de Loano, le 7 sep- 
tembre. — Arch. de Breil, pièces n-" 94 et 135, h.: Dumerbion et les représentants du 
peuple seraient arrivés le 10 septembre. 



192 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. renseignements exacts et menaçants sur la disposition et 
les projets des Autrichiens l . 

de? Tuficwens. La division Colloredo, échelonnée depuis le 14 mai entre 
Tortone et Cairo 2 , se concentre sur ce dernier point, au 
commencement de septembre seulement 3 . Sept bataillons 4 
campent sur la rive droite de la Bormida, avec un gros 
train d'artillerie 5 ; deux escadrons de uhlans, sur la rive 
gauche, au sud du village, ayant un piquet à l'é- 
glise San Donato 6 , sur le chemin de Carcare. Les avant- 
postes sont constitués par deux bataillons croates : l'un, 
à Altare, dispose ses grand' gardes sur les hauteurs, 
autour du bourg 7 ; il détache à Mallare deux compagnies 
qui fournissent des postes à San Giacomo et à Colla del 
Pino 8 ; l'autre bataillon, à Carcare, en soutien, a une 

1. Arch. de la Guerre : Lettre des représentants du peuple, le 15 septembre, accom- 
pagnée de nombreuses lettres de Tilly, ambassadeur français, de la Chèze, consul français 
a Gènes ; de Garibaldon, consul français à Savone, et d'un nommé Lombard, qui paraît 
avoir organisé de Gènes un service de renseignements. Les nouvelles les plus importantes 
sont les suivantes : Mouvements de la flotte anglaise et projets de débarquement ; marche 
de la division Colloredo ; arrivée à Voghera et Valence d'une division de cavalerie napoli- 
taine ; rappel à Gènes de Vincent Spinola, gouverneur de Savone, qui avait déclaré qu'il 
ne remettrait ce fort à aucune des puissances belligérantes ; levée du blocus de Gênes par 
les Anglais et admission dans les ports de la République de huit vaisseaux de guerre des puis- 
sances coalisées ; projet d'une sommation qui sera faite par ces puissances au gouverne- 
ment génois, ce qui permettra au parti oligarchique, bien que sans chef depuis la mort de 
Pallavicini, de paraître céder à la force, etc. Dans cette lettre, Saliceti démontre l'urgente 
nécessité de l'expédition, et ajoute que cela ne fera que différer le mal et que l'ennemi ren- 
forcé reviendra. Il se rendait donc très bien compte de la situation, prévoyait la campagne 
de 1795 et prouvait ainsi combien était juste l'idée de Robespierre jeune. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 110: La brigade Turckeim était allongée depuis Alexandrie 
jusqu'à Cairo, la brigade Pittoni était répartie autour de Tortone. 

3. Arch de Breil, pièces n° 8 84, 94, 119 et 135 : Les généraux Wallis et Colloredo se 
rendent à Cairo, le 7 septembre ; mais, à ce moment, il n'y avait que le 2 e bat. du rég. 
Carlstadt, qui, le 4, avait porté un détachement en avant de Mallare, à Colla del Pino, où 
il n'y avait encore que des milices. C'est seulement le 29 août que le roi est informé du 
projet du général Wallis de faire avancer quelques troupes vers Mallare ; le 9 septembre, 
que le général d'Argenteau est avisé du rassemblement de 2.000 Autrichiens à Cairo, et, le 
17, qu'il apprend l'arrivée de 10 canons. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 135 f. Deux bat. d'Alvintzi, deux d'Archiduc-Antoine, deux de 
Strassoldo, un de Jordis. 

5. Arch. de Breil : passim. Il y avait jusqu'à 42 pièces, dont 10 au moins de 8. Mais 
il faut compter dans ce nombre probablement 20 pièces de 4, à raison de deux par bat. 

6. Indiquée, mais sans nom, sur la carte italienne ; au débouché méridional du défilé 
en amont de Cairo, sur la rive droite du ruisseau Commi. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 135 d. L'état d'où sont tirés les renseignements qui suivent, 
contient un certain nombre de noms qui ne sont pas portés sur les cartes et d'autres dont 
l'orthographe est vicieuse. Voici les postes d'Altare : de la droite à la gauche, Occhi del 
Vetro (?), Bochetta del Monte do Burotti (Monte Burot), Bocca dell'Orso (Rocca d'Orso 
de la carte sarde, col au nord-est du point 595 de la carte italienne), Techi (Tecci delà 
carte sarde, emplacement du fort actuel d'Altare sur la carte italienne), Zovo (?), Cassi- 
notto (?), Cassina (?), Ponte délia Volta ; chacun de ces postes est composé de un caporal 
et sept h.; au premier, il y a deux canons de 8. 

8. Postes d'un caporal et de 25 h., avec deux canons de 8 au 1". Il y a en outre un 
caporal et cinq h. à Panebazzo (Panelli de la carte sarde) ; un caporal et 12 h. à Facini 
(Fuciné des cartes modernes), c'est-à-dire aux deux entrées principales de Mallare. Tous 
ces postes étaient d'ailleurs garnis déjà de milices piémontaises et de quelques paysans, 
reste de la fameuse levée en masse du mois de juillet. 



DES ALPES ET D'iTALIE 193 

compagnie à Pallare et une à Bormida, pour couvrir la septembre îm 
droite \ 

Par cette simple disposition, l'archiduc Ferdinand se 
flattait d'en imposer aux Républicains au point de leur 
interdire tout mouvement, jusqu'au moment où la rigueur 
de la saison les obligerait à entrer en quartiers d'hiver 2 
et lui permettrait de mettre à exécution ses projets sur 
Savone 3 . Le général Wallis, partageant ce sentiment, ne 
donnait aucune créance aux nombreux avis qui signalaient 
l'augmentation des Français dans la Rivière de Gênes et 
dénonçaient leurs projets 4 . Il ne songeait même pas à 
rapprocher de lui tout ou partie de la division de Morozzo, 
ni à entrer en relations avec le général d'Argenteau 5 . 
Celui-ci, plus inquiet, réclamait et obtenait enfin l'envoi à 
Mondovi de deux bataillons de cette division/le 19 sep- 
tembre, jour où il se rendait à Ceva 6 . A ce moment, il 
n'avait ni le temps, ni les moyens de modifier la situation, 
dont les Républicains allaient habilement profiter. 

Dumerbion ne visait à rien moins qu'à envelopper les de reddition 
Autrichiens, bien qu'il n'eût pas beaucoup plus de forces 
qu'eux 7 . A cet effet, tandis qu'un faible corps, débouchant 
de Finale sur Mallare et Pallare, appellerait leur attention 

1. D'après un autre rapport, les deux comp. étaient à Pallare. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre de l'archiduc à Colli, le 9 septembre. 

3. Il est bien difficile, en effet, de douter que, dès ce moment, l'Autriche ne fût décidée 
à s'établir dans la Rivière de Gênes, ainsi que cela eut lieu l'année suivante. ïhaon de 
Revel le laisse parfaitement entendre, p. 223. Mais l'archiduc n'était pas pressé. La pre- 
mière colonne de la cavalerie napolitaine n'atteignait Alexandrie qu'au commencement de 
septembre (Arch. de Breil, pièce n° 119 : Lettre de l'archiduc, le 2), et en assez mauvais 
état (Arch. de la Guerre : Lettre de Tilly, le 12 septembre). Les troupes de renfort n'arri- 
vaient en Lombardie que très lentement. Cependant on faisait des reconnaissances sur le 
territoire génois, et on améliorait les routes des Bormida, pour y faire passer du canon et 
des convois. (Arch. de la Guerre : Lettres des représentants du peuple, les 15 et 24 
septembre. Voir la dernière pièce just. n° 52). 

4. Arch. de Breil, pièces n os 84, 94, 119, 135 et 136 : Les renseignements abondent et, 
après avoir été un peu exagérés, deviennent de plus en plus précis depuis le 25 août 
jusqu'au 18 septembre. 

5. Remarque de M. de Malausséna. 

6. Arch. de Breil, pièce n n 84 : Lettre de d'Argenteau, le 19 septembre. 

7. D'après les situations et le rapport du 11 octobre (Arch. de la Guerre), le corps 
expéditionnaire de Dégo était de 11.191 h., avec huit pièces de 3, 6 de 4 et deux obusiers. 
Koch donne un chiffre un peu supérieur, 12.444 h. mais qui paraît moins exact. D'après les 
Arch. de Breil. les Autrichiens auraient été au nombre de 10 à 12.000 avec 42 pièces 
dont dix de 8 et deux obusiers. 11 y avait aussi quelques centaines de milices piémontaises 
et des paysans. 



de Dégo. 



194 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. de ce côté et les attirerait même vers Loano, en s'y 
repliant, s'il y était contraint, le gros des forces françaises 
se porterait rapidement sur Millésimo, comme pour me- 
nacer Ceva, puis se rabattrait sur Carcare et Cairo, leur 
unique ligne de retraite 1 . Mises en mouvement dès le 
15 septembre, les troupes échelonnées à Oneille, Alassio, 
Albenga, se concentrent, le 17, à Ceriale, sous la protec- 
tion d'un détachement de 1.100 hommes établis à Bardi- 
netto, et de 2.000 hommes, cantonnés à Loano, avec leurs 
grand' gardes sur les hauteurs de Finale 2 . Ceux-ci sont 
conduits, le lendemain, par Cervoni, à Gora et à Calice, 
poussant des postes à Osteria di Melogno, Madona délie 
Neve, Carbuta et Feglino 3 . Ils restent en relations, par 

1. Arch delà Guerre: Dispositions de marche pour la division de droite de l'armée 
d'Italie, 1 er sans-culotide, an II (17 septembre 1794). Il y a deux pièces de ce genre. Nous 
avons donné, pièces justificat. n° 51, celle qui se rapproche, par sa forme, des ordres mo- 
dernes ; l'autre pièce n'en diffère qu'en ce que l'ordre de bataille est indiqué par la dési- 
gnation des divers corps de troupe que l'on trouve d'ailleurs dans les Mémoires de Mas- 
séna, pièce justif. n° IV, pag. 267, sauf les erreurs suivantes : Colonne de Cervoni, lire 
1 er et 3 e bat. de la 101% au lieu de 1 er et 2 e ; corps de bataille, supprimeras, 1 er de la 99" 
et 3" de la 101 e ; lire 2 compagnies de la 166 e , au lieu de la 66 e ; lire avant-garde, au lieu 
de arrière-garde pour la colonne de la Harpe, et 1 er de la 99" au lieu de 2 e de la 99 e . Quel 
est l'auteur de ce projet? Est-ce Bonaparte, ainsi que semblent l'admettre les contem- 
porains ? C'est possible ; mais il semble que Clausade, qui dirigeait à ce moment le service 
topographique (Arch. delà Guerre : Lettre de Dumerbion, le 12 août) a dû être consulté, 
aussi bien que Masséna, qui avait une connaissance approfondie de cette région, et Rusca, 
dont le départ de la Briga pour Nice est signalé dans une lettre du capitaine Gondolo, le 
15 septembre (Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements de l'armée de 
Colli). Il est fort probable que c'est une œuvre collective, due à la collaboration dévouée de 
tous les officiers instruits de l'état-major, comme les précédentes. Dans sa lettre du 23 
septembre à Multedo (Correspondance de Napoléon, n° 37 de l'édit. princ), Bonaparte ne 
s'exprime pas comme l'auteur de ce projet d'opération. Il est tout naturel d'ailleurs que 
Saliceti l'ait employé, non pas tant pour l'expédition elle-même que pour l'installation ulté- 
rieure autour du Vado, position qu'il avait dû reconnaître lors de sa mission à Gênes, et 
que, par ses connaissances techniques, il était seul à même de bien organiser. L'extrait sui- 
vant d'une lettre de l'archiduc Ferdinand à Colli, le 3 septembre (Arch. de Breil, pièce 
n° 119) prouve toutefois que le jeune général était déjà apprécié, même par l'ennemi. « Il 
est vrai que le général Bonaparte, dernièrement conduit enchaîné à Paris, retourne avec 
le commandement. C'est un Corse hardi, entreprenant, qui certainement voudra risquer 
quelque attaque. » 

2. Il est assez difficile de déterminer exactement quels sont les corps de troupe faisant 
partie des détachements de Bardinetto et de Cairo, et ceux qui viennent des points situés en 
arrière, non plus que les mouvements de ces derniers. La comparaison entre la situation 
du 18 septembre, donnant la répartition à la date du 15 au plus tard, et l'état d'emplace- 
ment des troupes joint aux dispositions de marche du 17, fait ressortir des marches et con- 
tre-marches qui n'ont sans doute pas eu lieu dans la réalité, à moins qu'on ait voulu 
tromper l'ennemi ou qu'on n'ait eu d'abord un autre projet dont il n'y aurait d'autres traces 
que certains renseignements donnés dans les Arch. de Breil, tels que marche sur Vado et 
Savone, par les cols de Melogno et Madona délia Neve. 

3. Cette marche et celle qui paraît résulter des renseignements contenus dans les Arch. 
de Breil, pièce n° 135, savoir : Lettre de Vincenza Bergallo, de Finale, le 18, prévenant que 
Cervoni avec 6.000 h. doit passer, le matin, pour aller attaquer Mallare et Cairo, tandis que 
6.000 h. se rendront à Millésimo par Osiglia. Avis, le même jour et du même personnage 
sans doute, que Cervoni est passé à Finale avec 2.000 h., qui se sont séparés à la sortie du 
bourg, et qu'une partie s'est dirigée vers Calice, où devaient être arrivés 3.500 h. et 400 
dragons. Lettre du Cavalier Ancelie ('?), de Mallare, à 6 heures d'Italie de la nuit, annon- 
çant que deux à 3.00) h. se sont dirigés sur Finale, les uns venant de Gora, les autres de 
Loano ; qu'une partie est passée à Finale, tambour battant, le général en tête, suivi d'of- 
ficiers et de quatre dragons ou cavaliers allant vers San Giacomo, par le chemin de Croce ; 
que le reste a pris la route d'Osiglia. 



DES ALPES ET D ITALIE 



195 



La division 
autrichenne 

se porte 
sur Carcare. 



Fermera d'Isallo, sur le versant méridional du mont Sette- septembre 1194 
pani, avec le reste de la division, qui se transporte, le 
même jour, à Bardinetto, où viennent également les repré- 
sentants du peuple, le général Dumerbion et son état- 
major. 

Informé de la marche de Cervoni, le 19 de bon matin 1 , 
Colloredo se porte, à midi, de Cairo au nord de Carcare, où 
il déploie sa division, à cheval sur la Bormida. Deux batail- 
lons du régiment d'Alvintzy, sur la rive droite, appuient 
leur gauche à Bragno, le front couvert par le ruisseau de 
Prasecco. Cinq bataillons, avec 10 canons, restent sur les 
hauteurs de la rive gauche, entre les torrents d'Anta et de 
Cosseria. La cavalerie 2 se range dans la plaine de Quas- 
solo, traversée par la route. Un bataillon du régiment 
Archiduc-Antoine, commandé par le comte de Kuhn, est 
dirigé vers Millésimo 3 , tant pour couvrir la droite de la 
ligne de bataille que pour être à portée d'occuper Montez- 
zemolo, ainsi qu'il avait été promis à d'Argenteau, au cas 
où le camp retranché de Ceva serait menacé 4 . Cette ma- 
nœuvre timide et hésitante, suite naturelle des calculs 



1. Arch.de Breil, pièce n° 135: Le marquis Camerana, commandant supérieur des mi- 
lices piémontaises auprès de Colloredo, a appris, le 19 une heure avant le jour, que les 
Français étaient montés à Gora, le 18 au soir, au nombre de 2.000. Cette nouvelle a été 
aussitôt communiquée au général. 

2. 350 uhlans en deux escadrons. 

3. Ces indications sont tirées de la pièce n° 135 des Arch. de Breil, qui contient plusieurs 
relations fort détaillées et précises de l'expédition de Dégo. C'est de cette pièce que M. de 
Malausséna a tiré les éléments de son récit, beaucoup plus complet dans le brouillon que 
dans la mise au net qui l'accompagne. Ces documents donnent même sur les mouvements 
des Français des renseignements plus circonstanciés que ceux des Arch. de la Guerre. On a 
pu ainsi rectifier la relation de Koch, qui présente d'assez nombreuses inexactitudes, telles 
que le mouvement de Fiorella avec la réserve, de la Pietra sur Melogno et Osiglia, le 19, indiqué 
p. 116, contredit formellement par une note de la pièce n° 135 des Arch. de Breil, signalant 
que, contrairement à l'avis de Vincenza Bergallo, les Français ne sont pas passés par Osi- 
glia, aussi bien que par le tableau des mouvements de la division de droite, le rapport du 
chef d'état-major Gaultier, du 11 octobre, et le croquis sur huilé qui y était joint et se 
trouve actuellement dans l'atlas historique. Thaon de Revel, p. 224, et Roguet, p. 143, 
disent seulement quelques mots du combat de Dégo. Quant à Pinelli, nous avons renoncé 
à relever ses erreurs, tant elles sont nombreuses et grossières. C'est ainsi que, p. 469, des 
deux affaires de l'Arpiola et du Vaccarile, il n'en fait qu'une seule et indique que les Pié- 
montais ont été repoussés ; p. 470, il raconte une seconde fois l'affaire de Bonnaud au 
Tuech, en 1793, en la mettant en 1794; p. 470 et suiv., il confond les afiaires du 15 août et 
du 14 septembre dans la Stura,ce qui prouve qu'il ne se rend aucun compte exact de la suite 
des événements; p. 481, il reproche à Botta, à propos de l'affaire de Dégo, d'avoir écrit 
Santa Lucia, bourg sur la rive droite de la Bormida, et y substitue Santa Giulia, village 
à 7 kil. à l'ouest, preuve manifeste que non seulement il ne comprend pas les opérations 
militaires, mais qu'il ne connaît pas même son pays, etc. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettre de d'Argenteau, le 10 septembre. 



196 



OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 



septembre 1794. intéressés de la diplomatie autrichienne l , était bientôt 
déjouée par les mouvements prompts et hardis des Répu- 
blicains dans cette même journée du 19 septembre, 
journée A 9 heures du matin, les éclaireurs de la colonne de 

du 

19 septembre droite, dite de Finale 2 , délogent le poste de Colla del Pino 
ou Cravarezza 3 . Le lieutenant-colonel autrichien, com- 
mandant les grand'gardes, abandonne aussitôt San Gia- 
como et même Mallare avec précipitation 4 et se retire sur 
Montefrcddo 5 ; Cervoni se borne à occuper Mallare et Bor- 
mida, comme il lui était prescrit, afin d'entrer en commu- 
nication avec le gros de la division 6 . Celui-ci était parti 
de Bardinetto, à 2 heures du matin, formé en avant-garde 7 , 
corps de bataille 8 , réserve 9 , suivi par le convoi d'artillerie, 
les équipages de vivres 10 et le 9 e dragons. Il marche sur 
Calissano, couvert à gauche par deux bataillons, qui, du 
col de San Bernardo se portent aux monts Spinarda et 
Sotta, poussant des patrouilles dans la vallée du Tanaro 11 . 
A Caragna, l'avant-garde, ainsi que l'artillerie sur roues, 



1. L'Europe et la Révolution française, par Albert Sorel, 4 e partie, 1794, passim. Voir 
notamment ce qui est relatif à l'insurrection de Pologne. 

2. Général Cervoni, six compagnies d'éclaireurs, 2 e bat. de la 3 e légère, 1 er et 3 e de la 
101 e , 25 chasseurs à cheval de la montagne, 30 sapeurs, deux pièces de 3. 

3. Le poste devait être placé à Colle Cravarezza, c'est-à-dire sur l'Apennin et non à 
Colla del Pino, sur le contrefort. D'ailleurs, d'après une note des Arch. de Breil (pièce n° 134), 
du col Cravarezza il n'y avait pas de chemin pour descendre dans le vallon de ce nom ; on 
suivait le contrefort de Costa del Pino, que l'on franchissait au sud de Cima del Campo ou 
Cima di Rado, pour aller à Mallare. Le poste, composé de Croates et de milices, a dû être 
surpris par une colonne, qui de Gora est montée à San Pantaleone et à Madona délia Neve 
par Casanova, nom sous lequel est désigné, sur la carte sarde, le ravin qui descend du 
col et débouche entre Cairano et Rialto. On n'y a tiré que quelques coups de fusils (Arch. 
de Breil, pièce n° 135). 

4. Cet officier était à San Giacomo avec quatre comp. Il est probable que de Bric Quiog- 
gia, Cervoni avait détaché de fortes patrouilles sur Ferriera, en sorte que les Autrichiens 
ont dû craindre d'être tournés. Toujours est-il qu'un poste a été oublié. Ils auraient eu un 
mort, quelques blessés et des prisonniers ; en tout 10 h. au plus (Arch. de Breil, pièce n° 135). 
Cette perte ne doit s'appliquer qu'aux troupes régulières, puisque, dans le tableau des mou- 
vements de la division de droite (Arch. de la Guerre), on indique 16 tués ou blessés et 
20 prisonniers avec 400 fusils ; Cervoni a trois h. blessés. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 135 : Lettre de Cairo, le 19 au soir, probablement du mar- 
quis Camerana. Il est parti de Cairo, vers 2 heures après midi, et a rencontré le bataillon 
autrichien de Mallare à la Coletta de Montefreddo, au nord de ce village. 

6. Voir pièce just. n° 51. 

7. Général Laharpe, bat. de chasseurs de ligne, 1 er bat. de grenadiers, 1" de la 99 e , 
1 er et 3 e de la 129 e , six pièces de 4 et deux obusiers. 

8. Général Hammel, 5 e bat. de grenadiers, 2 es bat. des 21 e , 56 e et 83 e , deux comp. du 
3° bat. de la 166 e . 

9. Chef de brigade Fiorella et les trois bat. de la 46 e . 

10. Sous l'escorte du 1 er bat. de la 101 e ; trois comp. de sapeurs font en outre partie de 
la division et doivent avoir été réparties entre les diverses colonnes. 

11. 1" et 3 e de la 21 e , sous l'adjudant général Bertholozi. 



DES ALPES ET D ITALIE 197 

prend, à gauche, le chemin carrossable du col dei Gioveti septembre 1794. 
et suit la crête entre le Tanaro et la Bormida, jusqu'au col 
de San Giovanni, occupé par des milices retranchées. Cel- 
les-ci sont bientôt refoulées sur Millésimo, où elles rejoi- 
gnent le renfort expédié de Cairo le matin 1 . Laissant un 
piquet dans la redoute, Laharpe marche encore, par Cas- 
telnovo, sur Montezzemolo, qu'il atteint dans la nuit seule- 
ment 2 . Menacé ainsi par Bagnasco et Priero, le général 
d'Argenteau appelle à Ceva toutes les troupes disponibles 
et organise la défense du camp retranché 3 . Pendant ce 
temps, le corps de bataille, la réserve et le convoi, ainsi 
couverts sur les deux flancs, continuaient à descendre la 
Bormida par le sentier muletier qui conduisait à Murialdo, 
puis à Borda, où la colonne se scindait encore. Le corps 
de bataille, commandé par Hammel, avec r état-major, 
gagnait les hauteurs de Biestro, où il s'établissait. Le reste, 
sous les ordres de Masséna, se dirigeait sur Millésimo. 
La tête était obligée de s'arrêter à Acquafredda, à minuit 4 . 
Le convoi était encore fort en arrière; quant au 9° dragons, 
il ne dépassait pas Calissano 5 . 

1. Arch. de Breil, pièce n° 135. Ce renfort était sous les ordres du comte Rangoni ; il 
avait été d'abord dirigé sur Mallare, puis sur Cosseria, avec ordre d'aller à Montezzemolo. 
Dans ce document, il est dit que les retranchements de San Giovanni, dénommés San Gio 
délia Langa, ont été évacués par les milices sans combat. Mais dans le rapport de Gaul- 
tier, en date du 11 octobre, il est indiqué que Laharpe a « enlevé les redoutes, tué ou 
blessé à l'ennemi 15 h., fait 10 prisonniers... » 

2. C'était donc une marche de 20 heures environ. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 84 : Lettres de d'Argenteau, les 18, 21, 22 et 26 septembre. 
Il y avait à Ceva, le 18, quatre bat. piémontais et deux autrichiens, avec quatre pièces de 
8, quatre de 4, deux de 3 et deux obusiers. Le 1 er bat. de Belgiojoso y arrive le 19, puis 
deux bat. d'Acqui ainsi que quatre comp. du corps franc Giulay, qui avaient fait partie 
de l'avant-garde de Colloredo, jusqu'au 20 août. La répartition de ces forces, présentant 
4.952 combattants, dans le camp retranché de Ceva, est la suivante : A la redoute de Testa 
Nera et aux environs, gauche du camp, deux bat. d'Acqui et celui de Belgiojoso ; aux 
ouvrages de Faya et de Bayon, droite du camp, deux bat. de la légion légère, deux de 
Schmitfeld, un de Lombardie, destiné à entrer dans le fort, où se trouve le bat. de Piémont ; 
au centre du camp, sur la crête, deux bat. d'Aoste. Dans la ville de Ceva, un bat. de 
Lombardie cantonné, ayant un détachement à Rochini, entre Malpotremo et Molere, ainsi 
que sur les avenues de la ville. En cas d'alarme, il doit monter à Faya. 

4. Le corps de bataille n'est pas entier à Biestro, puisque, d'après le tableau des mou- 
vements des Arch. de la Guerre, il n'y a que 3.223 h., 80 chasseurs à cheval et deux pièces 
de 3, au lieu de 4.335, les 406 dragons de Calissano défalqués. A Acquafredda, et en 
arrière, il y a 2.725 h. et deux pièces de 3, soit sans doute la réserve, l'arrière-garde et 
les 626 h. manquant au corps de bataille. 

5. Cette colonne, de 9.000 h. avec son convoi, devait en effet présenter une longueur 
totale de 25 à 30 kilomètres dans ces chemins de montagne, assez mauvais à partir de 
CarMgna. Le meilleur, à cette époque, était celui des crêtes, par Giovetti, San Giovanni et 
Castelnovo, qu'avait suivi Laharpe avec les voitures et l'artillerie sur roues. Il était parti à 
2 heures du matin et avait dû employer trois heures pour s'écouler. La tête du gros ne quit- 
tait donc Bardinetto que vers 5 heures et le 9 e dragons, en queue du convoi, ne devait 
se mettre en mouvement qu'après midi. 

14. 



du 
20 septembre. 



198 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. Dans la ' matinée du 20 septembre, un épais brouillard 
enveloppait les bivouacs de la principale colonne française, 
dérobant à leur vue la position des Autrichiens et le petit 
bassin au milieu duquel est bâti le bourg de Carcare, alors 
entouré d'une muraille, où s'étaient ralliées, la veille au 
soir, les compagnies croates de Bormida et de Pallare, 
ainsi que les milices de Biestro 1 . Il eût été dangereux de 
faire aucun mouvement avant d'avoir des nouvelles cer- 
taines des autres colonnes ; Hammel se borne donc, vers 
9 heures du matin, à pousser des tirailleurs sur Carcare et 
sur la rive droite du ravin d'Anta. 

A l'aile gauche, Laharpe plaçait une arrière-garde au 
Bric San Bernardino, pour recueillir les postes laissés à 
Castelnovo, Montezzemolo et dans la direction de Murazzo, 
en vue d'en imposer à d'Argenteau 2 . Il se dirigeait ensuite 
sur Millésimo, qu'il atteignait à midi. Le comte Kuhn y 
avait détaché une compagnie, en soutien des milices, pour 
couvrir la droite de son bataillon, déployé le long du 
chemin, au-dessous du château ruiné de Cosseria, où il 
n'avait envoyé que dés vedettes 3 . Laharpe forme deux 
colonnes ; l'une franchit la Bormida à gué, au couvent à 
500 mètres en aval de Millésimo 4 , et gravit les pentes de 
la colline couronnée par le château de Cosseria ; l'autre 
pénètre par le pont dans la ville, dont elle déloge l'ennemi, 
qu'elle poursuit ensuite sur le chemin de Carcare. Menacé 
sur son flanc droit et ses derrières, le comte Kuhn remonte 
jusqu'au col, où il essaie de tenir 5 . 

1. Arch. de Breil, pièce n° 135. D'après la lettre de Cairo, en date du 19 septembre au 
soir, les Autrichiens auraient aussi quitté Altare dans le milieu du jour, mais ils se sont 
probablement arrêtés à Ponte délia Volta, où se sont ralliées les comp. et les milices 
refoulées de Montefreddo. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 135. Chacun de ces postes était de 50 h. environ." Le sou- 
tien, quatre bat. à 500 h., était exactement à «Crociôta del Mort, sur la Roche de Vignal» 
(Crocetta délia Rocca, de la carte sarde, point 730 au sud du Bric San Bernardino de la 
carte italienne.) 

3. Quatre ou cinq h., d'après la relation des Arch. de Breil, pièce n° 135, il y avait sans 
doute aussi des miliciens. 

4. A côté de Martinetto. 

5. Montecala, embranchement de la route de Carcare et du chemin de Cosseria. 



DES ALPES ET D'iTALIE 199 

A ce moment, Masséna débouchait d'Acquafredda à la septembre 1794. 
chapelle de San Sebastiano et, prenant la direction du 
combat, portait ses troupes vers les hauteurs qui font face 
au château, par le versant gauche du ravin 1 . Sur le point 
d'être enveloppé par des forces plus que quadruples 2 , le 
bataillon du régiment Archiduc-Antoine se replie, après 
quelques coups de fusil, par le hameau de Cosseria 3 et, 
soutenu par des renforts, se forme en carré sur la butte 
à l'ouest de Tapol 4 , couvrant la droite de la ligne de 
bataille autrichienne. 

A l'aile droite, le général Cervoni avait continué son 
mouvement offensif par les deux vallons de la petite Bor- 
mida. Les troupes de Mallare se déploient devant le 
bataillon croate et les milices qui, d'Altare et de Monte- 
freddo sont venus, la veille, occuper les hauteurs de Ponte 
délia Volta. Le reste descend de Bormida à Pallare, où 
s'opère la jonction avec la brigade d'Hammel. Il était 
environ 3 heures de l'après-midi. Le général Dumerbion 
prescrit alors un mouvement général de la droite vers la 
gauche, afin de profiter du succès de Masséna et de cher- 
cher à couper l'unique ligne de retraite des Autrichiens. 

Cervoni s'étend de Pallare à Biestro, qu'abandonne 
Hammel pour se porter sur Plodio, à travers les bois de 
châtaigniers. Masséna, laissant la réserve à Cosseria, 
dirige Laharpe vers la route de Cairo par les Bries del 

1. On ne saurait, en effet, admettre, ainsi que l'indique Koch, p. 117 et 119, que Laharpe 
n'ait fait sa jonction qu'à 7 h. du soir. Dans le tableau des mouvements de la division de 
droite (Arch. de la Guerre) il est nettement indiqué que c'est la colonne venant de Montez- 
zemolo qui a pris le château de Cosseria, perdant trois h. tués et en tuant ou blessant 20 à 
l'ennemi. Ce renseignement est d'ailleurs corroboré par la pièce n° 135 des Arch. de Breil, 
dont sont tirés les détails si précis de notre récit; il y est marqué seulement que Masséna 
venait avec la colonne de Montezzemolo, ce qui est contredit par le rapport du 11 octobre 
(Arch. de la Guerre). La chapelle San Sebastiano, indiquée sur la carte, est au point 429, 
300 mètres amont de Millésimo, sur la carte italienne. La relation des Arch. de Breil dit que 
cette colonne « prit le bois d'Espalette et monta sur l'Orgin, en face du château de Cosse- 
ria. » Ces noms ne sont pas marqués sur les cartes ; mais on voit fort bien le mouvement. 

2. Le bat. autrichien n'avait que quatre ou six comp. Il n'est complété qu'à Cosseria. 

3. Voici ce qui est indiqué dans la relation de la pièce n° 135 des Arch. de Breil : « il 
descendit par la montée du Batinet et passa au-dessus de l'auberge du Margué (Marghée), 
qui est sur le chemin de Carcare. » 

4. Point 527 de la carte italienne. 



200 OPERATIONS COMBINÉES DES ARMÉES 

septembre 1794. Monte et di Pattaria 1 , où le marquis Camerana avait rallié 
la majeure partie de ses miliciens. Avisé par cet officier, 
Colloredo n'a que le temps de détacher deux bataillons, 
l'un à Santa Margherita, l'autre à Madona délie Grazie 2 , 
avec deux canons sur sa droite, pour garder les débouchés 
des chemins venant de Cosseria. La nuit vient heureuse- 
ment arrêter les Français à une portée de fusil de ces deux 
postes et lui permet d'exécuter sa retraite sur Dégo, en bon 
ordre, sous leur protection. L'artillerie part la première, 
suivie de l'infanterie. Celle-ci est couverte par une arrière- 
garde composée de deux escadrons de uhlans, qui laissent 
un piquet à Eochetta, des milices restant à l'ancien camp 
de Cairo, qui est détendu, et des deux bataillons croates de 
Ponte del Volta et de Carcare, qui se replient les derniers, 
en dirigeant trois détachements de 300 hommes, l'un au 
sud de Brovida, sur le versant gauche du Tanaro, le second 
sur les hauteurs du versant droit 3 , le dernier au centre, 
au-dessus de Rochetta 4 . 
journée Le 21 septembre de grand matin 5 , les patrouilles fran- 

21 septembre, çaises pénètrent dans le bourg de Carcare, à travers lequel 
défilent ensuite lentement 6 l' état-major et les bataillons 
venant de Biestro et de Ponte délia Volta. Ces cinq à 6,000 
hommes commencent à se rassembler, vers 10 heures, 
dans la plaine de Cairo 7 , attendant l'arrivée de l'artillerie, 
parquée près de Millésime pendant le combat de la veille. 
Ils sont couverts par les troupes que Masséna a fait des- 
cendre de Cosseria et du Bric del Monte et devant les- 

1. Carte sarde, point 635, au nord du Bric del Monte, sur la carte italienne. 

2. Carte sarde ; probablement au point marqué C. 2, entre le chemin de fer et la route 
sur la carte italienne. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 135 : « au-dessus de Masciratore », non indiqué sur les cartes. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 135, « dans le voisinage du Rittano délie Ramere », non 
indiqué sur les cartes. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 135 : A 1 h. du matin peut-être, en tout cas dans la nuit, 
d'après la lettre de Bonaparte [Correspondance de Napoléon). 

6. Koch, p. 119, dit que les rues étaient étroites et qu'il y avait à franchir un pont de 
sept arches. 

7. Et non à Rochetta, ainsi que l'indique Koch, p. 119. 



DES ALPES ET D ITALIE £01 

quelles les miliciens piémontais se sont replies dans la septembre 1794. 
direction de Collina del Dégo. La tête de cette avant-garde 
atteint, vers midi, Rochctta, que les partis ennemis aban- 
donnent, en démasquant la position occupée par la division. 
Colloredo s'était, en effet, décidé à tenir à Dégo, tant 
pour donner à sa grosse artillerie le temps de gagner 
Spigno que pour couvrir ses magasins et sa boulangerie 1 . 
Le général Wallis, qui le rejoint dans la matinée, approuve 
ses dispositions. 

Les troupes sont réparties sur deux lignes, dont les 
flancs sont couverts, à droite par le détachement de 300 
hommes et les paysans de Brovida 2 , à gauche par un ba- 
taillon croate, porté à Bric del Serre 3 , en soutien des milices 
dispersées sur les collines de Montenotte 4 . En arrière, un 
bataillon 5 est réparti entre Piana et Madona délia Pieve, 
au-dessus de laquelle deux canons sont placés de façon à 
enfiler le vallon de Bormiola 6 . 

La ligne principale comprend six bataillons. Quatre 7 sont 
déployés sur le plateau de Supervia ; ils étendent leur droite 
jusqu'au Bric Botta 8 et ont, sur leur front, huit à neuf 
pièces en batterie, le long du bord escarpé de la Bormida 9 . 
Sur la rive droite de la rivière, deux bataillons occupent 
les hauteurs de Castello et de Costalupara 10 , garnies de 

1. Les farines se trouvaient « nella chiesa di Vermenano e nella raasseria di Braglia »' 
où avaient été construits les fours. Ce dernier nom ne se trouve pas sur les cartes. La 
carte sarde désigne sous le nom de Vermenano les maisons qui se trouvent le long de la 
route, au sud-ouest du point 319 de la carte italienne. Ces renseignements, ainsi que ceux 
qui suivent, sont tirés de la pièce n° 135 des Arch. de Breil. On indique, dans les notes, 
les noms employés dans cette pièce, à la place des noms modernes. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 135 : « Le curé de Brovida se trouvait à la tête des paysans 
de Brovida, qui s'avançaient contre les Français, et, le lendemain du combat, il se pré- 
senta aux Français pour être toléré à Brovida ; il fut blessé légèrement à la jambe. » 

3. Ce bataillon partait de Frassone, pour gagner ce point, appelé aussi Montenotte 
Inférieur, « au moment que les éclaireurs français avaient attaqué les carabiniers croates 
sur les hauteurs de la Roquette », c'est-à-dire vers midi. 

4. Trois à 400 h. 

5. Lattermann. 

6. Le camp délia Noce était au-dessous de Madona délia Pieve. 

7. Un de Jordis, un d'Archiduc-Antoine, deux d'Alvintzy, appuyant leur droite à 
Montarié. 

8. Pozzo di Brovida, ou cime de la Bormiola. 

9. Entre Lassagnolo, non porté sur les cartes, et la digue ou l'écluse du moulin. Deux 
obusiers sont compris dans ces chiffres. 

10. Santa Lucia, sans doute l'église du point 319 de la carte italienne. 



202 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. quatre ou sept pièces 1 , battant les pentes jusqu'au ravin 
de Bouereu et croisant leurs feux avec les précédentes sur 
la plaine qui s'étend jusqu'à Rochetta. Cette plaine est 
coupée en deux parties inégales par les buttes de Frassone, 
gardées par l'autre bataillon croate et deux pièces établies 
sur la route, à l'endroit 2 où elle franchit ce mouvement de 
terrain, derrière lequel s'abritent les uhlans. La défense 
de cette avant-ligne est complétée par l'envoi, sur la rive 
gauche de la Bormida, d'un bataillon du régiment Archi- 
duc-Antoine au mont Bri 3 et d'un détachement de 30 
chasseurs au Bric Vaderno 4 . 
Combat Q e son t. C es derniers points qu'attaque, vers 2 heures 

de l'après-midi, Laharpe, avec 1,600 hommes, rassemblés 
au couvent des Franciscains 5 . Une colonne monte au Bric 
di Reisa et refoule les chasseurs autrichiens jusqu'au Bric 
Botta, en menaçant de les envelopper; l'autre se porte sur 
le mont Bri par Vignaroli 6 et s'y établit, après une lutte 
acharnée à la baïonnette 7 . Presque en même temps le reste 
de l'avant-garde française débouche de Rochetta et gagne 
les hauteurs dominant les buttes de Frassone, tandis que 
des tirailleurs, suivant le lit de la Bormida et profitant de 

1. L'une des relations dit : « Au pied de Santa Lucia était une flèche ou retranche- 
ment avec quatre pièces de canon » ; l'autre s'exprime ainsi : «... Sette altri (cannoni) aile 
falde del monte di Santa Lucia, cioè cinque nelle due trincere, fabbricate di fascine con 
terra, dagli Austriaci medesirai nel longo dello State, e due altri sopra la trincea più vicina 
a Vermenano. » Ces retranchements avaient été construits au commencement d'août. 

2. Colet ou Colletta, point g. 27 de la carte italienne. Cet accident de terrain est très 
bien indiqué sur la carte sarde. 

3. Montalri, d'après M. de Malausséna, mont Aprico, d'après ia pièce n° 35 des Arch. 
de Breil. 

4. Ou mont Vallaro, au-dessus des bois de Savanno. 

5. Convento Francescani, de la carte italienne, au nord de Cairo, dans le vallon del 
Carretto. Bonaparte indique deux bat. et Koch trois, sous l'adjudant général Saint-Hilaire. 
Sur le tableau des mouvements de la division de droite (Arch. de la Guerre), est porté 
l'effectif de 1.571 h., aux ordres de Laharpe. 

6. Ou Vigne. 

7. C'est la version de l'une des relations des Arch. de Breil, pièce n° 135, concordant 
avec les récits français. Mais, d'après l'autre relation, le bat. Archiduc-Antoine ne se serait 

Î)orté au mont Bri qu'à l'avis du curé de Brovida et « il arrive à ce sommet à mesure que 
es Français l'atteignaient, au point de se croiser les fusils et de se faire une décharge à 
brûle-pourpoint. » En tout cas, la lutte fut très vive et meurtrière, ainsi qu'en témoignent 
d'abord le passage suivant de la relation de M. de Malausséna: « .. sur cette butte, qu'on 
8e disputa avec acharnement au point d'en venir aux mains corps à corps. Là, le capi* 
taine Raibaud, de Grasse, et un capitaine hongrois, fondant l'un sur l'autre, ne se séparè- 
rent qu'en tombant morts » ; puis la note ci-après de la pièce n" 135 des Arch. de Breil : 
« Aux environs de mont Bri, on y compte 130 morts autrichiens, six jours après. » 






DES ALPES ET D'iTALIE 203 

quelques couverts, s'approchent des deux pièces, en bat- septembre 1794. 
terie sur la route, dont ils s'emparent. Chargés en flanc 
par les uhlans, ils sont bientôt obligés d'abandonner cette 
artillerie, qui se retire aux pieds des hauteurs de Costal u- 
para, suivie par la cavalerie autrichienne, à l'approche des 
dragons français qui, arrêtés par un ravin, ne peuvent en 
venir aux mains avec elle 1 . 

La facilité avec laquelle l'ennemi était refoulé devait 
faire supposer qu'il n'y avait là qu'une arrière-garde. Crai- 
gnant de voir encore une fois s'échapper la division de 
Colloredo, le général Dumerbion fait avancer le reste de 
ses troupes, bien que l'artillerie n'ait pas encore rejoint, 
et prescrit une attaque générale, qui est exécutée à 4 heures 
et demie du soir 2 . 

A droite, le général Cervoni et six bataillons 3 se portent 
vers Collina del Dégo, avec ordre de gagner la route entre 
Dégo et Spigno, en cheminant le long de la chaîne de 
montagnes qui sépare la Bormida du torrent Valla. La 
nuit les contraint à s'arrêter avant d'avoir atteint le Bric del 
Séré 4 . Au centre, Masséna débouche avec le gros des forces 
du pli de terrain de Frassone. Quelques troupes cherchent 
en vain à gagner le plateau de Ciappeiroli. D'autres, se 
glissant dans le lit de la Bormida, arrivent jusqu'à Dégo, 
d'où elles sont rejetées par le bataillon croate qui s'y est 
replié. La masse s'avance le long de la route, mais sous le 

1. Deux ravins sont indiqués très nettement sur la carte sarde, à l'ouest des collines de 
Frassone. L'un est dénommé Planca, l'autre ne porte pas de nom. C'est sans doute devant 
le premier, dont, d'après les cartes sarde et italienne, les bords sont escarpés, que les dra- 
gons français ont été arrêtés. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 135. Cette heure concorde avec les relations françaises, d'après 
lesquelles il y avait encore une heure et demie de jour, au moment où l'attaque a com- 
mencé. A la fin de septembre, il fait en effet nuit vers 6 h. 

3. 3,129 h. d'après le tableau des mouvements de la division de droite des Arch. de la 
Guerre. La colonne de Finale a donc été renforcée. Koch ne mentionne pas cette colonne, 
qui est figurée sur le plan joint au rapport du 11 octobre et dont le but est d'ailleurs net- 
tement indiqué dans la lettre de Bonaparte précitée. En outre il en est question, dans la 
pièce n° 135 des Arch. de Breil, à propos de la retraite des milices par la vallée d'Erro, 
attendu que « l'ennemi s'avançait par les hauteurs de Montenotte, pour les couper. » 

4. Arch. de Breil, pièce n° 135 . « La hauteur de Séré, en prolongation de Montenotte, 
ne fut pas attaquée. » Il (le bat croate) aurait pu manœuvrer pour attaquer en flanc 
ou par derrière, ce qui fut proposé par le marquis Camerana, mais le commandant croate 
lui répondit d'avoir ordre de rester ferme à ce poste. 



204 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

septembre 1794. f eu convergent de l'artillerie autrichienne qui la mitraille, 
elle est obligée de se retirer derrière le couvert dont elle 
était partie. 

Si l'attaque française échouait sur la rive droite de la 
Bormida, les tentatives des Autrichiens pour reprendre les 
positions perdues sur la rive gauche n'avaient pas plus de 
succès. Un bataillon du régiment d'Alvintzy, aidé par une 
colonne remontant le ravin de Bormiola 1 , réoccupait d'a- 
bord le Bric Botta et refoulait les Français jusqu'au Bric 
Vaderno, d'où il ne pouvait les déloger. Les renforts 
dirigés par Va di Peschi 2 sur le mont Bri ne réussissent 
pas à y prendre pied et revenaient définitivement sur la 
rive gauche du ravin di Carpe 3 . Le feu cesse une demi- 
heure après le jour, et les deux adversaires restent en 
contact, les Républicains prêts à recommencer la lutte, le 
lendemain, avec leur artillerie, qui arrive à Cairo, le matin 
du 22 septembre. 

Quoique les pertes fassent à peu près égales des deux 
côtés 4 et qu'il soit en somme resté maître de sa position, 
le général Wallis ne jugeait pas à propos de renouveler le 
combat 5 et se repliait, pendant la nuit, sur Spigno, d'où il 

1. Et de Carpenetta (?). 

2. Cava. 

3. Ou Carpezzo. 

4. Les estimations varient, pour les Français de 135 tués ou blessés (Tableau des mou- 
vements de la division de droite des Arch. de la Guerre) à 2,000 morts et 3.000 tués ou 
blessés (Arch. de Breil, pièce n° 135) ; pour les Autrichiens, de 200 tués, blessés ou disparus 
au plus (Arch. de Breil, pièce n° 135) à 1.000 ou 1.200 (Lettre de Bonaparte, le 2S septem- 
bre 1794, Correspondance de Napoléon, n° 37). « Au milieu de ces disparités, dit M. de 
Malausséna, il est certain que l'affaire ne fut pas meurtrière. Les Français pourtant, qui 
n'avaient pas d'artillerie et en éprouvèrent les effets, durent souffrir le plus. » Koch, p. 122> 
fait une remarque semblable. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 119 : Lettre de l'archiduc Ferdinand, le 22 septembre. 
« ... M. de Wallis, considérant que la position de Dégo n'avait qu'un chemin pour y conduire 
tous les vivres, qu'encore les crues d'eau de la Bormida pouvaient le rendre impraticable, 
a jugé à propos de se porter proche à Acqui... » « Mais, ainsi que le fait remarquer M. de 
Malausséna, leur perte en magasins de subsistances fut considérable et contraste étrange- 
ment avec le motif qu'ils alléguèrent... On dit, ajoute-t-il, à l'occasion du combat du Dégo, 
les soldats autrichiens vainqueurs et leurs généraux vaincus, et vraiment on ne saurait les 
excuser d'avoir été réduits à se retirer devant un ennemi qu'il a dépendu d'eux de battre 
complètement et de faire repentir d'une manœuvre hardie que le seul succès a justifié. On 
peut croire qu'ils aient perdu le moment favorable de les chasser de la Rivière, n'ayant la 
liberté d'agir offensivement. Mais elle ne les empêchait pas de prendre les précautions de 
s'assurer une victoire au Dégo, réunissant leurs forces, dès qu'ils se virent sérieusement 
menacés, en appelant les 6.000 h. du camp de Mouroux (Morozzo). Suivant la route de 
Ceva, ils arrivaient à temps de prendre les Français en flanc, au lieu qu'en leur ordonnant 
de se rendre à Alexandrie ils mirent en évidence leur plan de ne point engager d'affaire. 
S'ils combattirent au Dégo, ce fut qu'ils ne purent l'éviter sans achever de flétrir l'hon- 
neur des armes, risquer de perdre l'artillerie et les bagages. 



DES ALPES ET D ITALIE 205 

marchait à Acqui, abandonnant ses magasins et môme ses septembre 1794. 
blessés 1 . La cavalerie se mettait en route la première, puis 
l'artillerie, enfin l'infanterie. Le bataillon croate du Bric 
del Sore, passait le dernier à Gerini, à deux portées de fusil 
des Français, déjà arrivés à Dégo, qui le laissaient défiler 
sans l'inquiéter. Quant au. marquis Camerana, il ralliait 
ses miliciens à Mioglia, dans la valllée d'Erro, et allait 
coucher à Ponzone, d'où il rejoignait Acqui, le lendemain. 

Les Français occupent Dégo, où ils séjournent les 22 ° d c e cu v^o°. n 
et 23 septembre, consommant les vivres laissés par les 
Autrichiens et poussant au loin leurs patrouilles. Dès le 
21, l'archiduc Ferdinand avait rappelé à Alexandrie la 
division Winckeim de Morozzo 2 . Eedoutant même un mo- 
ment une marche des Républicains sur Gênes, il réclamait 
aussi les deux bataillons laissés à Mondovi, qui ne se 
retirent cependant qu'après avoir été remplacés par des 
troupes piémontaises 3 . Poursuivant l'exécution du dessein 
des représentants du peuple, ultérieurement approuvé par 
le comité de Salut public 4 , le général Dumerbion met ses 
forces en mouvement, le 24 septembre vers midi, en deux 
colonnes, pour revenir dans la Rivière de Gênes. 

La première 5 arrive à Montenotte Supérieur, le soir 
même et, le lendemain, à Savone, où elle bivouaque. Elle 
se rend ensuite sur les hauteurs de Vado, où elle s'établit. 
La seconde colonne vient à Carcare, où elle se divise en 
deux parties ; l'une 6 va, par Mallare, occuper les cols de 

1. Arch. de Breil, pièce n" 135 : 5.000 qx. de farine, beaucoup de fourrage. 

2. Arch. de Breil, pièces n 03 94 et 119 : Lettre de l'archiduc Ferdinand, le 23 septembre- 

3. Arch. de Breil, pièces n 08 94, 113 et 119 Arch. de la Guerre: analyse des ordres de 
Colli. Un bat. de Pignerol de Coni et un bat. de pionniers de Borgo vont à Mondovi, le 27. 
Le rég. de Reischy doit avoir rejoint Acqui le 3 octobre. A cette date, les Français n'ont 
plus même de patrouilles à Mallare, 

4. Arch. de la Guerre : Lettres des représentants du peuple, le 24 septembre, et du 
comité de Salut public, le 18 octobre; voir pièces just. n 03 52 et 53. 

5. Général Cervoni et sa brigade, d'après Koch, p. 123. Général Fiorella, d'après la pièce 
n" 135 des Arch. de Breil. 

6. 46 e demi-brigade, artillerie et cavalerie, d'après Koch, p. 523, pour consommer les 
vivres et les fourrages des Autrichiens « à Mallare, pendant trois jours.» 11 faut évidem- 
ment lire Carcare, au lieu de Mallare. 



206 OPERATIONS COMBINEES DES ARMEES 

octobre 1794. San Giacomo, del Pino, Madona délia Neve, Osteria di 
Melogno ; le reste des troupes 1 , avec l'artillerie et l'état- 
major, passe à Al tare, à Cadibone, descend à Savone et se 
porte à Finale. Les détachements, laissés aux environs de 
Montezzemolo, se réunissent au col de San Giovanni de 
Murialdo, où ils restent quelques jours 2 ; puis se replient, 
par le chemin des crêtes, à Balestrino 3 , où ils relient les 
nouvelles positions prises dans la Rivière de Gênes avec le 
camp du col San Bernardo et les postes du ïanaro. 

Cette expédition terminait la campagne de 1794, stérile 
en somme, malgré les premiers avantages et l'énorme su- 
périorité des Républicains, puisque les frontières naturelles 
du Piémont n'étaient pas essentiellement entamées 4 . Ce 
résultat, si heureux pour le roi de Sardaigne, était dû 
moins au courage passif de son armée et aux secours tardifs 
de son allié qu'à l'arrêt momentané de la vie politique et 
militaire en France, au 9 thermidor; date à jamais mémo- 
rable, qui marque la fin d'un régime destructeur et l'évo- 
lution d'une société nouvelle. 

1. Brigade Laharpe, d'après Koch ; mais il oublie celle de Hammel. 

2. Arch. de Breil, relation de M. de Malausséna. 

3. Arch. de la Guerre : Situation du 6 octobre. Il y a en ce point, le 2 e bat. de la 3 e 
légère et le 1 er de la 99 e de bataille. 

4. Arch. de la Guerre : Mémoire du quartier-maître général Costa de Beauregard, le 
19 avril 1798. Cet officier général ajoute ce qui suit : « Enfin, des exemples que fournit la 
campagne de 1794 on peut conclure que temporiser, ne point hasarder d'actions décisives, 
ne laisser que peu de terrain à la fois, surtout au-devant des forteresses, gagner des 
jours et en faire perdre à l'ennemi, sont autant de maximes excellentes sur lesquelles doit 
reposer tout plan de défensive contre les Français en Piémont. Car, si l'on peut les em- 
pêcher de former dans l'intérieur du pays de grands établissements, il faut de nécessité 
qu'ils repassent les montagnes avant que la neige en aye bouché derrière eux les passages. 
Tous leurs succès sont en pure perte et tout est à recommencer pour eux chaque année. » 



QUATRIEME PARTIE 
CJ±?&FJ±GcNÏÏ DE 1705 



CHAPITRE I" 
SURPRISE DU COL DU MONT 



Nouvelle organisation de l'armée piémontaise. — Nomination des 
généraux Moulin à l'armée des Alpes et Schérer à l'armée d'Italie. 

— Projets d'invasion en Piémont abandonnés pour une expédition 
maritime. — Affaiblissement de l'armée d'Italie pendant l'hiver 
de 1794 à 1795. — Les alliés décident de prendre l'offensive. — 
Situation de leurs forces. — Kellermann placé à la tête des deux 
armées des Alpes et d'Italie. — Disposition de l'armée des Alpes. 

— Surprise du col du Mont. — Ligne occupée par l'armée d'Italie. 

— Premiers engagements. 

A la suite du 9 thermidor, les deux comités de Salut octobre 1794. 
public et de Sûreté générale, organes essentiels du gou- ^p^sentantï 
vernement révolutionnaire, avaient été reconstitués et de rarmleTîtalie 
nouveaux représentants du peuple envoyés aux armées 1 . 
Ritter et Turreau, désignés pour l'armée d'Italie, rejoi- 
gnaient le quartier général de Dumerbion, à la fin de l'ex- 
pédition sur Dégo 2 . 

D'accord avec Villard, nommé ministre plénipotentiaire 
à Gênes en remplacement de Tilly 3 , ils avaient d'abord à 
régulariser la situation des troupes vis-à-vis de la Républi- 
que de Gênes, dont on tenait à respecter la neutralité, tout 

1. Mignet, Histoire de la Révolution française, t. II, p. 112. — Sorel, L'Europe et la 
Révolution française, t. IV, p. 124. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres d'Albitte et Saliceti, le 24 septembre ; de Ritter et Tur- 
reau, le 11 octobre. Ceux-ci arrivent à Nice le dernier jour complémentaire de l'an II, 
c'est-à-dire le 21 septembre 1794. Ils se rendent aussitôt à la division de droite. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Saliceti, le 2 octobre, signalant la présence à Nice de 
Villard se rendant a son poste ; de Ritter et Turreau, le 1" novembre, rendant compte du 
passage de Tilly revenant de Gênes. 

15' 



208 SURPRISE DU COL DU MONT 

octobre 1794. au moins en apparence 1 . Ils s'occupaient ensuite des ser- 
vices de l'armée qui, à peine établis, avaient été rapidement 
débordés, au cours des marches et contre-marches exécu- 
tées depuis le mois de juin. 

L'amélioration et la sécurité des voies de communication, 
l'installation et la police des hôpitaux, la constitution de 
moyens de transports par terre et par mer, sont l'objet 
d'arrêtés nombreux et minutieux 2 . L'administration des 
corps de troupes réclamait aussi des soins assidus. La cava- 
lerie, difficile à nourrir, faute de fourrages, est renvoyée 
dans la vallée du Rhône et le général de division Casa- 
blanca, rentrant de captivité, chargé d'en passer l'inspec- 
tion 3 . Dans l'infanterie, il fallait remplacer l'habillement 
usé, l'armement perdu pendant la campagne 4 , tâche d'au- 
tant plus difficile que les procédés comminatoires usités 
pendant la Terreur n'étaient plus applicables. La discipline 
se relâchait également ; le nombre des désertions à l'inté- 
rieur augmentait chaque jour. L'appel des jeunes gens de 
la première réquisition dans le département des Alpes-Ma- 
ritimes, jusque là différé, n'était qu'une ressource illusoire 
et d'ailleurs inutilisable à l'armée d'Italie, dont l'effectif 
diminuait ainsi, tandis que l'armée piémontaise se renfor- 
çait 5 . 
Le générai Coiii Après le combat de Dégo et la retraite précipitée des 
commandement Autrichiens sut Alexandrie, le roi de Sardaigne, reconnais- 

des forces 
austro-sardes. 

1. Arch. de la Guerre : Arrêté d'Albitte et Saliceti, le 25 septembre. Lettres de Sali- 
ceti, le 2 octobre ; de Ritter et Turreau, le 11 ; du comité de Salut public, le 22 du même 
mois. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Ritter et Turreau, le 11 octobre. Arrêtés des 30 sep- 
tembre, 9, 12, 13, 14, 22, 24 octobre, l, - 2 et 13 novembre. Ordres du chef d'état-major, les 
11, 12 et 13 novembre. 

3. Arch. de la Guerre : Arrêtés des représentants du peuple, les 9, 30 et 31 octobre. 

4. Arch de la Guerre : 9 octobre, le citoyen Mégères, inspecteur des effets d'habille- 
ment et d'équipement militaires à Lyon, est requis de venir à Nice pour y exercer ses 
fonctions ; 2 novembre, les armes et effets trouvés dans les visites domiciliaires faites à 
Nice, seront déposés dans les magasins de l'armée; 11 novembre, ordre d'envoyer aux 
ateliers de Nice 50 cordonniers, pris dans les corps de l'armée ; 19 novembre, les draps et 
doublures envoyés directement aux demi-brigades par les commissions de commerce seront 
versés dans les magasins de Nice, etc. 

5. Arch. de la Guerre : Arrêtés du 20 octobre, appelant les jeunes gens de 18 à 25 ans, 
veufs ou non mariés, du département des Alpes-Maritimes, en exécution de la loi du 
23 août 1793 ; du 30 octobre, rappelant à leurs corps les officiers, sous-officiers et soldats 
qui sont chez eux ou dans les hôpitaux ; du 1 er novembre, chargeant le général Casabianca 
d'agir dans ce sens auprès des municipalités. Du 2 août au 21 novembre, l'effectif des 
trois divisions de l'armée d'Italie passe de 54,619 h. à 48,596. 



SURPRISE DU COL DU MONT 209 

sant un peu tardivement que clans une armée rien n'est octobre 1794. 
plus préjudiciable que la division du commandement, 
s'était décidé à placer sous les ordres immédiats du général 
Colli les forces du comte d'Argenteau, éparses dans le 
Mondovi 1 . Quelques troupes étaient, en outre, tirées des 
environs d'Aoste et de Suse 2 . Cette armée comptant alors 
environ 62 bataillons, un peu de cavalerie, une quarantaine 
de compagnies de milices, est répartie en trois masses 
principales, appuyées aux forteresses de Coni, de Mondovi 
et de Ceva. Ses flancs sont couverts par les brigades main- 
tenues dans les vallées de la Vraita, de la Maira, de la 
Stura, et par des détachements poussés tant vers les sour- 
ces des Bormida qu'à Alba 3 . 

Ces 25.000 combattants étaient en état de reprendre 
l'offensive dans la Rivière de Gênes, avec le concours des 
troupes impériales et des auxiliaires embarqués sur la 
flotte britannique 4 . L'amiral anglais Hood désirait vive- 
ment tenter cette opération avant l'hiver 5 ; mais la cour de 

1. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi à Colli, le 24 septembre : « Mon intention 
est que vous dirigiez les opérations de toute la ligne depuis la vallée du Pô jusqu'à Cève 
et j'en préviens aussi le général d'Argenteau », et le 26 septembre : « Nous ne pouvons 
compter sur l'armée impériale pour la défense du pays. C'est pourquoi je vous répète ce 
que je vous ai marqué dans la dernière, que je vous laisse le maître des troupes et des 
opérations, depuis la vallée du Pô jusqu'à Cève et ensuite en descendant jusqu'à Albe. » 
Voir aussi la relation de M. de Malausséna. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettres du roi, les 23, 24, 25, 26 septembre. Le 1 er bat. de 
Maurienne va de la Brunette, citadelle de Suse, à Mondovi, ainsi que le 4 8 grenadiers, 
venant de Luzerna, vallée du Pellice ; trois bat. sont dirigés d'Aoste sur Alba et Asti ; le 
major général Sostegno est chargé d'organiser les masses et milices de ces deux dernières 
provinces, etc. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 179. Voir pièce just. n° 54. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 94 : Lettre du roi à Colli, le 7 octobre. 11 expose d'abord qu'il 
aurait désiré avoir une conférence avec Colli et avec l'archiduc Ferdinand pour concerter 
une défense commune, ou combiner une attaque dans la Rivière de Gènes. Puis il ajoute : 
« Mais il est inutile de songer à obtenir soit l'un que l'autre de ces deux articles. L'archi- 
duc et le général Wallis se sont expliqués aussi clairement que possible avec les Anglais et 
avec nous, et ni ils veulent entreprendre quelque chose, ni combiner un plan de défense qui 
porte la réunion de leur armée, en tout ou en partie, avec la mienne. Cela est d'autant 
plus singulier et inconcevable que ce n'est pas le langage que l'on tient à Vienne. » 

5. Arch. de Breil, pièce n" 140 : Bulletin de renseignements daté de Vienne le 12 no- 
vembre : « Demande faite au nom de l'amiral Hood : Les généraux qui commandent les 
troupes autrichiennes en Italie ont-ils l'inclination {sic) d'entreprendre quelque chose avant 
l'hiver, à l'effet de faire quitter aux Français la Rivière de Gènes ? L'amiral avait ajouté 
qu'à défaut d'une telle intention de leur part, il ne pouvait rester plus longtemps dans ces 
parages et qu'il serait dans la nécessite de faire sa retraite dans les ports de l'île de 
Corse. Enfin, le ministre anglais a déclaré que, dans le cas où les généraux autrichiens se 
refuseraient à une pareille demande, ou feraient difficulté de concourir au but proposé, lord 
Hood ferait imprimer sa correspondance avec l'archiduc Ferdinand et les autres généraux 
impériaux, afin de convaincre le public que, depuis trois mois, il n'a cessé de s'offrir inu- 
tilement pour seconder par mer les opérations qu'on entreprendrait par terre ; qu'ainsi l'on 
ne devait pas s'en prendre à lui si la campagne s'était passée absolument à ne rien 
faire... » 



210 



SURPRISE DU COL DU MONT 



Octobre 1794. 



Projet 

d'offensive 

de Ritter 

et Turreau. 



Vienne était trop préoccupée de s'entendre avec la Rus- 
sie, au détriment de la Prusse, relativement au nouveau 
partage de la Pologne, pour engager ses forces à ce mo- 
ment l . 

La concentration des troupes austro- sardes vis-à-vis de 
la droite de l'armée d'Italie n'en était pas moins inquié- 
tante, d'autant plus que les troupes impériales, maintenues 
entre Alexandrie et Tortone, menaçaient la forteresse 
génoise de Gavi, qui maîtrisait le grand chemin de la 
Bochetta. Les représentants du peuple Ritter et Turreau 
sont par suite amenés à reprendre les projets d'offensive de 
Robespierre jeune, malgré les instructions contraires du 
comité de Salut public. L'exécution seule, fixée en janvier, 
en était modifiée par suite des mouvements effectués par 
les armées dans le courant de l'été 2 . 

La facilité avec laquelle les Autrichiens avaient été 
refoulés des hautes vallées des Bormida, l'inaction des 
Piémontais pendant toute la durée de la hardie manœuvre 
sur Dégo, semblaient confirmer les avis qui dénonçaient le 
peu d'entente existant entre les alliés. 

La majeure partie de l'armée d'Italie ayant été peu à peu 
amenée sur le littoral de la Méditerranée, il n'y avait qu'à 
poursuivre la marche enveloppante entreprise dès le mois 
d'avril pour tourner la chaîne des Alpes, au lieu de cher- 
cher à en franchir les difficiles passages. En débouchant 
par la vallée du Tanaro dans les plaines du Piémont, ainsi 
que l'avait projeté d'abord le maréchal de Maillebois en 
1745 3 , les Républicains s'établiraient aux environs de 
Ceva, de Mondovi et de Cherasco, entre les deux masses 



1. Sorel, VEurope et la Révolution française, t. IV, p. 141. 

2. Arch. de la Guerre: Lettres des représentants dn peuple au comité de Salut public, 
les 13 octobre, 1 et 3 novembre. Une copie de cette dernière est en outre adressée à Car- 
not, avec une lettre particulière, le 4 novembre. 

3. Colonel Arvers, Guerre de la Succession d'Autriche, t. Il, p. 269 et 280, note 1. 






SURPRISE DU COL DU MONT 211 

ennemies; leurs succès seraient ensuite prompts et déci- Novembre 1794. 
sifs \ 

Afin de s'assurer une supériorité incontestable sur le 
point capital des opérations, il convenait de tirer le plus 
de troupes possible de l'armée des Alpes, condamnée à 
l'immobilité par la chute des neiges. En conséquence, sept 
bataillons et deux compagnies d'artillerie légère se rendent 
successivement à Nice, à la fin d'octobre et au commen- 
cement de novembre 2 . Des ordres sont donnés pour la 
préparation des équipages d'artillerie et la constitution des 
magasins de vivres 3 . En vue de faciliter ce dernier objet, 
un fourrage est exécuté au milieu de novembre dans la 
vallé du Tanaro ; il donne de médiocres résultats, bien 
qu'aucun parti piémontais ne s'y soit opposé 4 . 

Mis en éveil par cette expédition et par divers avis 5 , le Qu J^ i 1 1JJ^ ver 
général Colli se transporte à Ceva et fait exécuter plusieurs austr °- sarde - 

1. Toutes ces considérations, longuement exposées dans la lettre des représentants du 
peuple du 1 er novembre, sont résumées dans celle du 3 novembre, pièce just. n° 55. Ce plan 
d'opérations est trop semblable à celui exécuté, en 1796, par Bonaparte, pour que ce géné- 
ral n'en ait pas été l'auteur, ainsi que l'indique M. Costa de Beauregard dans' Un homme 
d'autrefois, p. 306. Le même renseignement se trouve d'ailleurs dans un manuscrit des 
Arch. de la Guerre déjà cité : « Conférences de l'état-major général piémontais : séance 
du 19 avril 1798 ; coup d'œil général et réflexions sur les opérations de la principale armée 
austro-sarde pendant la campagne de 1796, par le quartier-maître général Costa de Beau- 
regard. » En regard du passage relatif à cette particularité, on lit en marge : « On tient ce 
fait de la bouche même du général Buonaparte. » Les lettres des représentants du peuple 
prouvent aussi que, contrairement à l'assertion de ce général, le plan n'avait pas été rejeté 
par un conseil de guerre ; à en juger par le style, la lettre du 3 novembre paraît même 
avoir été dictée par lui. 

2. Arch. de la Guerre: Lettres de Petit-Guillaume, les 29 octobre et 6 novembre. Ces 
troupes partent pour Nice, savoir : le 30 octobre, le bat. de Montferme ; en novembre, le 1 er et 
le 5 e Isère ; le 3, le 8 e Saône-et-Loire ; le 4, les deux comp. d'artillerie légère, qui s'arrêtent 
à Tarascon ; le 9, le bat. de Bourg ; le 11, le bat.de la Montagne ; le 12, le bat. des tirail- 
leurs de la frontière et le 2 e Haute-Loire. 

3. Arch. de la Guerre : Arrêté dn 1 er novembre. Les représentants du peuple près 
l'armée d'Italie prescrivent en outre au général d'artillerie de l'armée des Alpes d'expédier à 
Nice cinq pièces de 12, 14 de 8, avec des caissons d'artillerie, d'infanterie et d'outils, le tout 
garni et attelé, etc. 

4. Arch. de la Guerre : Arrêté du 1 er novembre. Les forces se rassembleront au col 
de San Bernardo et à Orméa. Le général d'artillerie réunira 500 animaux de son service, 
le commissaire ordonnateur 800, tirés du pays génois, le commissaire national 2.000, requis 
en pays conquis, etc. — Koch, Mémoires de Masséna, p. 128. Cet auteur donne quelques 
détails sur cette opération, qui aurait été effectuée le 16 novembre et dont les résultats 
paraissent avoir été minimes. — Arch. de Breil, pièces n 03 84, 86, 141 et 135. Dans la 
seconde, on indique la date du 21 novembre, et, dans les autres, celle du 17, qui paraît plus 
exacte. Deux à 4.000 Français seraient venus à Bagnasco, y auraient enlevé 85 têtes 
de bétail, 15.000 livres en argent, du linge ; trois bat. ont quitté Loano, le 14 au matin, 
pour aller à Bardinetto ; le 15, 1.500 Français sont passés à Calissano, se dirigeant sur le 
même point ; le 16, les chasseurs de Vetria ont gagné les hauteurs de Priola, etc. 

5. Arch. de Breil, pièce n" 84 : Lettres de d'Argenteau, les 6, 10, 12, 13, 16 et 18 no- 
vembre, signalant les mouvements des Français, portant leur nombre à 30.000, dont 15.000 
dans la vallée du Tanaro, et annonçant un projet d'attaque de leur part. A la fin de la 
dernière lettre, il ajoute: « Les Impériaux, auxquels je n'ai rien demandé, me font remer- 
cier des avis que je leur donnais et m'ont répondu qu'ils ne bougeraient pas. » 



212 SURPRISE DU COL DU MONT 

Décembre 1794. reconnaissances, qui ne signalent aucun rassemblement 
important de nature à faire craindre une offensive prochaine. 
Il prescrit alors de prendre les quartiers d'hiver, qui sont 
établis le plus près possible de la vallée du Tanaro et 
disposés sur trois lignes, dont les deux premières pouvaient 
se secourir en une seule marche \ De son côté, l'armée 
autrichienne cantonnait en Lombardie et dans les Etats du 
roi de Sardaigne,avec trois bataillons formant un « cordon » 
d'Acqui à Serravalle, par Ovada 2 . 

Le projet des représentants du peuple n'avait point, en 
effet, reçu l'approbation du comité de Salut public 3 , dont 
l'esprit se transformait au fur et à mesure du renouvellement 
mensuel de ses membres, régulièrement effectué. Les idées 
pacifiques, d'abord systématiquement écartées, faisaient 
chaque jour de nouveaux adhérents. Loin de songer à 
pousser à fond la guerre contre le roi de Sardaigne, on 
espérait arriver par des négociations à le détacher de son 
alliance avec l'Autriche et l'Angleterre, ainsi que les autres 
puissances de la Péninsule 4 . 
Formation Pour en imposer à ces dernières, ordre était donné, le 

de la division 

de mantime ion *> novembre, de prélever sur les deux armées des Alpes et 
d'Italie, une forte division, qui serait concentrée à Toulon, 
où la flotte se reconstituait. En conséquence, sept demi- 
brigades et quatre bataillons, y compris les compagnies 
d'artillerie, présentant un effectif de 15.000 hommes, sont 
mis en route à partir du 5 décembre 5 . Il appartenait au 
général Schérer, nommé, le 3 novembre, en remplacement 

1. Arch. de Breil, pièce n° 179 et relation de M. de Malausséna. Voir d'ailleurs pièce 
just. n° 54. 

2. Arch. de Breil, pièces n os 106 c, 147, 169 et 142. Voir la première pièce just. 
n° 56. C'est le 24 et le 25 novembre que les troupes impériales quittent leurs cantonne- 
ments aux environs d'Acqui. A l'ouest du cordon autrichien, il y avait des postes piémon- 
tais depuis Montezzemolo jusqu'à Montenotte, par Rocca Vignale, Millésimo, Cairo. 

3. Arch. de la Guerre : Arrêté du comité de Salut public, le 5 novembre. Lettres de 
Carnot, les 5, 12 novembre et 6 décembre. 

4. Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 167, 172 et 200. — Arch. de la 
Guerre : Lettre de Félix Desportes, résident à Genève, le 15 janvier 1795. « Vues généra- 
les sur la pacification de l'Italie », mémoire de Lalande, classé au 20 avril. 

5. Voir V e Partie, chap. II. 






SURPRISE DU COL DU MONT 213 

de Dumerbion admis à la retraite, de formuler des proposi- Janvier nos. 
tions sur l'emploi de l'armée d'Italie ainsi réduite. 

Venant de l'armée de Sambre-et-Meuse, le nouveau com- 
mandant en chef était tout disposé à porter ses troupes en 
avant, .pour les faire vivre sur le pays ennemi, système 
qu'imposait sur tous les théâtres d'opérations l'état pré- 
caire des finances de la République l . Il rédigeait donc, en 
janvier, un projet complet d'opérations offensives contre 
le Piémont 2 . 

Ne trouvant, au double point de vue politique et mili- d ,^iVe 
taire, aucune analogie entre la situation actuelle de l'ar- g é n érai d schérer. 
mée d'Italie et celle de l'armée franco-espagnole en 1745, 
Schérer ne jugeait pas à propos de chercher à déboucher 
par la Bormida et la Bochetta. Le premier de ces chemins 
ne paraissait pas praticable à l'artillerie et aux gros 
convois. Le second était trop éloigné et exigeait une 
marche de flanc dangereuse, entre l'armée austro-sarde et 
la flotte anglaise, à travers l'Etat de Gênes, dont le gou- 
vernement nous témoignait peu de bienveillance. 

Le général considérait comme plus militaire et plus sûr 
de revenir au plan primitif de Bonaparte, présenté par 
Robespierre jeune, et d'utiliser la route carrossable du col 
de Tende comme ligne principale d'opérations, tandis que 
deux corps particuliers manœuvreraient sur les flancs, l'un 

1. Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 150, 165 et 217. — Pinaud» 
Le comte cC Entrai gués, p. 206. — Arch. de la Guerre : Instruction du comité du Salut 
public, le 18 mai 1795. 

2. Arch. de la Guerre, janvier 1795 : Mémoires sur les opérations de la campagne en 
Italie. Ces mémoires, quelque intéressants qu'ils soient, étant trop longs pour être insé- 
rés aux pièces just., on s'est borné à en donner un résumé très succinct. Les idées qu'ils 
contiennent présentent tant d'analogie avec celles exposées dans le mémoire rédigé, le 
28 mai 1794, par l'adjudant général Clausade et dont il a été précédemment question, 
qu'on ne saurait douter que cet officier ait été au moins consulté. A ce moment, en effet, 
il est au quartier général de Nice ; nommé chef de brigade le 22 décembre 1794, il exerce, 
depuis le 15, le commandement provisoire de l'arme du génie à l'armée d'Italie, en atten- 
dant l'arrivée du général Vital (Voir Arch. de la Guerre, Correspondance de l'armée d'I- 
talie, à ces dates). Bonaparte, au contraire, est parti, depuis le 15 décembre, pour Toulon, 
où il organise l'équipage d'artillerie de la division de l'expédition maritime, et d'où il sera 
appelé à Paris (Voir correspondance éditée et inédite de Napoléon). On peut d'ailleurs 
aussi consulter les Mémoires de Masséna, par Koch, p. 132, en observant toutefois qu'il 
n'y a aucune trace, dans les Arch. de la Guerre, d'une proposition faite par le comité de 
Salut public, en vue de prononcer l'offensive par la Bochetta. 



214 SURPRISE DU COL DU MONT 

jantier 1795. p ar i a vallée du Tanaro, l'autre par celle de la Stura. 
L'exécution de ce projet exigeait que l'armée des Alpes, 
supposée de 20.000 hommes, en détachât 10.000 vers le col 
de l'Argentière et que, par l'adjonction de troupes de 
l'expédition maritime et l'envoi de 10.000 hommes tirés 
des autres armées, celle d'Italie fût portée à 60.000. 

Malheureusement cette dernière se trouvait dans une 
situation fâcheuse, qui empirait de jour en jour. Dans la 
crainte d'un retour offensif des Austro-Sardes et dans 
l'attente d'une réponse favorable au projet d'offensive du 
mois de novembre, les troupes avaient conservé leurs 
postes dans les montagnes des Alpes et des Apennins, 
jusqu'au mois de décembre 1 , malgré la rigueur d'un hiver 
précoce 2 . 
Triste situation Les divisions de la gauche et du centre, réduites à 

de 

l'armée d'Italie 3.000 hommes environ par les prélèvements faits pour la 

pendant l'hiver. ' x x r 

constitution du corps de l'expédition maritime, avaient pu 
cantonner assez convenablement dans les villages de la 
Tinée, de la Vésubie, de la haute Eoya et du Paillon 3 . Il 
en était autrement des 13.000 hommes de la division de 
droite, dont la majeure partie formait deux groupes prin- 
cipaux de 11 bataillons chacun. 

Les troupes de celui de gauche étaient bien parvenues 
à s'entasser dans les misérables localités, plusieurs fois 
pillées, des provinces piémontaises du littoral et de la 
vallée du Tanaro 4 . Mais dans le groupe de droite, établi 
autour de Vado, on avait cru devoir respecter les habita- 



1. Arch. de la Guerre, janvier 1795: Mémoires sur les opérations de la campagne en 
Italie, par le général Schérer. — Mémoires de Masséna, par Koch, p. 126. 

2. Toutes les relations de l'époque, françaises et italiennes, constatent ce fait et com- 
parent cet hiver à celui de 1709. 

3. Arch. de la Guerre, situation du 4 janvier 1795 : Division de gauche ; effectif, 4,468 h.i 
présents 2.824 h., répartis entre Colmars, Entrevaux, Isola, Valdeblore, Saint-Martin-Lan- 
tosque, Lantosque et l'Escarène. Division du centre : effectif, 7.320 h., présents, 3.205 h.» 
répartis entre Sospel, Breil, Saorge, la Briga et Tende. 

4. Arch. de la Guerre, situation du 4 janvier 1795 : 4.035 présents sur un effectif de 
8.997 h., répartis entre Ponte di Nava,Orméa,Trappa, Pianbernardo et le col SanBernardo. 






SURPRISE DU COL DU MONT 215 

tions génoises \ Les matériaux manquant pour la construc- 
tion de baraques, officiers et soldats étaient obligés de 
bivouaquer, tout en fournissant journellement des postes 
assez forts aux passages déversant dans les Bormida, ainsi 
que de nombreux travailleurs aux ouvrages de fortification 
entrepris et à la réparation du chemin du littoral 2 . 

Aces causes de fatigue s'ajoutaient les privations résul- 
tant du relâchement de tous les services administratifs 
depuis la chute du parti jacobin. Sans capotes, sans 
souliers, ne recevant que des denrées de mauvaise qualité 
et ne pouvant rien acheter, parce que les assignats n'a- 
vaient pas cours dans la République de Gênes, les soldats 
devenaient la proie du typhus. 

Les ravages de cette terrible maladie étaient encore 
accrus et étendus par le manque d'hôpitaux et par un 
système vicieux d'évacuations par terre' 3 . Masséna lui- 
même malgré sa robuste constitution, était contraint 
d'aller se soigner à Nice. Il remettait au général Sérurier 
le commandement de cette division de droite qui, au 20 
janvier, comptait plus de malades que d'hommes présents 
sous les armes 4 . 

A ce moment, l'armée d'Italie, d'un effectif de près de 



1. Arch. de la Guerre, situation du 4 janvier 1795 : 5.475 présents sur un effectif de 
11.509 h., répartis entre Finale, Rialto, Orco, Vezzi, Segno, Vado, Legino, Laissio, Qui- 
liano, Madonna del Monte. 

2. Mémoires de Masséna, par Koch, p. 127. — Mémoires du lieutenant général comte 
Roguet, p. 145. — Arch. de la Guerre : Mémoire manuscrit du commandant Paulinier de 
Fontenille ; lettres du général Schérer, les 1 er et 15 janvier; rapports des médecins Bour- 
gine, Collot, Bourdon, Fragonard, Comolé, en février; lettre du citoyen Robert, sergent- 
major au 3 e bat. de la 101" demi-brigade, au poste de la Madona de la Neva, près Finale, 
le 10 décembre 1794. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Schérer au comité de Salut public, en janvier e* 
février 1795 ; de Chevalier, agent supérieur des hôpitaux, le 25 décembre 1794. 

4. Mémoires de Masséna, par Koch, p. 129. — Arch. de Breil, pièce n° 185 : Rapport 
d'un déserteur, le 6 mars. — Arch. de la Guerre : Ordre du 22 décembre 1794. Le général 
Sérurier est nommé divisionnaire et prend le commandement de la division de droite pen- 
dant la maladie de Masséna. Lettres du chef d'état-major de l'armée d'Italie, le 21 janvier 
1795, en envoyant la situation du 1 er pluviôse, et de la Commission de l'organisatiou et du 
mouvement des armées de terre au comité de Salut public, le 6 février : la l r ° division de 
l'armée d'Italie a 14.963 malades sur un effectif de 29.612 h. ; il en reste 11.128 présents 
sous les armes, 2.396 détachés. 443 embarqués, 240 aux dépôts, 225 prisonniers de guerre, 
92 en détention, 126 en congé. Lettres de Schérer, le 18 février : il n'y a que 10.000 h. à 
la droite ; le 26 février, 14.000 h. sont tombés malades depuis deux mois ; de Villard, le 
9 mars ; la droite ne présente que 8.000 h. — Mémoires de Roguet, p. 151. 



Janvier 1795. 



216 SURPRISE DU COL DU MONT 

janvier i79ô. 100.000 hommes \ était diminuée d'un tiers par les entrées 
aux hôpitaux et réduite à 54.000 combattants. 22.000 
étaient répartis le long de la côte, de Vintimille à l'em- 
bouchure du Rhône; 15.000 étaient concentrés à Toulon 
et aux environs ; 17.000 seulement restaient en présence 
de l'armée austro-piémontaise, que l'on croyait sur le point 
de prendre l'offensive 2 . 

Dispositions Au commencement de 1795, le roi de Sardaierne était peu 

prises par le roi ° A 

de fn r vue gne disposé à entrer en négociations avec la République 
d ia c guerre? r Française, attendu qu'il ne pouvait espérer obtenir une 
simple reconnaissance de neutralité comme la Toscane 3 . 
Il n'avait d'ailleurs perdu que ses provinces d'au-delà des 
Alpes, sacrifiées dans toutes les guerres antérieures par 
leur position géographique. Il lui était difficile aussi de 
se dégager, sans danger, de l'alliance autrichienne, la 
cour de Vienne disposant de forces importantes, tant en 
Lombardie que dans la partie orientale du Piémont 4 . Enfin 
il edt été impolitique de rompre le récent traité de Valen- 
ciennes, avant de savoir ce qu'on en pouvait tirer avec 
l'appui de l'Angleterre 5 . En conséquence, les quartiers 
d'hiver à peine établis, toutes les mesures furent prises en 
vue de mettre l'armée sarde en état de continuer la lutte 
avec avantage. 

Grâce à l'emploi de procédés révolutionnaires, ventes 
de biens du clergé et des hospices, augmentations d'im- 
pôts, emprunts forcés, etc., on parvenait à réunir les fonds 
nécessaires à la réparation des places, à la formation de 
magasins de subsistances permettant de faire vivre 60.000 

1. Arch. de la Guerre: Situation du 3 février 1795. Voir pièce just. n° 57. Lettre du 
général Schérer, le 26 février. 

2. Arch. de la Guerre : Note du résident de la République à Genève, le 19 janvier, 

3. Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 200 et 235. — Arch. delà Guerre, 
passim.— Pinelli, Storia militare, t. I., p. 493. Le traité avec la Toscane est du 6 février ; 
il est ratifié le 13. 

4. Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 235 et 345 : Le cabinet autri- 
chien fait assassiner, le 9 février, le porteur de la malle de Suisse, dans l'espoir d'y trouver 
les preuves de négociations entre la France et le Piémont. 

5. Botta, p. 281. 



SURPRISE DU COL DU MONT 



217 



hommes jusqu'à la récolte. Des règlements déterminaient Février iras. 
l'ordre des distributions, la tenue des hôpitaux, les dispo- 
sitions à prendre pour marcher, camper ou cantonner, les 
peines à infliger aux déserteurs. 

L'organisation des troupes légères, si indispensables 
dans ]a guerre de montagne, était remaniée. Huit compa- 
gnies de chasseurs, formées pendant la campagne précé- 
dente au moyen de miliciens et d'émigrés du comté de 
Nice, constituaient deux bataillons égaux, commandés 
chacun par un major. Tous les autres corps de ce genre, 
créés depuis la guerre, étaient fondus en 10 compagnies 
franches indépendantes. La légion légère se transformait 
en deux régiments, et deux escadrons de dragons, venus de 
l'île de Sardaigne sans montures, étaient pourvus de 
chevaux. 

Toutefois les corps parvenaient difficilement à se recru- 
ter de façon à présenter 600 combattants par bataillon, 
comme ils en avaient reçu l'ordre, et, dans les premiers 
jours de mars, les 92 bataillons piémontais ne présentaient 
que 30.000 combattants, soit moins des deux tiers du 
chiffre prévu \ 

Il était d'autant plus indispensable de faire agir cette 
petite armée de concert avec les forces autrichiennes. Dans 
ce but, une conférence militaire se réunit à Milan dans les 
premiers jours de février. L'Autriche y est représentée par 
les généraux Wallis et Schmitfeld ; l'Angleterre par l'am- 
bassadeur lord Trewor et l'amiral Gooddal ; le Piémont 
par les généraux de la Tour et Colli. 

Bien qu'investi pour la circonstance du commandement 
général de l'armée piémontaise, ce dernier n'avait même 
pas reçu communication d'un projet d'offensive à prendre 



Mars 1795. 



Conférence 
de Milan. 



1. Arch. de Breil, pièce n° 177 : Relation de M. de Malausséna. 
de Revel, p. 228. 



Mémoires de Thaon 



218 SURPRISE DU COL DU MONT 

Mars n95. dès le mois de février dans la Rivière de Gênes, projet que 
le général de la Tour était chargé de présenter à ce 
congrès. Tout en s'accordant assez bien avec les intérêts 
divers des puissances alliées, cette proposition soulevait, au 
double point de vue du mode et de l'époque de son exécu- 
tion, des objections dont la solution ne pouvait être obtenue 
qu'à la cour de Vienne. 

En attendant, le roi de Sardaigne croyait utile de répar- 
tir ses forces en trois corps d'armée indépendants : l'un au 
nord, dans la vallée d'Aoste, commandé par le duc de 
Montferrat ; celui du centre, autour de Suse et de Fénes- 
trelles, dévolu au duc d'Aoste; celui du sud, le plus 
important, restant seul aux ordres de Colli. Ainsi, double- 
ment blessé dans son amour-propre, ce général devait 
l'être encore plus en se voyant contraint, au commence- 
ment de mai, à se placer sous les ordres de M. de Wins, 
investi du commandement des troupes alliées ; car il avait 
eu peu à se louer de lui au moment si critique de la retraite 
du comté de Nice, en avril 1794 l . 

Ces inconséquences, ces atermoiements, le temps que 
le nouveau général en chef, si méticuleux et si circonspect, 
allait employer pour mettre en mouvement l'armée impé- 
riale, donnaient aux Républicains le loisir de se préparer 
à faire face à l'agression. Pour remplir cette tâche difficile, 
toute d'abnégation, Kellermann est mis, le 3 mars, pour 
la seconde fois, à la tête des armées des Alpes et d'Italie 2 . 

1. Mémoires de Masséna, par Koch, p. 149. — Mémoires de TJiaon de Revel, p. 229 
et suiv. — Un homme d'autrefois, par Costa de Beauregard, p. 278. — Arch. de la 
Guerre : Relation manuscrite de M. Costa de Beauregard. — Arch. de Breil, pièce n° 177 : 
Relation de M. de Malausséna. Cette relation est si précise et si détaillée, elle contient 
des aperçus si nouveaux et des renseignements si curieux sur cet épisode des dissentiments 
graves entre les armées piémontaise et autrichienne, cause principale de leur échec en 1795, 
et de leur défaite en 1796, qu'il a paru utile d'en donner un extrait aux pièces just. n° 58. 

2. Journal militaire, à cette date. C'est donc par erreur que Jomini, dans son His- 
toire des guerres de la Révolution, t. VI], p. 81, indique que Kellermann reçut ce com- 
mandement vers la fin d'avril. Dès le 19 mars, le nouveau général en chef de l'armée des 
Alpes et d'Italie rédige, à Paris, une note pour le comité de Salut public, après avoir 
« pris une connaissance exacte de la position de ces armées, d'après les états et les cartes 
qui lui ont été communiqués par le comité de Salut public. » Le 1 er avril, le général 
Schérer répond de Nice à une lettre de Kellermann, en le priant de se rendre d'abord à 
l'armée d'Italie, afin qu'il puisse aller lui-même le plus promptement possible à celle des 
Pyrénées-Orientales. D'ailleurs, Kellermann est à Chambéry, le 6 avril (voir Arch. de la 
Guerre, à ces dates). 



SURPRISE DU COL DU MONT 219 

Il se rend d'abord à Chambéry, quartier général de Apuras, 
l'armée des Alpes, aux ordres du général Moulin depuis le giSS^ïl 
premier décembre 1794 l . Au commencement d'avril 1795, est T™ 

, . _ _ , , ... , , . „ . . commandement 

cette armée était réduite a 19 bataillons d infanterie, un , des 

armées des Alpes 

bataillon de sapeurs, huit compagnies de hussards des etditaiie. 
Alpes et un certain nombre de compagnies d'artillerie. Elle 
présentait un effectif de 26.600 hommes, dont 20.666 sous 
les armes, 2.447 malades, et 3.047 dans les dépôts, en 
congé ou détachés 2 . Ces forces étaient toujours réparties 
en quatre divisions : trois, en première ligne, dans les 
vallées de la Durance, de l'Isère et de l'Arve, la quatrième, 
dite de réserve, fournissant principalement les garnisons 
de Lyon et de Grenoble 3 . 

Les soldats, ayant tous fait la campagne dernière, 
étaient généralement robustes et de bonne volonté ; cepen- 
dant un assez grand nombre de volontaires profitaient de 
la complaisance des autorités départementales et munici- 
pales pour rentrer dans leurs foyers 4 . L'instruction militaire 
des troupes était aussi bonne que le permettaient leur 
dissémination dans de petits villages ensevelis sous la 
neige, et le service actif qu'exigeait la garde d'un front 

1. D'après le Journal militaire, le général Moulin a été placé à la tête de l'armée des 
Alpes, le 17 vendémiaire an III, soit le 7 octobre 1794, tandis que le général Dumas pas- 
sait de l'armée de l'Ouest à celle des Côtes de Brest ; mais il ne prend son commande- 
ment que le 11 frimaire ou 5 décembre, d'après la Correspondance des Arch. de la Guerre. 

2. Arch. de la Guerre : Aperçu de l'état de l'armée, le 3 avril. Lettre de Kellermann, le 
14 avril. Historique de l'armée des Alpes depuis le 1 er floréal, an II, en entier de la main 
de Berthier, classé au 20 avril. Cette dernière pièce est extrêmement intéressante, en ce 
qu'elle fait ressortir nettement les réductions successives de cette armée, par l'envoi de 
10 bat. sur le Rhin, du 8 au 18 juin 1794, puis de 11 bat. à l'armée d'Italie, en novem- 
bre (Arch. de la Guerre : Lettres de Petit-Guillaume, les 6 et 29). Les représentants du 
peuple Ritter et Turreau étaient si déterminés à entrer en Piémont à ce moment qu'ils 
avaient même requis, par arrêté du 2 décembre, cinq nouveaux bat. Cependant, à la suite 
d'un conseil de guerre tenu à Grenoble, le 12 du même mois, le représentant du peuple 
Cassanyes avait pu conserver les 19 bat., « lesquels, ainsi que l'indique Berthier, sont 
insuffisants pour une simple défensive... » (Voir Arch. de la Guerre : Correspondance des 
quinze premiers jours de décembre 1794). 

3. Arch. de la Guerre : Etat de la main de Berthier et situations. Voici le résumé de 
celle du 4 avril : 1" division, vallée de la Durance, généraux Petit-Guillaume, Lamy et Va- 
lette, cinq bat., 4.147 h. ; 2 e division, Tarentaise et Maurienne, généraux Pouget, Richon et 
Voillot, huit bat., 5.587 h. ; 3° division, Chablais et Faucigny, généraux Dours et Ravier, 
trois bat., 3.875 h. ; 4 e division de réserve, généraux Pellapra, Hue Laborde, Rivas, Simien, 
César, 5.257 h. Les troupes sont en cantonnements, depuis le commencement d'octobre, 
(Ordres de Petit-Guillaume, les 1, 3, 7, 8, 11 octobre ; instruction sur le service dans les 
cantonnements, le 14 novembre). 

4. Arch. de la Guerre ; Ordre de Moulin, le 16 février ; lettres de ce général, le 27 avril 
et de Kellermann, le 14 avril. 






220 SURPRISE DU COL DU MONT 

Avril H95. ({q qo lieues de montagnes difficiles. On attendait, pour les 
embrigader, l'arrivée de cadres de bataillons de ligne tirés 
de l'armée des Côtes de Brest 1 . L'armement était au 
complet, l'artillerie de siège et de campagne en bon état; 
mais la poudre manquait 2 . Les ressources des magasins 
suffisaient pour reconstituer l'habillement et l'équipement; 
toutefois il n'y avait pas de souliers 3 . Les vivres et les 
fourrages paraissaient assurés pour toute la durée des 
quartiers d'hiver ; il s'agissait seulement d'augmenter les 
moyens de transport 4 . 

Conformément aux intentions du comité de Salut public, 
cette armée devait être mise en mesure de prendre l'offen- 
sive, aussitôt qu'elle aurait reçu les renforts demandés 5 . 
Le général Kellermann arrête les mesures administratives 
les plus propres à atteindre ce but, de concert avec les 
représentants du peuple Dumaz et Real, qui l'accompa- 
gnent 6 ; il ordonne la formation de trois bataillons avec 
les compagnies de grenadiers 7 ; il passe à Montmélian, où 
il prescrit de pousser avec activité les travaux de fortifica- 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Moulin, le 13 décembre ; il demande les deuxièmes 
bat. des 4 e , 15 e , 37 e et 60 e rég., ne comptant ensemble que 170 vieux soldats. Lettre 
du 13 janvier: il a appris, par le représentant Cassanyes, que ces bat. allaient lui être en- 
voyés. Il n'y avait plus, en effet, à l'armée des Alpes, que trois bat. de l'ancienne armée, 
le 2 e d'inf. légère, le 1 er du 23 e et le 2 e du 79 e rég. Tous les bat. de l'armée des Alpes sont 
du reste maintenus à leur complet de guerre par le dépôt des recrues de Lyon, qui est 
transféré à Grenoble et ne disparaît que dans le courant de 1795 (Ordres de Kellermann, 
les 13 avril et 8 juillet. Lettres de Piston, le 16 mai ; de Dulin, le 1 er mai). 

2. Arch. de la Guerre : Inventaire du 13 février, situations des 21 mars et 5 avril. — 
Ordres du 13 avril : faire venir de Valence des mortiers de 10 et de 12 ; demander trois obu- 
siers de 8 pouces et 800 milliers de poudre, le déficit total étant de 1.600 milliers ; surveiller 
les cartouches entre les mains des hommes, etc. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du comité de Salut public à la Commission d'habillement, 
le 8 mai. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 9 avril ; lettres de Dennié, commissaire ordonna- 
teur en chef, le 14 avril, et du comité de Salut public, le 8 mai. Il y avait, pour l'artillerie, 
1.551 chevaux et, pour les diverses administrations, 5.444 animaux, en tout 6.995. Ce chiffre 
était insuffisant et les deux services étaient obligés de s'entr'aider. Les principaux dépôts 
de vivres étaient à Lyon, Grenoble, Chambéry et Marseille. Ce dernier versait les trois 
quarts des denrées à Gap et un quart à Digne. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, les 12 et 14 avril. 

6. Arch. de la Guerre : « Situation sommaire du service administratif de l'armée, le 
9 avril, résultant des états particuliers fournis par les chefs des divers services, et disposi- 
tions ordonnées par le général Kellermann ». Lettre de ce général, le 14 avril, et du 
Comité, le 8 mai. 

7. Arch. de la Guerre ; Ordre de Berthier et ordres de mouvement, les 9, 10, 17, 
22 avril, 6, 7 mai. Les comp. de grenadiers sont groupées en bat. de la manière suivante ! 
1 er bat., formé à Saint-Jean-Maurienne ; 1 er bat. du 23 e régiment, 6 e Côte-d'Or, 1 er Basses- 
Alpes, 1 er Lozère, 5 e Jura, 9 e Isère; 2 e bat., formé à Moutiers ; 2 e bat. du 79 e régiment, 
1" Côte-d'Or, 4 e Ain, 5 e Rhône-et-Loire, 6° Ain, 8 e Isère ; 3 e bat., formé à Barcelonnette ; 
1" Isère, 1 er Mayenne-et-Loire, 1 er Aude, 1 er Drôme, 3 e Jura. 



SURPRISE DU COL DU MONT 221 

tion entrepris, tant en ce point qu'à Faverges l ; il va ensuite Avril 1795 
à Grenoble, où il visite les magasins et invite le service 
de l'artillerie à mettre les parcs de campagne et de siège 
en état de marcher 2 ; enfin il laisse au général Moulin, 
maintenu provisoirement à la tête du corps d'armée des 
Alpes, une instruction sur la défense de la frontière 3 , 
l'engageant, pour couvrir les communications entre les 
postes retranchés du petit Saint-Bernard 4 et du mont 
Cenis 5 , à s'emparer du col du Mont, ainsi que ce général 
l'avait proposé dès le 20 mars 6 . 
Des 13 bataillons piémontais, forts de 4.000 hommes Disposition 

x des forces 

présents sous les armes 7 , affectés à la défense de la vallée pié ™ n ns ai8e8 
d'Aoste, quatre seulement gardaient, pendant l'hiver, l'im- la vallee d ' Aoste - 
portante position des retranchements du Prince-Thomas ; 

1. Arch. de la Guerre : Ordre de Kellermann, le 13 avril, et arrêté des représentants du 
peuple, le 14, constituant un fonds de 80.000 livres. Le chef de brigade La Peyrouse est 
directeur du génie dans les départements des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes ; le chef 
de brigade Salonniers exerce les mêmes fonctions dans le Mont-Blanc et l'Isère. 

2. Arch. de la Guerre : Ordre de Kellermann, le 12 avril. Le chef de brigade Lagrange 
commande l'artillerie de l'armée des Alpes ; Guériot est directeur du parc de campague ; 
d'Hélis, directeur du parc de siège. 

3. Arch. de la Guerrre. Voir pièce just. n° 59. Ce document est en outre inséré dans les 
pièces just. d'un mémoire sur la campagne de 1795, rédigé par Kellermann et classé à part. 

4. Arch. de la Guerre, situations et atlas historique : Série de croquis des positions de 
Tarentaise et Aoste, d'après la carte de Rorgonio, donnant, de décade en décade, du 
20 brumaire, an III, au 10 thermidor, an IV, les positions respectives des troupes françai- 
ses et piémontaises. Les fortifications, occupées depuis le commencement de l'hiver par les 
détachements d'un bat. cantonné à l'hospice du petit Saint-Bernard, étaient les suivantes : 
une batterie couverte auprès du lac Longet et indiquée sur la carte sarde ; une batterie 
semblable au-dessus des chalets des Lances, au nord de l'hospice ; un baracon, constituant 
un poste avancé, sur le mamelon coté 2.213 sur la carte italienne, au sud du lac Verney ; 
ces divers ouvrages étaient armés de quatre pièces de 4, deux de 3, quatre de 1, et un 
obusier de 6 pouces. En outre, la redoute et la caserne du col de Traversette étaient défen- 
dues par deux pièces de 7, deux de 3, et deux obusiers de 6 pouces. 

5. Arch. de la Guerre, atlas historique : Carte du capitaine du génie Dabadie jeune. 
La défense du plateau du mont Cenis était assurée de la manière suivante : Le camp des 
baracons pour neuf comp., à l'ouest du point 2.150 delà carte italienne, fournissant des 
gardes aux retranchements armés de deux espingoles, élevés le long de la montagne du 
Chamois (carte sarde) jusqu'au mont Lamet, pour arrêter tout mouvement tournant par- 
tant des Granges Tour ; le camp des Cours, pour trois comp., sur le plateau del Paradiso, 
ayant comme grand'garde une comp. établie sur la terrasse, entre le Passo délie 
Finestre et Ferrera, et défendant un retranchement armé de deux espingoles ; le camp de 
la Grand'Croix, pour un bat., sur le mamelon coté 2.085, à l'est du lac Brun, chargé de 
défendre quatre batteries, armées de sept pièces, battant la gorge de Saint-Nicolas et les 
rampes du grand chemin ; le camp des Marmottes, pour une comp., à Corna Rossa, assu- 
rant la communication avec celui des Glaciers, pour le même effectif, établi au mont Ma- 
lamot ; les ouvrages du petit mont Cenis, armés de huit pièces et quatre espingoles, bat- 
tant les avenues des cols Clapier, d'Ambin et d'Etache ; un camp, pour cinq comp. de 
grenadiers, sur la rive droite du torrent Roncia, au nord de l'hospice, où était établi le 
quartier général ; enfin, un camp de réserve de trois comp., à l'ouest des granges Boch, 
gardant des retranchements et des batteries construits sur les pentes de la Buffa, en vue 
de couvrir la retraite. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du général Moulin au comité de Salut public. 

7. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. — Mémoires de Thaon de JRevel, 
p. 223. Le corps du duc de Montferrat se compose du 3 e bat. de grenadiers et des rég. de 
Montferrat, Saluées, la Marine, Verceil, Suse et Bachmann, chacun à deux bat., de deux 
comp. du corps franc et d'un peu de cavalerie. En ce qui concerne l'effectif, voir pièce just, 
n°60. 



222 SURPRISE DU COL DU MONT 

Avril r<95. Us fournissaient des postes de milices aux retranchements 
du lac de Combal et du col du Mont, sur les deux flancs l . 
Le reste des troupes était en quartiers d'hiver dans les 
villages 2 . La brigade Voillot de l'armée des Alpes, pré- 
sentant 3.800 combattants, était également cantonnée dans 
la Tarentaise, à l'exception d'un bataillon occupant l'hos- 
pice du petit Saint-Bernard 3 . 

Le 17 avril, 18 compagnies françaises, divisées en trois 
colonnes, s'étaient dirigées sur le col du Mont; arrêtées 
par la neige, elles avaient battu en retraite après une 
légère escarmouche 4 . Le duc de Montferrat, qui était à 
Aoste depuis le 10, craignant d'être surpris comme l'année 
précédente, porte son quartier général à Arvrier, puis à 
Morge et dispose ses forces militairement. Un bataillon se 
rend au lac de Combal, avec un détachement au baracon 
de Chavanne, sur sa gauche 5 . Quatre bataillons sont 

1. Arch. de la Guerre : Conférences de l'état-major piémontais, en 1798, séance du 
15 mars ; mémoire du marquis Lascaris, capitaine de l'état-major général : « Le col du 
Mont, formant la gauche de la position, était défendu par un fort détachement, quelques 
pièces de canon et des espingoles. Les détachements du Fornet et de Julières (Uselières) 
étaient destinés pour marcher à son secours en cas d'alerte. Le camp du Prince-Thomas, 
centre de la position générale, avait pour sa défense quatre bat., dont un au baracon 
Charles, un deuxième au baracon Maurice, un au Tuet (le Touve sur la carte sarde, Thovès 
de la carte italienne), et un quatrième en seconde ligne, aux gorges d'Arpi. Les canons 
étaient aux baracons; la gauche du camp, appuyée au col La Croix, gardé par 30 volon- 
taires, la droite au vallon de la Balme, défendu par un détachement cantonné au village 
du même nom, où l'on avait abattu le pont sur la Doire, précaution qui coupait toute com- 
munication avec le chemin du petit Saint-Bernard. Un poste, établi sur le mont du Parc, 
observait l'ennemi du côté de la Goulette (Goletaz) et de Pont-Serrand ; un deuxième 
poste, établi sur les plateaux de Follié (les Feulettes sur la carte sarde, Foeillé sur 
l'italienne, ou redoute de Planpra) en éclairait les mouvements du côté du vallon de la 
Tour et du glacier du Ruitor. Une quarantaine de volontaires gardaient le poste du lac 
de Combal, formant la droite de la position générale. En cas d'attaque, les détachements 
de l'Avisaille, d'Entrèves et de Courmajeur devaient marcher à son secours. » 

2. Les troupes, cantonnées dans les villages situés en aval d' Aoste, se réunissent d'a- 
bord dans cette ville. 

3. Arch. de la Guerre : Situation du 4 mai : 6 e Ain, 870 h. au Saint-Bernard ; 4 e Ain, 
862 au Miroir ; cinq comp. du 1 er bat. franc de la République, 433 h. et guides à pied, 20 h., 
à Bourg-Saint-Maurice ; 1 er Côte-d'Or, 342 h. à Aime ; 2 e bat. du 79 e rég., 912 h. et grena- 
diers du 8 e Isère, 83 h. à Moutiers ; artillerie, 220 h. ; génie, 56 h. ; gendarmes, 39 h. Le 
général Badelaune, envoyé à Toulon pour l'expédition maritime, avait été rappelé par 
Kellermann, pour prendre le commandement des troupes de la Tarentaise, à la tête des- 
quelles il s'était tant distingué en 1794 ; mais, déjà gravement malade, il n'arrive à Annecy, 
au commencement de mai, que pour aller mourir à Genève, le 15 juin (Arch. de la 
Guerre: Nomination, le 12 mai Lettres de Piston, les 16 et 23 mai ; de Moulin, le 29 mai). 

4. Arch. de la Guerre : Mémoire historique de la campagne de 1795, par le général 
Kellermann. La colonne du centre a seule été engagée ; un homme a été blessé légèrement 
à l'épaule. 

5. Arch. de la Guerre : Mémoire du marquis Lascaris : « Un bat. et quelques milices 
étaient destinés à la défense du poste de Combal. Il fournissait une garde à la redoute de 
Chavanne, qui assurait sa gauche et défendait l'avenue depuis Pont-Serrand par le grand 
vallon de Chavanne. Sa droite est appuyée à un énorme glacier du mont Blanc (celui de 
Miage) et défendue par une batterie et des retranchements, Le canon de ce poste bat 
tout le bas de la vallée sur l'avenue du col de la Seigne. Le front est couvert par un lac 
artificiel assez profond. Ou tenait toujours une garde à la Croix du Bonhomme (peut-être 
le défilé à l'est des chalets d'Arpvieille d'en haut, où passe le chemin du col de Chécouri), 
poste qu'on regardait comme une très bonne position à prendre, au cas qu'on fût forcé 
(l'abandonner celle de Combal ; elle est beaucoup plus resserrée. » 



SURPRISE DU COL DU MONT 223 

affectes à la défense des retranchements du camp du Mai 1795 - 
Prince-Thomas, servant de réduit aux postes du Mont-du- 
Parc, de la redoute de Planpra et du col de la Croix, 
gardés chacun par un bataillon. Les cinq derniers sont 
échelonnés dans le Valgrisanche l ; ils fournissent une 
garde aux granges ou alpes de Vaudet et trois compagnies 
aux travaux défensifs du col du Mont, en soutien des 
milices du pays 2 . 

Au commencement de mai, les neiges fondant rapide- occupation 
ment, plusieurs engagements ont lieu. Le 6,300 Piémon- pa ™ esFrançak 
tais attaquent les avant-postes français entre le mont 
Valezan et la batterie couverte de droite ; ils sont repoussés 
avec perte de deux hommes. Le lendemain, dans la nuit, 
600 Républicains descendent à Goletaz 3 . Là, ils se divisent 
en trois colonnes. Celle de droite franchit à gué le ruisseau 
de Euitor, passe au-dessous du poste des Feulettes et 
enveloppe la garde dite de la munition ; elle fait alors le 
signal convenu à la colonne de gauche, qui se jette sur la 
Thuile et y met le feu, tandis qu'elle-même se porte sur 
Thoves et en chasse un bataillon piémontais. Celui-ci se 
replie précipitamment sur le mont du Parc, où il se rallie 
derrière les retranchements. Bientôt soutenu, il fond en 
deux colonnes sur Thoves, d'où il refoule à son tour les 

1. Ce sont les rég. de la Marine et de Verceil, ainsi que le 3 e bat. de grenadiers. 

2. D'après le manuscrit fort intéressant de M. le lieutenant de la Bigne, 22 e bat. de 
chasseurs, travail déjà cité, le col du Mont est un petit plateau ayant la forme d'un 
triangle de 70 mètres à la base, sur 50 mètres de hauteur. Le versant italien est beaucoup 
plus rapide que le versant français. Le sommet de ce dernier était couronné par un 
retranchement en pierre sèche, précédé, à 50 mètres en avant, par un autre retranche- 
ment établi au nord du chemin. Deux baracons, une ligne crénelée et une redoute étaient 
construits sur le plateau du Roussier, au sud de la grande Becca du Mont ou de l'Ano, 
et constituaient un réduit pour la défense. Ces ouvrages étaient armés de cinq canons de 4, 
deux petits mortiers et 11 espingoles. 

3. Arch. delà Guerre : Lettre du général Piston, chef d'état-major de l'armée des 
Alpes, le 16 mai. Rapport de la gauche de la 2 e division, du 10 au 25 floréal (29 avril au 
14 mai). Mémoire du marquis Lascaris déjà cité. M. de Lascaris n'indique que 400 h. pour 
les Républicains. Il accuse une perte d'une trentaine d'hommes, dont un capitaine, du 
côté des Piémontais. Les documents français donnent bien ces chiffres pour les prisonniers 
mais ils signalent, en outre, 200 tués, ce qui paraît exagéré, puisqu'il n'y a pas eu de 
combat à proprement parler. — Pinelli, p. 503, parle également de l'attaque de Thoves et 
de l'incendie de la Thuile par les Républicains, dans la nuit du 7 au 8 mai ; mais il assi- 
gne à cette affaire la date du 8. D'ailleurs, quel fonds faire sur un auteur qui, p. 506, cite, 
comme ayant été récompensés à propos des engagements dans la vallée d'Aoste, des mili- 
taires de rég. employés aux environs de Suse. Comparer au besoin ce passage avec les 
Mémoires de Thaon de Revel, p. 251. 

16' 






224 SURPRISE DU COL DU MONT 

Mai n95 Républicains, dispersés pour piller ; il les rejette sur la 
rive gauche du Ruitor, le long de laquelle la troisième 
colonne s'était déployée à titre de réserve ; il pousse même 
la poursuite jusqu'à Pont-Serrand. Les Républicains avaient 
sept blessés, dont un officier abandonné à la Thuile; mais 
ils emmenaient un capitaine et 30 soldats piémontais. Par 
contre, la nuit suivante, une reconnaissance française, se 
dirigeant du Miroir sur le col du Mont, tombe dans une 
embuscade et perd quatre hommes. 

Pendant ce temps, l'adjudant général Aimeras concentre 
2.200 hommes dans les cantonnements des Moulins, du 
Miroir, des Mazures et de Sainte-Foy. Dans la nuit du 11 
au 12, ces troupes se mettent en mouvement sur trois 
colonnes, par une violenté tourmente de neige l . 

La colonne de gauche, de 800 hommes, remonte le nant 
de Saint-Claude, traverse le col de la Sachère et atteint la 
chapelle de San Grato. 250 hommes y restent en observa- 
tion, pour empêcher l'ennemi d'arriver du village de For- 
net ; le reste se dirige sur le col du Mont, afin de prendre 
à revers ses défenseurs. Le vent qui, soufflant de la Taren- 
taise, avait jusqu'alors secondé les Républicains, arrête 
leur marche. Le chef de bataillon Bernard, du 6 e bataillon 
de l'Ain, commandant de la colonne, un officier et 20 
volontaires sont ensevelis dans une avalanche \ Les trou- 
pes sont forcées de rester à San Grato. 

La colonne de droite, forte de 400 hommes, s'engage 
dans le vallon des Clous 3 , d'où elle doit se porter sur le 
flanc des retranchements piémontais en suivant un contre- 

1. Le récit de la prise du col du Mont a été composé au moyen des documents suivants : 
Travail de M. le lieutenant de la Bigue, du 22 e bat. de chasseurs. — Arch. de la Guerre : 
Situation de la brigade Voillot, du 10 au 25 floréal (29 avril au 14 mai) ; lettres du géné- 
ral Piston, les 16 et 20 mai; mémoires du général Kellermann et du marquis Lascaris. — 
Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

2. M. le lieutenant de la Bigne mentionne que le commandant Bernard a été enterré 
dans une redoute construite auprès du village du Miroir, redoute qui a été recouverte par 
l'éboulement d'une partie de la pointe d'Averne en 1878. 

3. Cet itinéraire est celui indiqué par M. de la Bigne. Il se pourrait aussi que la colonne 
de droite eût gagné le camp de Filuet, puis les pentes septentrionales de la pointe d'Ar- 
cheboué et non les pentes méridionales. Les relations du général Kellermann et du mar- 
quis Lascaris ne donnent à cet égard aucun renseignement précis. 



SURPRISE DU COL DU MONT 225 

fort de la pointe de l'Archeboué. Poussée par le vent, elle 
traverse l'arête et, franchissant le glacier d'Ormelune, 
s'empare du baracon de la Croix 1 , qu'incendient les défen- 
seurs avant de se replier. A ce moment, la colonne du 
centre achevait de prendre possession du col du Mont. 

Celle-ci, présentant 1.000 hommes et conduite par l'ad- 
judant général Aimeras, est aperçue, une heure avant le 
jour, par une garde piémontaise, qui est enlevée, après 
avoir tiré quelques coups d'espingole. Aveuglés par la 
neige, assourdis par la tempête, les autres postes ennemis 
et leurs sentinelles n'entendent rien, en sorte que les Fran- 
çais pénètrent sans coup férir sur le col et y font prison- 
nières les trois compagnies de grenadiers, endormies dans 
leurs huttes 2 . Seuls les miliciens, sous les ordres du capi- 
taine Chamonin de Valgrisanche, se rallient sur les pentes 
du Bec de l'Ano ; attaqués à la baïonnette, ils sont bientôt 
acculés à un ravin escarpé, le long duquel ils parviennent 
à s'échapper 3 . 

Epuisés par cette lutte de dix heures contre un vent 
glacial, les Républicains étaient trop peu nombreux pour 
s'aventurer dans le Valgrisanche 4 . D'ailleurs, à la première 
nouvelle de l'attaque, 800 Piémontais s'étaient portés sur 
le plateau de Champigny, au-dessus de Fornet ; les ponts 
de Surier et de Chatelet avaient été détruits 5 . En outre, le 
lendemain, à titre de diversion, le duc de Montferrat fait 

1. Ce baracon était situé sur le versant italien du col du Mont, probablement au point 
2.350 de la carte italienne. Le commissaire des guerres Clairac indique que ce magasin 
était à une demi-lieue plus bas que le col (Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, le 
7 septembre.) 

2. 200 h et 10 officiers, dont le major, Vialardi, du rég. de Verceil, d'après les relations 
françaises et piémontaises. — Pinelli, p. 504. 

3. Sans doute le ravin qui débouche dans le vallon de Lago, au point 2290 de la carte 
italienne. 

4. Les rapports français indiquent que le froid était si vif que le vin et l'eau-de-vie 
avaient gelé dans les bidons. Dans sa lettre du 20 mai, le général Piston dit que personne 
n'a été tué par le feu de l'ennemi, mais que 50 h. sont morts de froid ou de chutes dans 
les précipices, et que 200 h. sont hors de service par suite de fatigue ou démembres gelés. 
Il considère cette perte comme très grave, puisqu'on ne peut remplacer ces soldats. 

5. M. le lieutenant de la Bigne donne, comme commandant en Valgrisanche, le colonel 
du rég. de Verceil, Valperga di Majone, qui, d'après Pinelli (p. 505), aurait dirigé le lende- 
main l'attaque contre le petit Saint-Bernard. 



Avril 1795. 



226 SURPRISE DU GOL DU MONT 

Mai 1795. attaquer par quatre bataillons l le petit Saint-Bernard, dont 
les défenseurs, quoique peu nombreux 2 , résistent victo- 
rieusement 3 . 

Une tentative faite, le 22 mai, pour reprendre la chapelle 
de San Grato ayant échoué également 4 , la position de 
Champigny parut trop exposée et fut abandonnée par l'en- 
nemi, qui établit, à la hauteur de l'église de Valgrisanche, 
une ligne fortifiée 5 , couverte par des postes disposés en 
échelons sur les deux rives du torrent 6 , et se reliant aux 
détachements envoyés dans les vallées de Rhême et de 
Savaranche 7 . 

1. Voici le récit du marquis Lascaris : « On posta un. corps dans le bois noir et sur le 
mont de la Tour, afin de soutenir la retraite aux colonnes attaquantes, qui passèrent, une 
par le grand chemin de la Goulette, l'autre par celui des glaciers et du Chaz Dur, pour 
se porter sur le mont Valaisan. Après quelques heures de combat, nos troupes reçurent 
ordre de se retirer. Notre but, en faisant cette attaque, n'était pas d'emporter le poste, 
mais de donner de l'inquiétude à l'ennemi de ce côté-là et l'empêcher de faire filer des 
troupes du col du Mont. On fit un officier prisonnier et quelques soldats». 

2. En admettant que le 6 e bat. de l'Ain, fort de 870 présents sous les armes, qui était 
au petit Saint-Bernard, ait été renforcé de tout le reste de la brigade, il ne pouvait y 
avoir que 1.637 h., puisque 2.200 étaient au col du Mont. Mais, comme il était indispensable 
d'avoir des postes tant aux Chapieux qu'à Bourg Saint-Maurice, à Tignes et même à 
Moutiers, qu'enfin on ne peut compter les 39 gendarmes, il est bien certain qu'il n'y avait 
pas au Saint-Bernard plus de 1.000 combattants français. Les quatre bat. piémontais ne 
devaient pas présenter plus de 1.200 h., bien que le rapport du général Voillot en 
signale 2.500. 

3. D'après les rapports français, lés Républicains ont eu un officier pris, deux soldats 
blessés ; ils ont tué 30 Piémontais et en ont pris 24. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 1 au 10 prairial (20 au 29 mai) : « Le 3 prairial 
(22 mai), sur les 10 h. du matin, l'ennemi a envoyé une forte reconnaissance sur les 
hauteurs de gauche, vis-à-vis le col du Mont, poste de la division de Tarentaise. Elle a 
engagé une assez vive fusillade avec nos tirailleurs, qui ont été soutenus à temps. Ce 
mouvement masquait la marche de trois colonnes qui s'avancèrent dans le ravin et à 
mi-côte, dans l'intention de couper les tirailleurs qui avaient engagé l'action avec la 
reconnaissance. Un renfort a été aussitôt détaché du col du Mont, avec deux espingoles, 
qui s'est porté sur le flanc des colonnes piémontaises, et les a forcées à se retirer sur les 
4 h. et demie du soir, avec perte de 20 h. tués ou blessés. Nous avons eu un homme fait 
prisonnier.» 

5. D'après le travail de M. le lieutenant de la Bigne et la relation du marquis Lasca- 
ris, cette ligne de défense était organisée de la manière suivante : sur la rive gauche du 
torrent, une sorte d'ouvrage à cornes, en avant de l'église, barrait l'intervalle compris 
entre les énormes rochers de la Becca de l'Auille et le cours d'eau ; sur la rive droite, une 
série de redoutes fraisées garnissaient les terrasses étagées le long du torrent de Toss 
(carte sarde), en avant de Gerbelle et des Arnous (carte italienne), sur un cont'efort de la 
Becca di Tos (carte italienne) ou dou Merlo (carte sarde). La maison forte, marquée sur 
ces deux cartes, était une de ces redoutes ; une autre, marquée seulement sur la carte 
sarde, était au dessus ; elles étaient reliées entre elles par une palissade, couverte par un 
abatis. Le pont, qui était en avant de l'ouvrage à cornes, avait été détruit et reconstruit 
à Gerbelle, d'où un chemin, existant encore aujourd'hui, avait été fait pour permettre 
l'accès des redoutes supérieures, par Plante et Verconey. 

6. Sur la rive gauche du torrent, un camp sur la côte de Chapelan, au-dessus de Sevey, 
avec postes au pic de Rehin (probablement point 2923 de la carte italienne), à Alp Vieille, 
Menlieu (carte sarde, point 1863 de la carte italienne), à Bonne, et au défilé de Mondan- 

fe ; sur la rive droite, camps volants à la Plonta, mont Forçat, la Rolla, la Truche, près 
u torrent Cari (carte sarde), et une garde à l'Alpe de Vaudet, avec un poste retranché 
(marqué sur la carte sarde) au col du même nom. 

7. Le détachement du val de Rhême était cantonné au hameau de Fos, où convergent 
les divers passages fort mauvais, venant du Val de Tignes ; il entrait en relation avec les 
troupes du Valgrisanche par le col délia Finestra. Le marquis Lascaris mentionne aussi 
que, en vue de couvrir Courmayeur et de relier directement le camp retranché du Prince- 
Thomas avec le poste dn lac de Combal, le duc de Montferrat envoya une garde au col de 
l'Arp. 



SURPRISE DU COL DU MONT 227 

Tandis que ces événements se produisaient à cette extré- Munw. 
mité septentrionale de la frontière des Alpes, le général KeiêmSi 
Kellermann se rendait successivement à Valence, Avignon, se rend a Nlce> 
Aix, Marseille, Toulon 1 , inspectant les corps de cavale- 
rie 2 , les divisions de la côte, les magasins et établissements 
militaires, s'entendant avec le contre-amiral Martin, com- 
mandant l'escadre de la Méditerranée, et les trop nombreux 
représentants du peuple en tournée dans le Midi 3 , tant 
pour assurer la tranquillité dans le pays que pour activer 
l'envoi des subsistances et des effets indispensables aux 
troupes 4 . Il arrivait, le 5 mai, à Nice, où il était impatiem- 
ment attendu par le général Schérer, qui lui remettait le 
commandement de l'armée d'Italie et partait aussitôt pour 
Perpignan 5 . Grâce aux mesures prises en février et mars, 
la situation de cette armée s'était améliorée au point de 
vue sanitaire 6 ; mais, à mesure que diminuait le nombre des 
entrées aux hôpitaux 7 , les pertes provenant de la désertion 

1. Arch. de la Guerre : Correspondance du mois d'avril. Le général Kellermann et les 
représentants du peuple Dumaz et Real sont à Marseille, du 24 au 28 avril. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Dumaz et Real, le 28 avril ; de Guérin, chef de bri- 
gade des hussards des Alpes, le 12 mai ; rapports au comité de Salut public en mai. La 
situation de la cavalerie de l'armée d'Italie est la suivante : 5 e cavalerie, 609 h., 490 che- 
vaux, à Arles ; 9= dragons, 986 h., 700 chevaux, à Avignon ; 20 e dragons, 865 h., 500 che- 
vaux, à Tarascon, dépôt, 379 h., à Aix ; 24 e et 25 e chasseurs, 961 h. à Marseille, 51 à Arles, 
260 à Aix, 28 au Beausset, 300 à Toulon ; 1 er hussards, 439 h , à Marseille ; dépôt, 302 h. 
à Narbonne ; le reste, 1.003 h., à l'armée des Pyrénées-Orientales. Ces troupes n'ont ni 
habillement, ni armement, ni équipement ; les chevaux dépérissent faute de soins. 

3. On ne compte pas moins de 30 représentants du peuple en mission dans les départe- 
ments de l'arrondissement de l'armée des Alpes et d'Italie, indépendamment de Dumaz et 
de Real. Leurs déplacements étant incessants, ils ne prennent que des mesures momenta- 
nées, dictées par des circonstances locales et non par des vues d'ensemble, le plus souvent 
inconciliables entre elles et surtout avec les exigences des opérations, ainsi que le prouvent 
les nombreuses dépêches de Kellermann au comité de Salut public. 

4. Arch. de la Gnerre : Arrêtés du représentant du peuple Poultier, à Marseiile, le 
15 avril, relativement aux ateliers du service de l'artillerie à Avignon, Marseille, Toulon, 
Antibes et Nice ; les 7, 8 avril et 1 er mai, concernant les transports de fourrages à l'armée 
d'Italie par terre et par mer, à partir des dépôts d'Arles, Port Chaînas, Bouc, Martigues, 
la Ciotat, etc. 

5 Arch. de la Guerre: Lettres de Schérer, les 1, 24, 27 avril et 7 mai. Ce général 
quitte Nice le 8 mai, pour aller prendre le commandement de l'armée des Pyrénées-Orien- 
tales. 

6. Arch. de la Guerre, passim. Le 9 avril, il existe 51 hôpitaux fixes, huit ambulants et 
19 dépots d'évacuation. Ces établissements hospitaliers, desservis par 3.000 employés, 
étaient répartis en cinq divisions, de Marseille, du Var ou Antibes, de Nice, du centre et de 
la gauche, enfin de la droite. Ils pouvaient soigner 19.500 malades, dont 3.000 seulement 
étaient couchés dans des lits à une place, les autres n'ayant que des lits à deux places. Il 
y avait aussi plusieurs hospices de convalescents, notamment à la Vedette, près d'Antibes, 
a Monaco, dans un couvent de religieuses, à l'oratoire de Sainte-Catherine, entre San 
Remo et Port Maurice, etc. Les évacuations étaient effectuées par mer autant que possi- 
ble. Le représentant du peuple Turreau et le médecin en chef Bourdois sont les principaux 
agents de cette organisation. 

7. Arch. de la Guerre : Situations. Aux hôpitaux, le 3 février, 30.501 h. ; le 4 mars, 
33.048 ; le 4 avril, 31.467 ; le 4 mai, 28.559 ; le 3 juin, 25.785 ; le 3 juillet, 23.517 ; le 
15 juillet, 22.397. 



228 SURPRISE DU COL DU MONT 

Arrii 1795. à l'intérieur augmentaient \ et elles n'avaient été comblées 
que par le renvoi à l'armée des troupes de l'expédition 
maritime, réclamé par Schérer et effectué après le combat 
naval du cap Noli 2 . L'aile droite, réduite à 9.500 hommes, 
avait pu être ainsi portée à 15.500 3 . 

Ce renfort était d'autant plus nécessaire qu'une attaque 
générale de l'ennemi paraissait toujours prochaine. Le 
refus opposé par le gouvernement génois à une demande 
de passage des troupes autrichiennes sur le territoire de la 
République 4 , la réception peu amicale faite parce même 
gouvernement au nouveau ministre plénipotentiaire en- 
voyé par le roi de Sardaigne 5 , étaient des indices graves, 
que corroboraient tous les renseignements recueillis 6 et 
de nombreuses affaires d'avant-postes. 
Affaires Dans la nuit du 23 au 24 mars, le chevalier Pian, avec 

d'avant-postes. 

une centaine d'hommes de sa compagnie et de miliciens, 
partait de Limone, malgré le mauvais temps, gagnait le col 
de Tende, pénétrait dans un grand baracon occupé par une 
garde de 80 Républicains et en prenait 20, le reste ayant 
pu s'échapper par une seconde porte 7 . 

1. Arch. de la Guerre : Situations. Effectif, le 3 février, 98.866 h., le 4 mai, 94.483 ; le 
3 juin, 93.576; le 19 juin, 87.568. A cette date, la situation porte la note suivante : « La 
désertion à l'intérieur est immense. Une fois que le soldat est sur ses foyers, il ne revient 
plus, malgré les invitations et les réclamations des représentants du peuple et du général 
d'armée. » A la date du 20 juin, le représentant du peuple Real, alors à l'armée des Alpes, 
écrit au comité de Salut public que la désertion est « effrayante » et que le général 
Moulin estime les pertes à « 1 000 ou 1.200 hommes par décade ». Il a cependant pris un 
arrêté à ce sujet, aussi bien que le représentant du peuple Poultier, à Marseille, dès le 
20 avril. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Schérer, les 18, 26 février et 5 mars. — Mémoires de 
Masséna, par Koch, p. 131. — Voir, en outre, V e Partie, chapitre 11. 

3. Arch. de la Guerre : Situations des 4 mars et 4 avril. La division de gauche passe en 
même temps de 2.781 combattants à 3.671 et celle du centre de 3.774 à 4.877. L'augmeu- 
tation totale n'était que de 7.940 h., bien que, dans le même temps, la division de l'expédi- 
tion maritime en présentât 12.399, que l'effectif des hôpitaux eût diminué de 1.581 et celui 
des divisions de la cote de 908. Il est vrai que cinq bat. étaient restés à bord des vaisr 
seaux ; mais comme, d'après la situation du major de l'escadre en date du 1 er mai, ils ne 
présentaient qu'un effectif de 2.594 h., il y avait, en somme, une perte d'environ 4.000 h., 
qui ne pouvait être attribuée qu'à la désertion à l'intérieur. 

4. Arch. de la Guerre : Note de Boccardi, chargé d'affaires à Paris de la République 
de Gênes, pour le comité de Salut public, le 26 mars. 

5. Arch. de la Guerre : Extrait de la correspondance secrète, envoyé par Schérer, le 
23 mars. 

6. Arch. de la Guerre : Renseignements envoyés par Cacault, de Florence, les 17 fé- 
vrier et 11 mars ; par Villard, de Gênes, le 4 mars ; par Bâcher, de Bàle, les 13 et 18 mars ; 
par Régis, de Gênes, le 19 février ; par Ange Pico, de Savone, les 21, 25 mars, 7 et 15 avril. 
Lettres de Schérer, les 14, 24 et 27 avril. — Régis, Piémontais réfugié, et Ange Pico 
étaient les principaux agents d'un service de renseignements organisé par le général 
Schérer (Arch. delà Guerre : Lettre de ce général, le 19 février). 

7. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. Le chevalier Pian reçoit 400 livres 
de pension. 



SURPRISE DU COL DU MONT 229 

Le 25 du même mois, le 3 e bataillon de la 3° demi-brigade Avril 179S 
légère s'engage dans le vallon d'Inferno, abandonné la 
veille par une compagnie franche et quelques miliciens 
piémontais. Cette petite troupe 1 s'était repliée à Sarezzo, 
Capello et Mindino, hameaux situés dans le ravin de Loria, 
laissant une garde au passage de Mulatté, à l'est du mont 
Berlino. Elle est bientôt appuyée par quatre compagnies 
de chasseurs, aux ordres du chevalier Nicolis 2 , qui, le 
5 avril, empêchent les Français de s'établir au col de Ca- 
sotto. Les miliciens de Roccafort, chassés de Mulatté 
durant l'action, réoccupent ce point, sur lequel Colli pres- 
crit de diriger la compagnie Pandini, tout en envoyant à 
la Chartreuse de Casotto le bataillon d'infanterie du mar- 
quis Pallavicini 3 . Mais, le lendemain, avant l'arrivée de 
ces renforts 4 , le poste de Mulatté est mis en complète 
déroute par 150 carabiniers français, qui rentrent ensuite 
dans leur camp en arrière de Trappa 5 ; ils se bornent à 
fourrager tout le long du vallon d'Inferno, dans la journée 
du 11 avril 6 , et à inquiéter les postes ennemis de Garessio, 
Priola et la Sotta 7 . 

Le 8, une cinquantaine d'hommes du 1 er bataillon de la 
20 e demi-brigade, en cantonnement à Isola, parviennent, 
malgré la neige, à l'église de Saut' Anna, vers 11 heures 
du soir. Grâce au brouillard, ils y surprennent un même 

1. Son effectif est de 93 h., d'après M. de Malaussëna. 

2. Cette troupe s'établit à la Chartreuse de Casotto, ayant un fort poste au col du 
même nom. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 186 : Ordre de Colli à Déliera, le 5 avril. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 186 : Lettre de Colli, le 6 avril. Il reproche à Déliera de 
n'avoir pas exécuté son ordre de la veille et lui prescrit de punir le capitaine de la comp. 
Roccafort, pour s'être laissé surprendre au col de Mulatieri (Mulatté de la carte italienne). 

5. Arch. de Breil, pièce n° 282 : Rapport du marquis Pallavicini, le 10 avril, jour de 
son arrivée à Casotto, à 9 heures et demie du soir, après une reconnaissance. Il indique que 
les Français sont campés « au Bouchin de Fontans », point qui n'est marqué sur aucune 
carte, et qu'ils ont abandonné « le Bric Berlin et Mulatieri ». 

6. Arch. de Breil, pièce n° 282 : Lettre du marquis Pallavicini, commencée le 11 avril, 
à 10 h. du matin, et terminée le soir. 

7. Arch. de Breil, pièces n 08 29 et 282. — Arch. de la Guerre : Situation de la division 
de droite, du 31 mars au 9 avril. Lettre de Schérer, le 14 avril. — Les documents français 
donnent, pour les Piémontais, 33 prisonniers, autant de morts et cinq blessés; pour eux- 
mêmes, un homme tué et deux blessi's. M. de Malausséna avoue 27 prisonniers, outre quel- 
ques morts ; il mentionne, sans doute par erreur, la date du 8 avril. 



230 



SURPRISE DU COL DU MONT 



Mai 1795. nombre de chasseurs de Nice, qui sont obligés de se rendre 
à discrétion avec leur capitaine, Raibaudi 1 . Par contre, une 
compagnie de ce même corps, dirigée par le baron Galera, 
passe, le 29, de la vallée de la Stura dans celle de la Tinée, 
par le col Long, et enlève la majeure partie de la garde de 
Douense, près de Saint-Etienne 2 . 

Le 1 er mai, le capitaine Oouvier, du 3 e bataillon de la 
56 e demi-brigade, commandant le poste du mont Spinarda, 
refoule, avec une compagnie de grenadiers, les patrouilles 
de la grand'garde piémontaise de la Sotta. En se repliant, 
il laisse trente hommes en embuscade et, au moment où 
l'ennemi se dispose à les enlever, il le fait attaquer de flanc 
par une centaine d'hommes, qui font sept prisonniers 3 . 

Presque au même moment, le chevalier Bonnaud part 
des Bains de Valdieri à la tête de 171 hommes et, le 3 mai, 
à la pointe du jour, cerne et brûle les baracons du poste de 
Ciriegia 4 , occupés par la compagnie franche de Gras, 
forte de 100 hommes, qui met bas les armes. Prévenu le 
jour même, le général Garnier tire quelques troupes 

1. Arch. de Breil, pièces n os 106, 282, et relation de M. de Malausséna. — Arch. de la 
Guerre : Situation de la division de gauche, du 31 mars au 9 avril Lettre de Schérer, le 
14 avril. Les documents français accusent, le premier 25, le second 53 prisonniers, dont un 
capitaine. Les documents piémontais donnent, pour cette affaire, la date du 10 avril ; ils 
indiquent que trois coups de fusil ont été tirés sur la sentinelle et que « les 45 Français 
ont pratiqué le stratagème de s'annoncer au nombre de plusieurs bataillons entourant l'é- 
glise, et, pénétrant à larme blanche, ont désarmé les 52 h. de garde ». D'après le rapport 
du baron de Streng, commandant les troupes de la haute vallée de Stura, il y avait à 
Sant'Anna, un capitaine, quatre caporaux et 46 soldats ; ce poste avait été placé, le 8 avril, 
c'est-à-dire deux jours avant l'attaque, malgré la difficulté de l'approvisionner et de le sou- 
tenir. 

2. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Guerre : Situation de 
la division de gauche, du 29 avril au 14 mai. — Ce poste était de 25 hommes ; six se sont 
échappés. * 

3. Arch. de Breil, pièce n° 208 : Lettre du général marquis de Montana, de Ceva, le 
10 mai, transmettant un rapport du marquis Colli sur cette affaire. — Arch. de la Guerre : 
Situation de l'armée d'Italie, du 30 avril au 9 mai. — Les documents français portent la 
perte des Piémontais à huit prisonniers et six tués. Un seul officier républicain, le lieute- 
nant Lang, a été atteint d'un coup de feu qui lui a cassé la jambe. Dans son rapport, le 
marquis Colli signale huit hommes manquants, tués, égarés ou prisonniers, savoir quatre 
du corps franc Giulay, deux des chasseurs de Nice, un des chasseurs de Piémont et un des 
chasseurs de Novare, ainsi qu' « un certain nombre de blessés ». 11 ajoute : « Les habits 
français, que les nôtres ont pris, sont 11, quelques sabres et quelques fusils » ; ce qui ten- 
drait à faire croire qu'il y a eu 11 Républicains tués. 

4. Cote 1470 de la carte italienne. Voir d'ailleurs le Mémoire du général Garnier, déjà 
cité, p. 39 et 119. Dans la situation de l'armée d'Italie, du 30 avril au 9 mai, il est marqué 
que le « fort détachemeni de l'ennemi a débouché par le col de Finestre ». Cette indication, 
qui n'est pas répétée dans la situation de la division de gauche du 29 avril au 14 mai, 
paraît inexacte, attendu que Bonnaud, partant des bains de Valdieri, ainsi que le dit 
M. de Malausséna, aurait fait un détour énorme. Il est plus probable qu'il a franchi le col 
de Ciriegia ou de Cavalet, peut-être même celui plus difficile de Rovina, dont il se servit 
dans l'expédition du 2 septembre. 



SURPRISE DU COL DU MONT 231 

de Saint-Martin-Lantosque et des cantonnements voisins 1 ; Mai 1795. 
le lendemain, il se met à la poursuite de Bonnaud, sans 
pouvoir l'atteindre. Puis, apprenant que les Piémontais 
sont revenus à Sant'Anna, il y porte trois colonnes de 
400 hommes chacune 2 . Après 11 heures d'une marche 
pénible, par des sentiers difficiles, couverts de glace et de 
neige, il atteint, le 7 mai, les hauteurs au-dessus de l'Ora- 
toire, que l'ennemi abandonne précipitamment. Le 9, les 
Républicains rentrent dans leurs cantonnements 3 . 

Le 15, la présence de patrouilles françaises entre les 
passages de Boaira et de Selle Yecchie, à l'est du col de 
Tende, fait avorter une entreprise extraordinairement har- 
die, que se proposaient d'exécuter les Piémontais contre les 
postes de Carnino et de Viozene 4 . Le lendemain, le cheva- 

1. Arch. de la Guerre : Situation du 4 mai. A Belvédère, 5 e Hérault, 130 h. ; à Saint- 
Martin-Lantosque, 15 e légère, 533 h. ; dans le Valdeblore, cinq comp. du 2 e bat. de la 
20 e demi-brigade, 252 h. Il était difficile de réduire ces divers postes ; aussi est-ce le 3 e bat. 
de la 105 e demi-brigade, particulièrement mentionné et arrivant de Nice, d'où il était parti 
fort de 491 h., qui a dû constituer le fond de la colonne lancée à la poursuite de Bonnaud. 

2. Le baron de Streng, dans son rapport du 11 mai (Arch. de Breil, pièce n° 24) indique 
deux colonnes de 200 h., « l'une par le col de la Lombarde, l'autre par celui de la Porti- 
ziole » ou de Sant'Anna. Il est vrai qu'écrivant à 5 h. 1/2 du soir, il assigne à cette attaque 
la date du 11 mai, en sorte qu'il pourrait être simplement question d'une affaire ultérieure, 
Le rapport de Garnier (Arch. de la Guerre, situation du 29 avril au 4 mai) est en effet très 
positif ; il concorde d'ailleurs avec les indications données par le même général dans son 
Mémoire sur le département des Alpes- Maritimes, p. 28 et 29. Il faut donc admettre qu'il y a 
eu trois attaques, une partant du vallon de Mollières par le col de Lombarda, les deux autres 
débouchant d'Isola, par la cime de Sespoul et par celles de Guercia et de Tésina. On peut 
d'ailleurs se rendre compte de la formation des colonnes, attendu que, d'après la situation 
de la division de gauche le 4 mai, il y avait, à Isola, le 1 er bat' de la 20 e demi-brigade, 
648 h., et la 6 e comp. de sapeurs, 106 h. ; total, 754 h. présents sous les armes ; puis, à 
Saint-Sauveur, le 3 e bat. de la 20 e , 565 h. Il était donc facile de former les deux colonnes 
de la gauche, celle de la droite comprenant le 3 e bat. de la 102 e , arrivant à Mollières le 
5 mai, après avoir couché au poste de Ciriegia, la veille. La journée du 6 a dû être em- 
ployée à donner les ordres et à faire avancer tout ou partie des troupes de Saint-Sauveur 
a Isola , enfin, les colonnes se sont mises en mouvement dans la nuit du 6 au 7. 

3. Arch. de la Guerre : Situations de l'armée, le 9 mai, et de la division de gauche, le 
14. Lettre de Kellermann, le 1 er juin, ordonnant que les officiers qui se sont laissé sur- 
prendre sans avoir tiré un coup de fusil, et qui viennent d'être échangés, seront suspendus 
de leur grade. — Arch. de Breil, pièces n os 200, 202, 211, 214, 220 et relation de M. de Ma- 
lausséna. Bonnaud reçoit une pension de 400 livres ; mais il écrit à Colli pour refuser cette 
pension et obtenir le grade de major. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 228 : Rapport du chevalier de Martinel, pièce just. n° 61. Ce 
document prouve l'erreur de M. de Malausséna lorsqu'il indique que « la fatigue de la 
marche les obligea de retourner à moitié chemin ». Mais la relation de cet officier contient 
la note suivante, qui est fort curieuse : « Extrait du projet d'attaque sur les troupes cam- 
pées à la Colette de Carlin (Carnino) et à Pian Rosso, fait d'après les reconnaissances du 
chevalier Pian. — 550 h. et quelques guides devaient partir, le soir du 15 mai, à 3 h., d'I- 
talie, de Limone, pour aller aux Selles-du-Carlin (le Selle), a la distance de 2 heures environ 
du premier poste français ; où s'étant reposés, une colonne de 250 h. serait montée au col 
de Pal (Pale et Pa de la carte sarde, Pas de la carte italienne), pour passer au col des 
Salines et à celui de la Donzella fRocasso délie Donzelle de la carte sarde, Rocce del Manco 
de la carte italienne), et descendre par le vallon du Bochin de l'Asil (Asile de la carte 
sarde, Aseo de la carte italienne), et tomber sur le derrière du camp de Pian Rosso, com- 
posé de 44 tentes, compris six d'officiers. Cette colonne ne devait arriver à sa destination 
qu'à 2 ou 3 h. de nuit. La colonne de 300 h., restée aux Selles-du-Carlin jusqu'à la nuit, 
devait en partir et, laissant à gauche les deux villages du Carlin (supérieur et inférieur), 
marcher jusqu'au Baracon du Roi (non porté sur les cartes). Elle devait s'y arrêter jus- 
qu'au signal d'attaque du Pian Rosso, pour attaquer à l'arme blanche les huttes du camp 
du Carlin. L'on devait se hâter de le renverser pour aller soutenir l'attaque de la deuxième 
colonne, qui devait détacher 60 h. et quelques paysans pour couper la retraite aux fuyards ». 



232 SURPRISE DU COL DU MONT 

Mai 1795. lier de Saint-Autonin se portait de la vallée du Gesso dans 
le vallon de la Gordolasque par le pas dangereux de Paga- 
rin 1 , pour enlever la garde de San Grato ; mais, surpris 
par une tourmente, après avoir franchi le glacier, il perd 
une vingtaine d'hommes égarés ou prisonniers 2 . Ces expé- 
ditions masquent les mouvements des forces austro-sardes, 
qui quittent peu à peu leurs quartiers d'hiver 3 . 

Le corps du duc d'Aoste, fort de 10.000 combattants, y 
compris les garnisons des places de Suse, la Brunette, 
Exilles et Fénestrelles, prenait position entre le massif de 
la Levana et le mont Viso 4 . La majeure partie des 24 ba- 
taillons et du régiment de cavalerie qui le composent, est 
concentrée dans le camp retranché de l'Arcangel 5 , autour 

1. Martelli et Vaccarone donnent une description très complète de ce col, danb leur 
Guida délie Alpi occidentali, t I, p. 39. C'est celui que le général Garnier, dans son 
Mémoire s*r les Alpes- Maritimes, p. 121, désigne sous le nom de Férisson, que l'on appli- 
que aujourd'hui à ce qu'il nomme Férion, p. 120, c'est-à-dire à la tête du vallon de Spaillard. 

2. Arch. de Breil : Relation de M de Malausséna. 

3. Arch. de Breil, pièces a" 185, 200, 205, 206, 203, 209, 210, 212, 214, 217, 2 9, 220, 224, 
282 : Ordres et comptes rendus relatifs aux mouvements des troupes de l'armée de Colli, en 
avril, mai et juin. 

4. Arch. de Breil, relation de M. de Malausséna : Le chiffre de 10. A 00 h. y est indiqué, 
bien que l'état qui y est joint (pièce just. n 8 60) ne mentionne que 7.124 h. — Arch. de la 
Guerre: Re.iseig îements fournis par Bâcher au comité de Salut public, classés le 23 sep- 
tembre, donnant 26 bat., dont deux autrichiens de garnison. — Les Mémoires de Thaon 
de Revel, p. 233 et suiv., contiennent des renseignements très complets sur la situation du 
corps d'armée du duc d'Aoste. 

5. Les positions occupées en face des débouchés du mont Cenis par les Piémontais sont 
indiquées avec détails dans les Mémoires de Thaon de Revel, p. 242 et suiv. Mais cette 
description est presque impossible à suivre sur les cartes sarde et italienne, sans le secours 
de la carte manuscrite du capitaine du génie Dabadie, existant aux Arch. de la Guerre et 
déjà mentionnée. Il paraît donc opportun de donner à ce sujet quelques explications Le 
camp retranché d'Arcangel, Arcangelo ou Arrangera, situé sur les hauteurs de la rive 
droite du torrent Cenischia, se composait essentiellement d'une ligne de retranchements 
élevés le long de la crête de la rive droit î du torrent Clavero ou Clanere, affluent du Bard. 
La gauche de cette ligne s'appuyait aux escarpements formant la paroi gauche du Rio 
Clarea, dénommés Costa del Crest sur la carte sarde, et gardés par deux postes, le Tuf 
Blanc et le Muret. Le premier, à l'est de Toasso Bianco de la carte sarde ou Pointe Mula- 
tera de la carte italienne, surveillait les mauvais sentiers venant du col Clapier et du 
hameau de Bard ; il devait avoir, à la cote 2658, de cette dernière carte, une garde dite 
du Chiusalet, du nom de la cime qui domine le glacier de Bard. Le poste de Muret, marqué 
sur la carte sous le nom de redoute del Crest, était sans doute vers la cote 1864 de la 
carte italienne, au point où aboutissent les sentiers montant du vallon de Rio Clarea ; il 
défendait l'abord des derrières du camp retranché. La droite de la ligne s'appuyait, par 
Mollacernetto (carte italienne), aux rochers qui dominent l'ancienne abbaye ou les Bains de 
Novalaise, et était couverte par les postes de Molaretto et du roc de Venaus (Schiutfa de 
la carte italienne) ; ce dernier commandait le pont de Selosa (carte sarde) sur la Cenis- 
chia, qu'enfilait une batterie construite sur un mamelon rocheux, au nord de Parore (carte 
italienne). Des grand'gardes étaient établies à Novalaise et à Sant'Antonio, sur les deux 
principales directions d'attaque de Ferrera et de Bard. Sur la rive gauche du torrent Ce- 
nischia, le poste des granges de Fay ou Faye (Mémoires de Thaon de Revel) reliait le 
camp retranché d'Arcangera au plateau du Crest des Padre, compris entre les torrents 
Marderello (carte italienne) et Crensiglione ou Creseglione, le sommet des rochers qui en- 
veloppent à l'est la plaine de Novalaise et le pied des escarpements qui terminent les 
grandes pentes de Rocciamelone. L'accès en était défendu : au nord, par les ouvrages des 
granges Casiol ( Mémoires de Thaon de Revel, p. 263) ou Gizio (carte sarde) entre les 
granges Bafort et Salzina (carte italienne) ; à l'est, par la redoute et le baracon des gran- 

fes Crest, cote 2020 de la carte italienne. Une grand'garde était en avant, aux granges 
anta Maria, entre les torrents Marderello et Ciaret (carte sarde) ou Claret (carte ita- 
lienne) ; la retraite devait se faire sur la crête de Bosco Nero, gardée par deux postes, un 
à la pointe de ce nom, l'autre à Ca ou Casa d'Asti. 



SURPRISE DU COL DU MONT 233 

d'Oulx et du col de Sestrières, enfin à portée de la mon- Mai im 
tagne de l'Assiette 1 . La garde des vallées de laGermanasca 
et du Pellice est abandonnée à leurs vaillants habitants, 
soutenus par quelques troupes régulières 2 . 

Il en est de même dans les vallées du Pô, de la Vraita et 
de la Maira, constituant le premier des quatre départements 
de l'armée du général Oolli 3 . Le second, dit du Borgo 

1. Arch. de la Guerre : Plan manuscrit de la reconnaissance de l'Assiette, en messidor 
an IV, à l'échelle de quatre lignes pour 100 toises, sur lequel sont indiqués d'une façon 
distincte les retranchements construits pendant la guerre de la Succession d'Autriche et 
détruits par les Français dans l'été de 1794, ainsi que ceux relevés ou édifiés, tant par les 
Républicains, en 1794, que par les Piémo'itais, en 1795. Ces derniers retranchements 
comprenaient : au nord, l'ancienne ligne de Testa dell'Assietta (carte italienne, ou plan de 
l'Assiette d'après les anciennes cartes), à Batteria (2564 de la carte italienne, ou tète de 
l'Assiette, d'après les anciennes cartes), appuyée à la redoute de l'Assiette ou d'Exilles 
(double tenaille ou Clôt Pascal de Thaon de Revel) et à celle de France (tenaille où fut 
tué le chevalier de Belle-Isle, en 1747) ; au sud, sur une arête occupée par des tirailleurs 
en 17-17, une nouvelle ligne partant de l'ancien ouvrage dénommé par les Français redoute 
de la Croix de Malte, et allant à un nouvel ouvrage, dit redoute sarde. D'après Thaon de 
Revel, p. 241, il semble que les Piémontais se sont bornés à occuper les redoutes d'Exilles 
et de la Croix de Malte, c'est-à-dire la Testa dell'Assietta, ayant, suivant le plan de l'an IV, 
deux postes avancés, un à Testa di Mottas, emplacement de la batterie de Belle-Isle, l'autre 
sur le rocher situé au sud de Batteria, de la carte italienne, dominant le vallon que suivit 
en 1747, la colonne de M. de Villemur, en se portant à l'attaque du Grand Serin. , 

2. Arch. de la Guerre: Cartes manuscrites du capitaine du génie Capitaine et de l'ad- 
joint du génie Bertrand, donnant les positions des troupes de l'armée des Alpes, du 4 e sans- 
culotide an II au 20 germinal an III. Mémoire de Coula de Beauregard, publié par le 
Ministère de la guerre, déjà cité. Ces documents facilitent la lecture des Mémoires de 
Thaon de Revel, p. 234 et suiv. Le col du Porc ou Porco (carte italienne) est aussi dési- 
gné, sur la carte sarde, sous le nom de Coulaon o Colour del Porco ; il est au sud de la 
Roche Fourioun (cote 3103 de la carte italienne), au nord de laquelle existe le passage de 
Frouin, en face de la roche du même nom (carte sarde). Le poste de la montagne au col du 
Pra était à l'ouest du col di Coj. Le Fautet ne se trouve sur aucune carte, mais il se 
peut que le mot ait été mal copié et qu'il convienne de lire Pautet ou Pautas ; en 
sorte que les lignes de retraite et d'approvisionnement du poste de Barrant seraient ainsi 
bien indiquées, l'une par le fond du vallon des Charbonniers, l'autre par les crêtes de la rive 

gauche. Les points défensifs occupés sur la rive gauche du Pellice, pointe de la Bruna, 
ligne des Blanquettes (Rlancetti de la carte italienne, Bancletti de la carte sarde), se 
trouvaient sur la crête de la rive gauche de Combalira o Rossa, ouvrant le passage de 
Fionira, appuyés à droite à Fionira del Baucie (carte sarde, cote 2687 de la carte italienne), 
à gauche à la Rua de Villa nova, couvrant ainsi la communication directe avec la vallée 
de Saint-Martin par le col Giulian. 

3. Arch. de Breil, pièces n" 177, 195, 198, 203, 226 et 286. — Ce département, dit de 
Saluces, comprenait 10 bat. et 44 comp. pendant la période des quartiers d'hiver (voir 
pièce just n° 60) Mais, au commencement de mai, le général Provera, qui le commandait, 
n'avait sous ses ordres que les rég. de Savoie et de Casai, avec des milices. Le 3, il dirige 
même sur Coni le 1 er bat. de Casai, qui lui est ensuite renvoyé. Il reçoit en outre, dans le 
courant du mois, le rég. de Chablais et deux bat du corps du duc d'Aoste, probablement 
ceux du rég. de Lombardie ; mais il est alors chargé aussi de la défense de la vallée du 
Pô. D'après la situation de l'armée de Colli, du 18 au 20 mai (Arch. de Breil, pièce n° 226), 
les forces dont il dispose sont les suivantes : Savoie, 644 présents sur 927 h. ; Casai, 713 
sur 1.038 ; Chablais, 674 sur 918; compagnie franche de déserteurs, 80 sur 108 ; milices de 
la vallée de Maira, 471 sur 585 ; milices du comte Gensa, 361 sur 367 ; milices de Bergera, 
216 sur 473 ; total, 3.159 présents sur 4.426 h. Dans sa relation (Arch. de Breil, pièce 
n° 177), M. de Malausséna donne « 5.212 h. effectifs >■>, mais il doit comprendre les deux 
bat. du corps du duc d'Aoste. Le 8 mai, le général Provera est encore à Turin ; le rég. de 
Casai et les miliciens s'avancent à Château-Dauphin. Le major général comte de Sonnaz, 
qui commande sous lui dans la vallée de la Maira, a, dès le 14 mars, son quartier général à 
Dronero. Le 3 mai, cinq comp. de milices cantonnent dans les villages de Marmora, Uniers 
ou Pratorondo, Saretto, Chiapera et Stroppo. Dès le 20, les neiges qui fermaient les cols 
ayant beaucoup diminué, deux comp. de Savoie remontent la vallée; le reste du rég. les 
suit, le 29, et cantonne à Prazzo. Aceglio, Villar, Lauzetto et Pratorondo. Les magasins 
et les fours sont établis à Prazzo, où se rend, le 1 er juin, le comte de Sonnaz, accompagné 
du capitaine d'état-major Guigue de Revel, le même qui avait conduit, en 1793, la colonne 
piémontaise se rendant de la vallée d'Aoste en Savoie, par le col du grand Saint-Bernard, 
le Valais et Vallorcine (Arch. de Breil, pièce n° 286). 



234 SURPRISE DU COL DU MONT 

Mai 1795. San Dalmazzo, comprenant les vallées de la Stura, du 
Gesso, de la Vermegnana et du Pesio, est successivement 
commandé par le lieutenant général baron de la Tour, puis 
par le major général comte Christ de Santz, qui disposent, en 
comptant la garnison de Démonte, de huit à 9.000 hommes 
présents sous les armes l . Le prince de Carignan, assisté 
du général baron Déliera, à Mondovi, a sous ses ordres 
7.133 fusils et 504 dragons, répartis dans les vallées de 
l'Ellero et de la Corsaglia, ainsi que dans les vallons de 
Casotto et de Monza 2 . Enfin le département de Ceva, sous 
le major général comte d'Argenteau, est occupé par huit 
ou 9.000 hommes, appuyant leur extrême gauche à la 
redoute et au village de Murialdo 3 . Au delà et jusqu'à 
Montenotte, les vallées des Bormida sont simplement cou- 
vertes par des postes d'observation constitués au moyen 
des miliciens du pays, de Croates et d'un régiment piémon- 
tais ; ils sont destinés à couvrir le rassemblement de 30.000 
Autrichiens, qui va se faire lentement autour d'Acqui 4 . 

1. Arch. de Breil, pièces n 03 177, 200, 201 et 226. D'après la première relation de M. de 
Malausséna, « l'infanterie de toute espèce de troupe ressortant du commandement de ce 
département, la garnison du fort de Démont comprise, était de 6.603 h. effectifs, outre 1.795 
de cavalerie ». D'après la seconde, situation de l'armée de Colli du 18 au 20 mai, cette divi- 
sion a « 9.183 présents sur 12.534 h. dehors de service et faisant service. Six bat. étaient en 
réserve au camp du Bourg, pour secourir les vallées ou fournir à leur garde à mesure que 
les passages se rendaient praticables ». Le brigadier comte de Vital commande en second. 

2. Ces chiffres sont ceux de la relation de M. de Malausséna ; ils ne diffèrent pas sensi- 
blement de ceux de la situation du 18 au 20 mai, qui sont 7.520 présents sur 9.805 h. Ces 
troupes sont en majeure partie cantonnées à Mondovi et environs « en seconde ligne et 
comme en réserve, pour secourir le département de Cève et pour s'opposer à la descente 
des Français par les revers des hauteurs de la gauche de Tanaro». En avant, il n'y a, au 
commencement de mai, que des milices dans la vallée de l'Ellero, un bat. cantonné au village 
de Fontana di Frabousa et un autre à Frabousa Soprana, un rég. de grenadiers campé en 
échelons à la tête du contrefort séparant les vallées de Corsaglia et de Casotto. Le général 
marquis de la Chiusa commande en sous-ordre. 

3. 9.059 h., y compris la garnison de Ceva et les milices, d'après M. de Malausséna. La 
situation de l'armée de Colli, du 18 au 20 mai, donne 8.643 présents sur 11.305 h Ces forces 
étaient distribuées sur deux lignes ; la principale était constituée par « les hauteurs de la 
rive gauche de la Corsaglia jusqu'à son confluent dans le Tanaro, remontait à Ceva par la 
rive droite de cette rivière et, par le chemin régnant sur les hauteurs à droite du torrent 
Civette, joignait Montezzemolo, position couvrant la tète du Belbo, dominant par sa gauche 
la Bormida, ayant plusieurs points retranchés et quelques-uns garnis d'artillerie » (relation 
de M. de Malausséna). Un pont de pontons était établi sur le Tanaro, en aval de l'embou- 
chure de la Corsaglia. La première ligne, occupée par de forts avant-postes, avait sa droite 
au Bric de Mindino, à l'est du col de Casotto, dépendant du département de Mondovi, 
son centre à Priola, dans la vallée du Tanaro, sa droite au mont Sotta et se prolongeant 
en arrière sur les hauteurs entre le Tanaro et la Bormida jusqu'à la chapelle de San Gio- 
vanni de Murialdo. Le général marquis de Montana commandait à Ceva, sous les ordres 
du comte d'Argenteau, qui était à Montezzemolo. (Voir en outre sous le n° 63 des pièces 
just., la situation de l'armée de Colli vers le 15 juin, d'après la pièce n° 253 des Arch. de 
Breil). 

4. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna et pièce n° 183 ; voir pièce just. n° 64. 
Vers le 15 mai, les troupes légères autrichienues s'avancent dans la vallée de la grande 
Bormida ; à la fin du même mois, 12.000 h. campent à Acqui. 



SURPRISE DU COL DU MONT 235 

A cette masse d'au moins 60.000 ennemis, l'armée d'Italie MaU795. 
pouvait opposer, au commencement de mai, à peine 25.000 situation 
combattants sur 80 à 90.000 hommes 1 , effectif total de i'^e d'itaiie. 
27 demi-brigades, dont quatre légères, 21 bataillons de 
volontaires, un bataillon de sapeurs, 13 compagnies fran- 
ches, cinq régiments de cavalerie et l'artillerie 2 . Endurcies 
par des privations de tous genres, aguerries par une lutte 
incessante contre les miliciens et les barbets, les soldats 
restant sous les drapeaux étaient supérieurs à ceux de 
l'armée des Alpes, par leur patience à supporter le dénue- 
ment le plus complet, leur adresse à se battre dans des 
terrains très difficiles, leur dévouement à l'égard des 
officiers 3 . Malheureusement, ces belles qualités semblaient 
devoir rester stériles, tant était grande la désertion 4 et 
déplorable l'état des services de l'armée d'Italie, sauf ceux 
de la viande et des hôpitaux. 

Aussi, dès les premiers jours de son arrivée à Nice, le 
général Kellermann cherche à remédier autant qu'il le 
peut, à ces causes de désorganisation, en adressant 
aux troupes une proclamation pour les rappeler à leur 

1. Arch. de la Guerre : Situation du 4 juin. 1™ division de droite, Masséna, 31 bat., 
10.171 présents sur 22.398 h., 8.354 à l'hôpital ; 2 e division de droite, Sérurier, 21 bat., 
6.434 présents sur 15.924 h., 6 634 à l'hôpital; division du centre, Macquard, 11 bat., 
4.492 présents sur 9.449 h., 3.803 à l'hôpital; division de gauche, Garnier, 9 bat., 3 725 
présents sur 6.934 h., 1.539 à l'hôpital ; total, 24.822 présents sur 54.705 h., 20.330 à l'hôpi- 
tal. Kellermann, dans sa lettre du 9 mai au comité de Salut public, indique 24.079 combat- 
battants « pour l'armée active, qui occupe tous les postes entre Savone et le val Saint- 
Etienne, distance d'environ 50 lieues. » Il donne 80.466 h. pour l'effectif total de l'armée 
qui, sur la situation du 4 mai, ressort à 94.483 ; mais le total des présents est sensiblement 
le même, 46.825 ou 48.702, dont 22.746 ou 23.880 sur les côtes et embarqués. — Voir aussi 
Mémoires de Masséna, par Koch, p. 141. 

2. Arch. de la Guerre : Aperçu de l'état de l'armée d'Italie, le 9 mai, par Gaultier. 
Voir pièce just. n» 62. Les troupes chargées de la défense des côtes formaient deux divi- 
sions ; la première, des bouches du Rhône à l'embouchure de l'Argens, sous le général 
Mouret, comprend 17 bat., 5 rég. de cavalerie, soit 15.353 combattants ; la seconde, com- 
mandée par le général Casabianca, ayant son quartier général à Nice, est de huit bat., pré- 
sentant 7.012 fusils. Toutes les demi-brigades avaient été formées à 3.201 h. ; mais la dé- 
sertion à l'intérieur et les maladies les avaient réduites des deux tiers. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 23 mai et 1 er juin ; de Real, le 28 
mai, et de Beffroy, le 20 juin. — Mémoires du général Roguet, t. 1, p. 152 et suiv., parti- 
culièrement le chapitre LXXVII. — Arch. de Breil, pièce n° 193 : Rapport de Marsucco, 
le 3 mai : « Le fils du général Kellermann a mandé à son père (car il était ici il y a quel- 
ques jours) qu'en entrant en Italie, il use de précautions, attendu les maladies, et il a 
prévenu qu'il aura à commander une armée de squelettes ; qu'il en donne avis à la 
Convention. » 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 1, 5 et 11 juin ; de Masséna, le 
25 mai ; du comité de Salut public, le 13 juin ; de Pille, le 17 ; des représentants du peu- 
ple Beffroy, de Nice, et Chambon, de Marseille, le 20 juin. 



236 



SURPRISE DU COL DU MONT 



Mai 1795. 



Kellermann 

visite 
les positions 

occupées 
par l'armée. 



devoir de défenseurs de la patrie l , et en donnant aux chefs 
des diverses administrations des instructions précises sur 
les ressources qu'ils doivent se procurer pour faire face aux 
besoins d'une armée de 100.000 hommes et 30.000 che- 
vaux, pendant six mois 2 : Les magasins généraux 3 , les 
grands parcs de bétail 4 et les hôpitaux principaux 5 doivent 
être établis en- deçà du Var, sur lequel un second pont sera 
construit à hauteur de Saint-Martin 6 . Les dépôts de Nice, 
Oneille et Loano ne contiendront qu'un mois de vivres 7 . 
Les agents des transports sont invités à compléter le plus 
tôt possible leurs équipages en conformité de leur marché 8 . 
Laissant à Nice un représentant du peuple, le général 
Gaultier, chef d'état-major de l'armée d'Italie, et le com- 
missaire ordonnateur en chef Eyssautier, pour surveiller 
l'exécution de ces mesures, Kellermann, accompagné des 
autres représentants et de son chef d'état-major, le général 
de division Berthier, visite successivement les positions 
occupées par les quatre divisions de première ligne 9 . Il 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, le 1 er juin. 

2. Arch. de la Guerre : Mémoire manuscrit de Kellermann sur la campagne de 1795, 
pièce just. n° 2. Correspondance de l'armée d'Italie, passim, à partir du 8 mai, date de 
l'instruction ; les ordres à cet égard sont excessivement nombreux. 

3. Antibes et Grasse pour les vivres, Antibes pour l'habillement et le campement. Le 
port de Nice est le principal point de réception des grains, en provenance de Gènes et de 
Livourne, des Etats Barbaresques et de la Grèce, qui sont ensuite réexpédiés, non seule- 
ment sur Antibes et Grasse pour l'armée d'Italie, mais encore sur Toulon et Marseille pour 
la 8 e division militaire, les départements du midi et même l'armée des Alpes. L'équipage 
de siège est débarqué à Antibes, à l'exception de pièces de 24 et six mortiers de 12 pou- 
ces ; les bateaux serviront au transport des grains et des effets. 

4. Ils sont échelonnés de façon à éviter les épizooties. Il y a en outre un parc parti- 
culier en arrière de chaque division, comprenant un mois de viande sur pied et alimenté 
par les grands parcs. 

5. Antibes, Cannes, Grasse et Tourrette. Un hospice de convalescents sous tentes à 
Saint- Vallier et dans les bois de l'Estérel. Un hôpital sous tentes en arrière de chaque 
division, indépendamment de tous les hôpitaux fixes déjà établis. Il est recommandé de 
limiter les évacuations le plus possible, afin d'entraver les tendances à la désertion. 

6. Arch. de la Guerre : Ordre de Gaultier, les 9 et 10 mai, au général Vital, com- 
mandant le génie. 

7. Nice alimentera les divisions du centre et de la gauche sur le pied de 10.000 h. 
chacune. Oneille et Loano serviront pour les 20.0U0 h de la division de la droite. Les 
moulins de Gênes à Voltri ne recevront les grains qu'au jour le jour et les farines seront 
aussitôt versées à Oneille et Loano. Tous les autres moulins de l'arrondissement de 
l'armée et particulièrement ceux du Var seront employés 

8. Ils devaient avoir 16.377 animaux et près de 800 chariots ou charrettes; ils en 
avaient à peine le tiers ; le 21 février, Schérer estimait le déficit à 14.000 animaux et, le 
30 avril, le représentant du peuple Beffroy, à Nice, était obligé de maintenir les animaux 
loués par réquisition, bien qu'ils fussent réclamés par leurs propriétaires pour les travaux 
des champs 

9. Arch. de la Guerre : Correspondance du mois de mai. Le représentant du peuple 
Dumaz reste d'abord à Nice, pendant que Beffroy et Real se rendent à l'aile droite avec 
le général Kellermann, à partir du 11 mai. Le 23, ce dernier revient à Nice avec Real ; 
il repart, le 24, pour les divisions du centre et de la gauche, avec Dumaz et rentre, le 31, 
à Nice, où arrive également Beffroy revenant de Gênes. Quelques jours après, Real part 
pour l'armée des Alpes ; Beffroy demeure à Nice où il ne tardera pas à être rejoint par le 
représentant du peuple Chiappe ; Dumaz accompagne Kellermann à l'aile droite à partir 
du 18 juin. 



SURPRISE DU COL DU MONT 237 

prescrit la formation de 14 bataillons de grenadiers à six Mai 1795. 
compagnies l pour faciliter la garde des principaux postes, 
dont la force naturelle est augmentée par des travaux 
défensifs 2 . Il ordonne aussi les mouvements de troupes 
destinés à faciliter l'offensive, dont il rédige le plan 
conformément à la décision prise par le comité de Salut 
public, aussitôt après la signature de la paix avec la 
Prusse 3 . 

Toutefois on ne pouvait songer à attaquer tant que les 
services administratifs ne seraient pas en état de fonction- 
ner, et les nombreuses demandes adressées, depuis plusieurs, 
mois, restaient sans effet 4 . Une augmentation de forces 
devenait d'ailleurs d'autant plus indispensable, que les 
mesures prises contre la désertion étaient illusoires 5 et 
que les événements de germinal et de prairial avaient leur 
contre-coup dans l'intérieur de la France 6 . A Toulon, le 

1. Arch. delà Guerre : Ordre du 7 mai. Lettres de Gaultier, le 11 mai, annonçant la 
formation d'un bat. avec les grenadiers des 100 et 102' demi-brigades ; le 18, rendant 
compte de la formation du 1(J C bat. à Loano, avec les grenadiers du 10 e bat. de l'Isère ; 
des 103° et 104" demi-brigades ; du 12 e bat. à Toulon, etc. Arrêté de Dumaz, le 19 mai, 
prescrivant que l'artillerie ne se recrutera pas dans les bat. de grenadiers. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Berthier, les 8 mai et 1 er juin ; de Gaultier, les 14 
mai et 1 er juin. Reconnaissance d'Andréossy, le 28 mai, pour le placement de l'artillerie 
au col de Tende. Lettres de Keliermann, les 19, 20, 23 mai et 16 juin. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Keliermann, les 5, 7, 8 et 9 juin. Voir la première 
pièce just. n° 66. Lettres du comité, le 26 mai, portant envoi de l'arrêté du 18, relatif à 
l'offensive (pièce just. n° 65), et le 12 juin Mémoire de Keliermann sur les opérations en 
date du 10 juin ; il reproduit les dispositions proposées par le général Schérer, en janvier. 
— Contrairement à l'assertion de Jomini, Histoire des guerres de la Révolution, t. VII, 
p. 81, Keliermann n'a jamais été autorisé « non seulement à rester sur la défensive, mais 
encore à évacuer le comté de Nice et à prendre sa ligne derrière le Var.» Des bruits de ce 

fenre s'étant répandus dans l'armée, le comité de Salut public, écrit aux représentants 
u peuple, le 10 juillet, pour protester dans les termes suivants : « Nous n'avons jamais 
rien écrit de semblable ; nous voulons sans doute la sûreté des frontières ; mais le système 
offensif était à coup sur celui qui pouvait le mieux les garantir. Aussi, tous les ordres 
donnés jusqu'ici au général Keliermann, toutes nos instructions, toutes nos lettres, portent 

âue l'armée des Alpes et d'Italie agira otfensivement ». Les instructions de Keliermann en 
ate du 4 juin sont d'ailleurs rédigées dans ce sens. — Le traité de paix avec la Prusse 
est signé à Baie, le 5 avril, et ratifié le 14. 

4. Arch. de la Guerre : Correspondance de février à juin. Les principales dépêches sont 
celles des représentants du peuple, les 15 mars, 14 et 18 avril, 9 et 24 mai, 20 juin ; du 

fénéral Schérer, les 21 février et 5 mars ; du général Moulin, les 3 mars et 27 avril ; enfin 
e Keliermann, les 14 avril, 9 et 25 mai, 1, 5, 11, 14 et 20 juin. Les notes échangées dans 
le même temps à propos de ces demandes entre le comité de Salut public et les commis- 
sions prouvent combien le désordre était grand dans les administrations. — Mémoires de 
Masséna, par Koch, p. 142. 

5. Arch. de la Guerre : Proclamations de Keliermann, le 1 er juin, et de Real, le 19. 
Lettre des représentants du peuple Chambon, Rouger, Despinassy et Cadroi aux admi- 
nistrations des départements, le 12 juin ; note du comité de Salut public au comité de 
Sûreté générale, le 18 juin. Les résultats étaient nuls ainsi que le constatent les lettres 
de Keliermann, le 5 juin (pièce just. n° 66) et de Gaultier, le 28 mai, indiquant que les 
déserteurs traduits devant les tribunaux militaires, conformément à la loi du 12 mai 1893, 
sont acquittés, mais ne peuvent rentrer à leurs corps, qui refusent de les recevoir. 

6. Mignet, Histoire de la Révolution française, t. II, p. 132 et suiv. 



238 SURPRISE DU COL DU MONT 

Mai 1795. 19 mai, jour fixé pour le départ de l'escadre, éclate une 
insurrection, rapidement étouffée, il est vrai l , mais qui 
n'en occasionne pas moins un arrêt dans la marche des 
colonnes appelées en première ligne. A Marseille, à Aix, 
à Avignon, dans tous les départements, les représentants 
du peuple, les autorités civiles gardent des troupes pour 
en imposer aux partis jacobin et royaliste, prêts à en venir 
aux mains 2 . 

Au lieu des 18 bataillons et des deux régiments de 
cavalerie réclamés pour renforcer les deux armées des 
Alpes et d'Italie 3 , le comité de Salut public ne pouvait 
détacher des bords du Rhin que 6.000 hommes 4 . En outre, 
les troubles suscités à Lyon 5 prenaient au même moment 
un tel caractère de gravité qu'il était obligé, le 19 juin, 
d'inviter Kellermann à tenir un corps de 18.000 hommes 
prêt à marcher sur cette ville 6 . A cette date, ce général, 
qui se disposait à se rendre à Tournoux pour y surveiller 
rétablissement des troupes assurant la jonction des deux 
armées, était appelé vers la droite de celle d'Italie, mena- 
s cée d'une attaque imminente 7 . 

Disposition Toutes les forces disponibles des Français étaient d'ail- 

des forces 

républicaines, leurs réparties selon les instructions du général en chef, 
malgré les difficultés causées par les mutations effectuées 

1. Voir V e partie, chap. II. — Mémoires de Masséna par Koch, p. 144. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 24 avril, 23 mai, 1, 5, 11, 12 et 19 
juin ; du général Piston, le 16 mai ; du général Mouret, le 19 mai ; des représentants du 
peuple dans le Mont-Blanc, le 14 mai ; de Cadroi, le 7 juin ; de Chambon, Rouger et 
Cadroi, le 9 juin ; cependant, le 8 juin, le comité de Salut public arrête que les repré- 
sentants ne pourront plus suspendre les mouvements de troupe sans l'autorisation des 
généraux. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 9, 23, 25 mai et 1 er juin ; de Dumaz 
et Real, le 9 mai ; de Real, le 28 mai. Dans sa lettre du 23 mai, Kellermann fait observer 
qu'il y a, à l'armée d'Italie, des demi-brigades réduites à 200 h. par les maladies et les 
désertions. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 8, 11 et 19 juin ; notes de Pille, 
les 9 et 26 mai, etc. 

5. Arch. de la Guerre : Arrêté du comité de Salut public, le 3 mai , lettres de Keller- 
mann, le 10 mai *, de Moulin, le 4 juin, etc. 

6. Arch. de la Guerre : Arrêtés du comité de Salut public, le 1 er mai, prescrivant 
d'envoyer à Lyon deux bat. ; le 19 juin, relatif à la formation du corps de 12.000 h. ; 
lettre de Kellermann, le 29 juin, etc. 

7. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 24 mai, 1 er , 8, 12, 16, 17, 18 juin ; 
de Masséna, le 25 mai ; de Macquard, les 25 mai. 12 et 14 juin ; de Pijon, les 25 mai et 
10 juin ; de Real, le 28 mai ; de Cacault, le 4 juin; de Pico, le 16; de Villars, le 17. 
Rapports du service des renseignements. 



SURPRISE DU GOL DU MONT 239 

dans le personnel des officiers généraux et des états-majors, Juin 1795. 
à la suite du travail de « classement » exécuté au comité 
de Salut public \ 

Obligé de laisser sur les derrières près de 3.000 hommes 
pour assurer la tranquillité publique à Lyon et empêcher la 
contrebande le long de la frontière suisse 2 , le général 
Moulin, dont le quartier général va s'établir à Briançon 3 , 
dispose de 15.000 combattants seulement 4 , avec lesquels 
il doit prendre une attitude offensive, en attendant l'arrivée 
des renforts, et faire de fréquentes démonstrations contre 
les positions ennemies. Mais celles-ci étant bien retran- 
chées et défendues par des forces égales, les opérations se 
réduisent à quelques engagements de patrouilles et de 
reconnaissances 5 . 

3.600 hommes protègent la Tarentaise par l'occupation 

1. Arch. de la Guerre, passim. — Bonaparte et son temps, par Jung, t. II, p. 476. Quoi 
qu'en dise cet auteur, il est fort probable que, dans ce travail, le comité de Salut public a 
eu pour objet, non seulement de mettre de l'ordre, mais aussi de se débarrasser des 
officiers qui avaient paru être partisans du gouvernement révolutionnaire. C'était d'ailleurs 
dans les mœurs de l'époque. Masséna et Sérurier devaient être employés hors de l'armée 
d'Italie (Lettre de Schérer, le 29 avril). Cervoni, Joubert, Gardanne, Mounier auraient 
dû être réformés, sans les observations de Kellermann (Lettres de Gaultier, le 26 juin ; 
de Berthier, le 8 juillet; de. Masséna, le 13 juillet; de Kellermann, le 20 juillet), etc. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Petit-Guillaume, le 26 novembre 1794 ; du comité 
de Salut public, le 8 mai ; de Piston, le 20 mai, de l'agent national du district de Thonon, 
le 23 mai. Situation du 3 juin 1795 : 2 414 présents dans la 4 e division du centre ou de 
réserve, principalement à Lyon et Grenoble ; 400 dans la 3 e division, composée de vétérans, 
de quelques artilleurs et d'une compagnie de sapeurs pour l'entretien du pont de Lancy 
sur le Rhône, en aval de Genève. 

3. Arch. de la Guerre : Ordre du 4 juin prescrivant au quartier général de se rendre le 
18 à Saint-Jean de Maurienne. Instruction de Kellermann ponr le général Moulin, le 
10 juin. « Il établira son quartier général dans deux points, l'un à Briançon, l'autre 
dans la vallée de Maurienne, soit à Saint-Michel, soit à Saint-André, pour pouvoir se 
porter avec célérité, par le Monestier, à l'un ou à l'autre de ces points ». Mais le général 
Moulin ayant été appelé à Lyon par ordre des représentants dn peuple et du comité de 
Salut public, le quartier général est installé « sous Briançon », le 26 juillet seulement, 
malgré Tordre donné par Kellermann, le 13 juin, et réitéré par Berthier, le 19 juillet. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 3 juillet, voir pièce just. n° 67. L'effectif 
total de l'armée était de 21.351 h. Du 20 mai au 3 juin, il y avait eu une perte de 1.769 h. 
« qui se sont absentés de leurs corps sans permission », euphémisme désignant les déser- 
teurs. Dans une lettre du 27 juin, Kellermann ne compte même que 9.500 combattants. 

5. Arch. de la Guerre : Situations de la 2 e division du 29 avril au 15 mai et du 29 
au 13 juin. Lettre de Piston, le 16 mai. Une reconnaissance française du poste de Tignes, 
sous les ordres d'un capitaine, parvient jusqu'au village de Rhêmes, après avoir culbuté 
quelques miliciens qui ont deux h. tués et trois blessés ; elle est ensuite obligée de se 
replier à l'arrivée de renforts ennemis, laissant un prisonnier. Du côté du mont Cenis, une 
reconnaissance piémontaise venue de Novalaise, le 6 mai, a été repoussée avec perte : 
mais une patrouille française a un homme du 9° bat. de l'Isère tué et un autre du bat. 
franc de la République blessé, le 23 mai. Le 11 juin, le bivouac du Plateau Vert est 
surpris par l'ennemi, qui prend 41 h. du 1 er bat. des Basses-Alpes, et 24 du bat. franc de 
la République. Le commandant du bivouac, accusé de négligence, est traduit devant le 
tribunal militaire. — Arch. de Breil, pièce n° 215 : Le 13 mai à 4 h. du matin, 200 Répu- 
blicains débouchent du col de Largentière en trois colonnes, marchant l'une sur le bara- 
con n° 4, l'autre sur le baracon n° 3, la 3 e sur le hameau des Granges. Les grand'gardes 

Siémontaises refoulées, les Français se mettent à piller et se replient en tiraillant à l'arrivée 
es milices de Belmond, accourues de Bersezio. 

17" 



240 SURPRISE DU COL DU MONT 

juin 1795. d u p e tit Saint-Bernard et du col du Mont ; autant gardent 
le plateau du mont Cenis et le col de la Roue, couvrant 
l'importante communication du Galibier. 3.000 hommes 
défendent les abords de Briançon et de Mont-Dauphin par 
le mont Genèvre et le Queyras, tandis que le camp retran- 
ché de Tournoux sert d'appui à une division de même 
effectif, destinée à être portée, aussitôt qu'il sera possible, 
à 10.000 hommes, de façon à servir de réserve commune 
aux deux armées \ 

Celle d'Italie, présentant 30.000 combattants 2 , a mis à 
profit la fonte plus rapide des neiges sur le versant méri- 
dional des montagnes, pour se saisir des passages impor- 
tants de Sauf Anna 3 et de Termini 4 . 

La division de gauche, forte de 4.000 fusils, s'étend de 
Saint-Dalmas-le-Selvage à Belvédère, par Saint-Etienne, 
Isola, Mollières, Saint-Martin-Lantosque et Belvédère. Le 
centre, présentant 6.000 combattants, occupe le haut 
bassin de la Roya et le col de Tende. L'aile droite, placée 
tout entière sous les ordres de Masséna, compte 20.000 
hommes répartis en trois subdivisions : celle de gauche, 
défendant les avenues d'Ormea sur la rive gauche du 
Tanaro ; celle du centre, postée au col de San Bernardo et 
sur les mamelons en avant ; enfin celle de droite, d'un 
effectif égal à celui des deux autres réunies, déployée sur 

1. Arch. de la Guerre : Instruction pour le général Moulin. La correspondance avec 
l'armée d'Italie est établie par Gap, Sisteron, Digne, puis à partir de ce point où. cesse la 
poste, par Barrême, Castellane, Séranon, Grasse, où se trouvaient «des relais de trois 
chevaux avec un postillon. » 11 existait encore, entre Nice et Barcelonnette, deux autres 
communications reconnues par l'adjudant général Aréna; l'une par Saint-Martin-du-Var, 
Ascros, Entrevaux, puis la Colle Saint-Michel, Colmars et Mourjouan, ou Guillaumes et 
Esteng, points qui sont pourvus de postes de correspondance. On comptait 36 heures par la 

Eremière route, 31 h. 1/4 par la deuxième (Arch. de la Guerre : ordre du 13 mai, et très 
elle carte de la reconnaissance des communications de l'armée des Alpes avec celle 
d'Italie). 

2. Arch. de la Guerre : Situation du 19 juin ; voir pièce just. n° 68. 

3. Arch. de la Guerre : Situation de la division de gauche, le 13 juin. Au Col Long, 
cinq comp. du 3° bat. de la 20 e demi-brigade et une pièce de 3 ; à Sant'Anna, 1 bat. de la 
20 e et deux pièces de 3; à la Lombarda, 3 e bat. de la 20 e . 

4. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Guerre : Situation du 
3 juin. Les Français se sont établis au col de Termini, vers le milieu du mois de juin, au 
nombre de 1.061 h., savoir : 2 e bat. de la 56 e demi-brigade ; trois comp. de grenadiers de la 
19" et trois comp. de la 52 e , formant le 5 e bat. de grenadiers ; 17 canonniers de la 19 e ; et 
le 2* bat. de la 166 e campé un peu au-dessous du col, en réserve. 



SURPRISE DU COL DU MONT 



241 



les montagnes de la tête des Bormida et sur les contre- Juin 1795 - 
forts de Vado, de la tour de Melogno à Savone \ 

Tous les postes, couverts par des retranchements, reliés 
par des signaux et des chemins, doivent se soutenir mu- 
tuellement, harceler continuellement l'ennemi, et se tenir 
prêts à prendre l'offensive au premier ordre. En cas de 
retraite, l'aile droite se replierait en échelons, d'abord sur 
les hauteurs de Zuccarello et de Ponte di Nava, puis en 
arrière de la Taggia, gardant Colla Ardente et Marta, 
enfin sur la rive droite de la Roya, en reployant au besoin 
la gauche jusqu'au col de Saint-Eoch. Le centre se con- 
centrerait à l'Authion, d'où il irait au mont Férion et à 
Utelle. La gauche, après s'être ralliée sur le plateau de 
Beuil et le massif du Tournairet, gagnerait le mont Vial, 
conservant une arrière-garde en avant d'Entrevaux. Les 
généraux ont ordre de faire reconnaître ces positions, ainsi 
que les lignes de communication 2 . Mais l'attaque des 
Austro-Sardes empêche l'entière exécution de ces sages 
dispositions. 



1. Arch. de la Guerre : Ordres des 9 et 21 avril. Le général Masséna prend le com- 
mandement de la première division de droite ; il a sous ses ordres les généraux Vaubois, 
Laharpe, Cervoni, Nicolas et Dommartin, qui, obligé de soigner ses blessures, est remplacé 
par l'adjudant général Saint-Hilaire. Le général Sérurier commande la deuxième division 
de droite, ayant sous lui les généraux Pelletier, Miolis, Gouvion et Pijon. — Ordres des 
25 et 26 mai: Masséna est appelé à Nice pour prendre le commandement des troupes mar- 
chant sur Toulon ; Sérurier exerce provisoirement le commandement des deux divisions de 
la droite. — Ordres des 28 et 29 mai : Masséna commandera toute l'aile droite, de Vinti- 
mille à Savone et de Savone à Carnino ; il aura son quartier général à Tuisano. — Mémoires 
de Masséna, par Koch, p. 146. 

2. Arch. de la Guerre : Instruction de Kellermann aux généraux Masséna, Macquard et 
Garnier, le 4 juin. Il existe des minutes de ces instructions à la date du 24 mai. Celle de 
l'aile droite remplace les instructions des 7 février, 3 mars, 9 et 30 avril, ainsi que d'autres, 
classées par erreur au 23 mai et adressées aux généraux Sérurier, Cervoni et Laharpe. 
Les instructions de Kellermann sont remarquables par leur netteté et leur prévoyance. — 
Lettre de Pijon à Barquier, de Viozene, le 17 juin, au sujet de l'établissement de signaux 
entre les postes de l'aile droite et du centre. 



CHAPITRE II 
RETRAITE DE KELLERMANN 

DANS LA RIVIÈRE DE GÊNES 



autrichienne. 



Formation et rassemblement des troupes impériales. — Attaques de 
l'armée austro-sarde. — Combats de Vado, de San Giacomo, de 
Settepani, de Spinarda, de Termini et du col de Tende. — Retraite 
de Kellermann dans la Rivière de Gênes. — Nouvelle ligne de 
défense occupée par les Républicains. — Situation pénible de 
l'armée d'Italie. — Inaction des Autrichiens. — Tentatives faites 
le long de la frontière des Alpes par les Piémontais. 

AvriU895. Par le traité conclu le 3 janvier 1795 avec l'impératrice 
Formation Catherine de Russie , la cour de Vienne avait réglé l'af- 

de l'armée ° 

faire du partage de la Pologne et échangé les Pays- 
Bas, définitivement perdus, contre la Bavière ; en outre 
elle s'était assuré l'alliance de cette princesse, qui avait 
adhéré aux acquisitions que l'Autriche pourrait faire, en 
compensation des avantages obtenus par la Russie et la 
Prusse, en 1793, lors du premier partage \ De grands 
succès sur le Rhin devenaient d'autant plus problémati- 
ques que le roi de Prusse, la Hollande, divers électeurs 
abandonnaient successivement la lutte contre la France 2 ; 
mais l'Italie offrait tous les dédommagements désirables. 

On avait d'abord compté sur les contingents de ses 
divers Etats, et particulièrement sur l'armée napolitaine, 
dont 12 escadrons avaient rejoint dès la lin de 1794. Tou- 

1. Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 193. 

2. Traités de Bàle avec la Prusse, le 5 avril ; de la Haye avec la Hollande, le 16 mai ; 
convention de Baie, relative à l'Allemagne, le VI mai. — Arch. de Breil, pièce n" 171 : 
Renseignements venus de Gênes, le 6 décembre 1794, au sujet des négociations de la 
France avec la Hollande, la Prusse et cinq électeurs de l'Empire ; et n° 193 : « Le roi de 
Prusse travaille à la conciliation entre la France et les princes de l'Empire ». (Correspon- 
dance de Gènes, le 27 avril). 



RETRAITE DE KELLERMANN 243 

tefois les préparatifs de l'expédition maritime de Toulon Mai 1795 - 
faisaient surseoir au départ de l'infanterie, qui était même 
ajourné indéfiniment, du moment que la flotte républi- 
caine osait entrer de nouveau en lutte contre l'escadre 
anglaise \ Pour la même raison, le pape manifestait des 
idées de moins en moins belliqueuses 2 . La Toscane venait 
d'obtenir de la Convention la reconnaissance de sa neu- 
tralité 3 . Venise et Gênes pactisaient presque ouvertement 
avec la France 4 . Quant aux duchés de Parme, Plaisance 
et Modène, leurs forces militaires étaient insignifiantes 5 . 
On était donc dans l'obligation d'employer la majeure 
partie des troupes cantonnées en Lombardie et en Pié- 
mont 6 . M. de Wins, mis à la tête de 30.000 combattants sur 
la demande du Cabinet piémontais \ arrive, le 19 avril, à 
Alexandrie 8 . Il donne l'ordre de lever les quartiers d'hiver 
et dirige les corps sur Acqui et Tortone 9 ; il se rend en- 
suite à Turin, où le roi de Sardaigne, malgré l'expérience 
si chèrement acquise au cours des années précédentes, 

1. Arch. de la Guerre : Notes du service des renseignements, les 10 et 17 février. Let- 
tres de Cacault, le 6 janvier ; de Schérer, le 19 février ; de Bertellet, consul de France à 
Livourne, le 1 er avril. 

2. Arch. de la Guerre : Notes du service des renseignements, les 10 février et 18 juin ; 
lettre de Bâcher, le 18 février. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Cacault, le 6 janvier, et de Villars, le 4 mars. Il 
résulte de ces lettres que le traité conclu avec la Toscane, le 9 février, avait eu pour prin- 
cipal but d'assurer le service des subsistances, le port de Livourne étant à cet égard plus 
important encore que celui de Gênes. — Voir aussi Y Histoire d'Italie, par Botta, t. I, 
p. 283 et suiv. 

4. L'Europe et la Révolution française, par Albert Sorel, t. IV, p. 33 et 346. — Histoire 
d'Italie, par Botta, t. I, p. 290 et suiv. 

5. Arch. de la Guerre : Note du service des renseignements, le 10 février. 

6. Des pièces n os 106 et 142 des Arch. de Breil, il résulte très nettemment que, dès la 
fin de 1794, l'armée autrichienne de Lombardie comprenait 36 bat. et 32 escadrons. Il ne 
faut donc accepter qu'avec réserve les notes du service des renseignements français, qui 
signalent des passages de troupes venant de l'armée du Rhin. L'effectif des forces impé- 
riales en Lombardie est demeuré le même jusqu'au milieu de 1796. Les renforts envoyés 
sont restés presque tous dans le Tyrol ; c'est ce qui a permis au gouvernement impérial de 
former si rapidement les armées de Vurmser et Alvintzy. 

7. Mémoires de Thaon de Revel, p. 231. — Un homme d'autrefois, par Costa de Beau- 
regard, p. 279. 

8. Arch. de la Guerre : Notes du service des renseignements, le 13 mars, annonçant le 
départ de M. de Wins pour la semaine suivante ; le 15 avril, marquant qu'il est attendu à 
Dego ; le 27 avril, indiquant qu'il est à Turin. — Arch. de Breil, pièce n° 286 : M. de 
Wins est à Alexandrie, du 2 au 5 mai ; le 6, il se rend à Acqui. — Mémoires de Thaon 
de Revel, p 221 et 267 : M. de Wins est le 12 avril à Mantoue ; il doit aller successive- 
ment à Milan, Alexandrie et Turin, où. il est le 24 avril ; le 2 mai il est à Alexandrie, le 
6 mai à Spigno, le 12 juin à Dégo. — Koch, Mémoires de Masséna, p. 145 : M. de Wins 
est le 19 avril à Alexandrie. 

9. Arch. de la Guerre : Notes du service des renseignements, les 21 et 25 mars, 15 et 
27 avril. 



244 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. i u i confie, pour la troisième fois, le commandement général 
de son armée. Loin d'aider la maison de Savoie à recou- 
vrer ses provinces perdues, cet enthousiasme irréfléchi 
allait contribuer à sa déchéance momentanée \ 
Rassemblement L'emploi des forces alliées dans la partie méridionale 

des troupes l L 

impériales. ^ théâtre d'opérations des Alpes avait été déterminé, d'une 
manière générale, par le projet d'offensive élaboré au 
congrès de Milan. Il comportait l'utilisation de tous les 
débouchés compris entre le col de Tende et la Bochetta ; 
les Piémontais, sous le baron Colli, agissant à droite, le 
corps auxiliaire de d'Argenteau au centre, les Impériaux, 
aux ordres du général Wallis, vers la gauche 2 . 

Le rassemblement de ces derniers s'effectuait très 
lentement. On avait espéré ouvrir la campagne à la fin 
d'avril 3 , ce qui aurait à peu près coïncidé avec l'insurrec- 
tion de Toulon, et, le 11 mai seulement, le bataillon croate, 
cantonné à Acqui pendant l'hiver, allait relever à Monte- 
notte et Rochetta Cairo les deux bataillons du régiment 
de Chablais envoyés, un mois auparavant, en soutien des 
milices de M. de Camerana 4 . C'est dans les premiers jours 
de juin tout au plus que le corps d'armée est à peu près 
concentré entre Acqui et Dégo, le grand quartier général 
établi dans cette dernière ville. Un bataillon du régiment 

1. Arch. de Breil, pièce n° 286 : Lettre du roi, le 10 juin, prescrivant à Colli d'adresser 
ses rapports à de Wins. Relation de M. de Malausséna : « Mais, à cette époque, le suc- 
cesseur des grands capitaines et des grands hommes d'Etat, qui avaient élevé la maison de 
Savoie, avait entièrement oublié la politique de ses ancêtres. » — Arch. de la Guerre : 
Conférence du lieutenant général Costa de Beauregard, le 10 mai 1798, sur les campagnes 
de 1795 et 1796 : « Des bases politiques vicieuses, le manque absolu de plans, le défaut de 
précautions et d'ensemble, ont rendu inutiles, pendant ces deux campagnes, des moyens 
peut-être suffisants pour sauver l'Italie. » 

2. Koch, Mémoires de Masséna, p. 149 et suiv., d'après Œstreich. tnilit. Zeitschrift, 
Iahrung 1826, II Helft, p. 141 et 137. Ce passage a d'ailleurs été traduit intégralement 
par Pinelli, Storia militare, t. I, p. 498, que cite Costa de Beauregard dans Un Homme 
d'autrefois, p. 279. — Mémoires de Thaon de Revel, p. 229. Les indications de ces divers 
auteurs concordent avec celles de la relation de M. de Malausséna. 

3. Koch, Mémoires de Masséna, p 152. 

4. Arch. de la Guerre : Renseignements des 7 et 15 avril. Un bat. du rég. de Chablais 
est parti d'Alexandrie, le 24 mars, pour Dégo et Spigno. Le 15 avril, il y a : a Montenotte, 
un bat. de Chablais de 400 h. et 150 milices ; à Cairo, quartier général de M. de Camerana, 
500 milices ; à Dégo, un bat. de Chablais de 400 h. ; à Spigno, 900 Autrichiens ; à Malvi- 
cino, 400 Autrichiens ; à Terzo, deux pièces de 3 et une comp. d'artillerie ; à Acqui, 3.000 
Autrichiens, dont 400 uhlans, arrivés le 12 avril ; les troupes de Lombardie sont en route. 
— mémoires de Thaon de Revel, p. 267. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 245 

de Cari Staader est échelonné dans la vallée de l'Erro, sur J uin 179 s- 
le flanc gauche, tandis que le bataillon Sluiner observe la 
frontière génoise autour de Novi. Vers la droite, la com- 
munication est assurée avec les troupes auxiliaires campées 
à Montezzemolo, par une compagnie du corps franc Giulay 
postée à Millésimo l . 
Le 11 iuin, après de nombreuses reconnaissances 2 , M. de Premier 

rf * x mouvement 

Wins fait prévenir le gouvernement génois de la nécessité de M - de Wins - 
où il se trouve de pénétrer sur le territoire de cette 
république, pour en chasser les Français 3 . Deux ou trois 
jours après 4 , il se porte à Carcare, avec huit bataillons 
formés en deux brigades, deux escadrons et de l'artillerie 5 . 
Il pousse en avant deux autres brigades : celle du général 

1. Mémoires de Thaon de Revel, p. 270. La situation des troupes autrichiennes donnée 
dans cet ouvrage est fort intéressante en ce qu'elle indique la première répartition des 
corps entre les différents brigadiers, ainsi que les emplacements des magasins établis à 
Tortone, Alexandrie, Acqui, Cascine di Pamparo ou C. Pamparato de la carte sarde, à 
3 kilomètres en amont de Mombaldone, enfin à Dégo. — Arch. de la Guerre : Lettre de 
Laharpe, le 28 mai : « Il y a actuellement au camp d'Acqui 16 mille Autrichiens, 76 pièces 
de campagne, beaucoup de position et de siège, des magasins nombreux en blés, farines 
et fourrages. Le chemin pour conduire l'artillerie de Dégo à Montenotte va être fini. » 

2. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

3. Ce document se trouve, comme pièce just., dans la Storia vnilitare, de Pinelli, t. I, 
p. 696. Il est accompagné de la réponse du gouvernement génois et d'un autre manifeste, 
postérieur de deux mois au moins, qui existe aussi dans les Arch. de Breil, pièce n° 274, 
accompagné de la réponse du gouvernement génois, à la date du 20 août, que ne donne 
pas Pinelli. — Dans une lettre du 11 juin, dont une copie existe aux Arch. de la Guerre, 
a la date du 17, Villars mande de Gênes à Kellermann que le premier manifeste a été 
apporté à Gênes, le soir du jour où il écrit, par le colonel autrichien Brentano ; c'est ce qui 
est indiqué dans les Mémoires de Thaon de Revel, p. 271. 

4. D'après une correspondance de Pico, à Vado, le 16 juin (Arch. de la Guerre), le 
mouvement est exécuté le 13 et le quartier général de M. de Wins établi chez un sieur 
Ferrari à Carcare, tandis que, d'après l'ordre inséré dans les Mémoires de Thaon de 
Revel, p. 271 et suiv., il aurait eu lieu le 14. Mais, pour les détails qui suivent, cet ordre 
est en parfait accord avec la relation de M. de Malausséna, qui le complète. Comme le 
livre de Thaon de Revel est devenu fort rare, on a cru utile de reproduire la répartition 
des corps entre les brigades ; répartition assez différente de celle du début, alors que, 
selon les Mémoires de Masséna, dont Pinelli se borne à donner une traduction, cette 
répartition paraît rester invariable, suivant les usages modernes. Ces deux derniers ouvra- 
ges contiennent d'ailleurs un assez grand nombre d'inexactitudes, qu'il eût été fastidieux 
de relever. Enfin, les notices du service des renseignements français (Arch. de la Guerre : 
16, 17 et 19 juin) fournissent des indications précises, qui concordent avec les précédentes. 

5. Quartier général de Wallis à Cairo. Brigade Ternay : 1 er et 2 e bat. des rég. Archi- 
duc Antoine et Strassoldo, campés à l'ouest ae Carcare, sur la colline délia Bandia ; 
brigade Liptai : 1 er et 2 e bat. des rég. Reisky et Alvintzi, campés à l'est de Carcare, sur 
les hauteurs de Moncavaglione ou Bricco délia Rossa ; deux escadrons de uhlans dans la 
plaine de Quassolo, au nord de Carcare, entre les chapelles de la Madonna délia Neve et de 
San Giuseppe ; l'artillerie très probablement à Bragno. Au sujet de la composition de cette 
artillerie, indépendamment de la lettre de Laharpe du 28 mai (Arch. de la Guerre), signa- 
lant à Acqui 76 pièces de campagne et de l'artillerie de position et de siège, on n'a d'au- 
tres renseignements que ceux des Mémoires de Masséna, p. 155, d'après lesquels il y 
aurait eu 86 pièces de 3, 28 de 6, 20 de 12, 14 obusiers, 12 canons de montagne, total : 
160 bouches à feu. Si de ce chiffre on défalque deux pièces de 3 par bat., à titre d'artillerie 
régimentaire, soit 50 pièces pour 25 bat., il reste 110 pièces, soit plus de quatre par 
1.000 h., proportion bien considérable pour la guerre de montagne. Il est probable que la 
majeure partie de cet équipage de campagne, vu l'état des chemins, était encore en 
arrière, aussi bien que le parc de siège, dont il est question à plusieurs reprises dans les 
documents des Arch. de la Guerre. Cependant il a été pris à la suite de la bataille de 
Loano 50 pièces de tous calibres. 



24ô RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. Pittoni, de trois bataillons, une division de Croates et un 
escadron de uhlans, à Montenotte Supérieur et vers la 
Madone de Savone l ; celle du général Rukavina, de trois 
bataillons également et deux divisions de Croates, aux 
environs d'Altare, sur le chemin de la Madonna del 
Monte 2 . Du 15 au 19 juin, ces forces s'augmentent de 
quelques bataillons, dont trois sont envoyés près du Bric 
Lavesin, sur la crête de l'Apennin, entre les deux dernières 
brigades 3 . 

En arrière de la gauche, le bataillon Sluiner avait 
remplacé le deuxième bataillon Cari Staader dans les postes 
de l'Erro. Sur la droite, le corps auxiliaire, sous d'Àrgen- 
teau, prend position, le 17, à San Giovanni di Murialdo, 
couvert par le corps franc Giulay, dont deux compagnies 
sont sur les hauteurs de Biestro et trois au mont Camulera 4 . 

Très exactement tenu au courant des agissements des 
Autrichiens 5 , qui menaçaient manifestement les communi- 
cations des Républicains avec Voltri, communications 
indispensables au point de vue de la subsistance de l'ar- 

1. 1" et 2 e bat. du rég. de Latterraann, 1 er bat. du rég. de Bréchainville, une division 
ou deux compagnies du 2 e bat. Cari Staader, qui a marché à Montenotte par Ferrania. 
La majeure partie de ces troupes, 300 tentes, aurait campé, le 15 juin, à Liggia Taglia, à 
une heure de marche de la Madone de Savone, d'après Pico (Arch. de la Guerre.) Ce 
nom ne se trouve sur aucune carte ; il paraît très vraisemblable que c'est l'un des plateaux 
aux environs de Palazzo Doria, à l'ouest du Monte Negino, au sommet duquel les Autri- 
chiens auraient construit ou relevé des retranchements, suivant M. de Malausséna. Le 
reste de la brigade campe à Ca di Ferre ou Ferro. 

2. 1 er et 2 e bat. du rég. de Nadasdy, campés au col délia Crocetta, à l'ouest d'Altare ; 
1 er bat. Cari Staader à Cadibona ; une division du 2 e bat. du même rég. au mont Baraccone, 
au sud d'Altare ; cette montagne est désignée par M. de Malausséna sous le nom de 
Concevola, appliqué, sur les cartes modernes, au ravin qui en longe le versant occidental ; 
une autre division de ce même bat. à Montefreddo, ayant des grand'gardes à Mallare et 
Pallare. 

3. Mémoires de Thaon de Revel, p. 274 : Le 16 juin, 2 bat. du rég. de Thurn et le 3 e de 
Reisky arrivent au camp de Carcare. — Arch. de Breil . Relation de M. de Malausséna 
et pièce n° 235 (pièce just. n° 69). A cette époque, le Bric Lavezin était connu sous le nom 
de Rossi qui, sur les cartes modernes, sert à désigner un ravin et une cassine. Le bat. de 
Reisky était campé au Pian del Melo, au sud de cette montagne ; les deux bat. de 
Thurn devaient être au nord, au Pian del Melo. Arrivent encore, avant le 19 juin, le 
3 e bat. de Terzy, qui campe à Bragno avec l'artillerie, le 3 e bat. de Thurn, qui doit avoir 
rejoint le reste du régiment. 11 reste alors en arrière deux autres bat. de Terzy, dont un, 
employé à la réparation des chemins, vient à Dégo, le 19, et à Carcare, le 20 ; un bat. de 
Jordis, gardant les magasins et la communication, un bat. de Schrôder en garnison à 
Alexandrie et Tortone. Quant à la cavalerie, d'après les Mémoire» de Masséna, p. 158, 
tous les escadrons autrichiens auraient été réunis à Carcare, le 19, ce qui est fort peu 
probable, puisqu'un ou deux escadrons seulement sont venus dans la Rivière de Gênes. 

4. Mémoires de Thaon de Revel, p. 272 et 273. — Arch. de Breil : Relation de M. de 
Malausséna. 

5. Arch. de la Guerre : Notes du service des renseignements, les 13, 16, 17 et 19 juin, 
Lettre de Villars, le 11 juin, reçue par Kellermann, dans la nuit du 12 au 13 juin, et 
provoquant de la part de ce dernier les lettres et ordres des jours suivants. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 247 

mée 1 , Kellermann, après avoir un moment hésité 2 , dirige Juin 1795. 
sur son aile droite le peu de troupes dont il dispose 3 . Il 
prescrit à Masséna d'exécuter du côté du Tanaro quelques 
reconnaissances, qui donnent lieu à des engagements sans 
importance 4 . Il lui ordonne aussi, d'après les avis de Vil- 
lars, ambassadeur à Gênes, et du représentant du peuple 
Beffroy, de s'emparer de la citadelle de Savone de gré ou 
de force. En conséquence, Laharpe entame des négocia- 
tions avec le gouverneur génois et envoie, toutes les nuits, 
un bataillon pour surveiller les avenues de la place 5 . 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Berthier, les 23, 24 et 28 juin; du commissaire or- 
donnateur Savy, les 24 et 27 ; de Villars, le 11 ; de Gaultier, le 25 ; de l'agent des vivres 
Berrier, le 20 juin. — Arch. de Breil, pièce n° 223 : Lettre de Gênes, le 16 mai, donnant 
des renseignements sur l'armée d'Italie. Si étrange que cela nous paraisse aujourd'hui, 
c'était la question de la mouture des grains qui, en 1795, ajoutait encore à la nécessité de 
cette communication avec Gènes, cause principale de l'expédition sur Dégo à la fin de 
1791. On ne pouvait, en effet, compter sur les moulins à eau des montagnes, qui, chômant 
pendant la plus grande partie de l'année, suffisaient à peine aux besoins des habitants. 
Sur la cote, il n'y avait que trois centres importants de moutures : Marseille, qui avait à 
satisfaire les besoins des troupes et des populations voisines, et qui était d'ailleurs trop 
éloigné ; Nice, qui pouvait à peine donner le nécessaire aux divisions du centre et de la 
gauche, et qui n'aurait d'ailleurs pu expédier à la droite faute de moyens de transport; enfin 
Voltri, qui recevait directement ue Gènes, chaque jour, les grains à transformer en farines, 
et les envoyait ensuite à Vado, Finale, Loano et Oneille, tant par terre que par mer. 
Cette ressource manquant, on devait se trouver dans le plus cruel embarras. 

2. Arch. de la Guerre : Ordres de Kellermann, le 13 juin : « Le général Garnier en- 
verra un bat. à Saorge ; le général Macquard en dirigera sur Ormea deux, dont un de 
grenadiers, et le général Sérurier le même nombre sur San Giacomo. Le 14 juin, le géné- 
ral Garnier suspendra le départ du bat. destiné à Saorge, et le général Macquard n'en 
fera marcher qu'un seul à Viozene. » Par une lettre du même jour, Kellermann explique 
à Masséna qu'il craint que l'ennemi, ayant l'avantage de manoeuvrer sur le rayon du 
cercle occupé par les Français, vienne assaillir la division du centre, après avoir menacé 
l'aile droite. Mais, le surlendemain, il renouvelle ses premiers ordres. 

3. Arch. de la Guerre : Ordres de Kellermann, du 8 au 23 juin. Les renforts, arrivés au 
moment des affaires des 23 et 24 juin, se réduisent à peu de chose : un détachement de la 
18 e demi-brigade légère en formation à Monaco, mis en mouvement le 14 ; le 3 e bat. de la 
23 e ; le 12 e bat. de grenadiers, venu de Marseille avec un effectif de 220 h. officiers compris ; 
et deux escadrons du 9" dragons, partant de Nice le 19 ou le 20. 

4. Arch. de la Guerre ; Lettres de Sérurier, le 23 juin, et de Masséna, le 24 — Arch. 
de Breil, pièces n°" 86 et 242. Le 21, il y a deux affaires, l'une en avant du mont Spinarda, 
l'autre aux environs de Garessio. Le 22, ce village est pillé et 20 à 30 maisons détruites à 
coups de canon. Le même jour, les Français se battent à la tête du vallon de PInferno et 
au col de Termini. Du côte de Viozene, le général Pijon fait sa reconnaissance sans être 
inquiété. 

5. Arch. de la Guerre: Rapport du service des renseignements, le 27 avril. Lettres de 
Kellermann les 13, 16 et 17 juin ; de Berthier, les 18 et 19 ; rapport du chef de brigade 
Dupuy, le 27 juin, pièce justificative n° 70. — Mémoires de Masséna, t.l, p. 156 et 273. — 
Arch. de Breil, pièce n° 175. — Aussitôt après l'expédition de Dégo, en 1794, des démar- 
ches avaient été faites auprès du gouvernement génois, en vue d'obtenir pour les Français 
l'autorisation de participer à la défense de la citadelle de Savone, comme à celle des forts 
de Vado. Plusieurs fois renouvelées, notamment le 30 avril, par le général Vaubois, rem- 
plaçant provisoirement Masséna, puis, dans le courant de mai, lors d'un voyage du repré- 
sentant du peuple Beffroy à Gènes, ces démarches avaient échoué. On ne désespérait pas 
cependant de pouvoir entrer dans cette citadelle, dont une partie de la garnison, composée 
de Corses, nous était favorable, tandis que le reste, comprenant des déserteurs autrichiens, 
nous était hostile. On comptait aussi que le colonel Spinola, commandant des troupes, 
aiderait notre entreprise, et contrebalancerait l'influence de la famille Sonzoni, que l'on 
disait prête à seconder un coup de main de l'ennemi. C'est d'après ces considérations que, 
le 13 juin, au reçu d'une lettre de Villars, estimant facile l'entrée des Français dans la 
citadelle, Kellermann donne son premier ordre. Le 16, à la suite des objections présentées 
par Laharpe, Freytag et Masséna, il écrit de nouveau à Villars et, le 19, sans doute après 
la réponse de ce dernier, il réitère l'ordre de s'emparer du fort de Savone. 



ï 



248 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin^795. j)£ s qu'il est informé de ces dispositions, M. de Wins se 
second décide à faire déboucher les troupes impériales sur le litto- 

mouvement > x x 

de m. de wins. ra i ([ e } a Méditerranée, tandis que les Piémontais exécute- 
ront de vigoureuses attaques vers le haut Tanaro l . Le 
18 juin, le marquis d'Argenteau se porte à Eonco di Ma- 
glia, avec le régiment de Schmitfeld et le bataillon des 
grenadiers Strassoldo 2 . Deux jours après, il est soutenu 
par la brigade Ternay, qui vient camper à Biestro, tandis 
que la brigade Liptai marche à Cadibona, pour appuyer la 
brigade Rukavina, qui s'y est rassemblée. Entre ces deux 
masses de sept à 8.000 hommes chacune, que doivent com- 
mander les généraux Turkheim et Wenkheim, s'établis- 
sent, autour d'Altare, les trois bataillons du régiment de 
Thurn, aux ordres du général Cantu, sous la protection 
des deux divisions croates occupant le mont Baraccone et 
Montefreddo 3 . 

Ce même jour, 20 juin, à l'extrême gauche autrichienne, 
le général Pittoni prend position à la Madone de Savone et 
se replie le soir, après avoir poussé jusqu'au faubourg de 
la ville des patrouilles de cavalerie, qui échangent quel- 
ques coups de feu avec les avant-postes français 4 . Contre 
l'attente des Républicains, c'est seulement dans la nuit du 
21 au 22 que cette brigade, forte de 4.000 hommes au 
moins 5 , se met de nouveau en mouvement et se déploie, 

1. Arch. de Breil, pièces n°» 264 et 235, cette dernière, aux pièces just., n° 69. Il ne 
semble pas que M. de Wins ait préparé un plan d'attaque avant le 18 juin, date à la- 
quelle le comte Starditz apporte ce projet à Mondovi, au baron Colli. Ce général répond, 
le même jour: «Il est excellent ; c'est l'opération la plus avantageuse que celle de couper 
la ligne de l'ennemi « ; mais il ajoute : « En conséquence, le local s'oppose bien des fois aux 
projets les plus avantageux. » Costa de Beauregard, dans sa relation déjà citée (Arch. de 
la Guerre) énonce la même opinion: «Cette vue était très saine et très militaire sans 
doute, mais l'exécution en était dangereuse et demandait beaucoup de précautions ». 

2. Arch. de Breil : pièces n oa 231 et 264. Le matin même, Colli avait ordonné à 
d'Argenteau de porter le régiment de Schmitfeld à San Bernardino, sauf une division, 
qui resterait au baracon de San Giovanni. Le régiment de Belgiojoso, appartenant aussi 
au corps auxiliaire autrichien, reste sous les ordres de Colli. 

3. Arch. de Breil : pièce n° 235, pièce just. n° 69. D'après M. de Malausséna, une 
division de uhlans a aussi campé derrière la tour de Cadibona. 

4 Mémoires de Masséna, t. I. p. 159. Il n'existe, aux Arch. de la Guerre, aucun 
renseignement sur cet engagement. 

5. D'après la pièce just. n° 64, la brigade Pittoni aurait présenté 4.035 h. En faisant 
subir à cet effectif les réductions indiquées par M. de Malausséna, qui compte les bat. 
croates et hongrois à plus de 1 200 h., les Allemands à 900 ou 1.000, les divisions de 
cavalerie à 300, on n'aurait plus que 3.500 combattants environ. Mais si, comme il est 
indiqué dans les Mémoires de Masséna, t. I, p. 163, cette brigade, après avoir laissé 
deux bat., devant Savone, en a dirigé, le 24, deux autres sur le pont de Vado, c'est que 
le bat. Sluiner, devenu inutile dans la vallée de l'Erro, du moment que l'on prenait 
l'offensive, aurait rejoint la brigade Pittoni, qui aurait eu ainsi plus de 4.000 combattants. 



DANS LA RIVIÈRE DE GÈNES 249 

vers 8 heures du matin, autour de la Madonna degli An- Juin 1795. 
geli. Aussitôt prévenu, Laharpe donne au chef de la 
21 e demi-brigade, Dupuy, l'ordre d'aller prendre position, 
avec deux bataillons et une compagnie de canonniers, aux 
pieds du glacis de la citadelle de Savone, sur laquelle il se 
replierait en cas d'attaque, de façon à aider la garnison à 
la défendre. Conformément à ces instructions, Dupuy, à la 
suite de pourparlers avec le commandant du fort, établit, 
vers 7 heures du soir, ses quatre à 500 hommes à quelque 
distance en avant des postes génois 1 . 

Le 23, à 6 heures du matin, les Autrichiens s'étendent de A |^Jne, 
des hauteurs jusqu'au bord de la mer, le long de la rive le23 J um - 
droite du Letimbro, rejetant vers la tête de pont de Zinola 
les postes de correspondance des Républicains 2 . La faible 
colonne de Dupuy se replie dans le chemin couvert de la 
citadelle, sous le feu de la garnison, dirigé en partie sur 
les Français, en partie sur les Autrichiens, qui s'arrêtent 
aux bords du torrent, à la demande du colonel Spinola, 
commandant des troupes génoises. En même temps, le 
gouverneur, commissaire Tommazo Cattaneo, envoie un 
officier au général Laharpe, pour le prier de faire retirer la 
21 e demi-brigade. 

Sur ces entrefaites, le général Kellermann arrive à 
Spotorno avec le représentant du peuple Dumaz. Il convo- 
que aussitôt un conseil de guerre 3 , où il est décidé qu'en 

1. Mémoires de Masséna, t. 1. p. 161. — Mémoires de Roguet, t. I. p. 170. — Arch. de 
Breil : Relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Guerre: Rapport de Laharpe, le 
23 juin ; lettre du représentant du peuple Dumaz, le 24, et rapport du chef de brigade 
Dupuy, le 27, pièce just. n° 70. Tous ces documents concordent généralement, sauf en ce 
qui concerne la composition du détachement de Dupuy, d'un effectif de 4 à 500 h., 
et comprenant une comp. d'artillerie, avec un, deux ou les trois bat. de la 21° demi- 
brigade. Roguet seul donne le premier chiffre ; mais il semble bien, d'après la relation de 
Dupuy, qu'il y avait deux bat., ainsi que l'indique Koch, puisqu'il avait été formé deux 
colonnes. D'autre part, ces deux bat. devaient sans doute comprendre la majeure partie 
des combattants de la 21 e demi-brigade n'ayant, à la date du 19 juin, que 541 présents 
sous les armes (pièce just. n° 68). 

2. Arch. de Breil, pièces n 03 141, 194 et 286. — Arch. de la Guerre: Lettre de Turreau, 
le 19 mars. A cette date, ces postes existaient même jusqu'à Voltri. 

3. Arch. de la Guerre, à la date du 23 juin. A ce conseil de guerre assistaient, outre 
Kellermann et Dumaz : les généraux Berthier, Masséna, Laharpe, les adjudants généraux 
Vignole, sous chef d'état-major de l'armée d'Italie, et Frontin, attaché au général 
Laharpe, le chef de brigade du génie Clausade et le chef de bat. d'artillerie Andréossy, 
tous deux attachés à la personne de Kellermann, enfin le chef bataillon Montfort, comman- 
dant l'artillerie de l'aile droite. 



250 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. raison de la neutralité de la république de Gênes, les trou- 
pes belligérantes se retireront à plus d'une demi-lieue de 
Savone, dont les relations avec la métropole doivent rester 
libres, et qu'en cas d'attaque de l'ennemi, les troupes fran- 
çaises se porteront au secours de la citadelle, où elles seront 
reçues, soit par terre, soit par mer 1 . Le résultat de cette 
délibération est transmis au gouverneur 2 , ainsi qu'au sénat 
génois, qui y donne son adhésion 3 . En conséquence, Dupuy 
revient à Vado par mer, le 26 juin 4 , Kellermann était ainsi 
parvenu à sauvegarder momentanément la communication 
avec sa base d'approvisionnements. Confiant dans l'assu- 
rance des généraux et la vigueur des troupes, il comptait 
se maintenir dans les fortes positions qu'il occupait 5 . 

1. Arch. de la Guerre : Ordre de Kellermann, le 16 juin, d'envoyer d'Antibes à Finale 
30 milliers de poudre. Lettre de Kellermann, le 17 juin, expliquant au comité de Salut 
public que cette poudre est destinée à être envoyée, en cas d'attaque de l'ennemi, à 
Savone, dont la garnison en était dépourvue. 

2. Arch. de la Guerre : Précis de ce qui s'est passé dans la journée du 5 messidor. 
Lettres du commissaire Tommazo Cattaneo, le 23 juin à 2 h. et à 4 h. de l'après-midi, et 
réponses de Kellermann. 

3. Arch. de la Guerre: Lettres de Francesco Bazza, secrétaire d'Etat, à Kellermann, 
les 26 et 27 juin. 

4. On ne s'attache pas à relever les inexactitudes des récits de Roguet et de Koch. On 
se borne à faire remarquer que le premier indique à tort, le 22, un engagement dans 
lequel le chef de bat. Darraagnac aurait été fait prisonnier, et que le second assigne, par 
erreur, la date du 27 à l'évacuation de Vado. On ajoutera que M. de Malausséna se 
trompe en disant que l'attaque des Français postés devant la citadelle, par les Autrichiens 
a eu lieu le 23 au soir. 

5. D'après les Mémoires de Masséna, par Koch, p. 159 et 160, il y aurait eu quelque 
dissentiment entre ce général et Kellermann, au sujet des opérations à exécuter contre 
les Autrichiens. Rien ne justifie cette assertion. Il existe au contraire des preuves positives 
de l'accord parfait qui existait, entre Kellermann et ses généraux, sur la nécessité de 
défendre vigoureusement les positions occupées. — Arch. de la Guerre : Lettre de Masséna à 
Berthier, le 14 juin : «... Le colonel, envoyé au sénat pour demander le passage sur le 
territoire de la République de Gènes, n'est absolument qu'une fanfaronade. L'année 
passée, ils n'avaient pas eu la même délicatesse et les mêmes égards. Du reste, qu'ils vien- 
nent, nous les attendons et, je vous assure qu'ils seront bien reçus ». Lettre de Masséna à 
Kellermann, de Melogno, le 27 juin, à 2 h. après-midi : « J'arrive. Mon premier soin est de 
vous rendre compte. Je ne sais ce qui a pu retarder le plan d'attaque arrêté par vous. Les 
colonnes ne commencent à filer qu'à présent. Mais j'espère que l'heure ne fera rien à l'at- 
taque. Nos frères d'armes sont tous animés du vif désir de les bien bourrer et j'espère sous 
peu avoir de bonnes nouvelles à vous apprendre. Envoyez-moi quelques dragons pour 
escorter les prisonniers de guerre que nous espérons faire ». Lettre de Laharpe à Keller- 
mann, le 28 mai : « Je compte que sous peu Devins commencera ses opérations et tout me 
fait présumer que l'effort tombera sur moi. Je suis en mesure et ferai une vigoureuse résis- 
tance... » Lettre de Laharpe à Villars, le 7 juin : « L'ennemi est supérieur en nombre, je 
le sais. Mais, si nous sommes faibles en hommes, nous sommes forts en courage et en 
bonne volonté. Sois tranquille ; mes braves camarades, comme moi, les attendent avec ce 
calme, présage certain de la victoire. Nous leur montrerons que les Français, terribles 
dans l'attaque, ne le sont pas moins pour défendre les positions qui leur sont confiées ». 
— Arch. de Breil, pièce n° 286 : Extrait d'une lettre du général Laharpe à un ami, le 
22 mai, prise sur un courrier : « L'armée autrichienne se rapproche de moi peu a peu. Je 
ne la crains pas. Ma ligne est bonne. Je suis faible en troupes, mais elles sont décidées. 
Je joins l'art à la nature. » Un seul malentendu, d'ailleurs de peu de durée, eut lieu entre 
Kellermann et Masséna, non à propos de l'occupation de Savone et de la perte de San 
Giacomo, ainsi que l'indique Koch, p. 217, mais bien au commencement d'août (Arch. de 
la Guerre : Lettre de Kellermann à Masséna, le 4 août, et réponse de ce dernier, le lende- 
main). 



et 26 juin. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 251 

En effet, le 24 juin, M. de Wins attaquait inutilement de w\J* 
front, avec 10.000 Autrichiens environ \ les quatre à 5.000 ASb ^^ e J ad 
hommes de la brigade Laharpe 2 , répartis sur les deux ver- 
sants du vallon de Segno, en vue de couvrir la rade de 
Vado 3 . Les deux fortins de San Lorenzo et du Cap 4 , dont 
les feux se croisaient sur cette racle, appuyaient la droite 
d'un camp, dit de 1' « Invincible », tracé sur le plateau de 
San Stefano ; il était couvert, sur le front, par une ligne de 
retranchements, à gauche, par une redoute construite au 
sommet du mont Sant'Elena, et maîtrisait le chemin 
muletier de Vado à Spotorno 5 . Les approches de cet en- 
semble d'ouvrages étaient défendues par les camps de 
Segno, de Termine et de Tiassano, ce dernier retranché 6 , 
établis sur le contrefort du Monte Alto, qui sépare les tor- 

1 . Ce chiffre est généralement admis et concorde d'ailleurs avec la répartition indiquée 
dans l'ordre de M. de Wins et avec les effectifs des troupes impériales, (voir pièces just. 
n°* 69 et 64). On doit mentionner que dans sa relation (Arch. de Breil), M. de Malausséna 
signale au moins 12,000 h., tandis que, dans son rapport du 24 juin (Arch. de la Guerre), 
le général Freytag ne parle que de 6.000 h. 

2. D'après la situation du 19 juin (pièce just. n° 68), la brigade Laharpe est forte de 
5,178 h. En défalquant les troupes envoyées à Savone, il reste environ 4.700 h., auxquels il 
convient d'ajouter le 6 e bat. de grenadiers, parti de Feglino, le 22 juin, pour remplacer la 
21° demi-brigade dans les retranchements de Vado. 

3. Arch. de la Guerre : Instructions du général Vaubois, faisant fonctions de division- 
naire, au général Laharpe, le 30 avril, et du général Masséna au général Freytag le 
24 mai. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 141 : Rapport d'espion sur les fortifications de Vado, le 13 
novembre 1794. — Arch. de la Guerre: Rapport du chef d'artillerie Montfort sur l'éva- 
cuation de Vado, Loano, etc., le 28 juin 1795. Le fortin de Vado, aujourd'hui San Lo- 
renzo, était gardé par des troupes génoises et françaises. Son armement primitif avait été 
renforcé et comprenait: quatre pièces de 36, une de 24, une de 18, deux de 12 et peut-être 
des mortiers. Il en était de même pour le fortin du Cap, dit de Saint-Etienne d'après les 
documents français, où il y avait huit pièces de 36. Au-dessus de ce fort, les Républicains 
avaient construit une batterie, portant le même nom et encore marquée sur les cartes mo- 
dernes, armée d'une pièce de 24, une de 14, deux mortiers à la Gomer de 12 pouces, 
deux ou trois mortiers de 5 pouces, et peut-être 4 canons de 4 de campagne. Le fortin de 
San Lorenzo avait été entouré d'un fossé plein d'eau de mer et d'un chemin couvert, enve- 
loppant un camp de 25 baraques. 

5. Mémoires de Ro guet, t. 1, p. 152 et suiv. — Arch. de Breil, pièce n° 141. — 
Arch. de la Guerre : Instructions de Masséna à Freytag, le 24 mai ; croquis de ce camp, à 
la date du 25 juin. Le retranchement en tête du camp est flanqué par trois bastionnets et 
trois redans alternant entre eux et armés de neuf petites pièces; il paraît avoir 7 à 800 
mètres de longueur. La droite et la gauche sont couverts par des abatis. Le village de 
Vado est indiqué en avant de cette gauche, protégée par deux pièces de 8 à la chapelle 
de San Genesio ; il s'agit évidemment de Monte di Vado. 

6. Arch. de la Guerre : Croquis de ce camp, à la date du 25 juin. Le retranchement 
avait sa droite à Tiassano, qu'il enveloppait ; il appuyait sa gauche sur l'éperon où se 
trouve actuellement le hameau de Rezzi, et y formait un saillant très prononcé à 300 
mètres au plus du torrent de Quiliano ; c'est en ce point que sont figurés la pièce de 12 et 
les deux obusiers qui firent tant de mal aux Autrichiens. De là, le retranchement revenait 
en arrière, sur une croupe de la colline, laissant en avant le chemin de Rezzi au col de 
Termine. Il était flanqué par des bastionnets et redans, armés de 16 petites pièces. 



252 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. rents de Segno et de Quiliano \ Sur la rive gauche de 
celui-ci, trois grand'gardes étaient postées au village de 
Quiliano, à la Madonna del Monte et à la tête de pont de 
Zinola 2 . 

Descendant de Cadibona, la division Venkheiin gagne, 
vers 9 heures du matin, le mont Cinto, où elle se divise en 
trois colonnes 3 . Celle de droite, suivant la crête de Pas- 
segi, est vivement attaquée de flanc par les chasseurs des 
Hautes- Alpes, qui occupent Quiliano, et elle ne parvient à 
les rejeter sur Valleggia qu'avec l'aide d'une partie de la 
colonne centrale. Grâce à cette diversion, le 3 e bataillon de 
grenadiers résiste jusqu'à midi à la Madonna del Monte. 

1. Il ne peut y avoir aucun doute sur l'emplacement du camp de Termine au col de ce 
nom. Celui de Segno est nettemment indiqué sur la carte italienne par le nom de Campo 
dei Francesi, entre Rocca de Corvi ou di Ventimora et Cima délie Rocche. Il y avait en 
outre deux postes, désignés dans les documents français de l'époque par les appellations 
de Roche-Blanche et du Signal. A propos de ce dernier poste, Laharpe écrit ce qui suit, à 
la date du 4 juin, au général Kellermann : « J'ai l'honneur de vous prévenir que, trouvant 
un vuide entre le camp de Tersane (Tiassano) et celui de Terme (Termine), par où l'ennemi 
pouvait pénétrer, je me suis décidé, vu ses mouvements, à retirer du camp de « l'Invinci- 
ble » le 2 e bat. de la 129 e . Je l'ai fait camper aujourd'hui au poste du Signal, poste impor- 
tant, retranché, où j'ai fait monter une pièce de 4, qui, dans tous les cas, non seulement 
est inexpugnable, mais assure la retraite du camp de Tersane et forme une communication 
avec Terme ». Ce poste était donc, soit vers le point 161 au-dessus de Valleggia, soit au- 
près des quelques maisons marquées sur la carte italienne, au sommet de la colline au- 
dessus de Tiassano. Quant à la Roche-Blanche, il est fort probable que c'est Rocca de 
Corvi, ou plutôt Cascine del Gatto, sur le versant occidental, d'après les instructions des 
30 avril et 24 mai, prescrivant à ce poste de se replier sur Feglino. 

2. Arch. de la Guerre : Croquis classé au 25 juin. La tête de pont de Zinola, appelée 
tête de pont de Vado dans les documents français, avait la forme d'un ouvrage à couronne. 

3. Le récit qui suit est extrait principalement des documents suivants : Arch. de 
Breil : Relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Guerre : Relation du général Keller- 
mann. Lettres du général Laharpe, de Vado, les 24 et 26 juin, à 8 h. un quart du soir ; du 
général Freytag, de Spotorno, le même jour, à 9 ou 10 h. du soir ; de Berthier et du 
représentant du peuple Dumaz, de Finale, le 25 ; enfin, de Kellermann, le 26. — Le récit de 
Koch (Mémoires de M asséna, p. 163 et suiv.), paraît avoir été composé uniquement 
au moyen d'un article peu exact d'une revue autrichienne et d'un placard, signé Beffroy et 
Chiappe, imprimé à Nice le 27 juin, mal rédigé et très confus, dont il existe un exemplaire 
aux Arch. de la Guerre, à la date du 25, et une copie dans les Arch. de Breil, pièce n° 286. 
Aussi ce récit doit-il être suspect à plus d'un titre. On se bornera à signaler les erreurs 
suivantes : 1° il est possible qu'il y ait eu autour de la Madonna del Monte quelques bouts 
de retranchements construits, soit en 1745 par les Espagnols, soit même en 1794, après 
l'affaire de Dégo. Il est probable que la fusillade a duré sur ce point de 9 ou 10 h. du 
matin jusqu'à midi, les dispositions d'attaque des ennemis ayant dû être dérangées, ainsi 
que l'indique M. de Malausséna, par l'échec momentané de la colonne de droite ; mais il 
est bien certain que ce poste n'a jamais été le théâtre de la lutte acharnée décrite par 
Koch, sans doute d'après l'officier autrichien, qui cherche à glorifier la blessure qu'y aurait 
reçue le général Rukavina. Voici, en effet, tout ce que dit Laharpe à ce sujet : « La cha- 
pelle d'Elmont a été emportée ; mes ordres n'étaient pas de la défendre vigoureusement. 
Le fort du combat s'est donné dans la rivière (torrent de Quiliano) ». Enfin, c'est le 6 e bat. 
de grenadiers, et non le 14 e , qui présentait un effectif de 523 baïonnettes, et il était à la 
tête de pont de Zinola ; 2° les quelques hommes restant à la 21 e demi-brigade, aussi bien 
que les 275 h. du 3° bat. de la 99 e , venus de Spotorno, n'étaient certainement pas à Tias- 
sano, mais bien aux retranchements de Vado ou du camp de 1' « Invincible ». En tout 
cas, ils ont peu donné, puisque Laharpe dit : « Ce qui vous paraîtra surprenant, c'est d'ap- 
prendre que l'ennemi nous a attaqué avec 10.000 h., et que nous n'avons que le 3 e et le 
6 e bat. de grenadiers et les carabiniers des Hautes-Alpes qui aient vigoureusement don- 
né » ; 3° quant à la suspension d'armes, elle a eu lieu, non le 25, mais le 27, de 2 h. à 6 h. 
du soir, et n'a pas eu, par suite, les conséquences que lui attribue Koch, on ne sait pour 
quelle raison. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 253 

Conformément aux ordres donnés, il se replie sur Tiassano, J«k iras. 
pour éviter d'être tourné par la colonne de gauche, qui 
s'étend sur les pentes orientales de la colline, vers les 
cabanes Svizzero, puis marche sur le pont de Zinola. Sur 
le même point se dirigeait, par le bord de la mer, le général 
Wallis, avec une quatrième colonne, formée de la brigade 
Pittoni, qui laisse deux bataillons seulement pour observer 
Savone. Le 6 e bataillon de grenadiers, chargé de la garde 
de la tête de pont, est bientôt rejeté sur les retranchements 
de Vado. 

Les deux colonnes autrichiennes de gauche débouchent 
alors dans la plaine de la rive droite du torrent de Qui- 
liano, où elles essaient de se déployer, tandis que les deux 
colonnes de droite descendent, par San Pietro, dans le lit 
même du torrent, pour s'y mettre en bataille et attaquer 
ensuite, avec les premières, les positions républicaines. 
Ces manœuvres sont contrariées, sur les deux ailes, par le 
feu des grosses pièces du fortin de San Lorenzo, non moins 
que par le tir à mitraille d'un canon de 12 et de deux obu- 
siers, placés la nuit précédente du côté de Rezzi l . 

Profitant du désordre occasionné par les projectiles de 
l'artillerie, le général Laharpe débouche de Tiassano, vers 
4 heures du soir, à la tête du 3 e bataillon de grenadiers, 
fond à la baïonnette sur le centre ennemi, le refoule, ainsi 
que la gauche, sur le pont de Zinola, dont il reprend pos- 
session, mais est arrêté dans sa poursuite par les charges 
des uhlans 2 . Voyant cet insuccès, la droite autrichienne, 
d'ailleurs fort maltraitée, se replie sur les hauteurs de la 
Madonna del Monte, sous la protection d'un millier d'hom- 
mes, qui tiraillent jusqu'à la nuit avec les chasseurs des 

1. Dans une note marginale de sa relation, M. de Malausséna indique que la distance 
du fortin de Vado à l'embouchure de la Valleggia ou torrent de Quiliano, est de 500 trabucs. 
D'après la carte italienne, il y a 1.500 mètres ; le trabuc valait donc 3 métrés. 

2. Voici en quels termes le représentant du peuple Dumaz, dans sa lettre du 25 juin au 
comité de Salut public, fait l'éloge du général Laharpe : « Sang-froid, activité, valeur, pré- 
voyance, telles sont les qualités qui distinguent cet excellent officier ». 



254 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. Hautes-Alpes. Les 25 et 26 juin, les Autrichiens renouvel- 
lent sans succès leurs tentatives contre la tête de pont et 
du côté de Quiliano ; ils établissent aussi des pièces sur 
les pentes des collines de la Madonna del Monte, pour 
riposter au tir du fortin de Vado et bombarder le camp de 
Tiassano, d'où les Français retirent leur artillerie trop ex- 
posée, dès le 25 à 10 heures du matin 1 . 

Par cette menace sur Savone et ces affaires infructueuses 
et meurtrières 2 contre les retranchements de Vado, M. de 
Wins espérait sans doute attirer la majeure partie des 
forces républicaines vers le littoral et faciliter l'enlèvement 
des positions à la tête des Bormida, défendues par 5.000 
hommes 3 et attaquées par plus de 10.000 4 . 
Affaire Du Monte Alto au mont Settepani, le versant méridional 

de San Giacomo, L 

îe 25 juin. j e l' Apennin est sillonné de profonds ravins, entre lesquels 
s'étendent des chaînons étroits, aux flancs escarpés, suivis 
par les chemins qui relient le littoral au bassin de la Bor- 
mida orientale. En vue de couvrir sa ligne de communica- 
tion par la Rivière de Gênes, l'armée franco-espagnole 
avait, en 1745, construit sur ces contreforts, à mi-hauteur, 
les retranchements de San Pantaleo, de Vene, de Carbuta, 
de Bastia et de Frabosa 5 . 

1. Des pièces déjà citées des Arch. de Breil et de la Guerre, ainsi que des lettres du 
général Laharpe,les 26 et 27 juin, il résulte que les Autrichiens ont attaqué, le 25, le pont 
de Zinola, le matin, et Quiliano vers 6 heures du soir; le 23, ils sont revenus sur ce dernier 
point à 8 heures du soir. 

2. D'après les pièces des Arch. de la Guerre, pendant les trois journées, les Autrichiens 
auraient perdu 300 à 500 h. morts, 500 à 750 blessés et 20 prisonniers, tandis que les 
Français m'auraient eu que 12 morts et 33 blessés. Ainsi que le remarque M. de Malaus- 
séna, l'écart est trop grand, même en admettant que les Autrichiens, dépourvus d'artillerie 
et exposés au feu croisé des pièces du fort de San Lorenzo et du camp retranché de Tias- 
sano, aient dû beaucoup plus sou(fVir que les Français, qui n'ont exposé hors des retran- 
chements que 1.500 h. au plus. D'autre part, les pertes signalées dans les Mémoires de 
Masséna, p. 165, probablement d'après le récit de l'officier autrichien, et s'élevant à 320 h. 
pour les Impériaux, 100 pour les Français, paraîtront sans doute bien faibles pour les 
premiers. Le général Laharpe, dans sa lettre du 24 juin (Arch. de la Guerre), cite parmi 
les blessés autrichiens le général Rukavina, ainsi que les lieutenants-colonels de Nadasty 
et d'Alvintzi. Il indique aussi que les généraux de Wins et Wallis ont été, pendant deux 
heures, au feu le plus vif, enfin que ce dernier « l'a échappé par un miracle, puisqu'un chi- 
rurgien a été pris dans une église où il s'était réfugié », celle de Zinola sans doute. 

3. D'après la situation du 19 juin, pièce just. n° 68, l'effectif est de 4.600 h., en com- 
prenant le bat. de Loano, mais en défalquant le 6" bat. de grenadiers, envoyé à Vado. 
Au 25 juin, divers mouvements avaient été faits et le nombre réel des combattants paraît 
être le suivant : En première ligne, San Giacomo, 1.113 h.; Madonna délia Neve et Bricco 
dei Corsi, 772 h.; Melogno, 1.021 ; total, 2.906 h.; en deuxième ligne, retranchements délia 
Bastia et Feglino, 751 h.; retranchements de Carbuta et de Vene, 485 h.; San Pantaleo et 
Finale, 534 h.; total, 1.770 h.; enfin, avec le 1 er bat de la 100°, à Spotorno, 369 h., on 
obtient 5.045 h. 

4. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. 

5. Les cartes modernes indiquent l'emplacement de ces retranchements. 



DANS LA RIVIÈRE DE GÊNES 255 

Suffisants pour s'opposer aux courses des partis ennemis, Juin n95< 
ces ouvrages pouvaient constituer seulement des points de 
ralliement, alors qu'il importait d'assurer, le cas échéant, 
la retraite des troupes établies aux environs de Vado. On 
les avait donc réparés et armés de pièces de 4 et de 8. Mais 
la défense principale avait été reportée en avant, jusqu'à la 
ligne de partage des eaux, aux cols de Melogno et de San 
Giacomo, distants d'environ 9 kilomètres \ 

Cette dernière position, gardée par 2.000 hommes à 
peine 2 , avait son centre à la chapelle du même nom, sa 
gauche au col del Pino ou de Cravarezza, sa droite au Monte 
Alto, en arrière duquel elle se reliait, par le poste de la Roche 
Blanche, avec le camp de Segno de la brigade Laharpe. 
Son occupation étant indispensable à la sécurité de cette 
brigade, Kellermann avait prescrit à Masséna de la faire 
fortifier avec soin. Engagés tardivement et conduits sans 
activité, les travaux étaient insuffisants et à peine ébauchés, 
particulièrement au Monte Alto, couvert de bois de pins 3 . 

1. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. Il dit 3.000 trabucs. 

2. Arch. de la Guerre : Instructions pour les généraux Cervoni, Freytag et Masséna, les 
9 avril, 24 mai et 4 juin. Par suite des mouvements incessants de troupes, exécutés depuis 
le 20 juin jusqu'à l'occupation de la ligne de Borghetto, il est assez difficile de se rendre 
compte exactement de la répartition exacte des forces au moment des engagements. La 
suivante paraît la plus probable : il y avait, au Monte Alto, le 1 er bat. de la 70 e , 408 h.; 
à San Giacomo, un bat. de chasseurs, formé de comp. détachées des demi-brigades légères, 
y compris celles de la 14 e demi-brigade qui s'organisait à Monaco, et commandé par le fils 
du général Kellermann, 499 h.; ainsi que le 2 e bat. de la 99°, 221 h.; au col del Pino, le 
I er bat. de grenadiers, 459 h.; enfin le 1 er bat. de la 101 e , venu avec le général Cervoni, de 
Feglino, en renfort, en tout ou partie, 393 h.; total maximum, 1.980 combattants. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann à Masséna, le 16 juin, à 10 h. du soir. 
Après l'avoir informé de tous les mouvements qu'il a ordonnés en prévision de l'attaque de 
l'ennemi et de son intention de partir, le surlendemain, de Nice pour aller le retrouver, il 
lui reproche de n'avoir pas exécuté, à San Giacomo, selon ses ordres, un abatis, une 
redoute et un retranchement barrant le chemin de la gorge de Calissano, de ne commencer 
ces travaux que sur la crainte d'une attaque, tandis qu'ils devraient être terminés. Il ajoute : 
« Songez une fois pour toutes, mon cher général, que la plus légère négligence à la guerre 
peut entraîner les plus grandes conséquences. » 11 lui intime l'ordre de ne pas céder un 
pouce de terrain sans combat, de façon à donner aux renforts attendus le temps d'arriver. 
11 termine ainsi : « Au reste, il y a des circonstances où l'on peut se dégarnir un peu sur 
ses derrières ; c'est ce qu'il faudra que vous fassiez. La marche des troupes sur la Rivière 
de Gènes tiendra lieu de celles que vous portez momentanément en avant. » — Arch. de 
Breil : Relation de M. de Malausséna : « Point de réunion de la ligne au long de l'Apennin 
et de celle à travers les revers opposés à la mer, la position du Monte Alto était des plus 
importantes. Cependant les Français ne l'avaient nullement fortifiée d'une manière respec- 
table, comptant sur la défense d'un bois épais et touffu, qui le couvrait, à ne laisser dégarnie 
qu'une bande à mi-pente vers le levant, en direction de la chaîne de l'Apennin. Ils munirent 
seulement deux ressauts à travers cette bande par des parapets circulaires, dont le plus 
grand admettait au plus une centaine d'hommes de front, nullement en situation de se 
procurer deux ordres de feux à agir en même temps. » — Devant ces deux témoignages 
concordants que reste-t-il des assertions des Mémoires de Masséna, p. 167 : « Le poste où 
l'on avait surtout déployé un luxe fort inutile de fortifications était celui de San Giacomo. 
Tous ses abords étaient retranchés et le Monte Alto, qui s'élève à l'ouest (sic, il est à l'est) 
de la chapelle et domine les sommités environnantes, en formait le réduit. Bien qu'il fût 
extrêmement escarpé, on l'avait couronné par un retranchement précédé d'un bon abatis. » 



256 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. C'est sur ce poste que, le 25 à 4 heures du matin, 
débouche, par Colle Sebastiano, le général Cantu, avec 
les trois bataillons du régiment de Thurn, partis des en- 
virons d'Altare et précédés d'une division du 2 e bataillon 
de Cari Staader. En môme temps, l'autre division de ce 
bataillon, cantonnée à Montefreddo, pousse de Mallare et 
de Bormida sur San Giacomo, le col del Pino et même la 
Madonna délia Neve, de fortes patrouilles qui, masquées 
par les bois, font craindre aux Républicains une attaque 
par des forces supérieures et les empêchent de dégarnir 
ces postes l . Cependant la colonne principale s'allonge 
peu à peu sur le versant oriental du Monte Alto, débor- 
dant les retranchements que le 1 er bataillon de la 70 e demi- 
brigade, bien que renforcé par 100 hommes de la 99 e et 
300 chasseurs, est obligé d'évacuer successivement, sous 
le feu supérieur de l'ennemi, pour se réfugier au milieu du 
taillis où il risque d'être enveloppé. 

En vain le général Cervoni, accouru de Calice, rallie au- 
tour de la chapelle de San Giacomo le 1 er bataillon de la 
101 e demi-brigade, des fractions du bataillon de chasseurs 
et du 1 er bataillon de grenadiers, pour tenter an retour 
offensif. Après quatre heures de combat, il est contraint 
de se replier, sans grandes pertes 2 , sur les retranchements 

1. Le récit des affaires de San Giacomo et de Melogno a été composé principalement 
au moyen des documents suivants : Arch. de Breil, pièces n om 242 et 248 : Relation de 
M. de Malausséna, d'une précision et d'une clarté remarquables. Lettres du comte d'Argen- 
teau, le 27 juin, pièces just. n os 71 et 72. — Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, 
les 26 et 28 juin ; du représentant du peuple Dumaz, le 26; du représentant du peuple 
Chîappe, le 28. Ordres de Kellermann et de Berthier, les 25, 26 et 27. Lettres, du 25 : de 
l'adjudant général Laserre, commandant à San Pantaleo, de Melogno à 6 h. et demie du 
mat.; du général Cervoni, commandant la brigade de gauche de la division Freytag, de 
San Giacomo, à 10 h. du mat.; de l'adjudant général Reille, attaché au général Cervoni, 
de Feglino. Lettres du 26 : de Masséna, de Melogno, à 10 h. du mat. ; de Laharpe, de 
Vado, à 6 h. et 8 h. un quart du soir ; de Masséna, de Melogno, à 2 h. du soir ; de 
l'adjudant général Saint-Hilaire, de l'état-major de Masséna, de Loano, à 10 h. du soir. 
Rapport du chef du 1 er bat. bat. de la 70 e , le 6 juillet. Relation du général Kellermann. — 
On a utilisé aussi, mais avec réserve, le placard imprimé, dont il a été déjà question, et 
qui forme la base des ouvrages de Jomini et du général Koch, aussi bien que le manus- 
crit du commandant du génie Paulinier. On ne sait où Pinelli, Storia Militare, p. 52î, a 
pu trouver qu'un bat. du rég. de Piémont aurait marché de Mallare sur Colla del Pino. Il 
n'y avait plus dans cette région aucune troupe sarde, pas même les milices du marquis 
Camerana, rappelées à Montezzemolo dès le 17 juin (Arch. de Breil, pièce n° 231 : Lettre 
de Colli à d'Argenteau). 

2. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna : « L'action ne fut pas meurtrière ; 
100 h. au plus y périrent entre les deux côtés.» 



DANS LA RIVIÈRE DE GÈNES 257 

délia Bastia, en avant de Feglino, avec la majeure partie Juin 1795 - 
des troupes. Le reste gagne le col del Pino, sans être 
poursuivi par les Impériaux, qui se bornent à occuper, vers 
11 heures du matin, le col de San Giacomo ainsi que le 
Bric Praboe à l'ouest l . 

Bien loin de compléter leurs succès, ceux-ci pillent le 
camp français, s'enivrent avec l'eau-de-vie qu'ils y trou- 
vent, achèvent les blessés 2 , mettent le feu à la chapelle qui, 
remplie de munitions, saute avec fracas ; puis, pris d'une 
terreur panique, ils se retirent en désordre, vers 4 heures 
du soir, sur Mallare. Les avant-postes français des retran- 
chements délia Bastia s'en étant aperçus, gagnent, une 
heure plus tard San Giacomo, où le général Freytag, qui 
croit à une feinte de l'ennemi, les fait appuyer par quatre 
compagnies de chasseurs seulement. Aussi, à l'entrée de 
la nuit, le commandant de ce faible poste, entendant une 
vive fusillade sur sa gauche et craignant d'être enveloppé 
de nouveau, se replie-t-il, en sorte que, le lendemain matin, 
la brigade Cantu réoccupe le col sans difficulté 3 . 

Toute l'attention des Républicains était portée sur la Affaires 

1 de Melogno, 

position de Melogno qui, située à la tête du contrefort de le25 i uin - 
Finale, était encore plus importante à garder puisque sa 
perte aurait compromis la retraite de toute la division 
Freytag 4 . Cette position comprenait trois postes : à droite, 
celui de la Madonna délia Neve, fort de 500 hommes à 

1. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna : « La hauteur attenante à la gau- 
che du col, exposée à être prise à revers et presque sans fortification, fut aussi abandonnée.» 

2. C'est à cette occasion qu'a été échangée entre Kellermann et M. de Wins une 
correspondance, qui se trouve aux Arch. de la Guerre et est reproduite dans la Storia 
Militare de Pinelli, pièces just. n° 9 4 et 5, p. 524, 695 et 696; il en est aussi question dans 
les Mémoires de Thaon de Revel, p. 279, et dans les Mémoires de Masséna, p. 180. 

3. Mémoires de Masséna, p. 171. Dans les Arch. de la Guerre, il n'y a d'autre indica- 
tion à ce sujet que le passage suivant de la lettre de Masséna à Kellermann, de Melogno. 
le 26 juin, à 10 h. du mat. : « Je n'ai eu de nouvelles de Saint-Jacques que très indirectes. 
Les derniers rapports de ce poste sont que ni l'ennemi, ni nous ne l'occupions. » — De 
son côté, M. de Malausséna (Arch. de Breil), dit : « Les Français réagirent encore à la 
faveur du brouillard contre Monte Alto ; mais cette action ne fut d'aucune conséquence. » 
D'après les Arch. de la Guerre, Berthier, de Finale, invite Laharpe à prendre en flanc 
l'ennemi avec les troupes du camp de Segno ; mais il est probable que ce général était 
lui-même trop occupé à faire face aux démonstrations des Autrichiens sur son front, pour 
exécuter cette diversion. 

4. Arch. de la Guerre : Instructions des 9 avril, 24 mai et 4 juin. 



258 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin n95. peine, se liait à San Giacomo par Piano dei Corsi K A 
gauche, un détachement à la tour du col de Melogno, 
remplissait le même objet à l'égard de Bardinetto. La 
Cascine ou Osteria di Melogno, mise en état de défense, en 
avant d'un retranchement armé de trois pièces, construit 
sur la Roccia délie Torrette 2 , constituait le point central 
de la défense, confiée à deux bataillons, présentant un 
millier de combattants. Cette faible troupe fournissait une 
grand'garde de 100 hommes à peine 3 sur la montagne 
boisée de Settepani, dont la tête et les trois buttes qui 
l'environnent à quatre ou 500 mètres, dominent les hau- 
teurs voisines 4 . 

Tel était l'objectif assigné au comte d'Argenteau, com- 
mandant, en l'absence du général Turkeim, les sept 
bataillons rassemblés à Ronco di Maglia. Deux restent en 
réserve à la baisse de Baltera ; les autres se mettent en 

1. Arch. de la Guerre : Instruction du 9 avril : « Le général, qui connaît le pays, aura 
sûrement observé, comme moi, que le terrain considérable, qui se trouve entre Saint-Jac- 
ques et la Madone de la Neve, exige, aussitôt qu'il sera possible, l'établissement d'un poste 
intermédiaire sur un plateau des plus élevés de la crête de ces montagnes, formant la 
ligne. Le nouveau poste, à établir incessamment, sera soutenu par les troupes qui sont à 
Corbua (Carbuta) et que l'on fera même baraquer en avant de Corbua, lorsque la saison 
le permettra. » 

2. Sur la carte sarde, l'Osteria di Melogno est indiquée au point marqué Cascina di 
Melogno, cote 947, sur la carte italienne, tandis que l'Osteria est figurée à 600 mètres à 
l'ouest. Roccia délie Torrette, de la carte sarde, est le sommet coté 987 de la carte italienne, 
sur lequel on voit nettement l'emplacement du retranchement qui, d'après M. de Malaus- 
séna, aurait eu 80 trabucs ou 240 mètres de longueur. Il y avait une pièce de 4 et deux 
pièces de 3. 

3. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna : 86 h. seulement. 

4. La carte sarde ne donne qu'une idée très imparfaite de la topographie du mont Set- 
tepani, dont au contraire la carte italienne présente une figuration qui concorde parfaite- 
ment avec l'extrait suivant de la relation de M. de Malausséna : « Le mont Settepani 
existe sur l'Apennin, au point de séparation des têtes des deux Bormida, dominant tout 
ce qui l'entoure. Quatre buttes ou petits plateaux, différant peu du même niveau, le cou- 
ronnent, situées de manière que trois, supposées aux extrémités d'un triangle isocèle, la 
quatrième serait à son centre de gravité. La plus grande distance entre elles excède de peu 
l'exacte portée du fusil, et l'on communique aisément de l'une à l'autre. De la disposition 
de ces buttes résultent trois fronts au mont Settepani, horizontés de manière qu'en faisant 
face au nord, la butte formant le saillant des deux autres se présente vers l'avenue du 
revers méridional de l'Apennin. De ce côté, elle commande à la position de Melogno, en tête 
du contrefort qui va se terminer en promontoire à la mer, au couchant de Finale. D'autre 
part, le front du nord de Settepani tient par sa droite à la chaîne des Langues, entre les 
deux Bormida, au moyen d'une vaste baisse, qui remonte à la position de Ronco di Maglia 
(Colla délia Baltera, de la carte sarde ; C. Ciapazzi, de la carte italienne). Par sa gauche, 
il domine le col de Melogno et tient tout à la fois à la chaîne centrale de l'Apennin et à celle 
des Langues qui se terminent à la Bormida, de même que le vallon d'Osiglia, dont ce front 
forme la tête. L'art, secondant à propos la force naturelle de Settepani, l'aurait rendu 
aisément inabordable et propre à être gardé avec peu de monde. La situation le rend la 

Position principale des sites environnants. Cependant les Français, ne le prenant que pour 
avant-poste de Melogno, ne pratiquèrent sur son front que quelques bouts de retranche- 
ments, sans rapport entre eux, munirent tant seulement la moitié de la butte la plus reculée 
d'un parapet circulaire pour protéger la retraite. » 



DANS LA RIVIERE DE GENES 259 

marche, le 24 juin à 9 heures du soir, en trois colonnes Juin 1795. 
précédées de détachements du corps franc Giulay 1 ; celle 
du centre par le contrefort qui sépare les deux branches 
supérieures du vallon d'Osiglia, les deux dernières suivant 
les crêtes qui limitent ce bassin. 

Le 25 à 4 heures et demie du matin, elles abordent 
Settepani 2 , dont les quelques défenseurs sont rapidement 
obligés de se rallier derrière un retranchement demi circu- 
laire élevé sur le Bric Pellazza 3 . Deux heures après, mal- 
gré un renfort de 120 grenadiers venus de la tour de 
Melogno, le chef de cette grand'garde, commandant 
Tobin, grièvement blessé, la voyant presque enveloppée, 
lui ordonne de se replier ; il reste prisonnier avec quelques 
soldats et deux officiers, blessés comme lui. D'Argenteau 
fait alors retourner le retranchement républicain, y place 
deux canons de montagne, pousse des détachements et des 
patrouilles en avant, puis rallie le reste de ses 4.000 hom- 
mes 4 sur la crête de Settepani. Avec ces forces restreintes 
et privé de nouvelles sur ce qui se passait à droite ou à 
gauche, il ne pouvait, sans s'exposer à perdre le bénéfice 
de son facile succès, marcher sur la position de Melogno, 
inaccessible de flanc et inattaquable de front sans une 
artillerie au moins égaJe à celle de l'ennemi 5 . 

D'ailleurs, l'adjudant général Lasserre s'y était porté de 

1. En rapprochant les indications des Mémoires de Masséna, p. 169 et 172, de celles 
des Arch. de Breil, on est amené à considérer comme très probable la répartition suivante : 
En tête de chaque colonne, une comp. du corps franc Giulay ; colonne de gauche, grena- 
diers Strassoldo, 433 h. : colonne centrale, rég. de Schmitfeld, 1.221 h. ; colonne de gauche, 
rég. Archiduc Antoine, 2.280 h.; total maximum : 4.522 h. Restant en réserve, rég. de 
Strassoldo, 2.280 h., sauf la division 2 e major, qui est signalée comme ayant eu cinq h. 
tués et devait soutenir le bat. des grenadiers. 

2. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna : « ...déniant un à un par des sen- 
tiers et à travers les bois, et, quoique la colonne de droite dût parcourir un chemin beau- 
coup plus long que les autres, ayant à traverser le vallon d'Osiglia ; cependant elles arri- 
vèrent à attaquer ensemble à une heure du jour. » 

3. On désigne sous ce nom la butte allongée marquée, sur la carte italienne, par la 
courbe 1350, a mi-distance entre le mont Settepani, coté 1391, et la cote 1217, située sur 
l'arête descendant vers C. di Melogno. 

4. L'adjudant général Laserre (Lettre du 25 juin, à 6 h. et demie du matin) compte 
3.000 h. au moins à Settepani. Kellermann, dans sa relation, signale 4.000 h. à Settepani, 
le 27. M. de Malausséna donne 6.000 h. à Ronco di Maglia. D'après les situations des 
Arch. de Breil (pièces just. n" 63 et 64), il y aurait eu au plus 6.800 h., en ce dernier 
point, et 4.500 à Settepani. 

5. Ces observations fort justes sont de M. de Malausséna. 



260 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. San Pantaleo, dès 6 heures du matin, avec le premier ba- 
taillon de la 118 e demi-brigade. Il était rejoint successi- 
vement par quelques renforts tirés de la Madonna délia 
Neve et de Carbuta l , par Masséna arrivant de Loano par 
Gora 2 , enfin par Kellermann, venu de Spotorno par 
Feglino 3 . L'inaction de l'ennemi paraissant un indice de 
sa faiblesse, ces deux généraux décident de tenter immé- 
diatement un coup de main sur Settepani. 

Profitant d'un brouillard survenu vers 5 heures du soir 4 , 
1.200 hommes environ s'élancent en trois colonnes 5 , enlè- 
vent plusieurs postes et refoulent vivement un millier 
d'Autrichiens sur le Bric Pellazza, qu'ils assaillent vaine- 
ment trois fois de suite, avec la plus grande valeur, sous 
la direction de Masséna. Rebutés par la résistance opiniâtre 
des Impériaux, qu'excite la présence de d'Argenteau ; 
découragés par la mort de l'adjudant général Lasserre, qui 
commandait la colonne de droite ; en partie débandés par 
cette lutte sous bois au milieu de l'obscurité, ils cèdent, 
après trois heures de combat, devant une contre-attaque 
de quelques volontaires 6 . 

1. On n'a d'autres preuves positives à ce sujet qu'une lettre du 25, non signée, probable- 
ment de Saint-Hilaire, qui répond à l'adjudant général Laserre : « donnez avis à la réserve 
qui est à Carbua, afin qu'une partie puisse marcher à votre secours », et la relation de 
Kellermann, où il est spécifié que ce général s'est rendu à San Pantaleo avec un bat. de 
renfort, après 2 h. de l'après-midi. 

2. Masséna était parti de grand matin de Loano pour Finale. Prévenu en route, il 
monte à Melogno, sans aller jusqu'à Finale. 

3. Avisé de l'attaque de San Giacomo, Kellermann quitte Spotorno, renvoie son état- 
major à Loano par Finale, et se dirige lui-même sur Gora. Il est probable qu'il est allé 
d'abord à Feglino, d'où il a dû gagner Melogno, par Carbuta, Calice et San Pantaleo. 
Berthier s'est arrêté à Finale, où Kellermann est venu le rejoindre, le 25 au soir. 

4. Kellermann, dans sa relation, dit 7 h. du soir, tout en invoquant la présence du 
brouillard pour justifier l'attaque, ce qui aurait été inutile à cette heure tardive. 

5. D'après la relation de Kellermann et la copie du placard qui existe aux Arch. de 
Breil, il y aurait eu quatre bat., formant 1.200 h., prenant part à l'attaque. Mais d'après 
les pièces des Arch. de la Guerre, à la date du 25 juin, il n'y aurait eu que trois bat., ce 
qui concorde avec les Mémoires de Masséna, p. 172, savoir : 7 e , et non l or grenadiers, 
comme le dit Koch par erreur, 531 h., au centre ; 1 er bat. de la 118% 442 h., à gauche; 
moitié du 2 e bat. de la 70 e , que Kellermann a dû amener avec lui de Feglino, 214 h., à 
droite ; total : 1.187. Il restait encore, à Melogno, au mains le 3 e bat. de la 118 e , 436 h., et 
62 canonniers. M. de Malausséna dit 12 à 1.500 grenadiers. 

6. On croit intéressant de donner l'extrait suivant de la relation de M. de Malausséna : 
« Avec la connaissance que les Français avaient du local, ils réussirent d'envelopper les 
patrouilles et deux piquets sans coup férir ; rencontrant ensuite à mi-pente du mont (cote 
1217 de la carte italienne sans doute) un millier d'hommes (du rég. Archiduc-Antoine, 
d'après les Mémoires de Masséna, p. 172), ils les poussèrent si vivement à ne pas leur 
donner le temps de se reconnaître pour se mettre en défense. L'alarme se répandait à 
peine qu'ils arrivèrent sous la butte retranchée dont les Autrichiens venaient de tourner 
les défenses à leur usage et les munir de deux pièces de montagne, formant tout à la fois 
la tête et l'appui de la disposition de leurs troupes qui, malgré la surprise et l'empêchement 
des bois, se rangèrent comme une colonne faisant feu par ses flancs, depuis la butte retran- 



DANS LA RIVIÈRE DE GÊNES 261 

Il était, par suite, nécessaire de réunir des forces plus W»jnw. 
nombreuses pour réitérer cette attaque, dont le succès de ^ e r p e ani? 

r ' , i * • * i le 27 juin. 

faciliterait le mouvement de retraite que préparait déjà la 
brigade Laharpe, en embarquant à Vado ses approvision- 
nements, ses munitions et son artillerie. Dans la journée 
du 26, des renforts sont appelés, de la droite et de la 
gauche, à Melogno, où l'adjudant général Joubert prend 
le commandement 1 . A droite, le général Freytag reçoit 
Tordre de se borner à tenir solidement aux retranchements 
délia Bastia, de Carbuta et cle Vene, sur lesquels se 
replieront les troupes restées à la Madonna délia Neve et 
à Colla del Pino ; il fera inquiéter les Autrichiens, revenus 
à San Giacomo, par des patrouilles poussées de Carbuta 
et de la Cascine del Gatto ou Roche-Blanche. A gauche, 
l'adjudant général Vabre est invité à tenter, de Calissano 
et Bardinetto, quelques diversions vers les derrières du 
mont Settepani, sur lequel Masséna dirigera huit batail- 
lons 2 . De son côté, d'Argenteau, immobilisé par le 
brouillard qui couvrait les sommets de l'Apennin depuis 

chée jusqu'à celle du milieu (sommet du mont Settepani, cote 1391 de la carte italien- 
ne), où elle s'ouvrait à résulter comme deux flancs joignant les deux buttes restantes. 
L'attaque porta seulement sur une partie de la colonne, vers sa tête. Les Français à 
travers les broussailles s'élancèrent, à trois reprises différentes, contre la butte retranchée, 
mais pas en nombre suffisant pour l'emporter. Un soldat seulement la franchit entre les 
deux canons et fut fait prisonnier par d'Argenteau ; même, plusieurs périrent au pied du 
retranchement avec un nombre remarquable d'officiers. Une sortie de volontaires détermina 
la retraite des Français, après un combat au moins de trois heures, passé comme dans les 
ténèbres. La fumée de la poudre, mêlée avec le brouillard, laissait à peine voir à deux pas 
de soi. La terreur bien souvent qui, dans ces circonstances, gagne encore les plus braves, 
ébranla une partie des défenseurs, au point que les fuyards vers Ronchi di Maglia entraînè- 
rent le corps de réserve à s'y replier, croyant Settepani perdu. Les Autrichiens le conservè- 
rent particulièrement par l'intrépidité de d'Argenteau à animer continuellement les défen- 
seurs de la butte. » 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Masséna, de Melogno, à 10 h. du matin, et de La- 
harpe, de Vado, à 8 h. un quart du soir, le 26 juin. Ordres deKellermann et de Berthier,de 
Finale et Gora, les 25, 26 et 27 juin. Le général Freytag envoie le bat. de chasseurs, du 
retranchement délia Bastia, et le 1 er grenadiers, de Colla del Pino ; il reçoit trois escadrons 
de dragons, de Finale, le 23 ou le 24 ; le 3 e bat. de la 22", de Loano, le 26, et le 6 e bat. de 
grenadiers, de Vado, dans la nuit du 26 au 27 ; mais il est probable que la cavalerie a été 
renvoyée à Vado, le 26. Le général Gouvion dirige du col de San Bernardo, de Pian de 
Prati ou de Rocca Barbena sur Melogno les 3 e bat. des 70 e et 101 e ; il reçoit de Loano le 
12 e bat. de grenadiers, venant de Nice, et du général Sérurier un bataillon. 

2. Arch. de la Guerre : Ordre de Kellermann à Freytag : Bat. de chasseurs, 1" et 
1* grenadiers, 2 e et 3 e de la 70 e , 1 er et 3 e de la 118% 3 e de la 101 e . L'ordre indique non seule- 
ment la marche des colonnes, mais encore la répartition des forces une fois l'attaque 
réussie, sans toutefois désigner nominativement les bataillons. 



262 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. ] e 25, se disposait à défendre énergiquement sa position, 
en reliant, par une double tranchée, les trois buttes avec 
le sommet de la montagne et en amenant deux nouveaux 
canons de montagne l . 

Le 27 juin, l'attaque, fixée pour 10 heures du matin, n'a 
lieu qu'à 4 heures du soir. Elle est exécutée par 3.000 
hommes, répartis en trois colonnes : celle de gauche part 
la première de la tour de Melogno ; celle de droite se 
réunit au petit col entre Ca di Melogno et la Madonna 
délia Neve, elle doit marcher la seconde et chercher à 
tourner la gauche autrichienne ; celle du centre se met 
en mouvement la dernière et monte directement du retran- 
chement de Melogno vers le mont Settepani 2 . Egarées 
dans le brouillard, entraînées par les formes du terrain 3 , les 
trois colonnes convergent encore sur le Bric Pellazza, 
qu'elles enveloppent entièrement. Mais, abordant de front 
les autres retranchements du mont Settepani, elles s'épui- 
sent en efforts stériles et sont refoulées, comme la première 

1. Arch. de Breil, pièce n° 242: Copie du billet du général d'Argenteau au colonel 
Saluggia, le 25 juin : « Je suis maître de la montagne de Settepani jusqu'au camp de 
Melogno. J'y ai deux canons de montagne, je voudrais en avoir quatre. Si vous pouviez 
m'envoyer les deux que vous avez, vous me rendriez service, et en envoyant ce billet au 
rég. Belgiojoso, vous en aurez deux et même quatre qui sont dans vos environs, pour les 
remplacer. Signé d'Argenteau. » Ce billet a ceci d'intéressant qu'il détruit l'incertitude que 
laisse dans l'esprit la lecture des pièces des Arch. de la Guerre, où il est parlé de la 
redoute de Melogno et jamais du mont Settepani. Il est bien certain que d'Argenteau 
n'est jamais descendu à C. di Melogno, ni même à la tour, avant la retraite des Français. 

2. L'ordre de Kellermann à Freytag n'indique pas la répartition des bat. entre les 
diverses colonnes. Celle donnée dans les Mémoires de Masséna, p. 174, est sujette à quel- 
ques critiques. Il se peut cependant que telles soient les dispositions prises par Masséna. 
Les voici, à titre de renseignements : à droite, adjudant général Joubert, avec le bat. de 
chasseurs, les 2 e et 3 e de la 70 e ; à gauche, le chef de bat. ou plutôt de brigade Chariot, 
avec le 7* grenadiers et le 1 er de la 118 e ; au centre, le chef de bat. Marnet, avec le 
1 er grenadiers et le 3° de la 11 8 e ; le 3 e de la 101 e fournit deux piquets : à droite, vers la 
Madonna délia Neve et à gauche, vers Bardinetto. 

3. Pour déborder la gauche ennemie, conformément aux ordres qu'il avait reçus, Joubert 
aurait dû prolonger son mouvement en avant pendant plus d'un kilomètre, jusque vers 
Fontana Colctta, le long d'une pente rapide, prêtant son flanc gauche à l'ennemi et exposé 
à rencontrer la réserve du col de Baltera. Il est tout naturel qu'd se soit dirigé vers le 
mont Settepani par l'arête descendant du Bric Pellazza. M. de Malausséna remarque très 
judicieusement que : « dans les deux affaires de Settepani, les Français manquèrent d'agir 
par la droite des Autrichiens, plus accessible et moins forte que la partie qu'ils attaquè- 
rent, où ils auraient été écrasés, si l'épaisseur des bois n'avait empêché les coups de porter 
et le brouillard de les viser. » En effet, le point 1300 à l'ouest, du mont Settepani, est plus 
abordable, quoiqu'il y ait un ravin assez profond à contourner par la tête, ce qui rapproche 
du Bric Pellazza à moins de 500 mètres. On s'explique dès lors que la colonne de gauche 
se soit aussi jetée de ce côté, au lieu de poursuivre son mouvement en avant. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 



263 



Attaques 
de l'armée 
piémontaise. 



fois, par une contre-attaque, après une lutte à l'arme J™ 1795 
blanche prolongée pendant quatre à cinq heures l . 

Tandis que les Autrichiens menaçaient le front de la 
division Freytag, les Piémontais cherchaient, conformé- 
ment aux intentions de M. de Wins, à entamer le reste de 
la ligne occupée par l'armée d'Italie. Prévenu indirecte- 
ment, dans la matinée du 15 juin, de l'offensive prononcée 
ce même jour par toutes les troupes impériales 2 , Colli, 

1. Arch. de Breil, pièce n* 248, pièce just. n° 72. — Arch. de la Guerre : Lettres de 
Kellermann, le 28 juin : «Chaque Autrichien et Hongrois avait son sabre sur le retranche- 
ment et si quelque brave s'en approchait, il était haché à l'instant. Plusieurs de nos braves 
frères d'armes ont péri de cette manière, auprès des retranchements ennemis. » « Nos 
troupes n'ont pu y (aux retranchements autrichiens) mordre, malgré la bravoure la plus 
étonnante. A mesure que les grenadiers portaient la main sur les retranchements pour les 
escalader, l'ennemi leur coupait le bras ou le poignet. Ils montaient en vain les uns sur 
les autres pour emporter le poste avec le sabre, la baïonnette ou le fusil. L'ennemi a fait 
une vigoureuse défensive et nous a fait perdre beaucoup de monde. » En ce qui concerne 
les pertes, M. de Malausséna s'exprime ainsi qu'il suit : « Le général d'Argenteau, dans 
son rapport officiel, évalue le total de leur (des Français) perte dans les trois affaires, en 
tués, blessés ou prisonniers, à 2.000 h. au moins, ajoutant qu'on avait compté plus de 
400 morts aux environs seulement de la portée du fusil. » Mais on est fondé à douter que, 
trompé par les rapports et l'envie d'en grossir le nombre, il n'en ait tué à coups de plu- 
mes ; car, des prisonniers qu'il assigne à 120 on a vérifié des états n'excédant pas 70. 
L'exacte perte des Autrichiens, déduite de l'état particulier des corps (Arch. de Breil, 
pièce 252 : original en allemand, signé d'Argenteau, avec une traduction française), résul- 
tait de 73 tués, 37 blessés et 266 prisonniers. » D'après les documents des Arch. de la 
Guerre, fort exagérés en ce qui concerne les pertes de l'ennemi, les Français auraient eu 
au moins 180 tués ou blessés grièvement, dont beaucoup d'officiers. 

2. Arch. de Breil, relation de M. de Malausséna : « Ceci (les observations faites par 
Colli au projet d'attaque du côté du haut Tanaro, dans sa lettre du 18 juin, dont il a été 
question précédemment) paraissant au général de Wins des prétextes pour ne seconder ses 
opérations, l'indisposèrent au point de lui écrire son sentiment sans ménagement, en homme 
qui a pris la résolution de faire sans le concours de ces attaques. Empressé de le convaincre 
du contraire, le général Colli lui dépêcha le marquis Costa (de Beauregard, son chef d'état- 
major), pour justifier les raisons, auxquelles il unit un premier aperçu d'exécution avec la 
carte Ju haut Tanaro, pour lui donner lieu aussi de réfléchir, à calculer les inconvénients 
de son projet ; mais pressé d'opérer, il donna sans examen son approbation, en disant: 
« C'est des attaques qu'il me faut, non des projets et des cartes. Pendant que le marquis 
Costa rapportait cette résolution, le général Colli se rendit, par un autre chemin, auprès 
du général de Wins, qui le reçut en lui témoignant d'être revenu de sa première impres- 
sion ; cependant ils se séparèrent sans rien déterminer de positif. Les attaques commencè- 
rent peu après et la première connaissance qu'en eut le général Colli lui parvint par un 
billet d'avis de l'aide de camp du général d'Argenteau, qu'il reçut le 25 juin à 3 h. du 
matin, lui apprenant que, dans la matinée, on attaquait 7 Pani (sic) et d'en avoir prévenu 
le commandant du poste de la Sotta, pour être sur ses gardes et prendre ses mesures. 
L'annonce d'un objet de si haute importance, de la part simplement d'un aide de camp de 
général subordonné, au moment de l'attaque que 1 on doit seconder, est si étrange, à dé- 
concerter un général qui n'aurait rien eu à contester auparavant. Aussi, le général Colli 
en fut vivement affecté. » De la démarche du marquis Costa de Beauregard, qui a dû 
avoir lieu le 19 ou le 20 juin, nous avons la trace dans la conférence faite par cet officier 
général à Turin, le 10 mai 1798 (Arch. de la Guerre). Après avoir exposé le projet d'attaque 
par le col de Tende et ses avantages, il ajoute : « Mais il fallait 12 à 15.000 h. en action 
pour ne pas compromettre le succès, et la chose devenait impossible sans quelques renforts 
fournis par le général en chef. Il éluda la demande qui lui en fut faite et traita légèrement 
le projet, sans le rejeter. 11 évita même de donner des ordres précis pour l'attaque du Car- 
lin (Carnino), ordres que le général de l'armée piémontaise demandait, en cas que ses 
objections contre cette attaque ne fussent pas admises, et la chose demeura dans le vague 
de l'indécision ». Le voyage de Colli à Carcare et même jusqu'à Cadibona a été effectué les 
20 et 21 juin, d'après les pièces des Arch. de Breil, n 08 264 : lettre du 18 juin à M. de 
Wins, où il annonce qu'il se rendra, le soir même, de Mondovi à Ceva ; et 231 : lettre du 
22 juin à Provera, l'informant de son voyage. Au surplus, il n'existe aucun ordre de Colli 
dans les journées des 20 et 21. Les billets de l'aide de camp de d'Argenteau se trouvent en 
copies dans les Arch. de Breil, n"' 242 et 246 ; voir pièce just. n° 74. Si extraordinaire que 
cela paraisse, le général Colli n'a point été avisé autrement, ainsi que le prouvent ses 
lettres des 25 et 26 juin au marquis de Montafia (Arch. de Breil, pièce n» 231). Voici le 
début de la seconde lettre : « Vous vous plaignez de n'avoir pas été averti de l'attaque du 
général d'Argenteau et de l'ordre donné à Colli : je l'ai aussi ignoré ; sans cela, j'aurais 
tait exécuter T'attaque de la manière que notre brave officier, le capitaine de Brez, avait 
concerté avec Colli (le marquis). » 



264 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin n95. retenu à son quartier général de Mondovi par la fièvre \ 
prescrivait immédiatement aux postes établis sur les deux 
rives du Tanaro d'exécuter de fausses attaques 2 . Mais 
les ordres, rédigés hâtivement, étaient interprétés diverse- 
ment par les destinataires, les uns s'engageant immédia- 
tement, les autres différant jusqu'au lendemain 3 . 

La confusion était accrue par l'envoi tardif de nouveaux 
ordres expédiés dans la soirée du 25, au reçu d'une lettre 
de M. de Wins, conçue en termes fort durs pour le com- 
mandant de l'armée sarde 4 . Ces ordres étaient relatifs à 
une démonstration générale contre toutes les positions 
françaises, comprises entre la Bormida et le Gesso, qui 
devait être effectuée le 26 et qu'il fallut remettre au lende- 
main' 5 . 

Les opérations, trop nombreuses, se ressentaient natu- 
rellement de ce manque de préparation, de cette précipita- 
tion dans l'exécution. Conduites sans ensemble ni méthode, 
avec des forces insuffisantes, elles se réduisaient à des 
attaques isolées, dont quelques-unes étaient menées avec 
énergie, mais dont une seule réussissait 6 . 

1. Arch. de Breil, pièces 231 et 242. Fin d'une lettre de M. de Montana à Colli, de 
Montezzenlolo, le 26 juin : « Vous avez la fièvre, et il m'en fâche extrêmement. La confu- 
sion que j'y vois me met au comble des désolations. » 

2. Arch. de Breil, pièces n°» 231 et 242 : Analyses des ordres de Colli et de la corres- 
pondance de ses subordonnés. En outre, M. de Malausséna mentionne que : « Dans l'agita- 
tion des sentiments divers qu'il devait éprouver, pensant cependant à détourner l'ennemi 
d'accourir au secours du poste de Settepani, il expédia sans délai de Mondovi deux aides 
de camp, avec des ordres d'attaquer aux commandants des troupes à portée sur les postes 
français de la droite et de la gauche du Tanaro. » 

3. Arch. de Breil : Pièces n°» 242 et 245 : compte rendus et rapports divers ; et n° 246 : 
précis des attaques faites, les 25 et 27 juin 1795, par les troupes aux ordres de S. E. M. le 
lieutenant général baron Colli, qui paraît avoir été rédigé par le chef d'état-major Costa de 
Beauregard. 

4. Arch. de Breil. Relation de M. de M. Malausséna. Il lui disait : « Ce ne sont pas vos 
fusillades qu'il me faut, mais des attaques. » L'irritation de M. de Wins et même des offi- 
ciers piémontais de son entourage contre Colli est d'ailleurs attestée par les citations de 
Pinelli, Storla Militare, p. 525. 

5. Arch. de Breil, pièces n" 231 et 242. Parmi ces documents, fort nombreux, on se 
borne à ce début d'une lettre de Colli au prince de Carignan, le 26 juin au soir : « Je con- 
nais très bien qu'il était difficile que tous les ordres que j'ai donnés pour l'attaque, qui 
devait avoir lieu aujourd'hui, fussent exécutés. L'éloignement des postes en fut l'obstacle. 
J'espère que ce retard vous donnera le temps de se préparer pour l'attaque de demain, 
que V. A. aura la bonté d'ordonner d'après les instructions que j'ai données et le but que 
je me suis proposé. » 

6. Arch. de Breil. Relation de M. de Malausséna : « Si Colli, au lieu d'ordonner tant 
d'attaques partielles, sans but d'effectuer cette opération (déboucher sur Ormea), eût réuni 
10 à 12.000 h. pour l'exécuter sur le point indiqué, il eût agi alors en général et en grand 
homme, se montrant supérieur aux ressentiments de l'amour-propre, d'avoir été privé du 
commandement suprême de l'armée de Piémont, pour en revêtir son ennemi personnel ; au 
lieu qu'il décela l'homme ordinaire, en contribuant le moins qu'il pouvait au succès de de 
Wins, en sacrifiant les intérêts du roi sarde par des attaques sans but décidé de percer la 
ligne ennemie. > La même idée est exprimée dans une lettre du marquis Costa de Beau- 






DANS LA RIVIÈRE DE GÈNES 265 

Au col de Tende, par où, à plusieurs reprises déjà, Juin 1795 - 
Colli avait proposé de déboucher en masse 1 , les Fran- 
çais s'étaient renforcés au moyen d'une série d'ouvrages, 
armés d'artillerie, se soutenant entre eux et appuyés à 
l'est au Beccorosso, à l'ouest à la Cima Piernant 2 . Les 
flancs de cette position centrale, inabordable de front, 
étaient couverts : à gauche, par un petit camp assis dans 
la baisse de Peirafica ou de Barsanzana 3 , avec postes au 
col de Sabbione, dans les rochers de l'Abisso et à la Cima 
di Giaura ; à droite, par un autre camp établi, le 25 mai, 
par le général Barquier sur les pentes septentrionales de 
la Cima di Velega 4 , ayant une garde au baracon de 

regard, Un homme d'autrefois, p. 289. Au surplus, dans tous ses ordres, Colli recommande 
à ses lieutenants d'attaquer « avec vivacité et vigueur », mais « avec sagesse », de 
façon « à ne pas se compromettre, tout en étant prêt à tirer avantage des circonstances 
qui peuvent se présenter favorables. » (Arch. de Breil, pièce n° 231 : Lettres au général 
Christ et au prince de Carignan). M. de Malausséna blâme cette manière d'agir de Colli 
dans les termes suivants : « L'ambiguïté ou la contradiction des ordres, pratiquées par 
Colli dans le métier terrible qui décide de la vie et de l'honneur des hommes, même par 
mégarde, est sans excuse; aussi, regarde-t-on avec horreur les généraux qui les emploient 
dans la dessein de pallier leurs fautes ou leurs manèges. L'histoire ne doit pas manquer 
de flétrir ceux qui pratiquent cette infâme politique. » 

1. Le premier projet de cette attaque avait été fait en 1794 par le chevalier de Martinel 
(Arch. de la Guerre : Rapports du service des renseignements à l'armée de Colli ), qui est 
mandé, le 19 juin 1795, au quartier général de Mondovi (Arch. de Breil, pièce n° 231), 
pour aider le chef d'état-major dans la rédaction de la proposition soumise à M. de Wins. 
Cette opération avait aussi été indiquée au Congrès de Milan. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres des 9 et 28 mai, 1 er et 12 juin. — Arch. de Breil, pièces 
n om 152, 196 et 286. — Mémoire sur le département des Alpes-Maritimes, par le général 
Garnier, p. 49. Beccorosso ou Roche percée, était défendu par un retranchement élevé, 
avec banquette intérieure, armé, à droite, de deux pièces de 12 sur affût de montagne, 
battant le fond et les avenues du vallon de Cabanaira, enfilant la route dans le bas et 
prenant à revers tous les zigzags; d'une pièce de 4 sur affût de montagne, battant la crête 
dans la direction de Cima del Becco, ainsi que des flèches faites au sud du point 2052, à la 
tête d'un ravin conduisant au vallon de San Giovanni ; à gauche, d'une pièce de 3, battant 
le glacis et le ravin descendant a l'ouest de celui de Cabanaira. Le petit mamelon à la 
cote 1900, dit le Roc ou le poste des grenadiers, sur le versant septentrional entre les 
deux cols et à l'est de la route, était muni d'une redoute fermée pour 100 hommes au 
moins, avec un retranchement en avant, barrant la route au point 1807 ; elle servait de 
réduit à une sorte de grande flèche établie sur le tapis vert, grand plateau s'étendant à 
l'ouest de la route et dont la crête était garnie de tas de pierres, destinées à 
battre les pentes en angle mort. En arrière des escarpements, entre les deux cols, 1873 
et 1909, se trouvaient quatre baraques dont une servant d'abri à munitions, et les autres 
pouvant recevoir 4 à 500 h.; une cinquième baraque pour 500 h. était en construction au 
passage situé à l'est et déversant dans le vallon de Cabanaira. Une pièce de 8 sur affût de 
campagne était en batterie près du point 1873, contre la tête du ravin de San Lorenzo, 
descendant vers Limonetto ; une seconde pièce de 8 et deux obusiers battaient la route, 
sur laquelle ils pouvaient être déplacés jusqu'au tournant du point 1807, de manière à voir 
Limonetto et a fouiller les bois du vallon de Cabanaira. Enfin, sur la Cima Piernant, 
cote 2116, appelée le Pâté, il y avait encore une redoute pour 150 h., avec banquette, che- 
vaux de frise et flèches en avant, armée d'une pièce de 4, battant les trois ravins de Sa- 
lanta et de San Lorenzo. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres des 17 et 28 mai. Le bat. envoyé en ce point, le 17 mai, 
devait être établi sur le plateau coté 2052, face au nord. Dans les Arch. de Breil, cet en- 
droit est désigné sous le nom d'Argenzana. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres des 25 mai, 1 er et 12 juin. Le col de Vescovo est nommé 
col de Tax dans les documents français de l'époque. Il devait y avoir à ce camp deux pièces 
de 3 sur affûts traîneaux, qui étaient auparavant sur la crête entre les deux cols de Tende, 
1873 et 1909. 



Juin 1795. 



266 RETRAITE DE KELLERMANN 

Riofreddo, pour communiquer avec Beccorosso, et poussant 
journellement, jusqu'au col de Selle Vecchie, des patrouilles 
qui entraient en relations avec celles du général Pijon de 
la division Sérurier, commandant à Carnino et Viozene l . 
Aux 4,600 combattants de la division Macquard, réunis 
à la tête du bassin de la Roya 2 , le général Christ de 
Santz pouvait opposer des forces au moins égales 3 . 2.000 
hommes occupaient, comme l'année précédente, les hau- 
teurs de l'Arpiola et du Vaccarile, sur les deux versants 
de la haute vallée de la Vermenagna, ainsi que le village 
de Limone, en avant duquel était disposée une longue 
chaîne de postes entre Bec Barrai et Colle Carbone, par 
Colle Buffe et San Giovanni 4 . Un bataillon du régiment 
suisse de Peyer, cantonné à Vernante, formait la réserve 
de cette avant-garde, aux ordres du brigadier Vital, que 
pouvaient soutenir, en quelques heures, les six bataillons 
répartis autour de Borgo San Dalmazzo. Vingt escadrons, 
campés entre ce bourg et Coni, dont les fortifications 
avaient été améliorées, étaient destinés à fournir une 
partie de leurs 1.800 cavaliers pour contribuer à la défense 
des positions. 

1. Arch. de la Guerre ; Lettres des 24 mai, 10 et 12 juin. Une communication par 
signaux de feux et de coups de fusil était, en outre, établie entre le mont Bertrand et le 
plateau de Viozene ou Piano Rosso, à 9 kil. de distance à vol d'oiseau. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Macquard, le 25 juin. En effet, des 6.397 h., effectif 
combattant de cette division, le 19 juin (pièce just. n° 68), il faut retrancher d'abord les 
troupes indispensables à Tende et Fontan, pour garder les magasins, escorter les convois 
et relever le poste du col de Raus, servant à communiquer avec la division Garnier; puis 
l'effectif des 10 e bat. de grenadiers, 2 es bat. des 102° et 117* demi-brigades, envoyés succes- 
sivement à la division Sérurier à partir du 14 juin (Lettres de Macquard, les 19 et 23 juin) ; 
il reste alors 4.134 h., auxquels il convient d'ajouter les 422 h. du 2 e bat. de la 84 e , venu 
le 19 juin de la division Garnier. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 230 ; pièce just. n° 63. L'effectif des corps échelonnés dans la 
Vermenagna et répartis autour de Borgo San Dalmazzo, non compris la cavalerie, s'élève 
à 4.681 h., auxquels il faudrait ajouter les paysans de Limone, levés par ordre de Colli en 
date du 17 juin (Arch. de Breil, pièce n°231), et un bat. du rég. d'Oneille, qui a pris part 
aux affaires des 26 et 27. 

4. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. — Arch. des cartes du ministère de 
la guerre : « Carte démonstrative de la ligne de défense établie sur les hauteurs de Limon 
à la campagne de 1795, levée et dirigée par le baron de Monthoux, major de l'état (major] 
général, et dessiné par le topographe Philippe Prato.» Ce fort beau dessin est accompagne 
d'une légende, qui donne avec de grands détails l'emplacement et la composition des pos- 
tes et a été insérée, avec une réduction photographique de la carte, dans la Topographie 
militaire de la partie méridionale du versant italien des Alpes, publication du ministère de 
la guerre, dont il a été déjà question. Malheureusement, la majeure partie des noms em- 
ployés à cette époque n'est plus portée sur les cartes modernes et quelque incertitude 
subsiste relativement aux indications du tableau de concordance établi pour faciliter la 
lecture de cette pièce. On a noté certaines modifications possibles dans le courant de ce récit. 






DANS LA RIVIÈRE DE GÈNES 267 

Ils n'étaient pas utilisables en cas d'offensive. Par suite, J™ ira*- 
le 29 juin, le baron Colli, trop bien renseigné pour être 
intimidé par les dispositions agressives de Kellermann l , 
envoyait un bataillon du régiment d'Asti au général Christ, 
afin de lui permettre d'appuyer les reconnaissances pres- 
crites, quelques jours avant, en vue de préparer l'attaque. 
Cependant, le 24, il insistait sur les mesures à prendre pour 
résister à l'ennemi , mais, le 25 dans la soirée, il ordonnait 
de l'inquiéter 2 . Le lendemain, le comte Vital mettait ses 
troupes en mouvement dans l'après-midi 3 . 

A gauche, le chevalier de Martinel, à la tête d'un déta- d e^ n e d s e 
chement de chasseurs et de trois compagnies de la légion it 28%?! 
légère 4 , partait du Vaccarile et, parles difficiles sentiers 
de Gias dell'Ortiga, Croce di Malaberra, Gias di Marberga, 
allait échanger des coups de fusil avec les avant-postes 
du camp de Velega 5 , puis revenait dans la nuit, après une 
marche pénible de 14 à 15 heures. A droite, huit compa- 
gnies et quelques milices 6 se portaient de l'Arpiola sur le 
plateau de Balourd, aux pieds des monts Creusa et Ciotto 
Mieu. Au centre, le major de frégate Chevillard, avec trois 
compagnies, 50 miliciens et deux petits canons 7 , parvenait 
à s'établir au sommet du Campanile ou Nid de Pie, à portée 
de fusil de Beccorosso 8 , soutenu par des détachements au 

1. Arch. de la Guerre : Ordres de Kellermann, au commencement de juin, concernant 
l'envoi à Sospel et à l'Escarène des parcs de siège et de campagne, de la cavalerie et de 
l'artillerie légère. — Arch. de Breil : Rapports de quinzaine du service des renseignements 
de l'armée de Colli, qui paraissent avoir été rédigés par le chef d'état-major Costa de 
Beauregard. 

2. Arch. de Breil, pièce n° 231 : Lettres de Colli, les 17, 18, 19, 22, 24 et 25 juin. — 
Arch. de la Guerre : Lettre de Macquard, le 25, et rapport général. Le 24 juin, une 
patrouille piémontaise s'est présentée sur les plateaux, en avant de Sabbione ; elle a été 
repoussée avec perte d'un tué et trois blessés. 

3. Le récit qui suit est tiré des pièces suivantes : Arch. de la Guerre : Lettre de 
Macquard, le 29 juin ; relation de Kellermann ; relation du commandant Paulinier. — 
Arch. de Breil, pièces n°" 231, 552, 245, 255 et relation de M. de Malausséna. L'ordre de 
Colli est parvenu au brigadier Vital, le '16, à 11 h. du mat. 

4. 300 h. au plus. Ils reviennent au Vaccarile, le 27, à 4 h. du mat. 

5. Le général Barquier dispose de 893 h., savoir : 1 er bat. de Paris, 471 h., et 2* bat. 
de la 84°, 422 h., venu de la division Garnier, et remplaçant le 2 e bat. de la 117 e , envoyé à 
Ormea. 

6. Quatre comp. d'Oneille, deux de Peyer, deux des chasseurs de Nice, 541 à 721 h. 

7. Deux comp. de chasseurs, une de la légion légère ; en tout, 273 à 364 h. 

8. Les documents piémontais disent Campanile ; les documents français Nid de Pie ; 
c'est sans doute le sommet rocheux situé entre les points 2161 et 2169 de la carte italienne, 
à 1 kil. de Cima Beccorosso. 



268 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin n95. Bric Valetta ■ et à la Cima di Gherra 2 . Ce millier d'hom- 
mes bivouaque sur ses positions 3 . Le général Dallemagne, 
qui s'attendait depuis longtemps à une attaque 4 et dis- 
posait aux environs du col de Tende de forces au moins 
trois fois supérieures 5 , augmente simplement le poste de 
Beccorosso 6 . 

Le 27, le général Christ, invité à prononcer une attaque 
sérieuse, partait de Borgo San Dalmazzo et arrivait, à 
2 heures du matin, à Limone, avec le régiment des gardes, 
qui, trop fatigué, ne pouvait que renforcer les postes 
laissés en arrière des colonnes de façon à constituer une 
deuxième ligne 7 . A gauche, le capitaine chevalier Radicati 
renouvelait l'expédition fatigante de la veille; il attei- 
gnait péniblement le baracon de Riofreddo, dont le poste 
s'était porté sur la crête de Vermorina 8 ; il en était bientôt 
chassé par une colonne envoyée du camp de Velega vers 
Cima del Becco, où elle arrivait après la retraite de l'atta- 
que piémontaise du centre. De ce côté, le major Chevillard, 

1. Point 1934 de la carte italienne, dénommé Scaron sur la carte du baron de Mouthoux 
(Arch. de la Guerre) et Soutron dans le « Précis des attaques » (Arch. de Breil, pièce 246). 
Ce détachement se compose d'une centurie de Peyer, 90 à 120 h. 

2. Deux comp. de grenadiers et 30 dragons à pied, en tout 107 à 143 h. 

3. L'effectif total des forces de la droite et du centre serait de 1.348 h., d'après la 
situation du 15 juin, pièce just. n° 63. Mais si, comme l'indique le brigadier Vital dans 
sa relation (Arch. de Breil, pièce n° 255), sur chacune de ces compagnies, déjà peu nom- 
breuses, on avait laissé les gardes du camp et postes qu'elles y occupaient, il convient de 
réduire cet effectif d'un quart environ, et l'on trouve ainsi le chiffre d'un millier d'hommea 
donné par M. de Malausséna. Il se peut que, le 27, ces diverses colonnes aient été renforcées 
au moyen de volontaires pris dans les corps en arrière et même dans la cavalerie, dont un 
officier, le lieutenant comte de la Chavanne, des dragons de Chablais, est cité avec éloge ; 
il est peu probable toutefois qu'elles aient présenté plus de 1.500 h., au lieu des 2.500 à 3.000 
dont il est question dans les documents français. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Macquard, les 25 mai, 12 et 14 juin; de Pijon, 
les 24 mai, et 10 juin ; de Marigny, aide de camp de Dallemagne, le 17 mai. 

5. Arch. de la Guerre : Situation du 19 juin, pièce just. n° 68, 3.538 h. 

6. Il y avait à ce poste le 3° bat. de la 3" demi-brigade légère, commandant Rondeau, 
378 h. et' 60 sapeurs. Il y vient deux compagnies du 4 e bat. de grenadiers, 175 h., à la suite 
d'une fusillade engagée dès 4 h. du soir, le 26, avec les troupes du Campanile (Arch. de 
Breil, pièce n° 255). 

7. Outre le régiment des gardes, il y avait une centurie, composée de Peyer et de 
Christ. D'après la lettre écrite par le général Christ, le 27 au soir (Arch. de Breil, pièces 
n 08 242 et 255), 3 comp. des gardes, ainsi que la centurie, ont été envoyées à l'Arpiola. où 
étaient déjà venus, de Vernante, 40 h. de Christ et 40 h. de Peyer : deux comp, des gardes 
allaient au Vaccarile, où se trouvait une comp. des grenadiers d'Oneille ; les trois derniè- 
res comp. des gai'des, avec les quatre dernières comp. du 2 e bat. de grenadiers, gardaient 
Limone et les postes voisins. Cette seconde ligne présentait 1.000 à 1.200 h., c'est-à-dire à 
peu près le même effectif que la première. 

8. Le baracon de Riofreddo, situé dans un entonnoir (point 1602 de la carte italienne), 
n'était pas défendable. 12 soldats de la comp. des chasseurs Sussi, rebutés par la longueur 
de la marche, désertent. 



DANS LA RIVIÈRE DE GÊNES 269 

démasquant le feu de ses deux pièces, mises en batterie Juin im 
pendant la nuit, s'était engagé assez vivement 1 ; il parve- 
nait toutefois à se replier sans confusion, vers 5 heures du 
soir, à la nouvelle de l'échec subi par la colonne de droite. 

Celle-ci s'était mise en mouvement, à 5 heures du matin, 
et remontait le vallon de l'Abisso. Cinquante volontaires 
et autant de milices gagnent la Cima di Giaura, dont le 
poste, surpris, a néanmoins le temps de donner, par sa fusil- 
lade, l'alarme au camp de Peirafica. Le reste des troupes 
piémontaises enlève une flèche construite sur la Cima di 
Salauta et se dirige sur la redoute de Piernant 2 . 

Pour rétablir sa communication avec Lebrun, Dallema- 
gne dirige, du col de Tende, sur Cima di Salauta, l'adjudant 
général Gardanne, avec le bataillon de tirailleurs, le 
13 e bataillon de grenadiers et un détachement de la 165 e 
demi-brigade 3 . Les Piémontais sont refoulés avec perte de 
46 prisonniers 4 et s'échappent à travers les rochers et les 
neiges des pentes de l'Abisso. En même temps, en vue 
de leur couper la retraite, quelques compagnies du 4 e 
bataillon de grenadiers et une fraction du bataillon de 
Montferme 5 descendent directement sur Limonetto, dont 
les miliciens sont chassés. Le brouillard empêche de pour- 
suivre ce mouvement et les Républicains se replient après 
avoir pillé et brûlé 25 maisons 6 . 

1. A demi-portée de fusil, d'après la pièce n° 245 des Arch. de Breil. 

2. Cette colonne, composée des comp. de chasseurs d'Aglian et Quincenet, de cinq comp. 
d'Oneille et d'une centurie de Peyer, environ 650 h. (Arch. de Breil, pièce 249), est montée 
du vallon de l'Abisso au mauvais passage situé entre la Cima di Salauta (cote 2179 de la 
carte italienne) et la Cima di Giaura (exactement point 2156 de la carte italienne), tandis 
que le détachement des flanqueurs s'est porté sur les rochers entre cette cime et le roc de 
l'Abisso. 

3. Environ "700 h. D'après la relation de Kellermann, la tête seule, soit les 200 h. du 
bat. de tirailleurs, se serait engagée contre les Piémontais, estimés 1.000 h., mais en réalité 
de 6 à 700 h. seulement. 

4. C'est en ce point que lut tué le chevalier de Saint- Victor, capitaine d'une comp. de 
grenadiers du rég. d'Oneille. D'après la relation de Kellermann, l'ennemi aurait perdu, 
dans ces différentes affaires, outre les morts et blessés, 150 prisonniers ; le général Mac- 
quard, dans sa lettre du 29 juin, ne parle que de 56 prisonniers, dont deux cadets; pour les 
Piémontais, un Républicain tué et cinq blessés. Les documents piémontais accusent 24 gre- 
nadiers, 36 chasseurs francs, deux chasseurs de Nice, cinq miliciens tués ou prisonniers, et 
cinq blessés des différents corps. 

5. Environ 500 h. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 250 : Etat des dégâts faits par les Français à Limonetto, sur 
la j-ive droite du ruisseau de l'Abisso, au débouché du ravin de Salauta; trois paysans ont 
été tués, deux vaches, un mulet et deux chèvres emmenés, et 1.500 rations de pain prises. 



270 



RETRAITE DE KELLERMANN 



Juin 1795. 



Escarmouches 

aux environs 

de Viozene et 

Carnino, 

le 27 juin. 



Le 28 juin, une autre colonne piémontaise, prévenue 
trop tardivement pour avoir pu se mettre en ligne la veille, 
franchissait le col ouvert à la tête de Valle Grande, au 
nord-ouest du mont Frisson 1 , et surprenait la garde du col 
de Sabbione. Deux heures après, elle était obligée de se 
replier, au milieu d'une violente tourmente, devant l'arrivée 
de renforts expédiés du camp de Peirafica, et perdait 
25 hommes 2 . 

Les Piémontais n'étaient pas plus heureux dans leurs 
tentatives sur la division Sérurier, dont les trois brigades 
occupaient solidement le versant gauche de la vallée du 
Tanaro. Celle du général Pijon, portée à 2,000 combattants 
par l'arrivée d'un bataillon de la division Macquard 3 , 
occupait Viozene. Sa retraite était assurée sur Ponte di 
Nava par 300 hommes établis à droite, sur le plateau de 
la Madonna, au-dessus de Pian del Fo. A gauche, un 
bataillon, poussé à Carnino, permettait de surveiller, par 
des postes et des patrouilles, les cols du Bocchin Aseo, 
délie Saline et del Pas, qui font communiquer la haute 
vallée du Tanaro avec celles de la Corsaglia, de l'Ellero 
et du Pesio \ Les contreforts qui les séparent étaient 
gardés par des compagnies de milices piémontaises, sou- 
tenues par le régiment de Turin, dont le colonel, comte 
Morozzo, avait son quartier général à Frabosa Soprana 5 . 

1. Point 2240 de la carte italienne. 

2. Arch de Breil, pièces n" 230 et 245. Ce sont les seuls documents, avec la relation de 
M. de Malausséna, où il soit question de cette course fatigante, exécutée par la comp. des 
chasseurs nissards du fameux capitaine Cauvin de Moulinet, les Français perdent quelques 
tués, neuf prisonniers, 25 fusils et plusieurs tentes. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Macquard, le 23 juin, et situation du 3 juillet. 2* bat. 
de la 117 e , 499 h., arrivant le 24 juin du camp de Velega. 

4. Arch. de la Guerre : Situation du 19 juin, pièce just. n° 68, et instructions des 24 
mai et 4 juin. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 246 : Lettres du colonel Morozzo au général Colli et au baron 
Déliera, le 26 juin, à 7 h. du mat. La disposition de ses forces est la suivante : A gauche, 
un bat. du rég. de Turin, ayant une comp. à Gias del Aso, sur les pentes du contrefort de 
Cima Robert, une à la cascine Canei, les deux dernières à Fontane, avec des volontaires du 
pays, 400 h. au moins ; au centre, deux comp. de milices à Capella Balma et au mont Mon- 
dole ou del Lago, soutenues par une comp. du rég. de Turin en ce dernier point, une autre 
comp. de ce rég. à Colla del Prel avec les volontaires de Roaltini, une troisième comp. à 
Frabosa Soprana, environ 400 h. aussi; à droite, les volontaires de la Prea dans la vallée 
de l'Ellero et à Cima Piastra, la dernière comp. du rég. de Turin en soutien d'une comp. de 
la légion légère et des deux comp. de milices Gondole et Re, dépendant du commandement 
de Borgo San Dalmazzo, soit 300 h. 



DANS LA RIVIÈRE DE GÈNES 271 

Avisé, dans la matinée du 26 juin, d'avoir à inquiéter Juin 1795 - 
l'ennemi avec l'aide du 11 e bataillon de grenadiers 1 , cet 
officier recevait bientôt l'ordre de pénétrer dans la vallée 
du Tanaro par le passage qu'il jugerait le plus facile. Le 
9 e bataillon de grenadiers lui était ensuite envoyé, mais 
arrivait trop tard pour prendre part à cette entreprise qui, 
nécessitant des marches longues et difficiles, eût exigé plus 
de préparation 2 . 

Le 27 au point du jour, 500 hommes 3 , conduits par le 
major Provana de Bussolin, atteignaient Sella Rascaira, 
où demeurait en réserve un petit détachement 4 . Le reste 
de la colonne se portait auBocchinAseo, qu'abandonnaient 
les Républicains devant le feu de tirailleurs montés sur 
Cima Revelli. En même temps, deux petites colonnes 
convergeaient sur le col délie Saline, l'une 5 , aux ordres 
de M. de Malaussena, partie du mont Mondole par le vallon 
de Campanini 6 , l'autre par le sentier venant de Cima 
Piastra, d'où une troisième colonne 7 gagnait le col del 
Pas. Là également les avant-postes français sont obligés 
de se replier. 

Mais les Piémontais, harassés de fatigue, manquant de 
vivres et ayant épuisé leurs munitions par une fusillade 
mal ajustée, n'osaient poursuivre leur marche jusque là 
favorisée par le brouillard. A midi, la colonne de droite 
s'étant repliée, celles du col délie Saline, de plus en plus 
menacées, sont obligées de se retirer à leur tour sur les 

1. Arch. de Breil, pièces n°* 231 et 247. L'ordre rédigé à Mondovi à 9 h. du soir, 
le 25, ne parvient à Frabosa Soprana que le 26 à 7 h. du matin. Le 11 e bat. de grena- 
diers, 360 h., part de Vasco di Monte près de Mondovi et arrive à Frabosa, le 26, à 
5 h. du matin. 

2. Ce récit a été composé au moyen des documents suivants : Arch. de Breil, pièces 
n" 231, 246, 251, 255 et relation de M. de Malaussena — Arch. delà Guerre : Documents 
classés au 25 juin et lettre du général Pijon, le 28. Le 9 e bat. de grenadiers, 386 h. 
environ, recevait l'ordre de marcher, le 26, à Breo, près de Mondovi. 

3. Probablement, trois comp. du rég. de Turin, une comp. du 11« bat. de grenadiers 
et la comp. de milices de Capella Balma. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 251 : Lettre du major Provana, de la Raschera, le 27 juin : 
60 grenadiers et quelques soldats de Turin. 

5. Une comp. du 11° bat. de grenadiers et une comp. de milices. 

6. Ce nom, pas plus que celui de Campanile, employé dans certains documents, n'est 
porté sur aucune carte. C'est sans doute le vallon qui descend de l'extrémité occidentale 
de Serre Négrin. 

7. D'après M. de Malaussena, ces trois dernières colonnes présentaient ensemble 
3 a 400 h. r 

19* 



272 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. points d'où elles étaient parties l . Le colonel Morozzo 
s'était avancé à Capella Balma, avec le 9 e bataillon de 
grenadiers, dont deux compagnies vont à Sella Rascaira 
relever les troupes du major Provana, pour inquiéter le 
flanc des défenseurs du col de Termini 2 . 

Attaques Cette position, dont la force naturelle avait été accrue 

du col de Termini x ' 

coiif Bassa P ar quelques ouvrages 3 , était occupée par 13 à 1 ,400 hommes, 
les 25 et 27 juin. aux orc i res d u général Pelletier 4 . Un bataillon, cantonné 
à Cascine et Albera, les reliait aux 2,000 combattants de 
la brigade Miollis, répartis dans la vallée de l'Inferno 5 . 
Les Piémontais pouvaient opposer des forces doubles. 
1,500 hommes étaient échelonnés sur le versant gauche 
du vallon de Casotto, depuis le mont Alpet jusqu'à la butte 
de Bauset, munie d'une redoute ; 2,300 campaient dans 
les retranchements du Bric Mindino, sur les flancs de cette 
montagne et au col de Prato Rotondo 6 . Ces deux masses 

1. Pertes des Piémontais : un blessé, un prisonnier, un déserteur; des Français, un 
officier dangereusement blessé. — D'après le général Sérurier, la retraite aurait même 
été effectuée à 10 h. du matin, l'attaque ayant commencé à 6 h. 

2. En arrière se trouvent, deux centuries du 11 e bat. de grenadiers, l'une à Colla del 
Prel, l'autre à Frabosa. 

3. Arch. de la Guerre : Conférence du lieutenant de l'état général, de Faverges, le 
15 mars 1798, et carte militaire piémontaise dressée à Bagnasco, le 10 juillet 1795 — 
Arch de Breil, pièces n" 245, 255 et relation de M. de Malausséna. Les défenses du col 
de Termini, établies sur le versant septentrional, étaient les suivantes : l re ligne, retran- 
chements sur les trois gradins rocheux, très bien figurés sur la carte sarde, du contrefort 
occidental de Cima Cinajera, en avant desquels se trouvaient deux flèches ; ouvrage, 
avec flèches en avant, à la Mastra, point 1745 de la carte italienne, mamelon au nord de 
Passo Scalette ou Alpe o Colletta dei Stanti, de la carte sarde ; cet ouvrage n'a peut-être 
été exécuté qu'après l'attaque du 25 juin. 2 e ligne, flèches sur la crête entre les deux 
ravins descendant du col de Termini, le chemin de Passo Scalette devant suivre à cette 
époque le ravin occidental, ainsi que l'indique la carte sarde ; retranchement au nord du 
point 2183 de la carte italienne, à l'est de Cima délie Ferrarine, et sur le replat au- 
dessous de la croupe qui s'en détache ; les troupes de la Mastra devant se replier à gauche 
sur Cima Verzera ou mont Rossin. L'accès du col del Pizzo était aussi défendu par une 
tranchée construite le long de l'arête descendait de Cima Ruscarina sur la Corsaglia. 

4. Voir situation du 19 juin, pièce just n° 68. Ajouter le 10 e bat. de grenadiers, 509 h., 
parti de Tende le 17 ou le 18 juin. 

5. La tète de la vallée de l'Inferno était défendue par quatre redoutes : une au mont 
Berlino, deux au mont Missione (points 1.933 et 1.948 de la carte italienne,), une au mont 
Grosso (point 19. *0 de la carte italienne). Ces trois derniers mamelons sont désignés sur la 
carte sarde par le seul nom de Monte Grosso o Briccasso. Le versant gauche était défendu 
par trois postes, col de Mulaté, Bertolini et Colombino, non marqué sur la carte italienne, 
sur la croupe escarpée tombant sur la rive gauche du Tanaro, entre Pennoni et Fornace. 
Ce que les Républicains appelaient l'avancée de Trappa, était constitué par les postes de la 
Cascine Ardena et de la chapelle de la Trinita, situés cote à cote, soutenus par un petit 
camp à la Maddalena, rive droite du Tanaro. Ciiabrenard, Prabemard ou Pianbernardo, 
hameau au-dessus de Trappa, communiquant directement avec Albera. était le réduit de 
la défense. 

6 Arch. delà Guerre : Carte miliraire piémontaise, dressée à Bagnasco, le 10 juillet 1795. 
Situation du 15 juin, pièce just. n° 63. il y avait encore une petite redoute en arrière de 
l'ouvrage du Bauset, qui paraît très considérable. Le camp du Pra Robert était établi sur 
la large croupe a l'ouest de la cime du même nom. Le quartier général était à Fracola ou 
Cima Seriut et Colla. Le mont Alpet ou Trucco Alpet est désigné sous le nom d'Arpetta 
dans certains documents piémontais. Au sommet du mont Mindino se trouvait une redoute. 
Un grand retranchement, tracé sur les versants occidental et septentrional, constituait ce 
que les Sardes appelaient camp de Rascas ou Raschas. Enfin quelques tranchées couvraient 
le hameau de Taglianti, et la Certosa di Casotto devait avoir été mise en état de défense. 



DANS LA RIVIÈRE DE GÊNES 273 

étaient reliées par les 4 e et 5 e grenadiers, cantonnés à 
Pamparato et Vico, les 1 er et 8 e grenadiers à Mondovi, et 
des milices postées à Taglianti et à Certosa di Cazotto '. 

Le 25 juin à 11 heures du matin, les commandants de 
ces forces reçoivent Tordre d'attaquer l'ennemi 2 . Le mar- 
quis de Bellegarde, colonel du régiment des grenadiers 
royaux et commandant au Bauset, dispose aussitôt ses 
troupes, dont les mouvements sont favorisés par un épais 
brouillard. A gauche, une compagnie du régiment de 
Turin marche des environs de Fontane à Passo Scalette 
ou col délia Colletta; elle s'y établit et y est rejointe par 
une compagnie de pionniers. Cette petite colonne poursuit 
alors son chemin par la crête de Cima Verzera et atteint, 
vers 9 heures du soir, Cima Ferrarine, défendue par un dé- 
tachement de la 166 e demi-brigade, qui la refoule à la 
baïonnette 3 . 

1. Ces renseignements et le récit qui suit sont tirés des pièces suivantes : Arch. de Breil, 
pièces n 08 231, 245, 255. 256 et relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Guerre: 
Relation très exacte et précise du lieutenant de Faverges. R lation du général Kellermann. 
Documents classés au 25 juin : Lettres de Sérurier et du chef de bataillon Dallons, de la 
166 e demi-brigade, le 26 juin. Il ne peut être fait aucun usage des Mémoires de Masséna, 
qui ne sont, pour ce passage, que la copie du mémoire manuscrit du commandant du génie 
Paulinier, lequel a confondu les attaques du 25 juin et du 5 juillet. 

2. Arch. de Breil, pièces n e " 177, 231 et 255 ; voir pièce just. n° 75. Les ordres sont 
datés de Mondovi, le 25, à 3 h. du matin. Outre ceux destinés aux marquis de Bellegarde 
et Pallavicini, il en était expédié au lieutenant-colonel Leotardi, à Priola, au colonel Pam- 
para, à Prato Rotor. do, aux commandants des bat. de grenadiers de Pamparato, Vico et 
Alpet. On ne peut s'expliquer ces ordres directs de Colli à des chefs de postes, sans passer 
par l'intermédiaire du baron Déliera, du prince de Carignan et du marquis délia Chiusa, 
commandants du département de Mondovi, sous les ordres desquels ils se trouvaient, que 

?>ar la maladie ou l'absence de ces officiers généraux, ce qui est peu probable, et plutôt par 
e désir que l'on avait d'agir à temps. 

3. Cette heure tardive, mentionnée dans la lettre du commandant Dallons, est corro- 
borée par le lieutenant de Faverges : « La longueur et les difficultés de la route firent 
tarder l'attaque de la Raschera ou Cima Ferrarine. » Le chevalier Viarizo, commandant la 
comp. de Turin, dans son rapport au colonel Morozzo, daté du camp de Gias del Aso, le 
26 juin à 9 h. du matin, indique que son avant-garde s'est partagée en deux colonnes 
pour assaillir le pic de la Ferrarine, et que l'ennemi, dirigeant son feu sur ces colonnes, 
s'est précipité des retranchements sur le reste des troupes Ce récit concorde avec celui de 
Dallons : « L'ennemi se portait en force sur le poste principal, défendu par les braves 
volontaires du 2 e bat. de la 166 e , commandés par les lieutenants Giraud et Robert. Ces 
officiers défendent de faire feu avant que l'ennemi fût à portée de fusil. Lorsqu'il a été à 
cette distance, ces officiers ordonnent à haute voix aux volontaires de sortir des retranche- 
ments en leur disant : Des Républicains se battent à découvert ; chargeons l'ennemi ; ce 
qui a été exécuté avec tant d'ardeur qu'en peu de temps l'ennemi, quoique nombreux, s'est 
enfui, en laissant sur le champ de bataille quatre morts et un prisonnier que j'ai vu. » Le 
capitaine Viarizo accuse comme pertes, à la comp. de pionniers du capitaine Armand, le 
lieutenant Misso ou plutôt Michaud, blessé, un sergent et quatre soldats morts, et « molti 
prigionieri », à sa comp. un caporal blessé, un soldat et six prisonniers. Le précis officiel de 
ces affaires donne, pour la comp. de pionniers, outre le lieutenant blessé, quatre morts 
dont un sergent et six blessés, pour la comp. du rég. de Turin, deux caporaux et deux 
officiers blessés. Les Piémontais ne devaient pas dépasser l'effectif de 160 h. Le 2« bat. de 
la 166* était fort de 314 h. 



Juin 1795 



274 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin n95. Deux heures avant, 150 grenadiers et chasseurs l , sou- 
tenus par le feu de deux pièces de montagne, mises en bat- 
terie au Bauset, s'élancent de Passo Valleggio et s'em- 
parent, avec une rare intrépidité, du premier des trois rangs 
de rochers soutenant au nord le plateau de Termini 2 . Ils 
essaient môme, aux applaudissements des Républicains, 
d'escalader le second rang 3 ; le feu croisé de la mousque- 
terie, les débris de rochers qui pleuvent sur eux, les obli- 
gent à battre en retraite 4 . La principale attaque était 
exécutée, entre 4 et 5 heures du soir, contre le col de l'In- 
ferno par le régiment des grenadiers royaux, formé en 
quatre colonnes, de 160 hommes environ chacune 5 . 

Celle de gauche, commandée par le capitaine Falletti, 
partant de Colle Robert, traverse le ruisseau de Valle- 
calda, remonte à travers les bois, s'empare du premier re- 
tranchement du mont Missione et se joint à la seconde, 
aux ordres du marquis Massetti, pour enlever une petite 
redoute entourant l'arbre de la Liberté, qui est abattu. Le 
baron de Morand, avec la colonne de droite, gagne le 
mont Autoroto, d'où il se met en mesure de soutenir le 
baron de Saint-André, qui se dirige sur l'ouvrage de 
Monte Grosso ou Serra Longa. 

Mais le marquis Pallavicini, commandant le camp de 

1. La comp. des chasseurs des grenadiers royaux, capitaine lieutenant Perrein, 70 gre- 
nadiers du bat. d'Esery, capitaine lieutenant comte de Lavian, environ 120 h. en tout. 
Conformément aux ordres de Colli, les 2 e et 10 e bat. de grenadiers s'étaient avancés de 
l'Alpet au camp de Pra Robert et au Bauset, pour garder ces positions en l'absence du 
rég. des grenadiers royaux. 

2. Ce point est désigné sous le nom de Cima Cœra dans le récit du lieutenant de Faver- 
ges et sur la carte piémontaise levée le 10 juillet 1795. C'était le 10 e bat. de grenadiers, 
500 h., qui défendait les deux premières terrasses ; le 2 e bat. de la 46°, commandant 
Mallin Larivoire, 2s7 h., occupait la Cima Cimajera et la crête supérieure ; le 1 er de la 56', 
256 h., devait être en réserve au col ou même en arrière. 

3. Rien ne peut mieux donner une idée du soldat français de cette époque que cet 
épisode ainsi relaté dans le précis officiel piémontais : « La troupe ennemie, qui était placée 
sur le troisième rang de rocher, ne daigna seulement pas aller aux armes ; les tentes n'y 
furent pas détendues. Les soldats, assis comme sur les gradins d'un amphithéâtre, obser- 
vaient les efforts des assaillants et applaudissaient à leur audace par des cris et des batte- 
ments de mains. » 

4. C'est à ce moment que se produit le trait du grenadier « Coeur-de-Roi », rapporté par 
Pinelli, btoria militare, p. 527 ; mais il ne semble pas que cet auteur ait eu recours au 
simple précis officiel d'où ce fait est tiré, puisqu'il tombe dans la même erreur que Koch. 

5. Une centurie ou deux comp. par colonne. Les deux de droite formant le second bat,» 
les deux de gauche le 1" bat. 



DANS LA RIVIÈRE DE GENES 275 

Rascas, au nord du col de Casotto, n'avait pas jugé à Juin 1795. 
propos de seconder cette opération, en marchant à l'assaut 
du Bric Berlino, bien qu'il en eut reçu l'ordre et eût été 
avisé en temps utile par M. de Bellegarde l . Dès lors, les 
deux bataillons de la 51 e demi-brigade peuvent réunir 
leurs forces, égales à celles de l'assaillant, d'abord sur les 
deux colonnes de la droite piémontaise, qui sont refoulées, 
puis sur les deux autres, qui abandonnent bientôt le mont 
Missione, après avoir brûlé tontes leurs cartouches 2 . 

Le même soir, le prince de Carignan était chargé de 
la direction générale des troupes réparties dans le bassin 
de Casotto 3 . Il les trouvait si découragées par l'échec 
du 25 4 qu'il n'osait les engager, le lendemain, et se bor- 
nait, le 27, à entretenir, pendant quelques heures, la fusil- 



1. Voir pièce just. n° 75. M. de Malausséna s'exprime à ce sujet ainsi qu'il suit : « Pen- 
sez que les situations critiques et embarrassantes de la guerre ne laissent pas toujours le 
temps et la liberté d'esprit de rendre les ordres clairs, avec les indications qu'on pourrait 
V désirer. Quiconque en reçoit de pareils, sans s'inquiéter ni se tourmenter à chercher dans 
l'expression des raisons de délai, de non-exécution, doit s'attacher à bien saisir ce dont il 
s'agit, pour ne s'occuper ensuite que de hâter les dispositions à se mettre en mesure d'exé- 
cuter, suivant que l'exigeront les circonstances. Au moyen de cette précaution, le marquis 
Pallavicini, à même de concourir à temps à l'attaque des hauteurs d'Enfer, aurait évité 
bien des désagréments et des raisons de justification, insuffisantes à surmonter cette objec- 
tion de ne s'être préparé à tout événement. Une entre autres s'appuyait sur l'avis qu'il 
reçut d'un commandant de poste, qu'un aide de camp lui avait dit en passant « qu'il y avait 
des ordres du général de suspendre toutes les opérations »; circonstance beaucoup ébruitée 
alors, qu'on a omis de rapporter dans la narration de l'affaire, n'ayant pu l'influencer, car 
cet avis ne parvint au marquis Pallavicini qu'au moment qu'il reçut celui de l'attaque du 
marquis de Bellegarde, qui au contraire disait d'avoir été sollicité à exécuter par l'aide de 
camp porteur de l'ordre. Et l'écho de l'armée, qui se plaît toujours de mordre sur les gé- 
néraux et leurs aides de camp, répondait : « Voilà comme vont les choses dans la confusion 
des ordres; tandis qu'un aide de camp conseille l'attaque, l'autre la dissuade. » Pour 
détruire cette opinion, il fallait donner à connaître la cause particulière qui avait fait man- 
quer l'attaque des hauteurs d'Enfer. Mais, sans l'approfondir, le général, croyant peut-être 
mettre à couvert ses ordres, en rejetant adroitement sa faute sur les aides de'camp, commit 
la maladresse de la confirmer par un avis circulaire aux commandants des postes, de ne plus 
déférer à l'avenir qu'aux ordres par écrit, excepté dans les jours de combat où, venant à 
en recevoir à voix, ils exigeassent pourtant de l'aide de camp qui le porterait, de le leur 
écrire. » 

2. Dans son rapport du 27 juin, le colonel de Bellegarde dit que les Français ont reçu 
un renfort de 300 h. du Bric Berlino, c'est-à-dire qu'un des bat. de la 51 e devait être posté 
en ce piont, l'autre aux monts Missione et Grosso ; il dit aussi que « d'autres sont venus 
d'ailleurs », de Prabernardo sans doute ; cependant l'engagement a duré deux heures au 
plus. M. de Faverges s'exprime ainsi au sujet de la retraite : « Ranimées par ce secours, 
les troupes républicaines firent une sortie de Serra Longa et culbutèrent le baron de Saint- 
André dans le vallon. Le sous-lieutenant Arrigues et ceux qui avaient pris le revers de 
l'arête (de Colla Bassa sans doute), auraient infailliblement été faits prisonniers, si le baron 
de Morand n'eût fait avancer une trentaine de grenadiers, qui repoussèrent les Français et 
donnèrent à M. Arrigues le temps de s'échapper. Alors l'ennemi tourna tous ses efforts 
contre le premier bataillon, qui se trouva pris en tête et en flanc par les troupes qui sortirent 
des retranchements du Bric (Berlino) et qui descendirent de Serra Longa. » 

3. Arch. de Breil, pièce n° 231 : Ordre du 25 juin. 

4. Les pertes piémontaises sont de 84 à 98 h., dont 22 tués, 23 prisonniers, le reste, 
blessés ou déserteurs ; les Français n'auraient eu que deux tués, trois blessés, un officier 
et trois grenadiers pris dans la redoute du mont Missione. 



276 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795.] i a d e e t la canonnade aux cols de Mulaté, de l'Inferno ou 
v Bassa et de Tevmini l . 

occupation H en était autrement sur la rive droite du Tanaro. Les 
mont spinarda. troupes françaises qui y étaient établies appartenaient à la 
deuxième subdivision de l'aile droite, destinée à relier les 
divisions Sérurier et Freytag 2 . Elles présentaient deux 
groupes distincts : celui de droite, de 12 à 1.500 hommes, 
commandé par l'adjudant général Vabre, était échelonné 
depuis Pian di Prati, au-dessus de Zuccarello, jusqu'à 
Bardinetto, dans la Bormida occidentale, d'où il commu- 
niquait avec la Tour de Melogno par le Bric Caplin 3 . Celui 
de gauche, sons les ordres du général Gouvion, avait es- 
sentiellement pour objet de garder l'important col de San 
Bernardo, où se trouvaient quelques retranchements. On 
avait en conséquence fortifié et armé d'artillerie le plateau 
de la Cianea, situé au nord ; 800 hommes avaient été portés 
en outre jusqu'au mont Spinarda, qui domine le cours de 
la Bormida occidentale, entre Bardinetto et Calissano, ainsi 
que celui du Tanaro, entre Garessio et Priola 4 . 

1. L'attaque de Mulaté a été exécutée par 200 h. seulement, de 4 à 9 h. du matin ; il y 
a eu trois blessés. Aux cols d'Inferno et de Termini, le feu a duré de 4 h. du matin à midi. 
M de Malausséna approuve la résolution du prince de Carignan en ces termes : « Des 
généraux habiles ont quelquefois ramené des troupes à l'attaque et arraché la victoire à 
leurs ennemis, en profitant du désordre où fait souvent rester le trop de sécurité après une 
bataille gagnée. Mais loin dimiter ces exemples, en réitérant des attaques sur les postes 
redoutables des montagnes, on doit plut.it apprendre d'un mauvais succès à ne plus y 
revenir. » Il paraît cependant que le général Colli blâma cette conduite, bien que ses ordres 
fussent loin de prescrire une attaque vigoureuse. Les Hissentiments qui en résultèrent au 
sein même de l'armée piémontaise et dont il est si souvent question dans les lettres de 
M. Costa de Beauregard ( Un Homme d'autrefois), inspire.it à M. de Malausséna les ré- 
flexions suivantes : « Dans ces gouvernements (fondés sur les distinctions des rangs), les 
généraux qui veulent conserver le commandement doivent encore être bien circonspects 
d'inculper les grands, même ayant des torts réels. Aussi ceux-là sont maladroits qui ne 
cherchent plutôt des prétextes à pallier décemment leurs fautes militaires, à ne pas même 
leur laisser entrevoir qu'on veut bien les excuser ou leur pardonner. La vanité humaine, 
jointe aux caractères forts de la grandeur, s'irrite tellement des demi-graces, qu'on risque 
encore moins à ne pas leur en faire Aussi le général Colli, en tançant rudement les officiers 
élevés en grade qui se comportèrent mal, sans jamais vouloir en accuser aucun, ne fit que 
s'attirer de nombreux ennemis, au point de voir la réputation et le crédit qu"il avait acquis 
en Piémont tomber entièrement. » 

2. Arch. de la Guerre : Instructions des 24 mai et 4 juin. 

3. Arch. de la Guerre : Situation du 19 juin, pièce just. n° 68. Mais il faut en retran- 
cher les 1 er et 3 e bat. de la 70 e , postérieurement envoyés à San Giacomo et à Melogno. 
D'après l'instruction de Masséna en date du 24 mai, les troupes de Rocca Barbena et de 
Pian di Prati constituaient une réserve pour la défense du col de San Bernardo. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Ke.lermann, les 19 mai et 1 er juin; de Masséna, les 7 
et 14 juin ; de Berthier, le 20 juin ; de l'adjoint Ballet, le 25 juin, et instructions. — Arch. 
de Breil, pièce n° 225 et relation de M. de Malausséna. La position dite de San Bernardo 
comprenait le col de ce nom et le plateau de Cianea ou de la Planette. Elle faisait, par con- 



DANS LA RIVIERE DE GENES 277 

En face de cette position, les Piémontais avaient un mil- Juin 1795 - 
lier de combattants, au mont Sotta, que reliaient à Montez- 
zemolo et au fort de Ceva les camps de Prato Ronchi ou 
de Pian di Liza, du Rejoint ou du Bric Orsura, de San Ber- 
nardino et de San Giacomo, sur la ligne de partage des 
eaux 1 . Ils étaient couverts, à gauche, par les compagnies 
du corps franc Giulay, postées au mont Camulera et à Rif- 
fredo, à droite, par les troupes cantonnées à Bagnasco, à 
Priola et sur le versant gauche de la vallée du Tanaro 2 . 

Au reçu de l'avis qui lui avait été adressé directement 
par le général d'Argenteau, dans la nuit du 24 au 25 juin, 
le lieutenant-colonel marquis Colli, commandant à la 
Sotta, s'était empressé de faire, le matin même, contre la 
Spinarda, une démonstration; mais elle fut sans grand 
effet, vu le peu de monde dont il disposait 3 . Le feu cessait 

séquent, face au Tanaro. Ses derrières étaient couverts par les troupes de Bardinetto, 
Sebanco ou Banco et Rocca Barbena. Au col de San Bernard o se trouvaient : I e un ancien 
retranchement espagnol sur le mamelon à la cote 1000, au sud-ouest du col ou de la cha- 
pelle ; c'est l'ensemble de ce mamelon et des pentes du mont Pennino qui, dans les docu- 
ments français de l'époque, est désigné comme position de retraite, sous le nom d'Amphi- 
théâtre et, dans les documents piémontais, sous celui de Costa Minuta; 2° une redoute, 
armée de deux pièces de 8, dont la construction est ordonnée par Kellermann, le 19 mai, sur 
la butte à l'est de la chapelle, vers Garessio ; 3° un avant-poste sur les rochers au-dessus 
de ce dernier village, par lequel il communiquait avec le détachement d'Ardena ou Trinita 
de la brigade Miollis. Ces ouvrages étaient terminés le 25 juin. Le plateau de la Cianea, où 
pouvaient camper six bat., devait être aussi muni de retranchements, à peine tracés le 
14 juin, et armés d'un obusier et de pièces de 4. Ce point étant menacé de front et sur le 
flanc droit, était protégé par une ancienne redoute espagnole à la Fosse ou Bric Fossa, 
mamelon à la cote 1175 au sud de Colla Bassa, autour de laquelle 3 à 400 h. pouvaient 
camper, protégés par quelques flèches. Il y avait deux avant-postes ; l'un sur les pentes 
occidentales du Bric Meriano, appelé Y Onde par Sérurier, à Pian Robergo ou del Bergo 
d'après les documents piémontais, Rouberghe d'après les documents français; l'autre au 
mont Spinarda (butte au sud-ouest du point 1358 de la carte italienne et un peu moins 
élevée), muni d'une petite redoute, armée d'une pièce de 3, avec flèches autour, aux chan- 
gements de pentes. 

1. Arch. de Breil, pièce n° 191 : Rapport d'une reconnaissance exécutée, les 17, 18 et 19 
avril 1795, par le lieutenant général Costa de Beauregard, chef d'état-major de Colli, et 
mémoire, classé sous le n° 240, qui paraît avoir été rédigé par M. de Malausséna,pour servir 
de base à la disposition prise par les troupes piémontaises dans le courant de mai. Les 
postes retranchés de cette ligne sont les suivants : Redoutes avec flèches en avant sur les 
buttes du vieux château de Montezzemolo et de la Crocetta délia Rocca (points 793 et 730 
de la carte italienne); redoute pour un bat. à San Giacomo de Murialdo, avec deux flèches 
en avant vers le village et un baracon pour 200 h.; redoute du Rejoint, Ressoin ou Jouette, 

Eour 800 h. au moi is, sur le Bric Orsura ; deux redoutes pour un bat. chacune sur les 
uttes des extrémités du plate m de la Sotti, entre lesquelles le camp ^st établi. Le col 
des Pins, non porté sur les cartes, où le 2° bat. d'Asti avait une compagnie, est situé sur 
la crête de San Ginlitti. 

2. Arch. de Breil: Situation du 15 juin, pièce just. n° 63. 

3. C'est la version des Arch. de Breil qui para't vraisemblable. — D'après les Arch. 
de la Guerre, dans la nuit du 7 messidor, « trois colonnes, fortes d'environ 2.500 h., » se 
seraient portées sur la Spinarda, tandis que 200 h. marchaient vers « le camp de Saint-Ber- 
nard, qui se rep'i lit en revenant à la charge alternativement. » Il faudrait donc admettre 
que toutes les troupes piémont lises de Priola, la Sotta, Prato Ronchi et le Rejoint au- 
raient donné, sans laisser une seule garde en arrière. Il est plus probable qu'il y a confu- 
sion avec l'affaire du 27, confusion que l'on retrouve dans les Mémoires manuscrits de 
Paulinier et par suite dans les Mémoires de Masséna, par Koch. 



278 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. vers midi, au moment où les ordres du général Colli parve- 
naient aux commandants des postes voisins, qui ne pou- 
vaient dès lors s'engager \ 

Les instructions, expédiées dans la soirée du 25, arri- 
vaient, le lendemain, trop tardivement pour être exécu- 
tées 2 . Toutefois les troupes étaient disposées en vue d'agir, 
le 27, de bonne heure 3 . Le général Colli se transportait 
personnellement à la Sotta pour assurer la simultanéité 
des efforts, que menaçait de compromettre un ordre de 
M. de Wins, aux ternies duquel les forces du marquis de 
Montafia devaient passer sous la direction du général 
d'Argenteau 4 . 

Conformément au projet présenté par le capitaine d'état- 
major de Brez, quelques jours auparavant 5 , la Spinarda est 
attaquée par 4.000 hommes 6 , répartis en cinq colonnes; 
celle du centre devant s'engager de front, au moment où 
les deux colonnes dirigées sur chaque flanc, par les vallées 
de Bormida et du Tanaro, auraient enveloppé la position 7 . 

1. Arch. de Breil, pièces déjà citées et notamment la lettre du marquis Pallavicini, pièce 
just. n° 75, et la lettre du général Colli à M. de Montana, dans laquelle il s'étonne que le 
marquis Colli ne Tait pas prévenu qu'il attaquait ; ce dernier n'a donc pu faire qu'une courte 
démonstration avec une partie des 1.000 h. sous ses ordres à la Sotta. Il est vrai qu'il 
avait aussi les milices de M. de Camerana, d'un effectif de 508 h. d'après la situation du 
15 juin ; mais, dans une lettre du 24 juin (Arch. de Breil, pièce n° 243), le marquis Colli dit 
qu' « elles étaient 300 il y a quelques jours; il n'y en a plus 130 aujourd'hui, et un seul 
Français, avec un fusil vide, mettrait les 130 en déroute. » 

2. Arch. de Breil, pièces n " 231 et 242. M. de Montafia ne reçoit à Montezzemolo, que 
le 26 à une heure après-midi, l'ordre de Colli daté de Mondovi le 25. 

3. Arch. de Breil, pièce n° 242 : Ordres du général de Montafia, le 26 juin : au 1 er bat. 
du rég. de Belgiojoso de se porter sur la crête de Riffredo, en face de Calissano, et sur le 
Bric de la Faccia, où se rallieront également les deux comp. du corps franc Giulay de la 
Camulera, en prévenant le général d'Argenteau à Settepani ; au 2 e bat. du même rég. de 
laisser une division à San Giacomo et à San Bernardino pour garder l'artillerie régimen- 
taire, et de se porter, avec les deux autres divisions, au Bric de Caragna. 

4. Arch. de Breil, pièce n° 242 : Ordre de M. de Wins au marquis de Montafia, de de- 
mander au général d'Argenteau des instructions sur le placement de ses troupes à la gauche 
de Settepani. Lettres écrites en conséquence par M de Montafia à d'Argenteau et au 
baron Colli, et lettre de d'Argenteau à Colli, le 27 juin, avant l'attaque des Républicains, 
dans laquelle il lui demande « ses ordres et ses idées. » 

5. Arch. de Breil, pièce n° 243 : Lettre du marquis Colli, le 24 juin, au général Colli. Il 
approuve le projet, mais le prévient que ce n'est plus un secret : « Je n'avais pas encore 
vu de Brez que j'avais entendu parler d'opérations sur toute la ligne et même faire des 
détails par le peuple même ; et cela était au point que j'ai cru que V. E. avait d'autres 
projets et qu'elle faisait promener certains personnages pour donner le change à l'ennemi 
et faire courir ces mêmes bruits d'attaque à la Spinarda, Saint-Bernard, Garessio, Termini; 
aussi ne parlait-on que de cela à Priola, Bagnasque, etc. » 

6. Ce chiffre est rigoureusement exact, si l'on se reporte à la situation du 15 juin, pièce 
just. n e 63. Il y a une évidente exagération dans l'effectif de 10 à 12.000 h., donné par la 
relation de Kellermann. 

7. Le récit qui suit a été établi au moyen des pièces suivantes : Arch. de Breil, pièces 
n" 231, 242, 243, 245, 255, 257, 258, 260, 261 et relation de M. de Malausséna. — Arch. de 
la Guerre : Relation de Kellermann. Lettres de ce général, les 27 et 29 juin, et de Gouvion, 
le 28 ; ces documents sont très succincts. 






DANS LA RIVIERE DE GENES 279 

Au même moment cinq compagnies 1 vont du camp de Prato Juin 1795 - 
Rotondo à la Croix de Mindino, relever les chasseurs de 
Pandini ; ceux-ci descendent sur les bourgs de Garessio 
où, unis à deux compagnies de la légion légère 2 venues de 
Priola, ils arrêtent les détachements français qui de la 
Maddalena se portaient au secours de Spinarda 3 . 

La colonne de droite, formée d'un bataillon du régiment 
de Stettler, part de Bagnasco et s'élève sur les croupes 
boisées du Bric Colma où, s'engageant avec des patrouilles 
françaises, elle s'égare 4 . Une centaine d'hommes, conduits 
par le major Seider, parvient toutefois, à 4 heures du 
matin, sur la gauche des retranchements républicains. En 
entendant la fusillade, le lieatenant-colonel marquis Colli, 
qui attendait depuis une heure et demie, met en mouve- 
ment la colonne du centre 5 , divisée en deux détachements, 
en tête desquels se trouvent une compagnie de Croates et 
la compagnie des chasseurs de Nice. Se portant rapidement 
et sans tirer sur le sommet même de la Spinarda 6 , cette 
troupe tourne la redoute et y pénètre de vive force 7 ; elle 
est bientôt rejointe par le détachement de Stettler, qui 
passe entre trois petites flèches. Devant cette vigoureuse 
attaque, les Français se replient à la faveur des bois et du 
brouillard 8 . En même temps la colonne piémontaise de 

1. Une comp. du 5 e bat. de grenadiers, deux de chasseurs de la légion légère et deux 
du rég. de Piémont. 

2. Une de chasseurs et une de fusiliers du 1 er bat. du 2 e rég., 300 h. au plus, avec les 
chasseurs Pandini. 

3. D'après les documents français, l'action dure de 4 h. à 6 h. du matin ; les Piémon- 
tais perdent 15 prisonniers. D'après les documents piémontais, les chasseurs Pandini ont 
un ou deux morts et deux blessés. 

4. Ce bat., fort de 3 à 400 h., est dirigé par le colonel Stettler. Au cours d'une série 
d'engagements sous bois, cet officier est fait prisonnier et dégagé, un moment après, par 
le caporal Jiobecque (?) 

5. Détachement du marquis Colli : comp. de Croates, 2 e bat. de chasseurs, 594 h. Déta- 
chement du major Herntz: comp. des chasseurs de Nice, du cap. Giletta, deux comp. de 
Stettler, chasseurs d'Oneille, 368 h. ; total, 962 h. Cette troupe était dissimulée, avant 
l'attaque, dans les châtaigniers du col délia Banda. 

6. Le rédacteur de la relation piémontaise officielle remarque que la tête de la colonne 
qui a tourné les retranchements n'a pas souffert du feu ennemi ; il n'y eut que les trois 
dernières comp de chasseurs qui furent atteintes. 

7. C'est la comp. de chasseurs du rég. de Maurienne qui a sauté dans le retranchement ; 
elle eut son capitaine, chevalier de la Palu, et sept h. tués. 

8. 11 y avait à la Spinarda le 9 e grenadiers et le 3° bat. de la 3 e légère, ensemble 824 h. 
A 5 h. du matin, ils ont abandonné leur camp et leurs retranchements aux 1.000 Piémon- 
tais. 



280 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. l'extrême droite 1 avait, de Priola , gagné le camp de 
Pian Robergo, dont elle s'empare après avoir surpris les 
grand' gardes, ne perdant que quatre tués et trois blessés 
et faisant prisonniers cinq officiers, un sergent-major et 
56 hommes; elle arrête, en outre, huit soldats français et 
délivre sept prisonniers qu'ils escortaient 2 . Trop affaiblie, 
à la suite de ce succès, elle retourne à Priola. 

Quant aux deux colonnes de la gauche, venant par la 
Bormida, elles ne prenaient pas part à l'attaque. Celle du 
colonel comte Saluggia 3 , guidée par le capitaine de Brez, 
atteignait la Spinarda, à 6 heures du matin, par Vetria et la 
crête du contrefort situé au sud de ce village ; elle aidait à 
résister à une contre-attaque ennemie. Elle précédait de 
quatre heures le colonel Casatti qui, avec le régiment de Bel- 
giojoso 4 , devait atteindre le Bric Meriano par le vallon 
de Calissano ; mais égaré par les guides, il se jetait trop 
à droite et gravissait aussi le contrefort de la Spinarda, par 
son versant méridional. Il arrive à temps néanmoins pour 
contribuer à repousser une seconde contre-attaque, à la 
suite de laquelle les Français rentrent momentanément 
dans le camp de Pian Robergo et se maintiennent sur le 
Bric Meriano ainsi qu'aux retranchements de la Fossa 5 . 

Retraite Bien que les pertes subies par les Républicains au cours 

de la division 

Freytag. de ces cinq journées fussent relativement minimes 6 , les 

1. Deux comp. du 1 er bat. du 2 e rég. de la légion légère, aux ordres du capitaine-lieute- 
nant Berra, les comp. de chasseurs de Nice Domerpgo et Christini, soit 300 h. environ, 
sous le commandement du lieutenant-colonel Leotardi. O.i ne sait quel corps avait rem- 
placé, au camp de Roubergue ou Robergo, le 3 e bat. de la 101 e envoyé à Melogno, peut-être 
le 2 e bat. de la même demi-brigade, 320 h., en tout ou partie. 

2. Un soldat et deux caporaux de Stettler, un trompette des chasseurs de Montferrat, 
un chasseur de Chablais et deux Croates. 

3. 1 er bat. de chasseurs, six comp. du rég. d'Acqui ; 840 à 900 h. Deux autres comp. 
d'Acqui restent en outre en réserve à Bochetta di Vetria. 

4. Ce rég. était fort de 981 h. Il y avait ea outre deux comp. de Croates, de 196 h. 
chacune. 

5. D'après la relation de Kellermann, les Français perdent 200 tués ou blessés, et l'en- 
nemi plus de 600 h. Le récit officiel piémontais accuse 17 morts, do it le sous-lieutenant 
Facci 1 "», du reg. de Stettler, 36 blessés, dont trois officiers et 49 prisonniers ; et, du côté 
des Français. 4» morts, dont 10 officiers, y compris un chef de bat. blessé. 

6. Arch. de la Guerre : Etat nominatif des morts, blessés et prisonniers de guerrede 
l'aile droite de l'armée d'itilie, dans les affaires du 6 messidor et jours suivants, classé le 
20 juillet : 253 morts, dont 15 officiers ; 483 blessés, dont 35 officiers; 244 prisonniers, dont 
16 officiers ; total des pertes : 980, dont 66 officiers. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 281 

deux échecs de Settepani et de la Spinarda prouvaient que Juin 1795. 
les forces ennemies étaient trop supérieures pour être re- 
foulées sans le concours des renforts annoncés 1 . Etats- 
majors et troupes étaient harassés de fatigue par les 
marches incessantes, les alertes continuelles, les combats 
acharnés 2 . 

Il était donc sage d'abandonner la longue et médiocre 
position de Vado, devenue inutile, dès lors que l'on devait 
renoncer momentanément à prendre l'offensive, et de se 
concentrer sur l'excellente et courte ligne de Borghetto 3 , 
comme il était prévu dans les instructions 4 . Le reploiement 
devait s'exécuter immédiatement, avant que les Autri- 
chiens, terrifiés par cette active et vigoureuse défense et 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 27, 28 et 29 juin. Proclamation 
aux troupes, le 28 juin, dont il existe une copie dans les Arch. de Breil, pièce n° 264. 
Lettre du représentant du peuple Dumaz, le 29 juin. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Laharpe, le 26 juin : « J'ai donné l'ordre au 6 e bat. de 
grenadiers de partir. Le chef sort de chez moi. Il m'a dit que son bat., de même que tous 
les autres, était sur les dents, et que les grenadiers étaient dans l'impossibilité de faire une 
marche, sans avoir un peu dormi. Il assurait qu'à peine ils peuvent se soutenir.» Lettres 
de Berthier, le 27 juin : « Depuis six jours, nous nous battons continuellement et je ne me 
suis pas couché » ; le 30 juin : « nous sommes depuis huit jours dans les montagnes, haras- 
sés de fatigue et n'ayant point de moyens de vous (à Clarke) préparer et envoyer les 
différents plans que je vous destine ; je m'en occuperai incessamment, mais représentez- 
vous mes occupations et mes fatigues multiples et vous sentirez aisément que ma bonne 
volonté ne peut vaincre toutes ces difficultés » ; et le 19 juillet : « enfin, depuis huit jours, 
les troupes ont quelque repos. » 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, le 29 juin. A cette date Kellermann ne 
comptait replier que la première subdivision, ainsi que le prouve le passage suivant de 
cette lettre : « ...J'ai ordonné que... on occupe la position des hauteurs de Borghetto, 
Tuirano, Balestrine, en tenant en avant de la gauche les positions de la Planette, Saint- 
Bernard, Roccabarbène, Banco et Champ di Preti, se liant avec les troupes de la 3 e sub- 
division de l'aile droite sur le Tanaro. Dans cette position, je suis à même de porter des 
forces aux points les plus menacés. Je ne cède à l'ennemi que des pays neutres, dont la 
tenue n'était nécessaire que pour garder l'offensive, et je me mets à même de remplir les 
intentions du Comité. » 

4. Arch. de la Guerre : Instructions du 4 juin : « Dans la supposition où l'ennemi par- 
viendrait à forcer les postes de Bardinetto, Spinardo et Saint-Bernard, les troupes qui 
tenaient la position au-dessus d'Orco, Carbua et Saint- Pantaléon, se reploieraient sur les 
hauteurs de Zuccarello, la droite sur celles entre Borghetto et Ceriale, le centre au-dessus 
de Zuccarello, la gauche se prolongeant sur les hauteurs en arrière de Saint-Bernard, dési- 
gnées sous le nom d'Amphithéâtre. » On ne saurait mieux indiquer à l'avance ce qui devait 
être et a été exécuté. Point n'était donc besoin de réunir de conseil de guerre à Loano, ni 
de discuter la ligne à choisir, ainsi que le marque Koch dans les Mémoires de Masséna, 
p. 179. Cet auteur s'est borné à suivre la relation manuscrite de Paulinier, déjà utilisée 
aussi maladroitement par Jomini dans YHistoire des guerres de la Révolution, t. VII, 
p. 94, et par X. B. Saintine dans YHistoire des guerres d'Italie, p. 171. Ce dernier y ajoute 
beaucoup de poésie, en plaçant la réunion des officiers dans une cabane de chevrier, d'où 
la vue s'étend a la fois sur les Alpes et la mer. En fait, c'est le 5 juillet au soir seulement, 
qu'un conseil de guerre a eu lieu à Albenga, au reçu de la nouvelle de la prise par l'ennemi 
du col de Termini, et c'est à la suite de ce conseil que la reconnaissance de la ligne de la 
Taggia, d'ailleurs indiquée comme deuxième position de retraite dans les instructions, a 
été laite, non par Masséna, mais par Berthier. Le 21 juin au soir, Kellermann s'est rendu 
à la Pietra, d'où il a donné les ordres pour le premier mouvement de retraite, le 28 ; le 
lendemain, il fait la reconnaissance des hauteurs de Zuccarello et couche le soir à Toirano, 
d'où, le 30, il expédie ses instructions pour le deuxième mouvement. Masséna devait 
naturellement en surveiller l'exécution. 



282 RETRAITE DE KELLERMANN 

juin 1795. redoutant d'être attaqués de nouveau 1 , eussent songé à 
reporter une partie des nombreuses troupes immobilisées 
dans le bassin de Savone, vers la Bormida occidentale, de 
manière à en déboucher, conjointement avec les Piémon- 
tais, entre les deux divisions de l'aile droite de l'armée 
d'Italie. Enfin, il convenait d'effectuer cette retraite en 
deux mouvements successifs, tant pour éviter le désordre 
dans la conduite des colonnes à travers un pays difficile, 
que pour permettre l'évacuation des magasins de toute 
nature. 

D'après les prescriptions formulées dès le 25 juin et 
précisées le lendemain, ceux de Vado et Finale avaient 
été transportés par mer à Alassio et Oneille 2 . Le 28, Kel- 
lermann se rend à la Pietra 3 . Le même soir, la brigade 
Laharpe se met en marche et va prendre position sur le 
plateau de Verzezzi 4 . Elle est suivie par les troupes de 
Feligno et de Carbuta, qui gagnent San Pantaleo, Nove 
et Melogno. 6.000 hommes restent échelonnés entre cette 
position et Finale. Le reste renforce la division Sérurier, 
les brigades de San Bernardo et de la tête de la Bormida, 

1. Arch. de Breil, pièce n° 248, pièce just. n° 72. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Kellermann, les 25, 26 et 29 juin. Rapport du com- 
mandant de l'artillerie Montfort, le 9 juillet. On a laissé, à Vado, deux pièces de 4, 
piémontaises, que nous y avions transportées de Loano ; deux pièces de 18, génoises ; 
12 canons de 36 et cinq mortiers, pièces trop lourdes pour être embarquées, et au camp 
de Tuissano, une pièce de 12 ; toutes ont été enclouées et les affûts brisés : les munitions 
qui n'ont pu être emportées ont été jetées à la mer ; enfin un canon de 36 est resté à Finale, 
sur la plage. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Saint-Hilaire, de Loano, le 27 juin à 10 h. du soir. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre de Kellermann, de la Pietra, le 28 juin, dont il existe une 
copie dans les Arch. de Breil, pièce 246 : « Aussitôt la réception du présent ordre, 1.900 h. 
seront portés à Melogno, 1.500 à Ca Nova, 1.200 à Saint-Pantaléon, 700 à Gora et 700 sur 
les hauteurs de Finale.... » Lettre du général Freytag, de Bardino Novo, le 28 juin, par 
laquelle cet officier général rend compte des dispositions prises pour la retraite. L'artillerie 
et la cavalerie de Laharpe partent de Vado, le 28 à 9 h. du soir ; l'infanterie suit en 
échelons, le dernier corps se mettant en mouvement à minuit. Les troupes de Cervoni 
s'ébranlent, savoir : celles de Segno et Roche Blanche à minuit ; celles de Feligno à 2 h. du 
mat., le 29 ; celles de Vene et Carbuta, à 3 h. A 5 h., tout doit être en position. — Lettre 
de Laharpe, du bivouac des hauteurs de Finale, le 29 juin : « ... Je comptais y trouver un 
officier d'état-major, porteur d'ordres ; j'ai été déçu dans mon espérance, «le suis ici comme 
un imbécile (sic), ne connaissant point le pays, encore moins la nouvelle ligne que l'on veut 

prendre Toutes les troupes bivouaquent, ayant manqué de mulets pour faire transporter 

les tentes. La grosse mer a même empêché de les embarquer.... » Rapport du commandant 
d'artillerie Montfort, le 9 juillet. Il a fallu précipiter deux obusiers dans les ravins à la 
montée de Spotorno. Plan sur huilé, signé Berthier, daté de Nice le 30 messidor, et joint 
aux lettres adressées, le 19 juillet, au comité de Salut public et au général Clarke, directeur 
du Cabinet topographique. Ce plan donne, au moyen de 11 papillons, les divers mouvements 
effectués ; on n en peut cependant tirer avec exactitude les marches des différents corps 
de troupe, du 29 juin au 3 juillet, date à laquelle il existe une situation. 



DANS LA RIVIERE DE GÊNES 283 

tandis que l'artillerie, le génie et la cavalerie se concen- Juillet 1795. 
trent à Loano, dont les magasins sont vidés non sans 
peine l . 

Le 30 juin, le quartier général est établi à Toirano et, 
dans la nuit suivante, la division Freytag quitte le contre- 
fort de Finale pour venir s'établir, la brigade Ransonnet 
à droite, entre Borghetto et Toirano, la brigade Laharpe à 
gauche, de Consciente à Zuccarello 2 , se liant à la position 
du col de San Bernardo par les camps de Pian di Prati, 
Rocca Barbena, et Bric Sebanco, sur lesquels se replient 
les troupes de Bardinetto, le 2 juillet au point du jour 3 . Retraite 

Ce mouvement découvrait la droite du camp de la brigade S es Mioiii 3 
Planette ou de la Cianea, inquiété journellement par les 
forces piémontaises 4 , qui s'accroissaient au point de faire 
craindre une rupture de la ligne française dans cette partie, 
malgré les renforts envoyés 5 . D'autre part, les tentatives 
faites aux environs du Mont Bertrand, les 26 et 27 juin, 
démontraient la nécessité d'assurer solidement la garde de 
ce point de jonction des divisions Sérurier et Macquard, 
pivot de la ligne de défense de la Taggia, indiquée comme 
deuxième position de retraite éventuelle dans les instruc- 

1. Arch. de la Guerre : Ordre de Kellermann, le 28 juin : « Saint-Bernard sera renforcé 
de 700 h., Champ de Preti, Roccabarbene et Banco de 1.400 h., Loano de 400, Ormea 
de 500, et enfin un bat. sera envoyé de renfort au centre. » Si à ces troupes on ajoute 
celles indiquées dans la note précédente, on trouve un total de 9.000 h. pour la division 
Freytag, présentant 10.547 combattants, le 19 juin (pièce just. n° 08). Ordres de Berthier 
et Kellermann, les 1 er et 2 juillet. Rapport du commandant d'artillerie Montfort, le 9. 11 y 
a eu à Loano quelques actes de pillage. 

2. Arch. de la Guerre : Situation du 3 juillet. Brigade Ransonnet, 3.313 h.; brigade 
Laharpe, 4.464 h.; brigade Nicolas, le long de la cote, 1.903 h.; total : 9.680 h. 

3. Arch. de Breil : Relation de Malausséna. Au Bric Sebanco il y avait trois bataillons 
retranchés. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre du général Gouvion, le 18 juin. Rapport de la division de 
droite, le 3 juillet. Bulletin de l'armée, le 6 juillet. — 11 n'est pas question, dans les 
Arch. de Breil, de ces engagements, dont le plus important aurait eu lieu le 2 juillet. 

5. Arch. de Breil, pièce n° 231 : Ordres de Colli. Dès le 26, les 8 e et 1 er bat. de grenadiers 
partent le soir de Mondovi, se rendent à Ceva et, après quelque repos, gagnent le Rejoint 
par Priero et Perlo. Le 1 er juillet, les 4 e et 5 e bat. de grenadiers viennent à Priola, le 
premier de Vico et Pamparato par Pnito Rotondo, le second du camp de Rascas au Bric 
de Mindino ; le 2 juillet, ces deux bat. campent au Bric de la Colma, tandis que les deux 
précédents se rendent à la Spinarda, où il n'y avait encore que deux canons. C'était un 
renfort de 1.682 bons soldats à ajouter aux 4.310 h. déjà réunis en ce point et aux environs, 
soit à peu pi'ès 6.000 combattants, auxquels le général Gouvion peut en opposer un peu 
plus de 5.000, d'après la situation du 3 juillet. Aux six bat. dont il dispose, d'après la 
situation du 19 juin (2.428 h., art. et génie compris), il faut ajouter, en eiièt, le 2 e bat. de la 
102 a , 389 h., venu de la division Macquard ; le 12° bat. de grenadiers, 221 h., envoyé de 
Loano ; les 1 er de la 101 e , 406 h., 5 e de la Corrèze, 394 h., 4 e Ardèche, 416 h., chasseurs des 
Hautes-Alpes, 438 h., et 3 e bat. de grenadiers, 500 h., amenés de la division Freytag, par le 
général Cervoni. 



284 RETRAITE DE KELLERMANN 

juillet 1795. tion du 4 juin \ Pour atteindre ce but, alors que l'on devait 
constituer une division pour maintenir la tranquillité à 
l'intérieur 2 , on ne pouvait qu'abandonner le col de San 
Bernardo et occuper, en arrière, les postes reconnusdans le 
difficile massif du mont Gale 3 . 

Ensuite de cette résolution, la brigade Miollis se replie, 
dans la nuit du 3 au 4 juillet, sur les crêtes presque infran- 
chissables du versant droit du vallon de l'Inferno \ tandis 
que les troupes de la rive droite du Tanaro s'établissent 
sur les pentes du mont Pennino 5 , en vue de protéger le 
mouvement de la brigade Gouvion, qui s'exécute dans la 
nuit du 5 au 6, malgré une tentative mal concertée de Colli. 

Ce général avait successivement transporté son quartier 
général de Mondovi à Ceva, puis à Bagnasco 6 . Bien 
qu'avisé de l'envoi de renforts importants aux troupes 
défendant l'accès de la vallée du Tanaro 7 , la retraite de 
la brigade Miollis lui paraît un indice de faiblesse tel qu'il 
espère pouvoir enlever le camp de la Fossa par un coup 
de main 8 . Le 4 juillet, il se rend à la Spinarda et forme 

1. Arch. de la Guerre : Relation de Kellermann, ordre du 5 juillet. — Arch. de Breil, 
pièce n° 245 : Lettre de Kellermann à Macquard, les 28 juin et 5 juillet. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, le 29 juin. 

3 Arch. de la Guerre : Relation de Kellermann, ordre du 5 juillet. Les reconnaissances 
ont été faites par les généraux Masséna, Gouvion et Berthier, les adjudants généraux 
Saint-Hilaire, Vignolle et Wolf, le chef de brigade du génie Clausade, probablement dans 
les journées des 1 er et 2 juillet. C'est peut-être à cela qu'il est fait allusion dans les Mémoires 
de Masséna, p. 180 ; mais ce n'est pas au même moment qu'ont eu lieu ni le conseil de 
guerre, ni la reconnaissance de la ligne de la Taggia. 

4. Arch. de Breil, pièces n° s 187 et 255. Le général garde encore Trappa et Pianbernardo 
par de forts avant-postes des cantonnements d'Isola Pelosa et d'Armella ou Arbre, des 
documents français. Il a aussi un camp au pied de la Cima déi Balzi, à Pianbernardo. 

5. Arch. de Breil : Relation de M. de Malausséna. — Arch. de la Guerre : Lettre de 
Savary, commandant le 3 e bat. de la 51 e , du camp de Villar Soprano, hameau situé au 
nord-ouest du mont Gale et dépendant de Villar Chiosso. 

6. Arch. de Breil, pièce n° 231 : Ordres de Colli. Le quartier général vient à Ceva, le 
26 juin ; à Bagnasco, le 3 juillet. 

7. Arch. de Breil, pièce n° 245 : Courrier de Kellermann à Macquard, enlevé à la 
Giandola ; la copie des pièces prises est reçue par Colli, le 3 juillet à minuit. 

8. M. de Malausséna juge très sévèrement cette tentative : « L'importance que le gé- 
néral Colli donna à ce coup de main... acheva de le rendre singulier, pour ne pas dire 
ridicule, au nombreux cortège d'officiers rassemblés en spectateurs autour de lui, l'im- 
prouvanttout bas, qui finirent par en rire, le voyant au point du jour, occupé à faire tirer 
des obus et des canons à toute portée contre le camp de la Cianea.» Il y a ici une erreur 
de M. de Malausséna qui infirme son jugement. Du Bulletin de l'armée d'Italie en date du 
6 juillet (Arch. delà Guerre) il résulte nettement que c'est le camp de la Fossa ou Colla 
Bassa, ou redoute espagnole, plateau coté 1 175 sur la carte italienne, qui a été menacé. 
C'est bien le même point que désigne le général Colli dans son rapport au marquis Colli, 
daté de la Spinarda, le 4 juillet (Arch. de Breil, pièce n° 231), ainsi conçu: «...à minuit, 
vous ferez marcher au premier camp des ennemis cette colonne ; après le coup, on se re- 
tirera par la crête de la montagne à droite, en descendant vers Calssan... » Or il n'y avait 
et ne pouvait y avoir à ce camp que 40) h. environ, d'après une lettre de Masséna déjà 
citée. Il n'y avait donc rien d'extraordinaire à ne désigner qu'un millier d'hommes pour 
chercher à l'enlever. 



DANS LA RIVIERE DE GENES 285 

deux colonnes de quatre à 500 hommes chacune, qui se J™"^ i™ 5 - 
mettent en mouvement à 11 heures du soir. Elles devaient 
tourner les retranchements républicains, s'emparer du camp 
à l'arme blanche, puis se retirer sur Calissano par l'arête 
du Bric Arifoglio, sous la protection de 400 grenadiers et 
chasseurs \ Au lieu d'exécuter cet ordre, elles s'égarent 
dans les bois et reviennent au point du jour, sans avoir 
rien tenté 2 . Cependant toutes les troupes de la Spinarda 
avaient pris les armes; une division de Belgiojoso s'avance 
au point du jour, avec deux petites pièces, jusqu'au Bric 
Meriano, d'où elle engage pendant deux heures une canon- 
nade sans résultat 3 . Affaire 

du 

Ce même jour 5 juillet, une attaque beaucoup plus ^g^^ 111, 
sérieuse, quoique tardivement ordonnée, était renouvelée 
contre le col de Termini 4 . Profitant de l'expérience chère- 
ment acquise dans la journée du 27 juin, le colonel du 
régiment des grenadiers royaux, marquis de Bellegarde, 

1. Arch. de Breil, pièce n° 231 : Ordres de Colli, le 4 juillet, au chevalier Ferrero, com- 
mandant la colonne de droite, formée du 1 er bat. et des chasseurs d'Acqui, 460 h.; et au 
lieutenant-colonel marquis Colli, qui doit former la colonne de gauche, sous les ordres du 
capitaine Maistre, des six compagnies du2 u bat. de chasseurs, 398 h., et de 150 Croates; 
il y avait donc certainement plus de 600 h., effectif que donne M. de Malausséna. Ordres 
à M. Dichat, de faire avancer le l or bat. de grenadiers, de prescrire au lieutenant-colonel 
de La Tour, chef du 8 e bat. de grenadiers, de tenir prêtes deux comp. de grenadiers, et au 
lieut. -colonel Saluggia, de préparer deux comp. du 1 er bat de chasseurs ; au colonel du ré- 
giment de Belgiojoso, de se porter en avant du camp du 8 e bat. de grenadiers, à la butte 
où il y avait deux petits canons. 

2. Arch.de Breil: Relation de M. de Malausséna : « Cependant leur conduite ne fut pas 
désapprouvée, parce que le danger parut trop disproportionné au but qu'elles avaient à 
remplir. L'idée de prendre un camp sans le piller ne pouvait inspirer que de l'éloignement 
pour cette tentative ; car les hommes, hors des cas extraordinaires, ne se déterminent 
d'affronter les grands périls qu'excités par de puissants motifs ou contraints par la néces- 
sité ; plus ils sont braves et plus ils s'indignent de se voir exposés sans un objet vraiment 
avantageux et utile. » 

3. Arch. de la Guerre : Bulletin du 6 juillet: «Les boulets piémontais n'arrivaient pas. 
Nos pièces de 4 ont répondu. » 

4. Arch. de Breil, pièce n" 231 : Ordres très sommaires de Colli, datés de la Spinarda, le 
4 juillet à 9 h. du mat., adressés au marquis de La Chiusa, commandant supérieur en 
l'absence du prince de Carignan, à MM. de Bellegarde et Pallavicini, ainsi qu'au chevalier 
Pandini. Pièce n° 265 : Lettre de M. de La Chiusa, le 5 juillet ; l'ordre de Colli ne lui est 
parvenu qu'à 7 h. du soir. Pièce n* 255: Lettres de Pallavicini, le 4 et 5 juillet : « En suite 
des ordres que je reçus, la nuit dernière (du 4 au 5) de M. le général La Chiusa, je ramassai 
mes avant-postes et partis 20 minutes après ». Pièce n° 269, relation de Solaro de La 
Chiusa, le 6 juillet, du quartier général de Pampara : «...Mais le marquis Pallavicini, 
n'ayant pas pu recevoir les ordres à temps, à cause de la longueur et de la difficulté de la 
marche, ne put arriver qu'à 2 h. du jour.» — Arch. de la Guerre : Conférence de M. le 
lieutenant Faverges, de l'état-major piémontais, le 15 mars 1878 : « Le 4 au soir, le mar- 
quis de Bellegarde reçut ordre d'attaquer tout de suite le col des Termes avec la plus 
grande vigueur, de tenter jusqu'à trois fois l'attaque de la Ruschera et de faire tous les 
efforts imaginables pour s'en emparer Cet ordre arriva a minuit passé... Malgré toute la 
diligence possible, le peu d'espace qui s'écoulaentre le moment où le marquis de Bellegarde 
reçut l'ordre et celui où il devait le faire exécuter, empêcha les colonnes de se trouver à 
portée de commencer l'attaque au point du jour. » 



286 RETRAITE DE KELLERMANN 

juillet 1795. renforcé par les 2 e et 10 e bataillons de grenadiers l , ne fait 
sur les escapements de Ci ma Cœra, en avant du mont 
Bauset, qu'une démonstration pour attirer l'attention des 
Républicains. Une colonne d'un millier d'hommes 2 , aux 
ordres du comte d'Ezeri, gagne, à l'ouest, le pas de Scalette 
ou col de la Colletta, et se dirige sur Cima Ferrarine par 
Cima Verzera, où prend position un détachement de 
grenadiers commandé par M. de Sainte-Rose. 

A 1 heures du matin, la tête de la colonne, précédée 
d'une avant-garde de 120 volontaires, marche bravement 
à l'attaque des retranchements, d'où le deuxième bataillon 
de la 166 e demi-brigade la voyait gravir les pentes depuis 
trois heures. Aussi, accueillie à 50 pas par un feu 
terrible qui, en moins de cinq minutes, met à terre une 
centaine d'hommes 3 , elle est forcée de se replier sur les 
compagnies échelonnées en arrière 4 . La bonne contenance 
de ces dernières arrête une contre-attaque prononcée par 
le chef de bataillon Dallons, qui vient d'être renforcé d'un 
bataillon venu cl'Ormea 5 . Les Piémontais se rallient, vers 
10 heures, sur Cima Verzera et se retirent par le pas de 
Scalette, sans être inquiétés. 

L'attention des Républicains se portait, en effet, sur 
leur droite, menacée d'être tournée par le mont Autoroto, 
qu'ils avaient négligé de garder en quittant le vallon de 

1. Arch. de Breil, pièce n° 231 : Ordre de Colli, le 1 er juillet. Ces deux bat. formaient un 
régiment de 10 comp. aux ordres du comte d'Ezeri. 

2. D'après M. de Faverges, il y avait en tète huit compagnies, savoir : deux de Savoie, 
deux de Chablais, deux de Turin, formant le 2 e bat. de grenadiers, que M. de la Chiusa 



mentionne expressément, en admettant que les deux compagnies de Chablais remplacent 
celles de Turin indiquées sur l'état de la Storia Militare,^. 128 bis ; plus la 2 e centurie du 2' 
bat. des grenadiers royaux; l'arrière-garde du lieutenant-colonel de Sainte-Rose comprenait 
deux comp. de Novare et deux des grenadiers royaux ; à ces dernières forces M. de la 
Chiusa ajoute une compagnie de pionniers. D'après les situations, l'effectif moyen de cha- 
cune de ces compagnies est de 80 h., soit, poiir les 13 comp., 1.040 h. Enfin, à l'état des 
pertes